LOUE
les événements se précipitèrent avec une effroyable rapidité. Le 30 août, le colonel Henry se reconnaissait l’auteur du document dont l'authenticité avait été proclamée, quelques jours avant, par le ministre de la guerre.
Dès cet instant, une foule de députés et d'innombrables électeurs se demandèrent :
« Comment avons-nous pu être si aveugles ?
Quelle est la puissance occulte qui, en dévoyant l'opinion publique, a pesé sur nous, à notre insu, et a transformé la représentation nationale en un troupeau apeuré.? »
A toutes ces questions il fallait bien répondre que le grand coupable était le cléricalisme.
C'était lui qui, en utilisant le réseau des influences religieuses, avait, par d’habiles manœuvres, violenté la conscience française et élait parvenu par des voies indirectes à fausser le jugement, non seulement de ses adhérents, mais aussi celui de citoyens qui ignorent l'Eglise ou même en sont les adversaires.
Quand le calme fut un peu revenu et que le cléricalisme, malgré ses efforts désespérés
et ses honteuses alliances, eut perdu, une à
une, toutes les batailles d’une guerre dont il croyait sortir triomphant, la France républicaine tout entière fit son examen de conscience et se demanda comment elle avait pu perdre ainsi tout à coup toute espèce de jugement, d’où venait ce vent de folie qui, pendant de trop longs mois, avait soufflé sur elle.
Or le coupable était là, toujours fanfaron et menaçant, et qui, bien loin d’avoir honte et de
se cacher, entendait continuer son œuvre (1).
(4) Le 25 avril 1901, le fameux P. Coubé prononça à Lourdes, devant un auditoire de soixante mille hommes, son célèbre discours sur « le glaive électoral », où il évoqua naturellement le souvenir de Jeanne d'Arc et donna à la Vierge Marie un titre sous lequel elle n’avait jamais été saluée, « la Vierge guerrière ! »... « A la bataille, s’écria-t-il en terminant, sous le labarum du Sacré Cœur! Un labarum n’estpas un signe de paix, mais un signe de guerre.»
Le P. Didon lui-même, le célèbre Dominicain, avait été, hélas! du côté des gros bataillons. Le 19 juillet 1898. en présence du général Jamont, généralissime de l’armée française, venu en grand apparat, il prononça un discours sur « l'Esprit militaire, » qui eut un énorme retentissement. Son biographe, le P. Stanislas Reynaud (Le Père Didon, in-8°, p. 371, Paris, 1904) nous dit qu’il « y affirma un militarisme ardent, » mais il ajoute que les aécusations contre le P. Didon, à cette occasion, étaient fausses.