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l'air de se croire quelque chose de plus qu’humain. Comme Jésus-Christ, ils parlent beaucoup, mais à l'inverse de Jésus, qui parlait en brèves paraboles, ils parlent en de longs mandements. Ce sont des pièces quasiment liturgiques, qu’on lit à la grand’messe — celle où il y a le moins de monde — d’un ton lamentable (in tono epistolæ). Les dévotes, qui savent fort bien qu’en écoutant cette lecture elles ne gagneraient aucune indulgence, profitent de ce temps pour égrener quelques dizaines de chapelet, et faire une foule d’oraisons jaculatoires enrichies des plus insignes faveurs pro vivis et defunclis.
Dans la plupart des diocèses de France, il n’y a pas d'autre contact entre l’évêque et ses fidèles que la lecture annuelle du mandement de carême. Et l’idée de désirer autre chose ne vient ni à l’un ni aux autres.
Les rapports entre l’évêque etses diocésains
ne sont donc pas sensiblement différents de
‘ceux qui courent entre un préfet et ses admi-
nistrés. L'un fait des tournées de confirma-
tion, l’autre des tournées de conseil de révi-
SE cl
sion ; l’un parle au nom du pape, l’autre au nom du gouvernement, mais tous les deux en un style grandiloquent et vide, qui est de rite en ces circonstances. Il y a quelques années, il yeut une exception, un évêque jeune, ardent, zélé, voulut parler non pas devant ses auditeurs, mais à ses auditeurs. C'était là-bas, du côté de la frontière, dans une contrée où l’incrédulité n’a pas encore pénétré. Il leur dit sa joie de savoir avec quelle régularité ils accomplissaient toutes les obligations du chrétien : assistance aux offices, communion fréquente, prospérité des associations pieuses ; mais 1l ajouta, sur un ton qui n’était pas prévu, que tout cela, si bien que ce füt, n’était qu'une préface ; que le chrétien doit se distinguer de la société laïque par ses vertus, entre autres par l'horreur du mensonge, de la fraude et de la tromperie, sous quelque forme que ce soit. [1 descendit aux détails précis, déclarant que le vol, commis au préjudice de VEtat par les contrebandiers, n’était pas moins condamnable que le vol ordinaire.
Ce fut un grand scandale. En quelques
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jours, toute la France cléricale apprenait qu’il y avait quelque part un évêque qui prêchait contre les vertus « surnaturelles (1) », invitait ses diocésains à faire fi de la messe et du confessionnal. Au près et au loin, les dévotes se signèrent douloureusement et se dirent que l'apparition d'un tel évêque annonçait sans doute celle de l’Antéchrist (2).
Comme on le voit, cette exception même confirme la règle. Presque sans contact avec le peuple, l’épiscopat semble vivre dans une atmosphère de rêve. Je ne m’arrêterai pas à certaines déclarations de guerre à la démocratie qui ont violenté l'opinion, je rappellerai simplement un fait récent et particulièrement grave : le 28 mars 1905, on a vu les cardinaux français se réunir et rédiger un docu-
ment où 1ls semblent prendre à tâche de si-
(1; Cet adjectif est devenu le mot à la mode sur les lèvres de nos catholiques du jour. Voir par exemple p. 25, n. 1 et 26 n. 2.
(2) Dans les articles qui relatèrent ces faits M£' X, était qualifié « Evêque par la grâce de la Gueuse et la volonté de M. Dumay ».
A ce propos un ami m'a écrit disant : « Un idiot