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gnifier à la France actuelle qu’ils ignorent les notions les plus élémentaires de sa constitution. Ils ont adressé au président de la République une lettre collective : également coupables, s’ils ignorent que le premier magistrat du pays n’a pas qualité pour recevoir des documents de ce genre, ou si, le sachant, ils ont voulu se montrer au-dessus des lois.
La lettre — est-il nécessaire de l’ajouter ?
— n'a eu aucun résultat.
Après cette démarche aussi solennelle qu’intempestive, leurs Eminences sont rentrées dans leurs diocèses, où elles se lamentent et prient pour la France qui ne les entend
point.
De divers côtés, on a conjuré les membres :
de l’épiscopat de se voir, de se réunir, de
parler de la séparation imminente, de la dis-
qui écrit dans le journal l'A... ce n’est qu’un idiot ; ce n’est pas un fait représentatif. » |
Je lui demande bien pardon, c’est un fait représentatif, puisque les articles sont acceptés par la direction de l’A....et qu’au lieu de soulever les protestations unanimes des abonnés du journal, ils en font au contraire monter le tirage.
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cuter entre eux et avec leurs prêtres, avec le public même et devant l'opinion publique, et d'apporter ainsi leur collaboration à l'œuvre qui se prépare (1). Ces appels n’ont pas été entendus. Les évêques craignent évidemment que leur concours ne soit pas accepté. L'idée même d'élever la voix dans des milieux où leur parole n’aura que sa valeur humaine leur est antipathique.
Avec les évêques dont nous venons de parler, il n’est pas difficile de s’imaginer ce que sera le bas clergé. Les prêtres séculiers de France constituent un corps d'élite, remarquable de solidarité, d’homogénéité, de décorum ; mais, comme tous les grands organismes, il est guetté par des maladies spéciales, Cette forme particulière de formalisme, qu’on pourrait appeler le pharisaïsme, sévit sur le clergé plus cruellement que sur toutes les autres administrations, et avec lui son inséparable sœur : la sacro-sainte routine. Ce sont là du moins les troubles qui frappent,
(4) Voir par exemple H. Hemmer, Politique religieuse et séparation, p. 40 ss.
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dès l’abord, le spectateur. Il y en a d’autres, moins apparents, mais qui ne sont guère moins redoutables. Le spectre de la délation poursuit sans cesse le prêtre. C’est la peur d’être dénoncé, la terreur que la plus innocente de ses démarches ne soit interprétée à faux, dénaturée, qui a donné à une foule de prêtres français ces allures fuyantes qui révoltent le laïque et qui, plus encore que la soutane, parquent et isolent le prêtre. Dans presque chaque paroisse, 1l se trouve quelque bonne âme pour faire savoir à l’évêché les lectures ou les fréquentations de M. le Curé; autour de chaque évêque s’improvise un cercle d'espions bénévoles, et bien intentionnés du reste, qui surveillent Monseigneur au profit d'amis, qui, en général, résident à Rome.
Tout cela n’a rien de cohérent, de voulu, d'organisé, mais n’en est que plus impressionnant. Parmi les cardinaux de curie, il y en a d'ordinaire trois ou quatre qui emploient leurs longs loisirs à centraliser les dossiers
les plus hétéroclites, en songeant que de cette
façon ils connaîtront le personnel, si, au prochain conclave, le bon Dieu jugeait à propos de leur imposer la lourde charge du pontificat.
Le clergé paroissial est formé dans des séminaires dont les méthodes étaient peut-être excellentes au xvir siècle, mais qui, depuis lors, n’ont subi aucun changement.
Toute l’éducation que reçoit l’enfant destiné au sacerdoce semble avoir pour but d’établir entre lui et ses concitoyens une cloison étanche. Les jeunes prêtres de Paris qui sortent de Saint-Sulpice n’ont jamais eu un seul journal à leur disposition. Ces hommes qui sont appelés à évangéliser la France actuelle ignorent tout d’elle.
On leur a appris à pourfendre Nestorius et Eutychès, mais on leur a laissé ignorer tous les problèmes qui se posent à la conscience contemporaine.
Pourtant certains d’entre eux ont aperçu quelques coins de nature et de réalité, et, persuadés que leur Eglise est divine, ils veulent
aller au devant des multitudes qui se perdent,
MATE RE leur parler, les ramener, les convaincre. Dans ’'ardeur et l’enthousiasme de leurs vingt-cinq ans, ils travaillent, étudient, fouillent. Ils conquièrent une licence et quelquefois un bonnet de docteur.
Il semble que la hiérarchie devrait avoir pour eux une bienveillance particulière. Il n’en est rien. En général les évêques se montrent soucieux et préoccupés devant « ces sujets ». Je constate le fait, sans oser l’interpréter. Ce qui est sûr, c’est qu'on pourrait dresser des statistiques bien étonnantes, si l’on étudiait, à Lyon, par exemple, la carrière des prêtres licenciés, comparée à la carrière des prêtres qui ne sont pas même pourvus du baccalauréat ès-lettres.
L'Eglise n’a jamais canonisé l'ignorance, mais, dans bien des diocèses, les choses se passent comme si les évêques voulaient lui donner une prime (1).
Il y a cependant une vertu moderne à la-
quelle ils font plus grise mine encore, l’initia-
(1) V. P. Saintyves, La Réforme intellectuelle du clergé, Paris, in-12, 1904.