‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 57 sur 78 · BR PE · texte numérisé non relu

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Pontifes d’un genre bien nouveau, puisqu'ils

n’excommunient personne et ne cessent de

dans tous les cœurs ce sentiment d’une justice im manente, d’un ordre moral, d’une relation à Dieu, qui, sans préjuger la vérité d'aucune religion positive, donne la seule chose qu’il soit permis désormais à l'Etat de donner à tous, la vérité supérieure, que les religions ne font que traduire, vivifier dans les symboles entre lesquels:il ne lui appartient pas de décider (p. 148 s.).

« Le libre examen n’est pas le droit de décréter son opinion, de proclamer sa propre infaillibilité, il est le devoir de douter où il faut, d'éviter la précipitation, de contenir ses passions et ses préjugés ; il est l’effort méritoire pour obéir à Dieu en retrouvant sa pensée.

« Mais en obéissant à Dieu, nous nous soumettons à notre propre raison, car notre raison est unie à la pensée divine, et ce n’est pas du dehors que la vérité nous est imposée, c’est en nous-mêmes que nous la découvrons comme notre loi, comme notre bien, comme ce qui nous réalise, nous achève, nous donne l'être véritable (p. 185).

« Hélas !'il est plus difficile qu'on ne l'imagine de ne point faire de métaphysique: la pire de toutes est celle qui s’ignore, qui ne croit être que l'expression des faits, quand elle en est une interprétation arbitraire. L’athéisme est une de ces métaphysiques qui s’ignorent (p. 229). »

prêcher à leurs fidèles le respect de toutes les convictions.

Tant pis pour les vieilles églises, si elles n’aperçoivent pas le changement immense qui est en train de s'effectuer dans la pensée du peuple de France, si elles s’obstinent à croire que les chefs les plus écoutés de la démocratie ne sont que des démagogues surexcitant par ieurs violences les appétits des foules (1).

Ces temps-là sont passés, et il n’est pas rare

(1) Je constate, non sans joie, que le caractère moral et religieux des aspirations actuelles, même les plus extrêmes, a été signalé par un chrétien contemporain, T. Fallot, Le Livre de l'Action Bonne (Paris, 4905, in-12, Librairie Fischbacher).

« Le socialisme révolutionnaire, écrit-il (p. 276 et 271), est un fait extraordinairement complexe, un monde en fusion, où le bien etle mal, les aspirations les plus légitimes et les appétits les plus grossiers, se livrent une lutte furieuse. Il faut donc s'élever très haut pour acquérir quelques vues d’ensemble et se reconnaître dans ce chaos. Je n'ai pas à m'occuper ici de la signification économique de ce mouvement, mais J'affirme qu’il est impossible de lui dénier une haute portée morale. Il est une protestation passionnée contre l’iniquité et un effort gigantesque pour constituer le globe dans la justice, »

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de trouver dans des feuilles révolutionnaires des pages qui font penser à Isaïe ou à S. Paul. Je ne veux pas canoniser M. Deherme, mais si on mettait dans une balance la collection de sa Coopération des idées, et de l’autre quelques-uns des recueils de sermons les plus en vogue, de quel côté trouverait-on le plus de préoccupations religieuses, de zèle désintéressé pour le progrès moral de notre génération?

Dixit illis Jesus : Amen dico vobis quia publicani et meretrices prœcedent vos in regnum Dei.

J’ouvre le dernier numéro de la publication de cet incrédule, et j'y lis: « Jamais l’homme n’eut à sa disposition un matériel aussi puissant, une réserve aussi riche, jamais il ne fut assuré d’une sécurité aussi complète et d’un bien-être aussi constant, et jamais il ne fut aussi près du désespoiret, avec toute sa science ct ses richesses, aussi misérable au fond. Que chacun regarde autour de soi, outre les attitudes et lesapparences, et en lui-même sincèrement. Que ce soit l’ouvrier qui peine dans

l'usine trépidante et poussiéreuse, le, paysan

courbé sur sa terre sous le lourd soleil d’août, l'industriel ou le commerçant, le professeur, le médecin, l’avocat ou le fonctionnaire dans leurs travaux divers, ou bien le parasite qui passe ses jours inutiles sur le champ de course et ses nuits honteuses dans les cabaretschics, ils avoueront le même dégoût d’être ce qu’ils sont, sans autre but qu’eux-mêmes dont ils ont appris les limites, avec le même désir, las et hésitant d’être autre chose, n’importe quoi, ce qu'ils ne sont pas pour s’illusionner encore quelques heures sur eux-mêmes et sur le monde qu'ils se sont fait (1). »

Quand une civilisation sent à ce degré sa vanité, le chemin de Damas n’est pas loin.

En somme, il n’y a en France, à l'heure actuelle, que deux catégories de personnes. Ceux qui ont reçu des siècles passés un trésor qu’ils conservent jalousement sans vouloir ni le regarder ni le laisser voir, et ceux qui, quel que soit le trésor qui leur ait été légué, cherchent,

marchent, vont vers l’avenir.

(1) Coopération des idées, n° de septembre-octobre

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La révolution de 1789 n’a été qu’une pré-

face et un éclair, l’anticipation d’une réno-

rè vation profonde et organique (1). La France

(1) Sans les difficultéssuscitées par la Constitution civile du clergé, la Révolution aurait eu une destinée bien différente. L’échec — relatif — de l'effort de 1789 est en somme dù à l’opposition cléricale. Aujourd’hui la plupart des cléricaux, rappelant ces faits, célèbrent par avance l'écrasement de la démocratie, et se grisent à la pensée des terribles vengeances de Dieu (dont ils seront naturellement les exécuteurs). Je ne voudrais point les contrister, mais je suis bien forcé de leurdire que, dans leurenthousiasme, ils ne tiennent aucun compte de la diversité des temps. En 1789 la France était (sauf ces Messieurs de la noblesse et du haut clergé) profondément catholique et naïvement croyante. Aujourd’hui la France n’est plus ni catholique, ni croyante. Même dans les localités où les offices sont fréquentés, on aurait de la peine à trouver — exception faite des illettrés — des groupes de quelque importance acceptant sans triage l’ensemble des dogmes catholiques.

Je me permets donc de faire remarquer respectueusement à ceux qui s’en vont criant que l'Eglise a passé par bien d’autres crises, que la crise actuelle ne ressemble en rien à celles qui l’ont précédée. Il y a quelques années, on parlait à peu près de même; on mettait le parlement au défi de voter les lois contre les moines; les lois ont été votées, exécutées ; les moines sont partis, et non seulement la France ne s’est pas levée pour les défendre, mais les mani-

laïque se prépare à écrire le livre dont la déclaration des Droits de l’homme n’est qu’un chapitre, et, dans cette œuvre, la France laïque sera aidée par l'élite du clergé. Le cléricalisme pourra traiter ces prêtres d’apostats : les cris de haine ne parviendront même pas aux oreilles des ouvriers de ce grand œuvre. Il y aura alors un catholicisme nouveau, où l’ardeur, le travail, la virilité, amour, seront les vertus par excellence, un catholicisme qui ne ressemblera pas plus à l’ancien que le papillon ne ressemble à la chrysalide, et pourtant il sera l’ancien, et il pourra mettre demain au fronton de ses temples la parole du Galiléen : Non veni solvere, sed adimplere (1).

festations savamment organisées ont échoué de la façon la plus piteuse, et les pauvres moines ont dû passer la frontière au milieu de l’indifférence générale.

(1) Je ne suis pas venu abolirla loi et les prophètes, mais les accomplir.

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