‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 64 sur 78 · PIE X, PAPE · texte numérisé non relu

PIE X, PAPE

Vénérables Frères, bien-aimés Fils, salut et bénédiction apostolique, Notre âme est pleine d’une douloureuse sollici-

(4) Les trois morceaux qui suivent pourront donner une idée assez nette de la façon très. diverse dont la séparation a été accueillie par les trois grandes familles religieuses jusqu'ici rattachées à l'Etat. Leur rapprochement a bien son éloquence.

Sur l’encyclique de Pie X, voir la préface, p. 1x.

tude et notre cœur se remplit d’angoisse, quand notre pensée s'arrête sur vous. Et comment en pourrait-il être autrement, en vérité, au lendemain de la promulgation de la loi qui, en brisant violemment les liens séculaires par lesquels votre nation était unie au siège apostolique, crée à l'Église catholique en France une situation indigne d'elle et lamentable à jamais? Evénement des plus graves sans doute que celui-là: événement que tous les bons esprits doivent déplorer, car il est aussi funeste à la société civile qu'à la religion; mais événement qui n'a pu surprendre personne, pourvu que l’on ait prêté quelque attention à la politique religieuse suivie en France dans ces dernières années. Pour vous, Vénérables Frères, elle n’aura été bien certainement ni une nouveauté, ni une surprise, témoins que vous avez été des coups si nombreux et si redoutables tour à tour portés par l’autorité publique à la religion. Vous avez vu violer la sainteté et l’inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles ; laïciser les écoles et les hôpitaux; arracher les clercs à leurs études et à la discipline pour les astreindre au service militaire; disperser et dépouiller les congrégations religieuses et réduire la plupart du temps leurs membres au dernier dénuement. D’autres mesures légales ont suivi que vous connaissez tous : on a abrogé la loi qui ordonnait des-prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux ; supprimé lessignes de deuil traditionnels à bord des navires, le vendredi-saint ; effacé du serment Judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux ; banni des tribunaux, des écoles,

de l’armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait d'une façon quelconque rappeler la religion. Ces mesures, et d’autres encore, qui peu à peu séparaient de fait l’Église de l'État, n'étaient rien autre chose que des jalons dans le but d'arriver à la séparation complète et officielle : leurs promoteurs euxmêmes n’ont pas hésité à le reconnaître hautement et maintes fois. — Pour écarter une calamité si grande, le Siège apostolique, au contraire, n’a absolument rien épargné. Pendant que d’un côté, il ne se lassait pas d’avertir ceux qui étaient à la tête des affaires françaises, et qu’il les conjurait à plusieurs reprises de bien peser l’immensité des maux qu'amènerait infailliblement leur politique séparatiste; de l’autre, il multipliait vis-à-vis de la France les témoignages éclatants de sa condescendante affection. Il avait le droit d'espérer ainsi, grâce aux liens de la reconnaissance, de pouvoir retenir ces politiques sur la pente et de les amener enfin à renoncer à leurs projets. Mais, attentions, bons offices, efforts, tant de la part de Notre prédécesseur que de la Nôtre, tout est resté sans effet. Et la violence des ennemis de la religion a fini par emporter de vive force ce à quoi pendant longtemps ils avaient prétendu, à l'encontre de vos droits de nation catholique etde tout ce que pouvaient souhaiter les esprits qui pensent sagement. Cest pourquoi, dans une heure aussi grave pour l’Eglise, conscient de Notre charge apostolique, Nous avons considéré comme un devoird’élever Notre voix et de vous ouvrir Notre âme, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple, — vous tous que Nous avons {toujours

entourés d'une tendresse particulière, mais qu’en ce moment, comme c’est bien juste, Nous aimons plus tendrement que jamais.

Qu'il faille séparer l'Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuseerreur. — Basée, en effet, sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu ; car le Créateur de l’homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et 1l les conserve dans l’existence comme il nous y soutient. Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l’honorer. — En outre, cette thèse est la négation très claire de l’ordre surnaturel. Elle limite, en effet, l'action de l'État à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n’est que la raison prochaine des sociétés politiques; et elle ne s'occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière, qui est la béatitude éternelle proposée à l’homme, quand cette vie si courte aura pris fin. Et pourtant, l'ordre présent des choses qui se déroule dans le temps, se trouvant subordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider. — Cette thèse bouleverse également l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concordeentre les deux sociétés. Ces deux sociétés, la sociétéreligieuse et la société civile, ont, en effet, les mêmes sujets, quoique chacune d'elles exerce dans sa sphère propre son autorité sur eux. Il en résulte forcément qu’il y aura bien des matières dont elles devront

connaître l’une et l'autre comme étant de leur ressort à toutes deux. Or qu'entre l'État et l'Église l'accord vienne à disparaître, et de ces matières communes pulluleront facilement les germes de différends, qui deviendront très aigus des deux côtés; la notion du vrai en sera troublée et les âmes remplies d’une grande anxiété. — Enfin, cette thèse infllge de graves dommages à la société civile ellemême, car elle ne peut pas prospérer ni durer longtemps, lorsqu'on n'y fait point sa place à la religion, règle suprême et souveraine maîtresse, quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs.

Aussi les Pontifes romains n’ont-ils pas cessé, suivant les circonstances et selon les temps, de réfuter et de condamner la doctrine de la séparation de l'Église et de l'État. Notre illustre prédécesseur, Léon XIII, notamment, a plusieurs fois et-magnifiquement exposé ce que devraient être, suivant la doctrine catholique, les rapports entre les deux sociétés. Entre elles, a-t-il dit, «il faut nécessairement qu’une sage union intervienne, union qu on peut,non sans justesse, comparer à celle qui réunit dans l’homme l'âme et le corps. Quædam intlercedat necèsse estordinata colligatio (inter illas), quæ quidem con- Jjunctioni non immerilo comparatur, per quam anima el corpus in homine copulantur. » Il ajoute encore : « Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n’existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion, comme si elle était chose étrangère ou qui ne leur pèt servir en rien... Quant à l'Église, qui a Dieu luimême pour auteur, l’exclure de la vie active de la

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