‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 70 sur 78 · CHEZ LES JUIFS · texte numérisé non relu

CHEZ LES JUIFS

« La Séparation amènera inévitablement de profonds changements au sein du judaïsme français, parce que celui-citiendra désormais

à s'organiser suivant ses besoins réels et son esprit propre. Sous le régime passé, son or-

ganisation lui avait été imposée du dehors.

(1) Pour tächer de donner une idée documentée de l’accueil fait par les Israélites à la nouvelle loi, je transcris un article de L'Avant-Garde, journal d’Evangélisation, organe des chrétiens sociaux de langue française (15 février 1906. Directeur M, J, Roth, pasteur, 23, rue Moncade, à Orthez) (Basses- Pyrénées). Semi-mensuel. Pas de tarif d'abonnement, Cette feuille ne vit que des dons que ses amis ontla bonté de consentir en sa faveur.

Aer

Circonscriptions consistoriales,consistoirecentral, grands-rabbins étaient des instruments administratifs établis par Napoléon I. Avec la loi nouvellé, ces cadres tombent et c’est la communauté, telle que l’ont constituée les circonstances géographiques et historiques, ou telle que les constitueront les nécessités nouvelles, qui va reprendre son ancienne figure de groupe déterminé et autonome. Déjà, sous le régime d’autrefois, les communautés supportaient difficilement d’être soumises au contrôle des consistoires. Il est à présumer que, maintenant qu’elles seront tout à fait libres, elles n’accepteront pas d’ingérence extérieure dans leurs affaires.

« Est-ce à dire que ces communautés demeureront sans lien les unes avec les autres ? Ce serait l’atomisation, la dispersion en poussière du judaïsme français. Tous ceux qui ont à cœur la conservation et le développement du culte israélite dans notre pays demandent que les communautés ne restent point à l’état de groupements isolés et jalousement clos,

mais que, tout en conservant chacune son

autonomie, elles affirment leur résolution de solidarité avec l’ensemble de leurs frères.

« C’est dans ce sens qu'a été élaboré et

adopté provisoirement par le consistoire cen-

tral un texte de statuts modèles pour associations cultuelles israélites. Ce texte a été communiqué aux communautés, pour qu’elles puissent présenter les objections qu’il pourrait leur suggérer.

« Ces statuts prévoient une réunion des associations, à la tête de laquelle serait placé un conseil qui aurait la haute direction du judaïsme français.

« Dans les dépenses du budget ordinaire serait comprise une contribution que l’association verserait à l’Union centrale des associations cultuelles israélites, ainsi que les subventions qu’elle pourrait allouer directement à d’autres associations cultuelles. Le rabbin serait nommé par une commission composée des membres du Conseil d'administration et d’un nombre égal de délégués élus par Passociation. La rémunération serait soumise à l’approbation du Conseil de l'Union des associations.

« Gest ce dernier point qui est le plus délicat. Les communautés ont toujours entendu, ellesentendront plus que jamais être maîtresses dans le choix de leurs fonctionnaires. Et cependant, d’un autre côté, suivant de bons esprits, il serait désirable que le rabbin ne fût pas sous la dépendance absolue de sa communauté, quil pât, en cas d’injustice ou de dissentiment, se sentir soutenu dansses droits et dans sa dignité par un comité d’hommes ayant le prestige de la valeur personnelle, Pautorité du jugement impartial et Péclat des services rendus. La seule chance que les communautés acceptent la haute direction d’un Conseil central, ce serait qu'elles sentissent effectivement à la tête du judaïsme français des individualités réunissant les qualités que nous venons de dire. Ce serait aussi que l'Union centrale accordât dessubsidesaux associations. Elle aurait là un moyen d'imposer sa manière de voir, car, au cas où l'association s’obstinerait, l’Union lui refuserait toute allocation.

« Comment la Séparation est-elle accueillie

par les juifs français ? Pour aussi loin que s'étendent nos informations, nous pouvons assurer que la très grande majorité se montre plutôt favorable au nouvel état de choses.

« On ne saurait envisager sérieusement l'hypothèse que la somme allouée jusqu'ici par l'Etat et qui ne s'élevait pas à 200,000 francs

ne puisse être retrouvée. Lés grandes com-

munautés ne souffriront pas des nouvelles conditions. Quant aux petites communautés, elles s’associeront avec une plus grande ou entre elles, et, en cas d'insuffisance de ressources, recevront ie nécessaire de la caisse centrale.

« Voilà pour le côté matériel. En ce qui concerne le côté spirituel, beaucoup se ré jouissent du fait de la Séparation, car ils en espèrent une ère de plus fécondes destinées, un rajeunissement de vitalité. Bien des personnes qui naguère languissaient dans une tiédeur voisine du point de congélation, secoueront leur indifférence, suivront avec intérêt les phases nouvelles où vont s'engager les vieilles croyances de leurs pères et reviendront à une

pratique plus assidue de la foi.

« D'autre part, comme ce sera le règne de la pleine liberté, toutes les nuances de l’arcen-ciel religieux auront occasion et pouvoir de se manifester. À côté des orthodoxes de stricte observance et des conservateurs modérés qui seuls existaient jusqu’à ces temps derniers, les libéraux auront eux aussi leur tente au : camp de Juda, et pourront s'appliquer à la réalisation de leur vue, qui est d’harmoniser la foi avec les exigences légitimes de la science, de la conscience et de la socialité modernes.

Déjà un groupe important de personnalités du judaïsme parisien s’est réuni ; il a jeté les bases d’une association libérale. Cette association aura son organisation et son rabbin propres. Elle célèbrera un office le dimanche matin, où la plupart des prières seront en français. À côté du prédicateur attitré, toutes personnes jugées aptes pourront porter la parole. L’instruction s’inspirera des résultats avérés du savoir contemporain. Mais, enmêmetemps, cette association entend ne point se séparer

de l’Union générale et ses membres entendent

contribuér aux dépenses et aux œuvres communes. | |

« Tels sont, dans leurs grands traits, les

différents aspects sous lesquels la question de la Séparation se présente actuellement parmi les israélites. Je dis « actuellement », car on en est encore à la période de tâtonnement, et c’estseulement dans quelques mois qu’on connaîtra exactement les conséquences où la nouvelle loi aura conduit le judaïsme français.

Un rabbin, lecteur de « l'Avant-Garde, »

Anathème d'Innocent III contre la Grande Charte d'Angleterre (!).

Quia vero nobis a Domino dictum est in Propheta : Constitui te super gentes, et Regna, ut evellas, et destruas, ædifices et planles (2). Itemque per alium Prophetam : Dissolve colligationes impietatis, solve fasciculos' deprimentes (3) Nos tantæ malignitatis audaciam dissimulare nolentes in Apostolicæ Se-

dis contemptum, Regalis juris dispendium,

(1) Extrait de la bulle £tsi carissimus du 23 août 1215, Bullaire romain, édition Cocquelines, t. I, p.172, ss. Voir plus haut, p. LXIII, n, 2.

(2) Jerem. 4, 10.

(3) Isaï. 58, 6.

Anglicanæ gentis opprobrium, et grave periculum totius negotii Crucifixi, quod utique immineret, nisi per auctoritatem nostram revocarentur Omnia, quæ a tanto Principe Cruce signato taliter suntexorta, et ipso volente ea servare, EX PARTE DEI OMNIPOTENTIS PATRIS ET FILII, ET SPIRITUS SANCTI, AUCTORI- TATE QUOQUE APOSTOLORUM PETRI ET PAULI AC NosTRA de communi Fratrum nostrorum consillo compositionem hujusmodi reprobamus penitus, et damnamus sub intimatione ANA- THEMATIS prohibentes, ne dictus Rex eam observare præsumat, aut Barones cum complicibus suis ipsam exigant observari : tam chartam quam obligationes, seu cautiones quæcumque pro ipsa, vel de ipsa sunt factæ irritantes penitus et cassantes; ut nullo un-

quam tempore aliquam habeant firmitatem.

Mentalité cléricale.

Ce qu'on peut lire dans un des principaux organes du catholicisme en mars 1906 (1)

Constantinople, 12 mars.

Enlèvement d'enfants par des juifs.

Une vraie terreur règne parmi les populations chrétiennes des différents quartiers de (4) La lettre qu'on va lire a été publiée dans la

Vérité Française, du 19 mars 1906.

Je pense que tout commentaire est inutile et

qu’on se sentira douloureusement ému en voyant .

les armes empoisonnées avec lesquelles des gens qui se disent catholiques cherchent à défendre leur foi, à l’aurore du vingtième siècle.

Certes l’anticléricalisme en arrive quelquefois à

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