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date irréelle et vaine. Il marquera le point de départ d’une véritable révolution religieuse, de la transformation la plus décisive que depuis cent années ait subie le peuple français.
Nous saluons, nous, cette date comme un commencement et non comme une fin, comme une aube qui annonce le grand jour, et non comme un crépuscule où la lumière s’éteint.
Nous croyons que la Séparation des Eglises et de l’Etat est le moyen dont Dieu va se servir pour nous renouveler.
Aucun renouvellement ne se fait sans un dépouillement. Aucune naissance n’a lieu sans douleurs. L'année 1906 sera, pour nos églises, une année de peine, de tracas et souvent de tristesses. Beaucoup, peut-être le plus grand nombre parmi nous, tremblent déjà à l'approche de la hberté et redoutent la poussée de démocratie qui se fait déjà sentir en plusieurs de nos paroisses et bientôt les remuera toutes.
Le peuple protestant, demain, sera maître de lui-même. Les autorités ecclésiastiques sont jetées à terre du coup de faux de la loi. Les
pasteurs chefs inamovibles des paroisses, jus-
qu'au 31 décembre, sont, dès le 1° janvier, à la merci de leurs paroïissiens qui ont le droit de leur accorder ou de leur refuser un nouveau mandat. Les Conseils presbytéraux et les Consistoires ne se survivront à eux-mêmes que quelques mois, pour faire leur testament et préparer leurs propres obsèques. Les partis ecclésiastiques, dont les cadres déjà sont brisés, disparaîtront à leur tour, comme s’en vont les molécules usées d’un organisme vivant.
L'autorité nouvelle sera dans l’église locale, dans le peuple protestant délibérant et agissant en ses assemblées de paroisse. C’est là que tout sera décidé souverainement, et.les ordres du jour des chefs de parti pèserontsur ces décisions d’un poids bien léger.
En plusieurs endroits, àla campagne comme à la ville, les protestants déjà se consultent, se réunissent, délibèrent, prennent en mains les destinées de leur église. Ils sont un peu hésitants et très troublés, ainsi que des mineurs sous tutelle subitement émancipés.
Mais déjà on peut constater qu'ils ne seront
pas au-dessous de la tâche qui s'impose à eux, indignes de la liberté qui leur est donnée. Ils veulent conserver leur vieille église protestante, et plusieurs les avaient calomniés qui prétendaient qu'indifférents à son sort ils la laisseraient mourir. Les indifférents aujourd’hui sortent de leur torpeur. Dans deux mois on pourra faire le total des protestants et des protestantes inscrits sur les registres des associations cultuelles. Il n’y en aura pas beaucoup qui auront manqué à Pappel.
Et l’avènement du peuple protestant au pouvoir, la prise de possession par lui de autorité ecclésiastique, fera la simplification des problèmes auxquels les vieux partis appliquent depuis si longtemps leur esprit routinier sans pouvoir en trouver la solution. Car notre peuple, heureusement, n’est ni Droite, ni Gauche, ni Centre: il n’est que protestant. Il veut rester chrétien. Le sectarisme théologiqueet ecclésiastique ne l’a pas atteint plus bas que la surface. Il pense que l'Evangile est pour tous, et que pourvu qu’on veuille servir Dieu et reconnaître Jésus-Christ pourle Sau-
veur, on est de droit membre de l'Eglise. Il est demeuré, malgré les efforts des partis pour l’enrégimenter sous des bannières rivales, à la fois attaché aux dogmes anciens, mais sans fanatisme, uniquementpar tradition, et très résolument épris de liberté ecclésiastique et de fraternité. Il ne conçoit pas l'Eglise à l’état de compartiments séparés et distincts, à l’état de discorde. Le support mutuel, la tolérance, la concorde lui semblent justement l'idéal de l'Eglise chrétienne. Et si les vieux lutteurs du corps pastoral sont toujours debout dans l'arène, cuirassés et casqués, et du geste, de la voix défiant leurs anciens adversaires, on voit au contraire, ici et là, même les militants les plus ardents jadis parmi les laïques, les hommes de la bataille ecclésiastique orthodoxo-libérale se munir de feuilles d'olivier pour aller offrir la paix et la fraternité à ceux du camp opposé.
Il y aura des schismes, oui, partiels et restreints, des schismes locaux. Le grand schisme né se fera pas, quels que soient les votes des
Synodes ou autres assemblées de partis, parce
que les protestants n’en veulent pas, et qu'ils sont les arbitres de la situation ecclésiastique.
Et ce qui sortira finalement de l'agitation qui commence à descendre dans la masse, ce que produiront les examens de conscience inévitables à l'heure où il faut prendre des résolutions viriles, les sacrifices qu'il va falloir consentir, sacrifices d'argent et aussi de pré- Jugés et d’inimitiés personnelles, l’activité qu’il va falloir ‘déployer, ce que produira ce mouvement des âmes tirées par la force des choses de leur sommeil, ce sera un intérêt nouveau pour l’église, un attachement plus profond à l'Evangile dont la valeur apparaîtra plus grande, un désir plus vif de se rapprocher du Sauveur sans lequel Péglise ellemême ne serait plus qu’une institution vaine et vide, ce sera le réveil religieux, un réveil populaire et bien français, bien huguenot, renaissance d’une piété humble, simple et forte, et d’une moralité haute et joyeuse.
Frères laïques, à l’œuvre ! À l’œuvre partout, dans toutes les églises ! À l’œuvre avec
confiance, pour la foi et pour la fraternité; n’at-
tendez pas ! il n'y a rien à attendre que votre effort personnel, pour reconstituer vos églises dans la fidélité à Jésus-Christ et dans l’amour chrétien!
Que Dieu bénisse votre effort! et qu’au 1° janvier 1907, si nous sommes encore vivants ici-bas, nous puissions aller tous dans nos temples pour célébrer avec l’allégresse du chant des vieux psaumes et par des prières d'actions de grâce la réorganisation, achevée dans la paix protestante, des églises huguenotes, désormais unies pour le bon combat contre l’incrédulité et l’immoralité, capables de faire rayonner à travers la patrie la lu-
mière de l'Evangile!
Louis Laron.
Les Israélites et la Séparation (1).