L&GENDRE] NOTRE LITTÉRATURE NATIONALE
ments, moqueries, rien n'y fait, Celai en qui Dieu a mis cette étincelle vivante ne peut l'éteindre; et, s'il ne la fait pas servir à rayonner au dehors, elle concentre son feu au dedans et le consume lui-même,
Et c'est là le secret de biea des existences dévoyées ou brisées, de bien des chutes retentissantes, de bien des morts prématurées et de tant de ces passages étincelants et rapides qui ont laissé dans le monde une trainée lumineuse et qui, comme les météores de la nuit, se sont effacés dans les ténèbres de l'oubli, sans pouvoir imprimer un sillon permanent,
Quand vous lirez un livre, pensez bien à toutes ces choses. Pensez à cette intelligence qui s'est détachée, en quelque sorte, de tout ce qui l'entou.e, pour s'emprisonner dans une idée, comme le marin s'emprisonne duns su barque. Pensez à ce cœur qui s'est isolé, qui est descendu en lui même, qui s'est quelquefois déchiré afin de pouvoir faire vibrer la note véritable de la douleur,
Un Jivreun bon livre—représente toujours quelque dévoûñment secret, quelque douleur cachée, mais réelle. C'est le sentiment le plus intime d'une âme qui se dévoile et qui demande, qui mérite l'affection et le respect.
Oui, Messieurs. notre littérature, elle est bien à nous ; et nous avons droit d'en être fiers. C'est elle, en grande partie, qui nous à sauvés dans le passé ; c'est elle qui nous fera grands dans l'avenir.
Car, il ne faut pas l'oublier, c'est par ses lettres qu'on juge de la grandeur d'un peuple.
Comptez les nations dont le nom est resté inserit dans l’histoire de l'humanité,et qui, encore aujourd'hui, éclairent de leurs lumières la marche du monde moderne. Toutes ont été des nations lettrées. Car les lettres et les arts sont la plus haute expression de la vraie civilisation.
Otez au peuple hébreu ses livres inspirés ; ôtez à l'Egypte ses savantes inscriptions ; enlevez à la Grèce et à Rome leurs poètes, leurs orateurs et leurs historiens, et que vous restera-t-il de ces nations renommées ? Un souvenir vague et confus, une hnage sans contours précis, comme celle que présentent les grands empires des Aztèques et des Incas dont les actions et la vie appartiennent plutôt à la mythologie qu'à l'histoire et sont plus propres à provoquer les élans de l'imagination et du rêve que les travaux de l'intelligence, Ce sont des peuplades dont la trace peu marquée se perd duns l'oubli.
Et pour parler des temps plus rapprochés de nous, parcourez l'histoire des diverses nations de l’Europe, et cherchez celles qui jettent sur le monde le plus brillant éclat ; vous verrez invariablement que ce sont celles qui ont eu des poètes, des historiens. des orateurs pour chanter et immortaliser leurs huuts-faits ; qui ont eu des sculpteurs, des peintres, des musi ciens pour rehausser leur nom et lPinscrire sur tous les points du globe, dans les annales de l'humanité.
Et pour préciser davantage, comparez le règne de Louis XIV, le Roi-
Soleil, avec celui de Bonaparte, le grand empereur. Le premier de ces monarques à sans doute fait de grandes choses. La France, avec lui, a marché à la tête des nations de l’Europe et le poids de son épée entraînait presque toujours de son côté le plateau de la balance. Napoléon I‘, cependant, a été encore plus grand ; soutenu de “on seul génie, il a mis l'Europe à ses pieds ; il a fait trembler, par le seul éciat de son nom redoutable, tout le monde civilisé; et, sous son règne, la France a marché, non seulement à la tête de l'Europe, mais à la tête du monde entier. Il n’a fallu rien moins que les efforts réunis d'une ligue à peu près universelle, aidée de la trahison, pour renverser le colosse. Le premier a fuit de grands drames, mais le second a produit une prodigieuse épopée. Et cependant, aujourd’hui, lequel des deux règnes jette le plus d'éclat? N'est-ce pas celui de Louis XIV? Ah! Messieurs, c’est parce que l’un à eu toute une pléiade de grands écrivains qui l’ont immortalisé. C'est parce que les actions du roi se sont produites à au milieu du grand rayonnement littéraire qui illuminait cette époque, et que chacun de ses actes, photographié, agrandi, en quekque sorte, à mesure qu'il se nrésentait, a été transmis à la ROME revêtu de cette espèce d’auréole «ue les lettres et les arts prêtent à tout ce qu'ils touchent, en dissimolant les défauts et en faisant ressortir les traits les plus favorables. Si les exploits de Napoléon avaient eu pour les peindre les génies qui ont illustré les actions de Louis XIV, ce règne impérial, malgré ses moments de faiblesse, formerait dans les annales du monde une époque éblouissante.
Remarquons, Messieurs, que je parle ici à un point de vue purement humain, et que je ne veux en aucune manière toucher à un ordre d'idées qui est tout à fait en dehors de ma compétence et sur lequel, du reste, je
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n'ai pas l'ambition de me prononcer, Mais n’avais-je pas raison de dire que les lettres et les arts sont le véritable critérium par lequel on juge de la civilisation et de la grandeur d’un peuple ?
Et si nous appliquons ce principe à notre existence nationale, ne trou: