‹ A propos de quelques cas de fausses tuberculosés observés dans la pratique sanatorialeChapitre 125 sur 139 · I — CAS DE SUJETS VIERGES DE TOUTE INFECTION TUBERCULEUSE · texte numérisé non relu

I — CAS DE SUJETS VIERGES DE TOUTE INFECTION TUBERCULEUSE

Ces sujets sont exposés à la primo-infection tuberculeuse. Ce fait est bien connu, nous n’avons donc pas à y insister. Le danger existe malgré toutes les mesu-

res d'hygiène pouvant être prises, et il n’est jamais possible de prévoir quels seront l’évolution immédiate et l’avenir éloigné de cette primo-infection.

Nous avons recueilli plusieurs cas de primo-infection en sanatorium :

A. — OBSERVATION de Mile M. Y..., 17 ans,

Rien à signaler dans les antécédentes héréditaires.

Le début de la maladie remonte à l’âge de 3 ans, par une coqueluche, depuis laquelle cette malade présente une toux continuelle avec une expectoration matinale abondante.

A certains moments, le diagnostic de dilatation des bronches a été porté.

En décembre 1933 : point de côté de la base gauche, température à 38°, toux, dyspnée, quelques crachats hémoptoïques.

En avril 1938, un examen radiologique aurait montré : « séquelles de pleurésie gauche, condensation de la base droite ». Bacilloscopie positive à ce moment. On propose une cure sanatoriale.

Arrivée en sanatorium le 30 juin 1938. À ce moment, l’état général est médiocre, le poids de 37 kgs 700 pour une taille de 1 m. 61, il existe de l’asthénie, la température est normale, la toux fréquente, l’expectoration abondante très purulente, surtout matinale : un demi-crachoir par jour.

Il existe une rétraction très marquée de la base de l’hémithorax gauche. L’auscultation fait entendre des bruits gargouillants aux deux bases.

Radiologiquement, le médiastin est un peu dévié à gauche. Les deux bases thoraciques sont rétractées avec prédominance gauche, le diaphragme est irrégulier, festonné, les culs-de-sac diaphragmatiques sont comblés à droite et à gauche. Dans l’ensemble des deux champs pulmo-

naires, il existe une image de sclérose interstitielle diffuse prédominant aux bases, on remarque aussi quelques -opacités nodulaires de dimension variable, dans les régions para-hilaires et les bases.

Quatre bacilloscopies sont négatives. L'état général s’améliore peu à peu. Aussi, on met en doute la positivité de la bacilloscopie pratiquée avant l’entrée.

Le 16 août, on pratique une cuti-réaction qui est négative.

Le 1° septembre, la température s’élève, elle monte en trois jours à 39°8, reste cinq jours aux environs de 39°5 puis retourne à la normale en six jours. Le 13 septembre, on pratique à nouveau une cuti-réaction qui est très fortement positive.

Durant cette période fébrile, l’expectoration a très fortement augmenté, sans vomique, ni autre signe.

Il ne s’est produit aucune modification radiologique ni stéthoscopique. Le poids n’a baissé que de 400 grammes.

Du 27 septembre au 13 octobre, on pratique sept nouvelles bacilloscopies, avec une particulière attention; six examens directs et une homogénéisation qui sont négatifs

La malade quitte le sanatorium le 14 décembre 1938.

Le poids avait augmenté de 10 kgs pendant le séjour; pour le reste, il n’y avait aucune modification.

Conclusions. — 1° Cette malade avait été considérée comme tuberculeuse et envoyée en sanatorium à la suite d’une bacilloscopie positive. Or, il est possible d’affirmer que ce résultat était erroné comme le prouvent les onze examens négatifs sur une expectoration toujours purulente et abondante, pratiqués au sanatorium avec une particulière attention, ainsi que la négativité initiale puis le virage de la cuti-réaction. D’autre part, cette jeune fille vivait dans un village écarté d’un département montagneux. La netteté de la symptomatologie imposait donc le

diagnostic initial de bronchectasie sans tuberculose associée.

2° Cette maladie a fait en sanatorium une primo-infection tuberculeuse marquée uniquement par un épisode fébrile accompagné du virage de la cuti-réaction.

B. —— UN AUTRE CAS NOUS A ÉTÉ COMMUNIQUÉ PAR LE DOcTEUR BONAFÉ :

Il s’agit d’un militaire entré durant l'hiver 1939-40 à l'Hôpital complémentaire/Sanatorium du Rhône, suspect de tuberculose. Sa cuti-réaction était négative, il n'existait aucun signe clinique ou radiologique de tuberculose. Durant le séjour, la cuti-réaction devint positive et l’on vit apparaître radiologiquement une spléno-pneumonie soushilaire avec élimination de quelques bacilles tuberculeux.

C. — Nous signalons que le malade que nous avons cité au chapitre de la syphilis pulmonaire (observation n° 2) présentait à son entrée au sanatorium une intradermo réaction négative au 1/500°, et durant son séjour la cuti-reaction devint positive sans autre symptôme. Mais ce cas doit conduire à quelques réserves que nous, signalerons plus loin.

Aucun de ces cas ne semble avoir eu jusqu'ici une évolution grave ; cependant le fait aurait pu, ou peut encore se produire. Rappelons simplement l’observation récemment publiée par Sakka, dans laquelle une élève infirmière à cuti-réaction négative fit une tuberculose rapidement mortelle, après un stage en sanatorium.

Concluons donc que les sujets à réactions tuberculiniques négatives ne doivent jamais être gardés en sanatorium ; sauf dans le cas absolument exceptionnel

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