II. — EXPOSE DE L’'OBSERVATION
(Sanatorium de La Savoie, N° 71. —— PAVIE, LEFÈVRE, RossiGNoL : Hauteville-Lompnès Médical, octob. 1936).
Mlle D... 33 ans, entrée le 10 avril 1936.
Le père de cette malade est mort tuberculeux, sa mère est bien portante, elle a huit frères et sœurs dont trois sont tuberculeux.
Le début de l'affection pulmonaire remonte à 1926 par une pleuro-pneumonie gauche à convalescence longue. Un an après, elle présenta des troubles laryngés, puis, l’année suivante encore, une congestion pulmonaire.
En 1931, elle eut une hémoptysie d’un verre ; en 1932, un abcès de la bouche puis une pneumonie gauche.
Durant l'hiver 1934-1935 survint une grippe avec hémoptysie fractionnée fébrile, toux, expectoration non bacillifère, amaigrissement de plusieurs kilogs.
En février 1936, nouvelle grippe avec toux, expectoration, amaïigrissement. Un examen au dispensaire ne permet pas d'arriver à un diagnostic précis; aussi on demande une mise en observation en sanatorium dans le but de préciser la nature de l'affection pulmonaire en cause.
A l'entrée au Sanatorium de « La Savoie » l’état général est moyen, la température à 38° le soir, la toux est légère, l’expectoration abondante, atteignant presque un crachoir par 24 heures, visqueuse, adhérente au récipient, plus ou moins striée de sang selon les jours.
L’auscultation ne fait entendre, à certains moments, qu’une respiration troublée et un peu rude aux sommets, et à d’autres, des signes de bronchite disséminés sans foyer fixe.
La radiographie montre une image pulmonaire sensiblement normale. La trame est un peu accentuée surtout du côté droit.
Quatre bacilloscopies pratiquées très soigneusement sont négatives. On pense alors à une bronchectasie, bien que l’expectoration soit peu purulente. Un examen lipiodolé complet de l’arbre bronchique est pratiqué, il ne montre aucune anomalie des conduits.
Dans ces conditions, comment interpréter cette atteinte bronchique d'ffuse, sans participation parenchymateuse évidente ?
L'hypothèse d’une bronchite syphilitique est envisagée.
Cependant aucun antécédent ne permet d’y penser, et les réactions de Wassermann, de Hecht et de Kahn sont négatives.
On reprend alors de façon plus complète l'examen de l’expectoration avec l’espoir d'y trouver une explication valable.
La flore est polymorphe, assez banale, sans prédominance particulière. Les pneumobacilles de Friedlander y sont simplement assez nombreux. On ne trouve ni spore, ni mycelium.
Par contre la coloration de Fontana-Tribondeau révèle des spirochètes extrêmement nombreux sur tous les champs, l’ultra-microscope montre leur grande mobilité. Le nombre de ces spirochètes permet de les considérer comme l’agent causal.
Un traitement par le stovarsol en ingestion est entrepris : trois séries durant 5-6 jours, à raison de 0 gr. 50 par jour. L’action de cette thérapeutique est très nette : lexpectoration diminue progressivement et sa flore spirillaire disparaît; la température redevient normale.
A ce moment, la malade décide brusquement de par- Ur.
Le départ anticipé de la malade n’a pas permis de suivre ce Cas aussi complètement qu’il aurait été souhaïtable, et d'établir avec certitude s’il s’agit d’une forme chronique de spirochètose primitive type Castellani, cas qui semble cependant le plus vraisemblable, ou d’une association secondaire à une affection respiratoire aïgué. Il y a un certain temps, la première interprétation aurait prévalu. Mais aujourd’hui, l’on connaît mieux la fréquence de l’association spirillaire à la suite de foyers curables gangréneux ou suppuratifs des voies respiratoires, ce qui doit conduire à quelques réserves dans cette conclusion.