I. — HISTORIQUE
C'est en 1856 que Retzius décrivit à l’Académie de Stockholm, l’espace prépéritonéal qui depuis porte son nom. Deux ans plus tard, en 1858, Hyrtl traduisait cette communication à l’Académie de Vienne, puis Constantin Paul faisait paraître, dans le Bulletin de la Société anatomique de Paris des « études anatomiques nouvelles sur la région hypogastrique » qui vulgarisaient en France la conception de l'anatomiste suédois. Mais il en est des phlegmons de la cavité de Retzius comme de l’appendicite, et avant la localisation exacte de l'affec- - tion, celle-ci n’en existait pas moins. Bouilly dans sa thèse de 1880 réunit la plupart des faits antérieurs à 1879. II cite des cas très anciens où le diagnostic rétrospectif est possible: telle lobservation d'Helwig, au sujet d’une femme de Nuremberg crue enceinte, qui meurt au onzième mois de sa soi-disant grossesse. A l’autopsie on voit qu’à la partie supérieure et antérieure de la vessie, il y avait un abcès considérable rempli de pus abondant et félide qui s’étendait sur une large
étendue, entre les deux tuniques de cet organe sans lésions profondes de la tunique interne. Le mari de la morte ‘rapporta qu'il se souvenait que plus d’un an auparavant sa femme avait conduit une vache qui se défendait et qui l'avait violemment frappée dans la région du pubis, elle n’avait d’abord pas fait attention à la douleur et à la lésion locale.
Trécourt dans les Mémoires et observations de chirurgie, en 1879 raconte l’histoire d’un malade qui fit « un dépôt à la cuisse » qui suppura pendant un an, puis un nouveau dépôt au niveau de la ligne blanche. Trécourt l’incise. « Ayant porté le doigt, dit-il, dans le fond de l’abcès, je trouvais un vide si considérable que je passais facilement le doigt du côté gauche et la ligne aponévrotique de la ligne blanche. »
En 1697 Manquest de la Motte écrivit : « Au mois d'avril 1697, un soldat du régiment de Viantès fut conduit à l'hôpital pour une douleur qui s’étendait sur toute la capacité de l’abdomen, si grande, si vive qu’à peine pouvait-il souffrir la chemise dessus. » Suivant la thérapeutique alors à la mode, on le saigne plusieurs jours de suite, on lui donne trois lavements par jour d’une décoction émolliente et résolutive et cela pendant dix jours. Une petile tumeur apparaît alors à la partie supérieure et latérale de la région hypogastrique droite. : «-Je pinçais, dit Manquest de la Motte,la peau d’un côté et en fis faire autant à mon garçon de l’autre : puis je coupais avec mon bistouri droit ce que j'avais pincé : cette incision découvrit jusqu’à la membrane des mus-
cles que j’ouvris avec toute la délicatesse possible. » Il
ECM
crut entrer dans le péritoine: en réalité comme le fait remarquer Sabatier il était dans l’espace prévésical : le malade guérit en six jours.
En 1824 Boyer étudiait les abcès de la paroi de l’abdomen dans son 7raité des maladies chirurgicales.
En 1848 Saint-Blanquez et Degranges, l’un dans la Gazette Médicale, l'autre dans la Gazette des Hôpitaux citaient de ces faits survenus à la suite d’avortements et d’accouchements.
Bernutz en 1850 en rapporte plusieurs cas.
A partir de 1856 les observations deviennent plus nombreuses, plus explicites : observations de Gosselin en juin 1864 dans l’Union Médicale, de Jolly en 1867 communiquée à la Société anatomique, de Worms en 1867, également publiée dans la Gazette des Hôpitaux.
En 1871 Labuze en fait le sujet de sa thèse.
En 1874 le D' Cuignet publie dans le Bulletin Médical du Nord une ancienne observation d’hématocèle hypogastrique dans la cavité de Retzius.
En 1877 toute une série de cas sont signalés, par Arnould dans le Bulletin Médical du Nord, par Faucon dans les Archives générales de médecine, par Poisson qui, dans sa thèse sur les phlegmons de la paroi antérieure de l'abdomen, consacre un gros chapitre aux phlegmons prévésicaux.
Également en 1877, Heurtaux, de Nantes, décrit la variété des phlegmons sous-ombilicaux qui a gardé son nom.
L'année suivante Castadena y Campos fait une thèse sur les phlegmons de la cavité de Retzius. En même
temps Dujardin-Beaumetz fait une communication à la Société médicale des Hôpitaux, Besnier donne une observation dans les Archives générales de Médecine et Reliquet une autre dans l’Union Médicale.
Dans la Gazette Médicale des Hôpitaux Guyon leur consacre un article en 1879. Ils font le sujet de la thèse de Gérardin, et Segond, dans la sienne sur les abcès de la prostate, les décrit comme une complication rare de ces abcès.
En plus de la thèse de Bouilly qui englobe toutes les observations antérieures, paraissent en 1880, à Lille, la thèse de Macarez et une clinique de Tillaux dans la Gazette.
À partir de cette époque et jusqu’à ces dernières années les observations se clairsèment. Péan cite les phlegmons de la cavité de Retzius dans son Traité diagnostique des tumeurs de l'abdomen, et la même année, en 1885, paraît l’importante thèse de Villers, de Nancy.
En 1894 Blot à Paris, Liebold à Berlin font leurs thèses sur ce sujet ; l’année suivante, dans le Medical Record de New-York, Füller cite des observations personnelles.
Le même sujet a inspiré les thèses récentes de Meignant, 1895, de Géraudie de Montpellier, 1903, qui ont surtout étudié l’origine lymphatique de la plupart de ces phlegmons, reprenant les idées développées l’année précédente par Léon Imbert au Congrès d’'Urologie.
Les observations isolées de Puech (Gazette des Hôpitaux, 1897), de Termet (Archives générales de Médecine, 1898), de Pasteau (Congrès de chirurgie de 1900),
Marty 2
Ra er RES
de Wyeth de New-York en 1902, de Bird (Lancet, 1902, « Clinicals remarks on some tumors of the anterior abdominal wall >) précisent successivement des aspects cliniques et étiologiques nouveaux.
Parmi les cent observations collectionnées par Joüon dans son article sur les déchirures de la vessie par fractures du bassin, nous trouvons un grand nombre de phlegmons urineux de la cavité de Reizius (Annales des maladies des organes génito-urinaires, septembre 1902).
Enfin dans ces quatre dernières années nous énumérerons l’article de B. Honsell, celui de Reygasse dans le Languedoc Médico-Chirurgical de 1905 qui précise l’origine souvent lymphatique de ces phlegmons, déjà esquissée par Imbert et Géraudie, la revue générale de Cotte dans la Gazette des Hôpitaux de 1905, l’observation de H. Müller et Desgouttes sur une variété rare, le phlegmon ligneux de la cavité de Retzius, dont l'histoire clinique sera à nouveau décrite, cette année mème, en 1909, au dernier Congrès de l'Association française d'Urologie par M. Legueu.
En 1908 encore, English, de Vienne, a fait paraître deux gros articles dans la Folia urologica, en mai et juillet sur la cavité propéritonéale et les affections de son tissu cellulaire. Entre temps, en août, Eising dans les Annals of Surgery pübliait sur ce mème sujet une revue générale.
En mai 1909, Ruotte fait paraître un article de thérapeutique dans les Archives de Médecine et de Pharma-
cie militaire, il y préconise le drainage périnéal des
abcès de la cavité de Retzius tout comme les chirurgiens
actuels (Picqué, communication à la Société de Chirur-
gie, 1907) le recommandent dans les collections puru-
lentes pelviennes d’origine appendiculaire ou autres.
Enfin le dernier article que nous connaissions a paru dans la Revista Medica le 25 août 1909 sous la signature de Gasbarrini, de. Sienne, qui relate le cas d'une femme de 25 ans atteinte d’un kyste à ecchinocoque de
la cavité de Retzius.