PRONOSTIC
Après cet exposé, peut-on tirer quelques notions qui permettent de dire, en présence d’une streptococcémie, si elle se terminera par la guérison ou par la mort.
A priori, il semble que non, puisque nous avons trouvé une grande analogie étiologique et symptomatique de ces streptococcémies avec les streptococcémies mortelles.
Il semble plus facile de distinguer celles qui doivent évoluer vers la mort, car certains indices constituent des facteurs de gravité qui font d'emblée éliminer la possibilité d’une terminaison heureuse.
Telles sont les formes à début dramatique avec grand frisson, vomissements, diarrhée, dyspnée toxique, hyperthermie ; les formes à tendance hémorragique avec épistaxis, gingivorragie, purpura; les formes atteignent des individus débilités ou tarés, et en premier lieu les cardiaques, puis les hépatiques, les rénaux, les vieillards ; les formes à localisations multiples et concomitiantes. À part ces formes qui d'emblée impressionnent par leur caractère de gravité et font repousser la possibilité d'une évolution heureuse, il est extrêmement difficile de se prononcer.
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Dans nos observations, nous avons en effet des formes qui ont guéri, malgré un certain nombre de facteurs de gravité; malgré un début alarmant, avec subcoma (obs. XI), malgré une température à grandes oscillations et de longue durée, avec un pouls rapide, malgré un état général très touché et une anémie accentuée, malgré la présence d’ictère, d’oligurie, malgré même la présence d’endocardite.
Nous avons déjà insisté sur le caractère de gravité de cette complication, et sur sa signification qui équivaut à un arrêt de mort.
Dans deux cas, un certain (obs. III) et un seulement probable (obs. VII), l’évolution s’est cependant faite vers la guérison.
Dans le 1°", l’endocardite avait même déterminé plusieurs localisations secondaires,un infarctus pulmonaire et des abcès sous-cutanés multiples.
Mais ces localisations eurent lieu à un certain intervalle les unes des autres, et les abcès sous-cutanés eurent upe évolution subaiguë ; ils se comportèrent comme des abcès à peine chauds.
Dans le 2°, les deux localisations eurent lieu également à un certain intervalle l’une de l’autre ; le genou a bien dû être ouvert chirurgicalement, mais il a eu une évolution relativement subaiguë, et était déjà indolore et apyrétique quand la localisation médio-tarsienne est survenue.
Elle-même a eu une évolution subaiguë ; puisqu'elle a guéri sans suppuralion.
Nous pouvons en rapprocher l’obs. IT dans laquelle
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il n'y a pas eu d’endocardite, mais plusieurs localisations (deux veineuses, une aticulaire). La phlébite humérale ne se produisit qu'après la guérison de la phlébite fémorale et l’arthrite de la main ne se développa qu'après la cessation des symptômes phlébitiques du bras.
Il semble donc que: ces localisations même multiples, restent en faveur d’une streptococcémie à évolution favorable à la condition que leur allure soit subaiguë et que leur apparition se fasse à bascule. L’une apparais-
sant quand l’autre est déjà éteinte. Renault insiste sur
ce fait dans l'obs. que nous lui empruntons (obs. 1).
L'organisme aurait assez de résistance pour ne tolérer qu’un foyer à la fois.
A part cela, il semble qu'aucun élément ne permet de présumer que l’évolution se fera dans tel sens plutôt que dans tel autre.
Nous laissons évidemment de côté les formes bénignes ou éphémères.
En présence d’une forme de gravité moyenne, on devra donc être extrêmement circonspect quant au pronostic. Nous avons vu que des formes même d’allure grave pouvaient présenter une évolution favorable.
La présence du streptocoque, même du type hémolytique, ne doit donc pas empêcher d'espérer la guérison.