‹ A propos de quelques cas de Typho-Anémie observés dans une clientèle du Département de la MoselleChapitre 24 sur 27 · EXPERIENCES PERSONNELLES CASIN · texte numérisé non relu

EXPERIENCES PERSONNELLES CASIN

Jument, grise pommelée, âgée de 8 à 9 ans, demi-lourd. — Appelé le 7 sèptembre 1926 chez H.., à St, celui-ci me présente un cheval au signalement sus-indiqué. Sur mes questions, il me déclare que son cheval montre depuis quelque temps une fatigue très prononcée. Il a de plus remarqué une inappétance inaccoutumée. Finalement, il trouve son cheval maigri et le voit uriner souvent. Là-dessus je procède à la visite de l’animal. Le résultat est le suivant :

Pouls petit, 70 à la minute. Muqueuses : rouge sale, infiltration apparente. Température : 40°2. Après quelques mouvements au pas : mollesse. Saignée de 50 centimètres cubes. La proportion de la quantité des hématies vis-à-vis du sérum est de 18,5 à 31,5, épreuve de la sédimentation globulaire.

Diagnostic : Typho-anémie,

Je conseille au propriétaire de vendre son cheval pour la boucherie, étant donné qu’il a encore trois autres chevaux à l’écurie. N’admettant pas ce constat, le propriétaire se refuse à toute mesure de précaution, même il s’obstine à ne pas vouloir séparer le malade des autres chevaux, et comme il insiste sur un traitement, je prescris un traitement arsenical (Liqueur de Fowler). Le cheval est ménagé et nourri avec des aliments de choix, de sorte qu'après quatre semaines, il paraît rétabli. L’appétit est de nouveau redevenu normal, la mollesse a disparu, le pouls, 48 à la minute, est plus vigoureux.

La température est revenue à la normale. J'ai l’occasion de revoir le cheval après une quinzaine. L’amélioration continue, le cheval est employé à un travail assez léger. Le propriétaire est convaincu d’une erreur de diagnostic et impose le travail ordinaire à son cheval. L'état latent se prolonge jusqu’au mois de septembre de l’année suivante. J'ai l’occasion de revoir le cheval le 9 septembre 1928. Je constate : pouls 90-95, insensible. Muqueuses : blanchâtres, infiltration très prononcée, température 38°6. La faiblesse de l’arrière-main est extrême, la marche titubante. Je constate des œdèmes sur divers points, notamment aux extrémités postérieures au niveau des flancs et des épaules. Après quelques pas, les battements du cœur deviennent précipités et tumultueux. Le propriétaire fait abattre le cheval le lendemain.

Autopsie Le cheval est très maigre, les côtes sont apparentes. A l’intérieur on trouve du sang qui a plutôt l'aspect d’eau colorée, il ne coagule pas. Le cœur indique une dégénérescence graisseuse. Le foie est tuméfié et de couleur brun foncé. La rate est largement tuméfiée et sa couleur est rouge groseille. Le diagnostic typho-anémie semble donc nettement confirmé.

Cas N° 2

Poulain de 2 ans, chez le même propriétaire.

Je suis appelé le 25 octobre de la même année pour une pouliche de 2 ans, alezane,

or e—

Le propriétaire me déclare que ce cheval mange très mal et qu'il est très faible.

L'examen de l'animal établit : l'animal est maigre et dénote une mollesse accentuée. Pouls 85 et insensible. Température 40° ‘6. Muqueuses : rouge sale avec un fond ictérique, infiltration prononcée. Les ganglions de l'auge sont tuméfiés. Accélération des battements du cœur après quelques pas. Les poils de la crinière s’arrachent par poignées. Des œdèmes sont visibles au niveau des flancs et aux extrémités postérieures.

Je procède à une prise de sang.

Sur 50 centimètres cubes, les globules rouges font 18, le sérum 38.

Je conseille l’abatage d'extrême urgence, ce qui est fait le lendemain.

Autopsie

Le cadavre est d’une maigreur très avancée. Le sang est exactement de la même qualité que dans le cas précédent. Le tissu conjonctif contient quelques ecchymoses de la grosseur d’un pois. Le foie semble assez normal. Par contre, la rate est fortement tuméfiée (à peu près le double de son volume ordinaire). Sur sa surface, quelques ecchymoses sont bien apparentes. Les reins ont un volume double qu'à l'ordinaire.

Cas N° 3

Deux chevaux du même propriétaire.

Je suis appelé le 15 novembre, toujours de la même année, pour deux chevaux malades :

1° Jument 4 ans, noire ;

2° jument 6 ans, baie.

Le propriétaire déclare que ses deux chevaux ne mangent plus depuis deux jours et qu'ils ont une température élevée. Mes constatations sont les suivantes :

Premier cheval : pouls 68, température 40°3, muqueuses : rouge foncé, sale, infiltrées. Il urine abondamment.

Deuxième cheval : pouls 62, température 40°6, muqueuses : paraissant pâles, mais sont fortement infiltrées, aucun œdème n’est visible.

Je procède à une prise de sang sur les deux malades. Le résultat est aussi positif que dans les deux cas précédents.

Etant donné les deux cas précédents, où l’anémie était nettement établie, je pose le diagnostic : Typho-anémie. Je conseille un essai d’auto-hémothérapie, ce que le propriétaire refuse. J'ai occasion de revoir les deux chevaux le lendemain. Les symptômes sont restés les mêmes. La faiblesse de l’arrièremain est encore plus prononcée que la veille. Le propriétaire ne veut toujours rien savoir d’un traitement au sérum. Vu cette attitude, je lui conseille l’abatage d'urgence.

Le résultat des deux cas est identiquement le même. Le foie, la rate et les reins sont tuméfiés. Des pétichies se trouvent sur presque toutes les séreuses. Le sang ne contient presque plus de matières colorantes. Le foie est friable à un tel point que l’on s'étonne qu’une déchirure ne soit intervenue à l’état vivant.

Le diagnostic typho-anémie est confirmé par le résultat de l’autopsie.

Cas N° 4

Hongre, bai, environ 5 ans.

Le 31 août 1925, je suis mandé en hâte chez M. F. A., à Luttange (ce village est reconnu comme un foyer dangereux d’anémie infectieuse).

Interrogé, mon client répond avoir un cheval malade depuis la veille. Îl ne mange plus du tout ét semble très faible.

Je procède à un examen. Pouls 98, presque insensible, température 40°8. Les conjonctives sont très pâles et montrent beaucoup de petites ecchymoses. Les ganglions de l’auge sont fortement tuméfiés. Les yeux sont larmoyants.

Désirant voir la marche du cheval, je demande au propriétaire de vouloir le sortir de l’écurie, chose qui n’est pas facile, parce que la faiblesse de l’arrière-main est très grave. C’est à peine s’il parvient à faire 30 mètres.

Revenu à l'écurie, je procède à une prise de sang. Le résultat étant positif, je pose le diagnostic : typho-anémie aiguë. Les symptômes me semblent très graves, j'en fait part à mon client. Sans hésitation, il veut faire abattre ‘le cheval le lendemain. Mais avant l’arrivée du boucher, le cheval est mort.

Etant prévenu aussitôt de cette issue fatale, je demande au client de me faire amener le cheval à l’équarrissage le plus proche, afin de pouvoir pratiquer l’autopsie.

Je procède à l’autopsie le 2 septembre.

L'état général de nutrition de l’animal est assez bon. Le sang est tout clair et contient très peu de matière colorante. Il ne coagule pas. Le foie est tuméfié et de couleur brun-rouge. La constitution est friable. Le volume de la rate est plus que doublé, la couleur est rouge très foncé. Les reins sont énormes, comparés à leur grandeur normale. Mais ce qui est surtout remarquable, ce sont les pétéchies de la grosseur d’un pois et qui se trouvent sur tous les organes et sur toutes les muqueuses.

Le résultat de l’autopsie confirme le diagnostic..Il s’agit d’un de ces cas qui débutent d’une façon foudroyante et se signalent surtout par des symp-

tômes septicémiques.

GASANLES

Hongre, bai foncé, environ 4 ans.

Le 3 novembre 1928, je suis appelé à Monneren chez un cultivateur, M. M. S...

Ce propriétaire a quatre chevaux à l’écurie, dont deux au-delà de 12 ans : les deux autres ont 4 et 6 ans. M. S... me présente son cheval, qui est très maigre ; le poil est cependant assez lisse et même reluisant. Il traîne péniblement l’arrière-main, et sur le pavé, devant la maison, il a du mal de pouvoir gagner la grange distante de quelques mètres seulement. Les déclarations du cultivateur se résument en quelques mots : ayant remarqué que son cheval ne mangeait pas, il a mesuré la température qui était de 40°2. Ensuite, il s’est alarmé du fait que l’animal maigrissait à vue d'œil.

Le résultat de l'examen est le suivant :

Pouls 84, mou, presque insensible ; les muqueuses oculaires sont œdémateuses. Leur couleur est rouge vif, avec une légère teinte jaune, les yeux sont larmoyants. Température 40°5.

Les ganglions de l’auge ne sont que légèrement tuméfiés. Le propriétaire me confirme que le cheval urine abondamment. Ensuite il m'avoue avoir perdu deux autres chevaux en 1926, atteints, selon les constatations d’un confrère, d’anémie infectieuse.

Je procède à une prise de sang ; dans mon verre gradué et contenant 50 centimètres cubes de sang, les hématies atteignent, après 10 minutes d'attente, péniblement 12 centimètres cubes. Avant de me prononcer définitivement, je demande à mon client de m'apporter de l'urine du cheval malade. Il me l’apporte le lendemain matin.

Elle est foncée et assez épaisse. La réaction alcaline, son poids spécifique atteint 1030. L'albumine s’y trouve en assez fortes quantités.

oO

Je confirme à mon client le diagnostic de la veille (typho-anémie subaiguë). En même temps, je le rends attentif au danger que courent les autres chevaux de son écurie. Sur ses insistances, je lui prescris un traitement arsénical (Liqueur Fowler). En même temps, je fais administrer des doses assez fortes d’acetanilide (40 grammes par jour).

J'ai l’occasion de revoir le cheval le 16 décembre. L'état s’est aggravé. Le pouls est insensible. Ses muqueuses sont presque blanches. La température a diminué, elle varie depuis trois jours entre 39°3 et 39°5. La dispnée est plus marquante. C’est avec beaucoup de peine que l’on arrive à faire sortir l’animal de son écurie. Dans l'intérêt d'éviter des soins inutiles et une contamination des autres chevaux, j'insiste sur l’abatage. Le propriétaire, par contre, insiste pour continuer le traitement.

Il me fait rappeler le 23 décembre. Sur l'injection répétée de doses de liqueur Fowler, le cheval a meilleur appétit et il semble un peu plus gai. Néanmoins, mes constatations sont les mêmes. A part une légère diminution du nombre des pulsations, l’état reste très alarmant. Je prescris : 12 paquets à 0,6 gramme d’acide arsénieux, à prendre journellement un paquet, et je recommande des aliments de choix. Le 10 janvier, le propriétaire me fait savoir que son cheval a péri le 2 janvier. De ce fait l’autopsie n’a pas été pratiquée.

Cas N° 6

Jument alezane, environ 7 ans, du même propriétaire.

Appelé le 2 octobre 1929, le sieur S.…. me présente une jument qui, d’après ses dires, commence à maigrir visiblement. Etant encore sous l’émotion des cas précédents, il a tenu à me faire venir assez tôt. Pouls 58, température 38°1. Les muqueuses sont infiltrées, pâles sur un fond ictérique. Les ganglions de l’auge sont déjà fortement tuméfiés. La visite du sang et de l’urine ne laisse aucun doute sur le diagnostic : typho-anémie chronique. Le propriétaire est d'accord pour procéder à l’auto-hémothérapie.

Je prends un litre de sang que j’envoie au laboratoire bactériologique.

Le sang m’étant revenu le 11 octobre, je procède dès le lendemain à l’inoculation intraveineuse de 50 centimètres cubes de sérum. Je fais accompagner ce traitement de doses journalières de 0,6 gramme d’acide arsénieux.

Le 16 octobre, je fais une nouvelle inoculation de 75 centimètres cubes de sérum, également par voie intraveineuse: Le malade semble légèrement amélioré dans son état général.

Pouls 48, température 38°. Les muqueuses sont encore pâles, mais moins jaunes. Les ganglions restent tuméfiés, aux extrémités postérieures je constate cependant une légère infiltration œdémateuse. Le 19 octobre, le propriétaire vient me dire que son cheval est mieux. L’appétit est meilleur et la marche se fait sans faiblesse de l’arrière-main.

Je passe à nouveau le 26 octobre chez mon client pour me rendre compte de l’état du cheval. Le trouvant encore faible, je lui applique le traitement de Di-Narsol et de Di-Narsane (1), qui consiste en applications intraveineuses d’un liquide arsénieux et de cinq paquets de poudre. Depuis, j'ai eu loccasion de revoir le cheval qui est attelé à un travail très léger. Mon diagnostic reste malgré tout réservé.

Cas N° 7 Jument baie, environ 6 ans.

Je suis appelé le 29 septembre 1925 chez M. M.., beau-frère du client

(:) Di-Narsol : Carbinol-Diamétharsinate de soude ; Di-Narsane : Carbinol-Diamétharsinate de chaux.

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