‹ A Propos De Quelques Observations De Grippe Pseudo-PhymiqueChapitre 7 sur 15 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Une malade de cinquante ans, de forte corpulence, depuis

plusieurs semaines à l'hôpital pour des phénomènes de

dyspnée urémique,présentait au niveau du sommet droit des symptômes nettement cavitaires : matité très accentuée, exagération des vibrations thoraciques, respiration très soufflante, presque tubaire, gros râles humides éclatant brusquement sous l'oreille, au moindre effort de toux. En même temps, on pouvait observer dans le crachoir de la malade une quantité énorme de crachats purulents. Pour tout médecin non prévenu, le diagnostic ne devait présenter aucun doute : il s'agissait de tuberculose.

Pourtant cette malade avait été auscultée à plusieurs reprises depuis son entrée à l'hôpital et rien de suspect n'avait été observé à ses sommets. En interrogeant la malade avec soin, on lui faisait dire que cinq à six jours avant de rendre ces crachats purulents, elle avait éprouvé un grand sentiment de lassitude, de courbature et de douleurs dans le côté droit. Depuis, elle avait de la fièvre. Mais tout cela ne l’avait pas tourmentée.

De plus, elle se trouvait à proximité de deux malades affectées de grippe.

En tenant compte de ces symptômes fonctionnels de malaise, de courbatures survenues brusquement, du voisinage d’autres malades atteints de grippe grave, de l’intensité et de la précocité de ce catarrhe purulent, survenant chez une femme qui n'avait auparavant aucune détermination thoracique, on affirma le diagnostic de grippe, ce qui permit de porter un pronostic tout différent.

L'avenir devait confirmer ce diagnostic.

D'abord, l'examen bactériologique des crachats réalisé à à quatre reprises différentes, fut constamment négatif.

Jamais on ne put y déceler un seul bacille de Koch.

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De plus, l’expectoration purulente ne tarda pas à se tarir. Au bout de huit jours, elle était remplacée par

quelques crachats visqueux et muqueux.

Les signes physiques constatés à l’auscultation et à La percussion s’atténuèrent sensiblement, si bien qu'au bout de quelques semaines, la malade à peu près rétablie, pouvait quitter l'hôpital.

Elle y revenait trois mois plus tard éprouvant des douleurs dans l’épaule droite et présentant une atrophie marquée du deltoide du même côté.

L'examen permit de constater de la submatité au sommet droit dans la fosse sus-épineuse ; des craquements humides descendant jusqu'à la pointe de l’omoplate. Quelques râles de même nature sous la clavicule. Pas de symptômes cavi-

taires. Toux quinteuse, expectoration modérée.

Après avoir ressemblé à s'y méprendre à une tuberculose cavitaire, au moment de son premier séjour à l'hôpital, elle y revenait avec les symptômes classiques d'induration du

sommet avec pleurite concomittante.

Mais l'examen des crachats est encore négatif et malgré les apparences, le diagnostic de grippe est maintenu. Les phénomènes constatés sont mis sur le compte d’une pneumonie chronique, avec irritation pleurale et légère dilatation bronchique. Les névrites périphériques développées simultanément et ayant abouti à l’atrophie du deltoïde sont dues à la propagation de la pleurite aux nerfs de l'épaule.

Les choses en étaient là lorsque brusquement la malade

présente de la fièvre, est prise d'oppression, de cyanose de

la face. La poitrine s’emplit de râles, l'expectoration devient

NE eus purulente et abondante. Au bout d’une semaine, la malade succombe.

L'autopsie est particulièrement instructive. La mort est due à ces accidents de pneumonie bâtarde, d'origine grippale, donnant au poumon cet aspect violacé et pseudo-œdémateux classique dans ces cas.

Au sommet, pas trace de lésions tuberculeuses, mais simplement une pneumonie interstitielle avancée, constituée par de larges travées filières partant de la plèvre épaissie et

s'étendant jusqu'aux bronches très évidemment dilatées.

Voici donc une malade qui, à deux reprises différentes, aurait été prise pour une tuberculeuse.

M. Tessier relate une autre cas de grippe pseudophymique, sénile, lui aussi fort instructif.

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