‹ À propos de théâtreChapitre 15 sur 23 · I ... Gèanl, se peul-it qun lu dormes · texte numérisé non relu

I ... Gèanl, se peul-it qun lu dormes

L On vend ton sceiHre au poitlsJ Un \as de oaiDs difformea

p Se tailleot des pourpoints dans tou manteau de roi ;

I Et l'aigle Impérial qui, jadis sou3 ta loi,

> Couvrait te monde entier de tonnerre et de flamme,

I Cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme.

t pas à s'y méprendre ; le géant, c'est Napol'aigle impérial, c'est celui d'AusIerlitz et nléna, et ia marmite infilme où cuit le pauvre oiseau pliuné, c'est le gouvernement du roi Louis- Philippe. On pourrait même retrouver qui était le nain difforme. Je ne dis pas que Victor Hugo eût Hil cela dans sa pensée. Victor Hugo concevait Sop grand pour faire de petites allusions. Je dis que i p6roraison de la harangue do Ruy-Blas a un ton

su

jiapoltonicn et retombait par contrasta sur le système de Louis -Philippe, le plus sage des rois et le moins napoléonien des hommes. Dix ans plus tard, dans la préface des Burgraves, l'expression impériale est encore plus rive, a II fallait que la souveraineté éclatAt... Il fallait qu'ua empereur apparût... Il fallait faire sortir des profondeurs mystérieuses le glorieux messie militaire que TMIemagae attend encore... » Ces lignes sont de l'an 1843, Cinq ans plus tard, un empereur, un messie impérial devait apparaître de nouveau chez nous. Il devait dire aussi à sa manière : n II est temps que la souvorainclè éclate... s

La haine se plaça entre l'empereur et le poète : et les Châtiments ont immortalisé la rupture. Comment cela se flt-ilî Je ne le sais. Les bureau- orales, pmhablement I Les corps constitués ! Les x putations établies, les ^^ens établis, les gens de plac les gens de poids, les imbéciles considérables! \ faut avouer que c'est là l'un des malentendus lea plus étonnants de notre histoire contemporaine.

Mais même en ce moment, môme quand il lançait^ le vers célèbre auquel il a tenu parole,

léme quand il embrassait l'exil et qu'il dcvenaiu

1 l'IlûPOS DE T

dans son Ue de Jersey un indomptable burgrave de i république, un duc Job civique :

... foudroyé, mais resté Debout dans sa montagne et duos sa volonté,

Victor Hugo ne rompait pas avec le premier Napoléon. Le titre de l'un de ses analhèmes, Napoléon le Petit, indiquait assez qu'il mettait en dehors de sa querelle avec « l'empereur second n, comme dit le peuple, son idée de la grandeur napoléonienne dont il gardait le culte.

Ce serait apprécier incomplètement, au point de vue moral et historique, qui est, en ce moment, le nôtre, les drames de Victor Hugo, que de n'en pas signaler le parti pris d'enseignement et de prédication, les visées d'action pratique sur les masses. Je ne recherche pas si ce parti pris est toujours bien favorable à l'art, et ce qui en résulte littérairement. Il a mi caractère de haute moralité qui se mêle aux autres tendances générales que je viens d'analyser et les ennoblit et les élève et les épure. Victor Hugo, délibérément, et dès les premiers vers qu'il a écrits, a conçu le rôle du poète comme semblable à celui du magistrat et à celui du prêtre. Victor Hugo a été dès l'origine et il est devenu de plus en plus un tribun du peuple et un prophète. Nul poète

. ' Di^grA son éluigoemeut luujourg crotssrUiC

puur li» ruligions classées el olliciclles, je ne dis pas

pour k'4 retigtom pusilife», car Iti Dieu qu'il honoie

dans ses vers ost un Dieu posiUr. La croyance en

un Dieu plane sur lout son Ihéàlre : Hugo lui doit

^^jiour beaucoup ht spirilualilé rclalive et la généra-

Bjft de aenlimcnt de ses héros. Sur ce point capital

[ÎmbE Q y a L>u suite dans sa vie. En 18:20, il regu-

I nit Ift poésie comme inséparable de la religion,

l'esprit religieux comtue la plus profonde source de

11u)>piniUoD poËli<iuc. En 1847, sur la tombe de «on

ami Frédéric Suuli^, il disait magnifiquement : |

« ... Que cette foule qui nous entoure et qui ■ veut bien ni'écoulur... que ce peuple généreux, laborieux et pensif le sache bien... quand les philosophes, quand les écrivains, quand les poètes vtenneat apporter ici, k ce commun abime de tous les hommes, un des leurs, ils viennent sans trouble, sans ombre, sans inquiétude, pleins d'une foi inexprimable en cette autre vie sans laquelle celle-ci ne serait digne ni du Dieu qui la donne ni de l'homme qui la reçoit. Les penseurs ne se défient pas de Dieu... >

Il dit en 188S dans le testament qui contient ses paroles suprêmes, il dit simplement et brièvement :

A IMiOPOS DE THÉÂTRE. 317

("Je crois en Dieu », formule détachée de la preaiière ligne du Credo des chrétiens. Bien des religions ml enfermées dans la doctrine du Christ; Victor jo s'en était façonoé uni! selon ses besoins mo- X et selon les pentes do son esprit ; à son Dieu, *ÎI avait éle¥é un tabernacle intime dont il était le seul fidôlo et le seul prêtre. Sur ce tabernacle, M. rarchevôque de Paris — on me permettra de l'observer avec un profond respect — n'avait aucun sacerdoce légitime à exercer. Mais il est d'autres personnes qui, après l'impérieuse profession de foi testamentaire du grand aède, ont encore moins de droits que le saint pasteur du troupeau catholique fidèle de venir célébrer leurs rites aux funérailles qui se préparent; c'est les sectateurs païens de la déesse Libre Pensée elles pontifes de l'idole Science,

■ Ce jour appartient encore à Victor Hugo.

Tout à l'heure le canon tonnera, et le cercueil, après sa halte de vingt-quatre heures sous l'Arc de Triomphe do l'Étoile, sera porté au Panthéon, au milieu du concours du peuple, de l'armée et de tous nos Sénats. Le président de la République suivra le corps. Depuis la journée du 15 décembre 1840, où la dépouille mortelle de Napoléon passa soua l'Arc de Triomphe traînée par un cliar à seize chevaux, *vant d'aller reposer sous le dôme des Invalides, on

aoldate, deniitr espoir de la Praocc, soldats i n'aves point Tail mentir Malakuiï h SaJot-Prival, passez, pane^. Ou bien h l'eapril de quelqu'un, àms la fooie, inonleruiil pi-ut-Mre les vers sur la veille div armos, la nnJl ilo déœnihre dans les casernes, sur les K^éraux ihrit, porluiit la triple itoile, sur im manl^liftux deFrance...desversquejeDecitepasl l'oMK-z, ^rand chancelier ; dépulation de la Légion d'honneur, passer ; ou t>ien l'on se souviendra de la slro[ihe... je ne la cile pas non phis, je ne la die pas ; ce sérail touclier une des Sbres les p hia iiusce|ilibles du tempérament français, brutatem drâhir^e par Hugo! Je ne cite pas — la place i manquerait — la s6ric sans On des ïmprécatï contre la magislraUire,

élait justice.

LeijDgesI,..

;i quel est Ion twnrreau?

C'est particulièrement sur les personnages qui i 6lô les chefs sacrés de la justice que tombent les imprécations de Hugo le proscrit. Baroche, Delangle, Troplong, Dupin, il n'en fait qu'une plaie. Il ne le ur veut même pas accorder le supplice trop noblsï la place de Grève. Ce serait déshonorer 1 Ce serait diflamer l'échafaudl

Quoi, Gmnd Dicul pour Troploag, la inorl de Malcshar Et à prissent, foule, salue I Ce qui déGle là de^

A i'ROPOS DE THÉATJIE. S50

l'est la Cour de cassation dans ses hermines, avec le premier président et son parquet. Après ces exemples, on peut négliger le fretin; la fonction minisLérielle : {a Vous savez bien, un tel ? — Oui 1 il est aux galères ? — Non ; il est ministre 1 »); les directeurs, les chefs de division, les préfets, les autorités de toute sorte, tous ceux qui disent avec une lettre majuscule : « l'Administratioa u ou mieux encore a mon Admiiiistralion », tous ceux dont Hugo dit, en établissant la plus osée des synonymies : « les intrigants, les fourbes, les crétins, tes \]niissances. t Tout aux gémonies, et lui, au Capi- .tole I Quel sens de cette journée I Quel spectacle pour le philosophe l Mais que pensera, que sentira le peuple en ses profondeurs ?

Après tout, ce sont là les affaires de ceux qui , gouvernent. Pour Hugo, son destin est accompli par cette souveraine récompense :

Et penl-ètre en la lerre où brille l'espérance,

Pur flambeau, Pour prii de mon eiïi, tu m'accorderas, France,

Un tombeau.

Qu'il repose en paix dans le tombeau qu'on lui dé- ]

Rme, le grand poète, le grand tribun du peuple ! 1

u'il repose, glorieux, lui qui a été un homme, lui I

bui s'est tenu debout quand tout se prosternait, lui ]

30) A PROPOS HE riIKlTBB.

qui a ramatiflé un jour tout ce qui élaiL abatl reavpfsé pimr s'cu faire une foi inébranlable qui a su dire en vers étemels :

HAMn f«nl millions d'oaclavea, jo suis libre; El Cl! qui liriie uu jieupte avorle aux pieds d't

Hugo no s'est pas contenté de créer des héros de l'épopée et du drame ; il a fait briller en xa propre personue lorsqu'il l'a fallu, leur héroïque vertu. Sans doute, au 2 décembre, l'héroïsme lui a été plus facile et plus commode qu'à beaucoup d'autres ; c'est ce que n'ont pas manqué d'observer à son détriment les gens nombreux qui lui reprochent d'avoir toujours su trop bien exercer le faire-valoir de son j^énie et même celui de ses mésaventures et do ses catastrophes politiques. Je tiens à le remarquer à mon tour, mais à son éloge. L'heure des sacrifices ne l'a pas trouvé dépourvu, et précisément à cause de cela, précisément parce qu'il avait été prévoyant, il a été eu mesure de résister avec moins de souci et plus de suite à des pouvoirs lyranuiquea. U s'était ménagé assez de bien pour pouvoir écrire te« Châtiments du fond d'un sflr asile, et pour demeurer fidèle â, l'engagement qu'il prenait de n le dernier au poste de haine et de combat.

Non njiiidetii iniHilco, miror magit.

Des deux personnages qu'il a mis en scène, en 182i, dans Tode intitulée le Poète dans les révolutions, Tun, l'homme pratique et expérimenté, exhorte le poète à se désintéresser de la lutte contre le mal et pour le mieux ; l'autre, le fou, le poète, veut s'y jeter à corps perdu. Le premier dit au poète :

Jeune homme, ainsi le sort noiu presse, Ne joins pas dans ta folle ivresse, Les manx da monde à ton malbear...

Les hommes Tont aax précipices, Tes chants ne les sauveront pas.

Le poète lui répond avec enthousiasme :

Le poète, en des temps de crime, Fidèle aux justes qu'on opprime Célèbre, imite les héros...

Ces deux personnages de son poème, Hugo U.^ ;t heureusement associés et fondus dans sa vie». Il a été l'enthousiaste et le bon ménager. Il a i:U\ comme Gœthe, un poète et un sage. Il a r;fnhraH-Yfièrement son devoir dans les heures dillicilei^ t-x cruelles; il a défendu le droit et .son droit; il •/<'.;t, acquis le moyen de subsister indéf;<;ndant d<î -um époque et de ses tristes vicissitude», et il eni Mi//if, comblé de jours, sous un toit à lui, au r/iili^ti <l< ■.

yi

Mi », i-nupos lit: TiiiïtTRC.

siciis, leur l<'>giianl un av<?uir sur cl Uaiiquilti

pleurant duucL'nK'iil k ses petils-enrants qui plej

raient.

Aux honneurs nationaux qui ont ètO rendus t i" juin à Victor Hugo, la Comédie-Française a ter à joindre spécialement l'hoiiueur d'une cérémonie artistique, Elle a consacré sa soirée du IS juin à la mémoire du (ioèlc.

Ellft a commande, pour cette soirée, à M. Falguière un buste de Victor Hugo el à M. Paul Delaîr un à-propos en vers,

Dana la salle, les personnages officiels étaient rat Quinze jours tout au plus s'étaient écoulés c Its funérailles solennelles d'Hugo ; on n'a pu s'cd pécher de remarquer le fait. NI président del République, ni président du Consâl, ni présidoi des deux Chambres, ni ministres, pas même len nistre des beaux-arts ! Les autorités établies i comblé Victor Hugo, le l" juin, d'autant de c d'obusiers, de caissons, de cuirassiers, de gènéram à plumes blanches et à plumes noires qu'il vait souhaiter. Elles se sont abstenues de la cé^ inonîe littéraire. La section de l'Institut, dont \ Hugo était membre, a également brillé par !

absence. M. Emile Augier n'est pas plus venu c M. Maxime Du Camp. M, Jules Simon, qui i

A IMIOI'OS DIS TUliAiliE. 3U^

jfdiDaire assez exactement les premières représentations de la Comédie, n'a point honoré VApotkéoêe de sa présence. 11 fait beau, en France, d'élre panthéon is6l

L'à-propos de M. Paul Delair conlient certainement plus de beaux vers et plus de belles images qu'on est obligé d'en mettre dans une œuvre de ce genre. L'Océan, par exemple, dit au Gardien :

1 Pour te redemander Tbomme que j'ai vingt ans B peacher, songeur, sur mes flots halelanis.

Kt tirer de mes eaux, par le vcat cadeacées, Comme un pécheur d'Ophir les perles, les pensées.

[.Dans la voix du poète, dans l'harmonie de ses ^mes, et là seulement, l'Océan se reconnaissait Ir se comprenait ; celte conscience de sa vague, i ses mœurs, de sa colère, de ses grandeurs, lui est ant ravie ; maintenant le poète n'étant plus l'pour redire l'immensité, l'Océan ne se voit plus ^Ê se sent plus lui-môme :

IlLlutnenaité me semble une cijose incumpliïte pEt t'Océan n'est rien sans le eoalemplateur.

jfrès beau aussi et d'une grande expression, ce B du Gardien :

Vous tous, Bl["es, ■unis fai's au néant, vous passerei ici;

IlÉATni

MalhPureuseniGnl, M. Paul Delair a tlé oblij d'écrire vite ; ot comme le Itimps, quoi qu'en c AIccste, Tait quiilquc chose ^ l'alTaire, M. Paul Dels n'a pas cu le loisir de s'interdire la ressource du remplissage, et il n'a pas ùvHâ toujours le galimalias.

Tout eu Teuillctaut son Ajiotbéose, je prends le Gil Bios à ma droite, j'y Us cet apophtegme qui n'esl pas d'hier, « Victor Hugo est le seul homme ce temps qui ait quelque chose à dire, » Lo seuil Et qui s'est exprimé ainsi? Théodore de Ifauvillc, si spirituel et si savant, si ingénieux et si imaginatir, qui si^me, quand il veut, les perles! Je prends le Figaro à ma gauche, et j'y lis que M. Jules Simon, parlant de M. Victor Uuruy, se serait écrié : Ah! si Louis XIV avait possédé cet komme-là... Je ne me dissimule pas, en elTet, combien le xvn' siècle,

)niparé à nos trente dernières années, est inférieai' en talents, en génies et en tempéraments. Je plaioi de tout mon cœur Louis XIV de n'avoir pas en M. Duruy pour ministre de l'esprit et, si l'on y tient, je plaindrai également ce monarque dénué de n'avoir pas eu M. Perraud pour archevêque de Cambrai. Mais quand une fois j'aurai fait ces concessions au ton apologétique de mon temps — et je les fais, vous le voyez, sans barguigner — je ne sais plus comment je pourrai taquiner M. Paul Delair et te panégyrique d'Hugo ?

En vérité, depuis que le grand Pan est mort, La nature n*a pas jeté de cri si fort; Je n'ai pas entendu sourdre et rouler au monde De lamentation si vaste et si profonde I

Dante et Virgile!.... Ce vieillard les supplante.

Il était sur le siècle, immense et solitaire, Comme le soleil à midi.

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