‹ À propos de théâtreChapitre 14 sur 23 · Paris, Librairie de» Bibliopliîlca, lS8i · texte numérisé non relu

Paris, Librairie de» Bibliopliîlca, lS8i

^H A PHOPOS DE TURATRE. 301

poétique que S(tcountala. Le drame de Sacouutata appartient k une époque relativement récente; il a été composé par Calidasa, vers la fin du v' siècle de notre ère ou le commencement du Yl^ A ce moment, l'Occident retombait dans la barbarie. Au contraire, si l'on en juge par Sacounlala, une civilisation et une culture psychique qui n'ont rien à envier aux siècles les plus avancés, ilorissaient dans l'Inde. Gœtbe, Lamartine, Paul de Saint- Victor ont pailô de Sacounlala avec un ravissement où il y a peut-être de l'excès. On serait contraint, si on jugeait l'œuvre ex ptvfesso, d'y signaler une ou deux maladresses scéniques assez forte; le drame bronche il la péripétie. Mais la figure priacipale, celle de Sacounlala, cette Esther et cette Griselidis de l'Inde, a été conçue par une imagination de grand poète et la conception a été réalisée par un maître en l'art de compfjser et d'écrire. Le flot de pcéaie, qui coule à travers le drame, est doux, frais et pur. On sent h. la fois dans la pièce l'innocence et la maturité. Gœthe dit qu'on y trouve « la fleur de l'année commençante et les fruits de l'année déjà grandie, oc qui ravit et ce qui nourrit o. En modifiant un peu la pensée de Gœthe, je dirais qu'on saisit à la fois dans cette admirable pastorale, la marque de la nature etcelle d'une société raffinée. Tout au juste, c'est du Florian qui serait tout â fait supérieur et

étoffé. Les nouveaux traducteurs de Sacountala oni été sobre de notes; ils ont eu raison. Mais dans leur préface, plus de développement n'eût pas été inutile. J'aurais voulu au moins qu'ils indiquassent avec précision à leurs lecteurs la date de la découverte de Sacouutalay celle de son apparition en Europe, et, avec plus de détail, l'effet produit par les premières traductions.

T.a cérémonie du Bourgeois gentilhomme. — Molière, l'Eglise et la Religion. — Théâtre de Compiègne. — Vanité des révolutions.

J'ai dit à mes lecteurs l'impression que m'a produite aux Français la cérémonie du Bourgeois gentilhomme. Je n'aurais pas osé prêter aussi affirmativement à la bouffonnerie de Molière une tendance sacrilège si une dame étrangère, très au fait de notre littérature, qui, dans la loge hospitalière où j'avais trouvé asile, était assise à côté de moi, n'avait été en même temps que moi affectée de la même façon. — Mais, monsieur, a-t-elle murmuré tout à coup, cela tombe directement sur toutes les religions, cette mascarade ! — Atiâsî pétiSaiS-jè qU'iln point de ^ùë dont je iiié âeràis sur lé nioment déflé, sans TiiitéN

9DI A FftOFOS DE THéATKB.

TentîoD de ma voisiDe, avait au moins le mérite de la DoaTeauté. Je me trompais. Un moliériste distingué, M. René de Semallé, m'a écrit pour m'aYe^ tir que quelque chose d'analogue avait déjà été dit et par lui-même. Sa lettre débute ainsi :

« Monsieur, Je viens vous féliciter de votre chronique sur la cérémonie du Bourgeois gentilhomme. Avec une véritable intuition, vous en avez devine la portée. Vous êtes dans le vrai en écrivant : a Ce n'est pas uq • titre de noblesse, c'est un sacrement que vient de » recevoir M. Jourdain. ».

Après ce compliment à Fauteur, M. de Semallé ne me laisse pas moyen de me bercer de Topinioû flatteuse, que j'ai su discerner le premier le sens caché de la cérémonie du Bourgeois gentilhomme. M. Hené de Semallé m'avise en effet qu'il a déjà traité la question dans le numéro de septembre lS8i du Moliériste, dont il me fait l'honneur do m adresser un exemplaire. Je n'ai eu pour ce qui me concerne qu'une intuition, conforme, il est vrai, à la conception réfléchie que je me suis toujours faite du génie de Molière et de ses ressorts et que j'ai exposée, pour la première fois, il y a trente ans, devant mes auditeurs de la Faculté des lettres d'Aix, en Provence. Plus au fa't que moi des cérémonies de

A rnOPOS DE THÉÂTRE. 308

l'Égiise catholique. M. René de Semallé invoque pour la confirmation de noire thèse commune deux ou trois traits assez caraclérislt(iues du sacre des évêques d'après le rituel romain. La série des questions au postulant dans le Bourgeois ijeiUUhomme s'ouvre par la formule : Dice turque qui star guista, qui correspond à la formule du cérémouial romain : Civâis quia secundum... Le cérémonial romain dit : « On lie la tête de celui qui doit être sacré avec une bande de toile blanche... d C'est le donar turbanta du Bourgeois gunlilhomme. Le cérémonial romain dit : Accipe baculum o/pcii. C'est le pigliar sckiabola du Bourgeois. Mais voici la similitude la plus forte, la plus flagrante et par conséquent la plus osée. I^e livret du Bourgeois gentilhomme porte :

(I Le muphli revient coiffé avec son turban de cérémonie... Il est accompagné de deux dervis qui portent le Coran... Deux autres dervis amènent M. Jourdain et le font mettre à genoux, les mains par tfirre, de façon que son dos sur lequel est mis ECoran sert de pupitre au muphti. "

I lit d'autre part dans le cérémonial romain :

ivêque officiant, étant debout devant s( iuteuil, celui qui va être sacré va se mettre h. s

308 A FftOFOS DE TBÉATKE.

à la langue sacrée el aux iDYocatioos des denichs hurieurs. De ce rédpieDdaire converti en pupitre pour porter le Coran ; de cette énumération macabre de toutes les religions, dont la multiplicité rappelée et secouée d'une façon irrévérencieuse trahit llnleotion d'éveiller dans les esprits l'idée confuse de leur commune vanité, on ne trouve pas même le germe dans la cér«'*monie de réception des derviches. Xon, non, ce n'est pas ici seulement une parodie spéciale du Coran, c'est un jet violent d'ironie qui frappe en plein le sentiment religieux. Avec sa Gnesse et sa justesse, avec sa longue pratique des hommes et des choses au temps de Louis XIV, M. Paul Mesnard m'objectera, il a déjà objecté, que ce mot de sentiment religieux, tel qu'on l'entend en France depuis Joan-Jacqucs ou Chateaubriand, à plus forte raison tel (|ii'on l'cnlend depuis Renan, n'avait aucun sens au xvii'^ siècle; que si aujourd'hui les relifi;i()ns les plus hostiles entre elles peuvent se croire toutes également menacées par de certains faits, de certains principes, de certaines dérisions qui semblent au premier abord n'en atteindre qu'une seule, au xvir siècle, au contraire, chacune d'elles prenait à l'égard des autres la position d'incompatibilité absolue qui doit régner entre la vérité sous sa face unique et l'imposture sous toutes ses faces ; qu'à supposer que les personnages les plus dévots

A PROPOS DE TIIËATB

de la cour, de la ville et de l'I^Iise se TusAMit ail

de remarquer en 1670 un vague caractère de religion

tournée au burlesque dans la tnastarade du Boitr~

geoU genlUkommey comme cette reltgioo iAù\ uti

semblait Être celle de Mahomet, il§ se seraient

applaudis d'une telle farce comme d'une chose uiiM*

et utile à la foi, estimant et ressenlaot au fond da

cœur que c'est un emploi méritoire du M eftprtt

k qu'on a, de bafouer les reUgions TauËses qui font

l'^tacle à la vraie. Tout cela est exact. .Hai« si, puttr

nfouer les religions fausses, il a fallu Unccr des

lits qui risquaient de blesser Ea Traie, Uolîète ne ,

kt pas laissé arrêter par i» scrupule. Je oe dis pM \

î Molière y mette de la préraéditatioD et du »y*-

rVëme comme lit plus tard Voltaire en (

' tragédie de Mahomet et eu la dédiaol aa pBp«>

Molière se démène d'instinct. L'instiod {lOUftant.

quand il s'agit d'un génie comme cdiû de MoËtn,

qui a la clarté et le foudroiement, riosttoct, «H

ne calcule pas ce qu'il fa faire, l'îi

spontané qu'il soit, ne fait rien »aas une â

tion concomitante qui s'opère ea lui do bâ perpOié.

Ce n'a jamais été vers le respect de* dMW» «Dla

et le management des personnes piena» i|W) Vtm-

tiuct portait Molière. On tait que ttuliCfe a nça let

leçons de Gassendi et qu'il «'(-tail pêoètrè de « dœ-

trine. Dans la pratique, il est aUë lies fi» km

J DB TDËATtie.

que le malln>. Knlre le sensualisme de Molière cl celui de Gassendi, la dilTérence de degré fut celle que devait 6.[ablir la différence de vie, de tour d'esprit et de tempérammit eotrc un comédien, qui l'av^t ëtû loiigli'mps de troupe ambulante, et un savant enfoncÎ! dans les études de cabinet, qui d'ailleurs était plâtre et qui, ne fût-ce que par prudence et sagesse, prit soin de ne jamais manquer ou paraître manquer aux convenances et aux maximes de son état. Molière nu fut pas seulement un théoricien Kasscndiste, il. fut un esprit fort et un libertin. Ce qu'il était, son métier lui défendait de l'être d'une façon silencieuse ; sa nature le poussait à IVtre d'une façon agressive; son adresse à plaire au roi lui faisait toujours trouver l'occasiun de l'être sans péril.

Le premier historien sérieux, le premier juge détaché, sans idolitrie et sans haine, que Aloliére ait rencontré, Bazin, a su relever d'une façon déflnitive la position prise par Molière d'assez bonne heure et constamment gardée par lui A l'égard des dévots et de la dévotion. L'écrit modeslement intitulé par Bazin Notes sur la vie de Molière, qui est l'un des chapitres d'histoire littéraire les plus éloquents et les plus étonnants publiés à notre époque, cet écrit a changé forcément te point de vue des apologistes de l'auteur du Tartuffe. Il a détruit la légende de Molière victime innocente et martyr pacifique^

tévols. Avant lus Notes, les apologistes s'attaquaient à l'étroitease d'esprit et au zèle persécuteur des geus d'Église, qui osaieDt trouver à redire au Tartuffe, une œuvre si respectueuse pour la religion I C'était le point de vue des lihéraux à l'époque de la Restauration, quand Taschereau publiait son Histoire de la vie de Molière et soutenait avec la plus plaisante conviction que Molière était meilleur chrétien que Bossuet. Aujourd'hui ceux qui, dans le débat entre les dévota et Molière, prennent parti sans aucune réserve pour l'auteur du Tartuffe, c'est qu'ils veu-

mt prendre parti contre l'Éghse eUe-mÉnie, si ce Best contre la religion. Telle eût été la disposition

t se fût trouvé Despois pour écrire la notice du

^rlu/fe de la collection Régnier, s'il n'était mort pant d'arriver au Tartuffe; ce qu'il a laissé de notes

Dstbunes à ce sujet suQit pour révéler sa manièi'c

i voir. Telle est également la disposition d'esprit 5 laquelle M. Coqueliii a écrit récemment son tnmentaire de Tartuffe. Il y développe le même

^'nt de vue que Baziu, en l'exagérant avec une taine satisfaction et en ayant peut-être trop l'air

ï croire qu'il s'en est avisé le premier.

Bès le Sganarelle, c'est-à-dire dos sa seconde pièce composée à Paris (1061), Molière donne son premier coup d'estoc. U louche d'une façon qui n'est guère .u Guide des pi!cheu7-s du dominicain espa-

3ÎS A PBOPOS DE TtlÉATRB.

parut charmant ; ce fut pour le séjour du roi de Prusse, en ISIil, qu'on en fit la reprise.

On ne compte pas moins Je soixante auteurs contemporains qui furent jouéa à Compiègne. Ils suiil de tout genre et de tout degré, depuis Ci^rviile, Gabriel Guillemot et Siraudin, jusqu'à Emile Augier, George Sand et Musset. Les trois auteurs qui ont été joués le plus souvent sont Scribe, Labiclie (it M. Sardou; Scribe, six fois; Labiche, cinq fois; M, Sardou. quatre fois. La vogue prMominante de Scribe se maintenait donc au palais de Compiègne dans un temps où it Paris elle déclinait déjà beaucoup.

De Scribe on prenait les spécimens les plus vantas : ta Demoiselle à marier, le Verre d'eau, wie Femme qui sejellepar la feitétre. Bataille de dames, même Michel el Chi-istine. Cette dernière pièce, où l'accent militaire est si naïf et si touchant, avec une arrière-teinte légère de l'épopÉe napoléonienne, plut beaucoup. Alfred de Musset eut trois pièces représentées; Octave Feuillet, trois. On devine, en lisant M. Leveaux, que les deux noms de Scribe el de Feuillet répondaient à une prédilection personnelle de l'impératrice. Née eo 1 826, l'impératrice Eugénie a été élevée au milieu de la génération des femmes du règne de Louis-Philippe, qui a élé le plus délicieusement romanesque de tout le siècle. Je relève

m A PROPOS DE THÉÂTRE. 313

■ aoH exercice journalier. Le choix de ce tilre avait de quoi faire bondir toutes les sacristies de la ville ot leurs péiùlents. Ce litre est réellement génial. Il conlienl en lui seul et comme en puissance les mille et un litres de livres de dévotion que vous pouvez voir encore aujourd'hui s'étaler aux viti'iuea des libraires de la rueSaint-Sulpice et de la rue Cassette. Le texte des Maximes, tournées toutes à exciter le rire, répond au litre. Bazin observe justement que « les Maximes » sonl rédigées dans le style habituel du catéchisme et du conressionnal. Viennent enfin Tartuffe et Don Juan. Bazin n'a pas la prélenlion, et je ne l'ai pas plus que lui, de juger en vingt lignes deux œuvres d'une portée philosophique et sociale aussi considérable que Tartuffe et Don Juan. Bazin se borne â mettre en évidence pour Tartuffe que ce n'est pas l'hypocrisie de Tartuffe, comme le prétend Molière dans sa préface et ses placets au roi, c'est la dcvation sincère d'Orgon et de madame Pernelle qui esl le plus cruellement raill'^e. Don Juan, qui fui composé et joué tandis que Tartuffe restait interdit, dépasse encore le Tartu/Je en audace sur le point qui nous occupe. A l'extrême rigueur, on pourrait considérer la tirade sur les hypocrites et sur la position qu'ils ont dans le siècle, à la scène ii de l'acte V, comme un simple mouvement d'impatience bien explicable de la part d'un auteur dont 1»

\ ITtOl'OS l)R TIIKATRË.

on arriMo les chers-d'œuvre. La scène suivante ûqIi don Carlo» et don Juan, où don Juaa abuse du eu avec tant d'Apreté et de cynisme, prend déjà u tout autre caractÎTe. Ce qui est de plus de consi Huence encore, c'est qu'il règne dans toute la piècsB ton d'indirrércntignie hautain à l'égard des croyano religieuses les plus fondamentales et un air de cou plaisance qui n'essaye même pas de se dissimuler l'égard de l'iiicrédulilé. Don Juan dut paraître [ parut, en effet, abominable.

Ramassez mainteuant tous ces indices et tous ce éclats ; songez qu'au moment où Molière composa la cérémonie du Bourgeois gentilhomme il sorta tout chaud de la lutte de cinq anuées (1664-166! qu'il avait dA soutenir contre l'autorité eccIôsiasUqil et les cabales pieuses pour faire lever l'inlerdictia du Tartuffe ; et dites s'il n'était pas bien capable d sentir jusqu'oii portail cette farandole grotesque dnD laquelle il mêlait et faisait danser les noms de touta les religions connues et qu'il terminait par ud parodie de consécration ; dites si, le sentant, il étaj d'humeur en ce moment-là à reculer devant un inspiration de son génie, conforme aux suggestion de sa colère 1 Adrien Baillet, le bibliothécaire d Lamoignon, qui avait été ordonné prêtre, il est vr^ mais qui n'était pas dévot à outrance, et qui renongi ^^ bonne heure aux fonctions de la prêtrise, Baillfi

» pnOPOa DE Ttll'tATItR.

disait de Molière : s M. Molière est un des plus dangereux ennemis que le siècle ou le monde aient suscités à l'Église. » Sainte-Beuve, après avoir cité le mot dans son Port-Royal, ajoute: n L'honnûte Baillet a raison. » C'est aussi une observation de Sainte- Beuve, qu'il est bon de rappeler ici : « que lo xvii° siècle, considéré dans une certaine perspective, laisse voir l'iDcrédulilé dans une tradition directe et ininterrompae ; que le règne de Louis XIV en est comme miné... s Je ne doute donc pas qu'il n'y ait eu, même en 1670, des spectateurs d'un regard asseï aigu pour interpréter et saisir dans sa direction impie la cérémonie du Bourgeois gentilhomme. Ce dont je suis encore plus persuadé, c'est que Molière, mourant prématurément en 1673, est mort à lemps pour lui, pour le plein contentement (le son génie. Louis XIV était son bouclier ; la témérité du poète croissant, le bouclier eût fait défaut. Eu 1674, le roi de Lavallière et de Montespan est lini ; le roi de Françoise d'Aubigné commence ii se

Élarer. Molière n'aurait plus eu toute licence. ■a bibliograpbie théâtrale s'est enrichie d'un volume intéressant et fort agréable, édité par la maison Tresse ; il a pour titre le Théâtre de la cour à Compièf/tie, pendant le règne de Napoléon III, par

i Levé;

Pas de préface.

: qui E

316 * pnopos ^E tiikatre.

grettable. Il en eût Tallu une qui nous expliquai tuut au moins à quel lilre M. Alphonse Leveaux a suivi les représentations du château de Compiègnc, C'est ce que la plu^iart des lecteurs ne devineront pas; c'est ce que deviûeront encore moins, dans cinquante ans d'ici, les historiens soit du thëdtre, soit du règne de Napoléon III. L'autorité du livre perd quelque chose à ce manque absolu de tous reuscit^nements sur la position de l'auteur. Nous savons seulement, d'après le bruit public, que M. Leveauï est, le môme écrivain qui, sous le pseudonyme d'Alplionse Jolly, a été l'un des collaborateurs de Labiche. Il a composé entre autres, avec Labiche, le Baron de Fourchevif, comédie en uu acte, repi-êsentée au Gymnase-Dramatique, en juin 1839. et la Grammai?-e, comédie également en un acte, représentée au Palais-Ooyal en iS&l; ces deux actes ont été recueillis dans le TMàli-e complet (TEugène Labiche, qu'a publié en dis volumes la maison Calmann Lévy; ils ont eu tous deux les honneurs de Compiègne, en 1839 et en I8G9.

A peine paru, le livre de M, Leveaux a obtenu le succès de lecture auquel il visait. C'est que la curiosité publique est toujours en éveil sur tout ce qui concerne la personne de Napoléon 111. Je dis la persoDue et non pas le régime. Il existe un visrs célèbre qu'au poiut de vue de l'iulérèt historique

A PnorOS DE THEATRE.

oa peut appliquer au règne et à la personne de Napoléon QI, en en modifiant légèrement le sens :

L'umpercar si

;l l'empire n'

mSme en faisant abstraction de la cataslroplic finale) aucun homme sensé et instruit du passé de la France ne peut tenir en grande estime le gouvernement dont nous avons joui après 1H51. Il se peut que la nouvelle période politique, ouverte en 1871, ait créé en assez grand nombre des points de comparaison qui tournent plutôt au profit qu'au détriment des souvenirs delà période incluse entre 1832 et 1869; le gouvernemeni de 1832 non reste pas moins un gouvernement médiocre et incohérent, brouillé avec le bon sens, empreint dans sa politique extérieure, comme dans sa politique intérieure, des caractères de la décadence. Mais Napoléon m lui-même, considéré en soi, avec la suite de ses actions, ses rêves magnanimes, sa spontanéité généreuse, sa jeunesse chevaleresque, son mariage poétique, les exlrémilôs de la fortune qu'il a connues, se dressera toujours, devant la postérité, comme l'une des figures los plus hautes el les plus attachantes de ce siècle. On aimerait à connaître ses goûts en matière de littérature et de théâtre, comme on connaît ceux de Louis XIV et de Napo-

e lie dàfotion {art ri- ]

S ^.1 «■ JMKM^>»'fat<aBui&irc9^ buoiltiaRs.

> fKB'^tmKMtJk^mt^itgvàit^ciaKaams.

*fcwt àjoKs Amw fa« ses daàws. L*oavrage, nos *«*Wî w- k nvpeAfM. est tntilulé : /« Maxima aJeia /mme mariée tnte

choisir les pièces h jouer. On a donc, par le livre de M. Leveaux, plutôt le goill de Bacciocchi el celui de M. Camille Doucct que le goût de l'empert^ur. Peul-Étre, en fait de théâtre, l'empereur n'avait-ii aucun goût. M. Leveaux remarque cependant qu'il se plaisait fort à la comédie légère et à la comédie liouffe, et l'on doit dire qu'en ce genre il y eut sous son règne des chefs-d'œuvre. Retenons aussi ce point que, tout en laissant faire Bacciocchi, l'impératrice se réservait la haute direction.

Si l'empereur lui-même intervint dans la question du répertoire de Compi^gue, on peut supposer que ce fut une fois pour toutes, sous forme de recommandation générale. A juger par le r-Iovô des pièces jouées, l'empereur dut recommander, particulièrement et sommairement, dans mie pensée politique, à la surintendance ou à la direction générale des théâtres, de lui faire voir surtout à Compiègnc des pièces d'écrivains vivants. Il songeait moins à offrir de grandes œuvres à ses invités qu'à se rendre agréable aux auteurs dramatiques de son temps qui avaient la vogue on quelque genre que ce fût. Ceux-ci en gt^néral ne lui ont pas été ingrats. Ils lui ont gardé bon souvenir; même le gouvernement de ses ministres, que je distingue de sa Hirsonne, est resté populaire et prestigieux chcî les Hudevil listes.

DE THAaTHE.

En rovaacbe, ce qui n'ëlail pas coQtemporun C;lê banni Jl p^u près complètement du programme de (^mpi^gne. Jamais aucune de ces tragédies de Conieillo et de Kacinc, que itonaparto, lieutenant d'arlilltrie. lisait avec passion dans son cabinet Je lecture Ji Valence et auxquelles Bonaparte, empereur, faisait des [Kirtcrres de rois. Le wit" siècle ï fourni en tout deux pièces au répertoire de Comp'i^ilc, t'Avarc el /« Pl/iidmri; le xviu' siècle, une seule, le Im dn l'amoui ei du hasai-d; la parlîi: du XIX* siMe antérieure à l'an 1820, la JcuneMeit Henri Y, d'AK-xandre Duval, les Suites d'un W masi/ué, de madame de Daur. et les Deux Philibert, do Picard, L'Avare ne plut pas, quoique supérieurement jom^ par Samson, Provostet Deluunay. Nous ne savons pas l'effol que produisirent les Plaideun el le Jeu de l'amour et du hasard. M, I^veaux se conlento do nous dire le plaisir qu'il y a eu et dont nous ne doutons pas, car tout indique que son esprit est de bonne souche; mais ce qui eût été intéressant, surtout pour le Jeu de l'amour et du hasard, c'eût été de savoir si le public spécial du théâtre de la cour, qui, au moins ofTiciellemenl, était un public d'élite, y a pris autant de plaisir que lui.

De 1832 à 18i;i), il y eut au ttiéfitre du palais à Compiégne quarante-neuf représentations. De ces quarante-neuf repr^seiitnlions. la Comédie-Françaisi;

"èU donna quinze; l'Odéon. doq; k- Gymnase, qo*torze; le Vaudeville, otmf; le PftlAis-Bonl. hdc; le théfUre des Variéléi, une; l'Ambigu-Cocniqne, une, consacrée à VAînU de MM. SEuaery et Clurie»

Edmond ; la Porte- Saint-Martio, ooe, consacrée au Bossu, de MM. Anîœt Bourgeois et Paul FéTal; le théâtre Cluny, une (/« Imailes. de M. Cadol); le Lhédtre Uéjazet, une ((es Prêt SaâU-Gervai»), Les spectacles coupés, qui ne Jouissent plus aujoardliui d'une graude faveur aupn>â du public, mais qui sont plus particulièrement h leur place dans la vie de château pendant la saison d'été, dans la vie de cour pendant la saison des chasses, se partagèrent à peu près exactement l'afRche à Compiègne avec les spectacles remplis tout entiers par une seule pièce en cinq actes. On y donua six fois des vers; cela n'est pas énorme sur quatre-\ingts pièces environ qui furent jouées, mais le choix fut bon ; avec les Plaideurs, on trouve sur la liste PMUberle, de M. Augier, les Révoltées, de M, Gondiuet, et la Conjuration d'Amboise, de Louis Bouiihet. Deux pièces seulement eurent l'honneur de deux l'cprèsenlalions pendant les dix-huit ans de Compiègne. le Duc Job, deLaya, et le Bougeoir, de Caraguel. Ne laissons pas de rappeler que Caraguel appartenait à l'opposition républicaine. Il n'en fut pas plus mal our cela par la cour impériale; le Bougeoir

:aî K MIOPO'' DF. TlIKATIiK.

appel aux barricAil^ coiilre le roi di-'s barrit

Malheureusement Victor Hugo lui-même est venu au sticours de ses adversaires et de ses accusateurs. Il n accepta", pour s'en glorifier, le point de vue auperficiel de sa subite et brutale Iransformation du monarchiste en d<imocrate. Il l'a accrédité et consacra dans la fameuse préface des Odes et Ballades, daliis du juillet 1853 et tancée au monde de la solitude de Jersey. Jamais te genre d'illusion grammalicule et philosophique, particulier ù Victor Hugo, qui lui a fait prendre cent et cent fois tes oppositions de mois [K)ur des chocs d'idiV^ et les syméli-ies de ffdts bisloriques, balancés les uns par les autres, pour des théories concluantes, ne lui a inspiré une page singulière et plus inattendue :

A L'histoire s'extasie volontiers sur Michel WeiT qui, ué tonnelier, devint marÈchal de France, et sur Murât qui, né garçon d'écurie, devint roi... De toules tes échelles qui mënenl de l'ombre à la lumière, la plus mC'ritoire et la plus difficile, c'est celle-ci: fijlri: W! aristocrate et royaliste et devenir démocrale... S'il est vrai que Murât aurait pu montrer avec quelque orgueil son fouet de poslillon à côté de son sceptre de roi et dire : (i Je suis parti de là «, c'est avec un orgueil plus légitime certes ctavcc une conscience plus satisfaite qu'on peut montrer ces odes royi

d'enfant et d'adolescent à cûtô des poèmes et des livres démocratiques de l'homme fait. »

Cette belle explication a le tort de reposer sur des

rdts inexacts et de ne rien expliquer du tout. Victor ' Hugo n'était plus ni enfant ni adolescent en 1823 > lorsqu'il a chanté le sacre de Charles X; il avait i vingt-trois ans ; c'est l'âge où un sous-lieulenanl de , Napoléon avait déjà pris Berhn, Vienne, et iMoscou, ' où un Américahi de nos jours a déjà fondé et li- .quidé deux ou trois maisons de commerce. D'autre irt, Victor Hugo n'était pas encore un homme fait, qui s'appelle défluitivement fait, en 1859, lorsqu'il a composé Hernani et Manon Ddorme, deux œuvres d'un royalisme douteux et d'un aristocratisme au moins fort mélangé; il avait vingt-sept ans; c'est l'on serait excusable de continuer à cher- i ler sa voie; entre vingt-trois ans (te Sacre) et I ingl-sept ans (Manon Delornie}, il n'y a pas des ' limes d'années. La question d'âge est ici invoquée tort pour une apologie hors de propos. Ce qui explique tout, radicalement et simplement, c'est que Victor Hugo n'est pas plus né aristocrate que royaiste. Il n'est pas né aristocrate, en ce sens qu'il , sscendrait, comme il l'a dit et comme il l'a cru, l'un certain Georges Hugo, capitaine des gardes du i lue de Lorraine, anobli eo 1331, père ou grand-pére

33* A l'IlOPOS DR TniATHR,

lui-m^me d'un Évoque de Ptolèmaïs ; cetlo généalogie romantique a ûlé démontrée imaginaire ' ; le père de VicUir, LùtipoKl-Sigisbert, ofGcier de Bonaparte, ne s'en est jamais largué. Lcopold-Sigîsbert devint & la force du poignet général et comte de Cisuentés; niais il était de souche et do tempérament populaires; son fils Victor, « né aristocrate s, ne fut pas traité par lui aristocratiquement ; il le fit bel et bien immatriculer en qualité d'enfant de troupe sur les 1 contrôles de Royal-Corse, régiment françai3 au ser^ vico de Murât, roi de Naples. De l'enfant de troupi Victor Hugo a mené réellement l'existence, au moiiu en partie, et à son grimd profit. Si c'élJiit ici le de chercher la source où s'alimenta sa belle i gination, on la trouverait dans son odyssée enchaQteresse de lils de soldais travers les routes de France d'Italie et d'Espagne *. Victor Hugo n'est pas né noi

1. Victor Euga avant 1830, par Edmond Biré. — J'ai d^ Bignalé ce livre. L'abondance, la prduisiDti cl la aùretë cliËrcheB eo foDt un livre capital pour l'étude et l'intelligeiU do Viotor tlugo. L'ouvi-age trahit des préoccupations de poU| miïte caltiolirjuc et monaitiliique. Mois il est aisé de n part les prëoccupatiaDsdei'autearetdes'en tenir aaifai a recueillis avec une patienre et une sagacité dignes des plul grands élijges. (Paris, Jules Cer vais,. éditeur. — Naates, Ëmilf Grimaud, ^aitcur, IS83.}

i. Lireil ce sujet iDsisavecprécDulion les. V^/moireid'ile^odr Dmnaa, &• série, chapitres 116 â 129. (Paris, Calmann Lëvr^ -• Edition h 1 fraoo le volume.)

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33rt Jt PROPOS DE TBÉATHE.

mule, de l'état de simple tourlourou d muDarchiste et, par conséquent uo peu crétin, au grade de maréchal de France des intelligences. Tel le démocrate Victor llugo s'est épanoui de 1851 1875, tel il était en germe dfa le temps de la Rt tauratioD.

Les odes royaliales et vendéennes, les Tierges de Verdun, Quiberon. la Naùsance du duc de Bordeaux, le Sacre, les attentions flatteuses dont le poète était l'oMcl delà part du faubourg Saint-Germain et d'une aristocratie qui gardait encore en 1820 quelques^ uns des caractîires par oii se justifient et s'imposent ks aristocraties, la faveur vraiment royale dont IjOuis XVill et Charles X soutinrent ses premiers pas, rien de tout cela n'empêchait que la rupture de Victor Hugo avec le gouvernement de la Restai ration ne fût inévitable. Elle s'accomplit à l'oi sion de Marion Delorme. Elle aurait pu s'accom] à propos de Ilemuni. Il se produisit sur cette niére pièce un soulèvement du vieux parti classique qui monta jusqu au trône. Ce tapage tout littéraire eut pour effet de troubler l'attention de Charles X et de ses ministres et de la tromper sur les tendances morales, encore vagues, de ce romancero. Il à travers tout le rôle de Hernani un esprit de voile, glorifié par le poète, qui est bien autant ,. pulaire que TÉodal, qui sent son enfant de

Tel

ature

itay^^J

A PROPOS DE TIIÉSTnK. 337

ftutabt que son montagoard d'Aragon. Le roi Carlos est le seul monarchiste solide de la pièce ; et mémo en don Gomez, sous ses formes do langage res-

I pectueuses et dévouées pour le seigneur roi, je ' flaire un réfractaire de la Chambre introuvable. Le

I premier acte est intitulé le Roi; le second, le Bandit;

[• c'est ex œqua, Esl-ce l'enlèvement de Dona Sol ou

I les journées de Juillet que sonne le cor de Hcrnani, assaillant avec sa bande le pavé de Saragosse? II sonne certainement le régicide. Nous sommes loin (des Châtiments, et cependant tout le temps de la ^iSce Hernani se répète déjà à lui-même :

Tu peuï luer cet homme avec tranquillité,

L'esprit révolutionnaire de Victor Hugo n'éclate donc

3 seulement après les journées de Juillet ou après

a torts que le prince Louis Napoléon a pu se don-

iicr à son égard. Victor Hugo avait dans les moelles

i Révolution française ; il avait dans le sang toutes

s aspirations du peuple et de l'Iiomme de la foule

i monte, tous les ressentiments du peuple et de

Hiomme de la foule qu'écrase le joug d'en haut,

joutes les explosions du peuple qui rompt ses freins

; de l'homme de la foule qui crève les obstacles

)Our faire sa trouée. Les héros de ses drames sont

t bandits, des capitaines d'aventtire, des billards,

des laquais, des vagabonds, des déclassés qui brisent leurs fers ou dont un empereur de légende les vient briser; au fond du cachol, Guantiumara et des cap tifs de toutes nations ; sur la cime, Barberoussc qui leur tend la main ; les deus termes où le siècle a abouti, chez nous, k deux reprises, la Conuni et l'Empire.

Pas plus que le culte du peuple, le culte de pot6on chez Victor Hugo ne s'est maniresté k moment déterminé et spécial. Victor Hago port cette religion tissuo dans la trame de ses libres! C'est pure chimère de le supposer plus napoléonien après juilleti830qu'avant, commec'est pure chimère de soutenir qu'il a été précipilé dans les passions démocratiques par ses rancunes personnelles contre Louis Napoléon. Il n'y a qu'une chose qu'on pourrait dire: il n'était pas napoléonien de la môme façon sous la monarchie de Juillet que sous le règne de la branche aînée. Aprôs 1830, il voyait plus exclusivement dans Napoléon le grand faiseur d'épopées; avant 1S30, il y voyait plus distinctement l'usurpateur, le despote, le conquérant insalif Mais, dès laRestauitiUon, l'hymne i Napoléon poésie napoléonienne ne demandaient chez lui détwrder.

L'ode Bonaparte esl du même temps que 1' le Sacre; elle l'a précédée.

ècle I lUne^H

)res^^^

A PtlOPOS ItE TIlÉATnR

I Bt quand dans leurs tojeTS il rainenaît ses bravas, Aax ràlPB qu'il donnait à ses yainqueurB esclaves H inrilail les l'ois vaincus.

De !li h dire comme Déranger :

Vous rampiez tou*, ù rois qu'on déifie,

la distance n'était pas grande. Je n'entends pas ici par napoléonisme l'opinion politique bonapartiste. Le poète, qui retentit sous le nom de Napoléon, n'est pas nécessairement un homme de parti qui songe à proclamer empereur Napoléon Ul ou Napoléon V; il peut sans contradiction Être pair de Francis de Louis-Philippe. En dehors de la politique Ijonaparlisle militante, le napolÉonisme est un état do l'imagination, un état d'esprit national et un état moral. C'est un phénomène psychologique et historique qui s'est présenté dans les générations de 18'âl), de 18!I0, de 1848 et même de 1870 sous deux faces principales. Le napoléonisrae a bouleversé et perverti l'ime individuelle. Il a ébloui l'Ame nationale. L'ambition française nationale ou individuelle n'est plus, depuis la grandeur, la chute et la mort de Naijoléon I'', de la même nature qu'elle a été sous la dynastie de Bourbon avant 89.

Si Napoléon n'avait pas été dominé par sa folie orientale, par ie Drang nack Osten, s'il avait gardé ie peu de sagesse qu'il fallait pour laisser là l'Orient

DE TiliiATni

et foQdep la dynastie des empereur français, protecteurs de l'Occident, s'il était mort aux Tuileries en traosmettant sa couronne à ses fils et petits-fils, l'étal d'esprit napolOomeo et l'état d*anibition napoléoniste n'auraient pas fait chez les Français le ravage qu'ils ont fait. Ce double état psychique se serait amorti et peu îi peu Éteint. Au bout de deux gênt'Tations que la place d'empereur Était prise, on aurait scnli que la place n'était plus h prendre. On se serait résigné i admettre qu'an Napoléon est nécessairement un homme extraordinaire, qui non seulement a eu besoin, pour pousser sa fortune au point où on l'a vu la pousser, d'un génie au-dessus du commun, mais encore de circonstances extraordinaires comme lui-môme. On aurait compris qu'un chef de dynastie, à l'origine, peut bien faire des rois et des princes, mais que ses successeurs ne peuvent pas, tous les jours, pendant un siècle, prendre des tonneliers, des postillons, des clercs de notaire, des avocats, des mousses, des lieutenants d'état-major, pour en faire des rois el des princes feudataires. Le Français ambitieux fût rentré daus le cours habituel des ambitions proportionnées à la condition originelle et aux moyens dont chacun dispose. Napoléon s'est laissé renverser, et tous les yeux de France, fixés sur cette grande place vide, se sont laissé magnétiser. Le nombre est grand de Français qui ont t

ou moins d'obstination, qu'ils seraient à U tour Napoléon, Jusque dans l'amour, les Français de notre Lemps ont porlé l'ambition napoléoniste. Une

t. race s'est élevée de héros d'amour, pauvres et obs- :curs, de qui le roman était d'épouser, comme Bo- Tiaparte, une archiduchesse d'Autriche ou à tout le moins d'en être aimé. Siendahl dans le Rouge et le Soir (183-1) a fait l'analyse magistrale de cette disposition psychique en créant le Julien Sorel de race paysanesque qui conçoit froidement et exécute l'en-

Ptreprise d'abord de se faire aimer par madame de Raynal, la femme le plus en vue de sa petite ville, ensuite d'épouser mademoiselle de La Mole, fille d'un des plus grands seigneurs de France. Julien Sorel, ver de terre conquérant d'une étoile, est de 183t ; Ruy-Blas, amoureux de la reine, arrive en ÎS32.

ISi le napoléonisme s'est inûltré jusque dans l'amour Ipour en corrompre l'ingénuité et la simplicité, à plus fcrte raison chaque Français de la classe de ceux ■qui ont reçu tant soit peu de reflet de l'histoire, a-t-il rêvé d'être dans l'État Napoléon ou de jouer dans le monde par le talent qui lui était propre un rôle égal à celui de Bonaparte. Je ne citerai point i noms qui sont sur toutes les lèvres. Le républioiisme môme le plus outré n'est point dans une |ae un antidote qui la préserve du virus napotéo- . Il y a eu des nairaléoniens de la Commune.

:W2 \ rnopos i>e thèathf;.

Êles-^-ous jamais alli5 k Sainle-Pélagie dans les d niferes anni^es de l'empire? Vous avez pu y entcndi au pavillon des poHiiques, lel compagnon cordod nier, arrêté la veille dans quelque vulgaire tumulte, vous dire naturellement: « Quand je serai dictateur 1 » Voilà le premier aspect sous lequel se présente le napolÈonisme, l'aspect de l'ambition individuelle. De ce napolÉonisme, Victor Hugo n'a jamais cherché à éviter les atteintes pour lui-môme. Rappelez-vous cette préface du temps de sa jeunesse, où il développe l'idée que, notre siècle ayant ou en Bonaparte son Charlemagne, il est nécessaire, tl est immanquable que ce siècle ait son poète équivalent à Bonaparte. Ia chose est claire : Hugo sous-entç que ce poète ce sera lui ; préoccupation funeste è a g&té chez lui bien des tmnnes choses !

Mais le napoléonisme a un second aspect ] noble. De 1797 à 1806, la vie de Bonaparte a grand éblouissement national qui, après s'être é' a laissé dans les cœurs l'espérance qu'il se i vellerait. Pour ce motif, la superstition deNapolé( dangereuse ou non, chimérique ou non, s'est i parée puissamment des foules. Elle remplit le théâ de Victor Hugo. Elle rayonne dans ses préfaoj C'est cette superstition grandiose qui s'exprime à la bouche de Charles-Quint dans Hernani, par o

) Barberousse dans les Burgraves. C'est elle (

A PROPOS riE TIlÉATHi:. fUT

Tait monter sur le ti'^pîed Ruy-Blas et le fait prophétiser devant le Conseil de Castille et le fait répandre sa Toix en lamentations et en anathèmes. Relisez les Journaux de l'an 1 832 ; collectionnez toutes les objurgations véhémentes qu'adressaient au gou-

tvarnement de Louis-Philippe t«ux qui avaient conçu les trois journées comme la première revanche de [jeipzig et de Waterloo, vous aurez la substance et le ton, non pas de tout le discours de Ruy-Blas, maïs de l'invocation de Chariemagne qui le ter- ^ mine :

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