‹ À propos des algues fossilesChapitre 10 sur 25 · CONSIDÉRATIONS SUR LES BILOBITES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LES BILOBITES

Bilobites furcifera (M. R.), Sap. et Mar., Évol. des Cryptog., p. 75-79, fig. 16, 17.

Frontispice et PI. IX, fig. 1-4 et 19.

L'étude et la détermination des Arfhrophicus conduisent très naturellement à l'examen des Bilobites, ces fossiles à signification controversée des plus anciennes mers siluriennes. Je n'ai pas la prétention, je l'avoue, de trancher ici, d’une façon absolue et définitive, une question demeurée obscure jusqu’à ce jour, en dépit de nombreux efforts. Je suis persuadé cependant que la découverte d'échantillons plus complets permettra de l’éclaireir à la longue, en donnant le mot de l'énigme, comme il m'a élé permis de le faire en ce qui touche le Zaminarites Lagrange.

Je me contenterai donc de quelques réflexions basées sur l'observation attentive des plaques avec Bilobites, dont j'ai pu disposer grâce à l’obligeance de M. le professeur Vilanova, de Madrid, de M. Jean Morière, doyen de la Faculté de Caen, et, après eux, de M. L. Crié, professeur à la Faculté de Rennes. Il est aisé de reconnaître, par l'inspection de ces plaques, qu'il existe un certain nombre d'espèces de Bilobites, fort nettement limitées et caractérisées. ce qui constitue, à mon sens, une première présomption qu'il ne s’agit pas uniquement de traces mécaniquement imprimées. Parmi ces espèces, je citeraiseulement le Bilobites Vilanovæ Sap. et Mar. du silurien d'Almaden (Andalousie), que distingue sa petite taille (1), etle Bilobites furcifera (M. R.) Sap. et Mar., de l’étage des grès armoricains de Bagnols (Orne), dont je figure ici deux très beaux exemplaires (voy. Frontispice et pl. IX, fig. 1).

ne faut pas oublier que les Bilobites sont, à n’en pas douter, des moules naturels reproduisant en demi-relief des empreintes originairement creuses. Selon les uns, les creux seraient dus à la trace d’un animal inverlébré, tandis que, selon d'autres, ils se rapporteraient à la face inférieure d’un corps marin, vraisemblablement de la nature des Algues. Dans ce dernier cas, la dissolution plus ou moins tardive du corps en question aurait permis au sédiment en voie de dépôt de remplir

la cavité du moule d’abord occupé par la Bilobite.

(1) Voy. Évol. des Cryptog., p.79, fig. 19.

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Ainsi, dans la première hypothèse, un sillon ou plutôt une suite de sillons accolés, provenant de la marche, si l’on veut même, du séjour d’un Invertébré sur le fond vaseux sous-marin, auraient été comblés par le sable fin d’une assise bientôt consolidée et convertie finalement en arkose. Dans la seconde hypothèse au contraire, les Bilobites, à l’état de troncons, soit isolés soit accumulés, auraient été recouvertes par le sable de l’assise nouvellement formée jusqu'au moment où leur substance avant graduellement disparu, la pâte grèseuse en aurait pris la place. Dès lors, on le conçoit, celle-ci, comblant le moule devenu vide, et le poids de l’assise supérieure ne cessant d'agir, serait venue s'appliquer contre les parois inférieures du moule, en contact avec l’ancien fond sous-marin, sur lequel reposaient les Bilobites au moment où le sédiment sableux les avait recouvertes.

Cette seconde hypothèse est celle que j'adopte de préférence; elle a pour elle, selon moi, des présomptions que je vais résumer. — Et d'abord, si les Bilobites n’ont été que des traces, par cela même elles n’ont jamais possédé ni l'épaisseur, ni la consistance d’un corps organisé; par suite, elles n'ont pu rien supporter, ni s’adosser contre rien, ni enfin donner lieu au-dessous d'elles à aucun interstice appréciable. Elles n'ont pas davantage pu s’entremêler ni se superposer. Tel doit être effectivement le point de départ qu'il ne faut pas perdre de vue, dès qu'il s'agit de se prononcer sur la vraie nature des Bilobites. Enfin, il est également certain que suivant l’une ou l'autre des deux hypothèses que l'on préfère, les parties en relief, situées à la base de l’assise de grès, représentent ou l'envers de la réalité ou bien au contraire l’objet lui-même montrant l’une de ses faces, l’autre se trouvant incorporée à la masse même de la roche.

Cette dernière disposition concorde avec le mode de fossilisation que j'ai nommé «en demi-relief ». J'ai déjà fait voir à plusieurs reprises que ce mode, loin d’être étranger au monde des plantes, caractérisait une foule de végétaux fossiles soit terrestres et entraînés au fond des eaux, comme les Pachyphyllum (consultez la fig. 5), Brachyphyllum, ete, soit aquatiques et ayant vécu sur place, à l'exemple des rhizomes et des feuilles même des Nymphéacées. Là n'est done pas la difficulté ; elle se révèle plutôt lorsqu'il s'agit de découvrir et de déterminer chez les Bilobites l'existence de caractères morphologiques absolument incompatibles avec l'hypothèse qui croit voir en elles des traces d'Invertébrés. Si l'on parvenait effectivement à constater des connexions, des ramifications ou des prolongements chez ces organismes singuliers, si l’on démontrait qu'ils s'entremélent ou se compriment mutuellement en se superposant ; enfin, si l’on constatait que des corps étrangers ont adhéré de quelque façon à leur superficie, on rendrait aussitôt inadmissible la supposition qu’ils représentent un double sillon tracé par un animal en mouvement.

L'essentiel, en un mot, n’est pas de prouver que les Bilobites aient pu être des

d0 LES ALGUES FOSSILES.

Algues, mais bien qu’elles n’ont été que cela et pas autre chose. N'ayant à ma disposition que des indices, je ne saurais apporter 1ci une affirmation absolue ; mais en m'’altachant à ces indices pour les faire ressortir, je montrerai du moins que ma thèse a pour elle la vraisemblance.

M. Nathorst, à propos des Bilobites, insiste comme toujours sur l'absence de tout résidu de substance végétale, au fond des moules creux auxquels des organismes aussi puissants auraient inévitablement dù donner lieu, et il se prévaut de cette absence pour contester leur attribution au monde des plantes; mais il ne fait pas allention qu'en admettant cette attribution, on se trouve avoir affaire à des Algues, par conséquent à des organismes cellulaires, bien que souvent fermes et cartilagineux, susceptibles de se dissoudre à la longue, comme les Laminaires dont les frondes, en se décomposant, ne sauraient laisser après elles aucun vestige fibreux. Bien plus, les Conifères mêmes, tels que les Zrachyphyllum et les rhizomes charnus de plantes angiospermiques, fossilisés en demi-relief à la facon des Bilobites, n'ont pas laissé subsister plus que celles-ci la moindre trace des anciens üssus. L’argument est done sans valeur, et l’auteur suédois n’explique pas davantage comment de simples sillons, imprimés à la surface du sol sous-marin, auraient pu produire un moulage aussi net, aussi arrêté dans les moindres détails, de manière à constituer un véritable réseau à la superficie d’une foule d'échantillons de Bilobites (1).

M. de Lapparent, dans son 7raité de Géologie (2) en voie de publication, s’exprime en ces termes : « On remarque que les Bilobites se présentent toujours à l’état de moules, faisant saillie sur la face inférieure d’une plaque de grès, à son contact avec une couche de nature argileuse et que ces saillies demi-cylindriques ne se prolongent jamais dans la masse du grès. Elles s’entre-croisent d’ailleurs en divers sens, s effaçant les unes les autres et sont parfois interrompues par des crêtes rectilignes représentant le remplissage par la matière des grès, des fentes produites par la dessiccation dans l'argile sous-jacente. »

Tout n'est pas exact dans l'exposé ci-dessus. Les Bilobites se présentent effectivement en saillie sur la face inférieure des plaques de grès, conformément à ce que montrent tous les végétaux fossilisés en demi-relief; mais ces plaques de grès avec Bilobites ne sont pas nécessairement en contact avec une couche argileuse, et je me suis assuré que le « pas de bœuf », qui n’est autre qu'un moule creux de Bilobite, élait excavé dans un grès de même nature que l’assise supérieure à laquelle appar-

(1) Cette netteté dans les traits, les sillons et les cannelures du réseau superficiel des Bilobites, peu concevable s'il ne s'agissait que de traces moulées postérieurement au moment où elles se sont produites, est particulièrement visible sur des échantillons que M. J. Morière a bien voulu recueillir à mon intention et me communiquer en dernier lieu.

(2) Traité de Géologie, par A. de Lapparent, ancien ingénieur du corps des mines, professeur à l’Institut catholique de Paris. Paris, F. Savy, 1882, p. 680 et suiv.

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tient le relief. Il devient donc beaucoup moins facile de comprendre comment, -en l'absence de tout corps marin assez ferme pour donner lieu à un moule, une simple trace, un trou, si l’on veut, pratiqué dans le sable se serait conservé de manière à reproduire un relief aussi net que celui dont les Bilobites offrent souvent l'exemple. De plus, les crêtes rectilignes dont parle M. de Lapparent pourraient tout aussi bien répondre à des déchirures et à des solutions de continuité de la substance végétale qu'à des fissures par retrait de l'argile sous-jacente (1). Enfin, j'ai pu constater que ces crêtes ou fragments de grès, adhérant aux parties en relief des Bilobites, étaient assez fréquemment susceptibles d'être détachés à l’aide d’un poinçon, de façon à dégager l'organe fossile, qu'ils recouvrent superficiellement sans êlre incorporés à lui. Dans ce dernier cas, 1l ne saurait être question d’un remplissage des fentes interrompant la continuité de la trace ; mais il est fort concevable, par contre, que le sédiment sableux ait pu s’introduire en petite quantité sous les tiges déjà couchées au fond de l’eau, en contractant avec elles des adhérences, antérieurement à la formation du moule creux dù à la pression venue d'en haut; cette pression, très faible ou même nulle à l’origine, a düû se prononcer graduellement, au fur et à mesure que s’opérait le dépôt de l’assise supérieure. Tout cela se conçoit aisément dans l'hypothèse selon laquelle les Bilobites auraient été des végétaux consistants, destinés pourtant à se décomposer à la longue; dans l'hypothèse contraire, on ne saurait trouver aucune explication satisfaisante. Les demi-cylindres des Bilobites s'entre-croisent, il est vrai, et paraissent ainsi s’effacer mutuellement; mais celle apparence tient peut-être chez elles uniquement au mode de fossilisation en demi-relief dont le résultat a dù être de faire disparaître toutes les parties qui ne se trouvaient pas directement appliquées contre le fond sous-marin. Ce qui tendrait à prouver qu'il en a été réellement ainsi, c’est qu'aux endroits où s'opère le croisement, la Bilobite, en passant sur une autre Bilobite, laisse entrevoir le plus souvent une saillie. Ainsi donc, dans ce cas, ces sortes de plantes auraient été superposées, et, au lieu de se traverser, elles se seraient recouvertes mutuellement; mais comme les faces libres et inférieures, c’est-à-dire celles qui touchaient le fond, ont été seules conservées et moulées en demi-relief, 11 n'y a rien de surprenant à ce que le reste ait été d’abord comprimé, puis effacé par la pesée de l’assise en voie de formation. Celle-ci est constamment composée d’un grès siliceux très dur (grès armoricain) et très lourd, dont l’origine est due à des accumulations d’un sable quartzeux, cimenté par la silice dont les anciennes eaux étaient abondamment chargées.

Pour apprécier à leur juste valeur les éléments de la question, il faut jeter les

(1) Le moule en creux une fois constitué a pu d’ailleurs donner lieu à des fissures, remplies ensuite par la malière du grès, dans l’une comme dans l’autre des deux hypothèses.

veux sur les deux figures qui accompagnent ce mémoire el que j'ai choisies comme les plus instructives, au milieu d’une foule d'échantillons. Le Bilobites furcifera, de Bagnols (Orne), dont ils représentent des parties détachées, est une des plus grandes formes du groupe. Les accolades de demi-cylindres mesurent, chez elle, jusqu’à un décimètre et plus en largeur. Le thalle de cette espèce, si l’on suppose qu'il s'agisse d’un organisme végétal, aurait atteint des proportions vraiment gigantesques. Dans cette même hypothèse, les accolades, que l’on observe assez souvent à l’état de tronçons isolés, auraient pu se joindre, s’étaler en se subdivisant et constituer un appareil thalloïde plus ou moins analogue à celui du P’anescorsea glomerata, qui figure sur la planche V.

J'ai donc recherché les plaques sur lesquelles ces sortes de prolongements étalés etramifiés, ou encore des fragments de ces parties, semblent se montrer. Gräce aux libéralités de M. Morière, J'en possède une série intéressante, mais ne pouvant songer à tout figurer, j'ai bien été forcé de faire un choix. Parmi les échantillons que je néglige, il en est qui présentent l'apparence de lambeaux déchirés et superposés, empiétant l’un sur l’autre dans un désordre tel et cependant avec une netteté si frappante dans le détail du réseau, qu'il est bien difficile de reconnaitre en eux des pistes, qui se seraient détruites mutuellement à force de se traverser. Sur d’autres plaques, les accolades se superposent et se pénètrent de telle façon que les cylindres jumeaux de chacune d’elles ont dù s'ouvrir pour livrer passage à l’un des cylindres d’une autre accolade transversalement placée, mais à l’un d'eux seulement, l’autre demeurant caché. Ce sont là des accidents incompatibles, à ce qu’il semble, avec la présence de pistes entre-croisées; la plus récente devant toujours effacer la précédente, en la traversant, tandis que des fragments organisés ont bien pu sécarter, se fissurer partiellement et s’entrelacer de plusieurs manières. Les fragments sont pressés, meurtris et comprimés sur beaucoup de points, comme s'ils avaient cédé sous le poids d’une masse supérieure, circonstance qui n’a rien d'étrange, dès qu'il s’agit d’un végétal, mais qui ne se conçoit guère dans l’hypothèse contraire.

Enfin, on distingue constamment, sur ces échantillons, des cicatrices ou marques d'insertion, circulaires, creuses et fréquemment ombiliquées dont je parlerai tout à l'heure. On y rencontre aussi, il faut le dire, assez souvent, des pistes reconnaissables, ayant l'apparence de trainées formées de petits traits pointillés et granuleux, qui serpentent un peu partout, sans ordre ni direction déterminées ; elles ressemblent singulièrement aux traces de l’Zæra albifrons Leuck., par conséquent d’un crustacé, figurées par Nathorst, pl. 2, fig. 1, de son Mémoire.

Dans le dessin de l'échantillon représenté, pl. IX, fig. 1, sous des dimensions réduites d’un quart, j'ai reproduit les parties en relief d’une Bilobite, en faisant

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abstraction du fond de la plaque et aussi des accidents qui, sans rien ajouter à la connaissance de l'original, auraient obstrué certains contours. J'ai négligé de plus sur la gauche et dans le haut les traces d'une accolade visiblement étrangère à l'échantillon figuré. La présence de cette accolade a suffi pourtant pour imprimer un sillon oblique ou pli transverse bien distinct, qui marque en aa les limites de la superposition.

L'échantillon de la planche IX, ainsi reproduit, laisse voir une double accolade qui émerge d'une base commune ; du moins, dans la direction de cette base, les tubulures médianes et contiguës de chaque paire sont visiblement soudées et confondues inférieurement. Que cette fusion des accolades soit réelle, comme j'opine à le croire, ou seulement apparente, la figure en rend très exactement l'aspect. A partir de ce point de jonction, les deux accolades s’écartent, puis remontent, celle de droite en décrivant une sorte de courbe, celle de gauche en s’élevant obliquement. Celle-ci se prolonge sur une longueur continue de 23 à 25 centimètres, après lesquels son relief s’efface, et elle disparait dans l'épaisseur de l’assise. La figure de la planche IX ne représente donc au plus qu'une moitié de cette accolade. Sur la plaque originale, à partir et au-dessus du sillon qui la coupe obliquement en aa, elle se renfle et se relève par le fait d’une autre accolade qu’elle recouvre, mouvement qui se rapporte bien à deux objets réels entre-croisés, plutôt qu'à des sillons vides dont le plus récent aurait effacé l’autre en le traversant, ainsi que je l’ai déjà observé.

Je reviens à la figure elle-même. — Les tubulures de l’accolade de gauche sont très nettement limitées sur les côtés ; leur face est convexe. Les stries qui Îles parcourent naissent obliquement du sillon commissural ; elles s'étendent en suivant cette même direction, mais elles varient beaucoup dans leur tracé et donnent lieu, particulièrement sur la droite, à un réseau complexe, difficile à bien rendre, et qui résulte de linéaments obliques ou tortueux qui relient ensemble les costules principales. Ce même réseau reparait en divers endroits de l’accolade de droite en r : les costules anastomosées forment alors des mailles ou aires déprimées. Au-dessous, ces mêmes costules deviennent sinueuses, elles se replient et affectent une direction longitudinale par rapport à la demi-accolade dont elles parcourent la superficie; l’autre tubulure de la même accolade, à l'extrême droite de la figure, semble avoir été aplatie et lacérée ; elle est aussi beaucoup plus large que sa voisine et montre sur divers points, principalement vers le milieu, des solutions de continuité provenant, à ce qu’il semble, de profondes déchirures. Les costules obliques et presque longitudinales dans le bas sont plutôt ondulées et reliées par de fréquentes anastomoses, dans le haut.

Ces déchirures, ces différences si notables dans la direction et l'ordonnance

des stries ; enfin, la présence d’un véritable réseau constituent autant de circonstances incompatibles, selon moi, avec l'hypothèse de M. Nathorst et de tous ceux qui pensent voir dans les Bilobites des traces d’Invertébrés en marche, Les traces, effectivement, se fissurent, s’effacent en se traversant, mais elles ne peuvent être ni comprimées, ni lacérées ; elles n’ont rien de consistant ni d’extensible : enfin, les sillons qui résultent d’une progression ne sauraient ni se compliquer ni constituer un réseau formé de linéaments anastomosés. Ces sillons devraient être toujours et constamment pareils à eux-mêmes, tandis que chez eux la diversité des combinaisons résultant de la disposition des stries est au contraire tout à fait évidente.

La figure 1°, pl. IX, représente, sous un assez fort grossissement, une portion du réseau superficiel de l'échantillon que je viens de décrire. On voit que les cannelures des accolades ou stries sont formées par des crêtes longitudinales et parallèles, mais plus ou moins sinueuses dans leur trajet et reliées entre elles par des traits de jonction soit obliques, soit transverses. L'ensemble donne l'idée d’une surface rendue inégale par des rides et des plissements, disposés avec une certaine régularité, sans avoir la précision de véritables nervures. C’est là, à peu près, l'aspect et la structure apparente du réseau superficiel et des costules anastomosées qui caractérisent les Alectoruridées, spécialement le Glossophycus Camille (Von'ph VE By, t}

Avant de quitter l'échantillon de la planche IX, je veux appeler l'attention des naturalistes sur les cicatrices ou traces d'insertion et de perforation qui parsèment en grand nombre la surface des Bilobites et constituent, au moins pour le 2. furcifera, un caractère des plus visibles. On en compte ie une dizaine au moins dispersées sans aucun ordre, quelques-unes très nettes, assez profondes et le plus souvent ombiliquées. Il est presque impossible de déterminer l'origine de ces cicatrices qui peuvent se rapporter soit à des traces d'organismes parasites soit à des trous de vers. Je me contenterai de l'observation suivante qui, à mon sens, ne manque pas d'importance; ces cicatrices paraissent occuper leur place naturelle, comme si elles étaient situées à la surface d’un corps organisé ; leur cavité, leur disposition ombiliquée font bien voir qu'elles ne représentent pas l’envers de quelque chose, comme cela devrait être si les Bilobites représentaient le moulage d'une piste. Les figures 2 et 3, pl. IX, dans le but de permettre de mieux juger la question, reproduisent deux de ces cicatrices sous un assez fort grossissement ; elles ont été choisies parmi les plus nettes, et chacune présente une structure particulière.

La cicatrice fig. 2 répond au type le plus ordinaire; elle est transversalement ovale, cernée d’une bordure périphérique enfoncée qui entoure un bourrelet

médian, marqué sur le pourtour de traits rayonnants et au centre d’un ou deux

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petits mamelons. La cicatrice fig. 3, même planche, est ronde, cylindrique et creusée en forme d’un entonnoir évasé, rayé de stries circulaires le long des parois. Le fond de l’entonnoir se trouve occupé par une aire plane, ayant au centre un point déprimé accompagné de quelques stries rayonnantes. Les deux figures montrent en même temps les détails des rides superficielles, accompagnées de traits obliques et de saillies ponctuées qui distinguent les Bilobites vues à la loupe, dans les parlies les mieux conservées.

Le second des échantillons figurés, celui du frontispice, n'est pas moins instructif que l’autre. Il se compose de plusieurs tubulures étroitement connexes el dirigées dans un même sens, si l’on en excepte une seule à droite qui se détourne et s'engage sous les autres qui la recouvrent. Les tubulures latéralement soudées entre elles ont cela de remarquable qu'il est impossible de les distribuer en accolades régulières, par la raison que l’une d'elles, d'abord simple, se divise supérieurement à l’aide d’un sillon médian en deux tubulures secondaires et que l’une de celles-ci présente une connexion visible avec la tubulure la plus voisine, constituant avec cette dernière une sorte d’accolade. C’est là, il faut le remarquer, une disposition qui ne saurait s’accorder d'aucune façon avec l'hypothèse qui veut reconnaitre dans les Bilobites des traces mécaniques; effectivement, les connexions, subdivisions et soudures intimes, à l’aide d'anastomoses et de traits de jonction, se trouvent incompatibles avec cette hypothèse. Il faudrait, en tous cas, admettre que plusieurs animaux se seraient donné le mot pour marcher ici conjointement et parallèlement, sans empiéter sur leurs traces respectives, mais en se touchant de si près que leurs traces se trouveraient latéralement réunies par leurs bords commissuraux. Ge sont là des suppositions si peu vraisemblables que je crois plus simple de croire que nous avons sous les yeux une portion de thalle, plus complexe que les fragments ordinaires, formée d’une réunion de tubulures soudées, dont l'analogie avec ce que nous a fait voir le Panescorsea glomerata n'échappera à personne.

Dans l'échantillon que j'examine, outre la disposition générale, il faut encore distinguer plusieurs détails. Les stries sont plus fines et plus nettes qu'à l'ordinaire. Leur direction, toujours assez peu oblique, devient le plus souvent presque longitudinale. Elles laissent apercevoir des traits obliques en forme de veinules qui serpentent dans les intervalles et amènent des anastomoses plus ou moins prononcées. Il en résulte parfois un réseau des plus complexes que la figure » de la planche IX reproduit, fortement orossi. Il est facile de s'assurer de la réelle analogie de ce réseau avec celui des Z'aonurus. I est pourtant moins distinct, mais il faut tenir compte des effets du surmoulage qui ne saurait avoir la précision d'un moule direct, ni atteindre à la perfection d’un organe converti en une substance

amorphe, à la façon du Z'aonurus Saportai, de la craie du Nord. Les linéaments du

réseau superficiel des Alectoruridées, conservées d’après les mêmes procédés de fossilisalion que les Bilobites, n'ont pas plus de netteté que chez ces dernières. N'oublions pas qu'il s’agit seulement de rides superticielles, plus ou moins prononcées selon les cas et non pas d’une réunion de véritables nervures. Sur plusieurs points les stries de ce même échantillon prennent l'apparence de costules saillantes sinueuses el séparées par des sillons très marqués, ou bien elles ondulent, comme si le tissu avait subi une compression ou torsion. À droite et vers le bas, l’accolade tout entière est aplatie et, plus haut, là où elle disparait recouverte par une des tubulures, cette torsion semble visible, comme si l'ancien organe s’était replié, après avoir été fissuré. Le rebord marginal qui accompagne la tubulure et recouvre l'accolade désemparée est trop ferme et trop net pour représenter un accident; il à du faire partie du fossile et répond peut-être à l'endroit le long duquel la fissure se serait produite.

Enfin, les cicatrices éparses ne sont pas rares à la surface de l'échantillon ; elles affectent la même apparence que celles des figures 2 et 3, pl. IX, et leur netteté est parfois étonnante. On observe encore vers le haut quelques corps étrangers qui adhèrent à la Bilobite, comme si, lorsqu'elle était déjà couchée sur le fond, des particules quartzeuses se fussent introduites entre l'organe et le sol, au moment du dépôt de l'assise supérieure, avant la conversion en arkose de la masse sableuse dont elle était formée.

Ainsi, toutes les circonstances visibles concordent avec la supposition que les Bilobites seraient des organismes marins de la catégorie des Algues, tandis que cerlaines de ces circonstances ne sauraient convenir à l'hypothèse contraire qui ne voit dans ces fossiles que des traces d'animaux en mouvement. Si l’on a égard à l’analogie de structure qui rattache les Bilobites aux Alectoruridées par la nature du réseau superficiel, au Panescorsea par la connexité des tubulures soudées latéralementen un ensemble dont nous ne posséderions que des fragments, force nous sera d’avouer que l'attribution de ces sortes de fossiles à une classe de végétaux marins, particulière aux plus anciennes mers ct disparue de bonne heure, n’a rien par ellemême que de fort vraisemblable, de moins invraisemblable, si l’on veut, que les

suppositions bizarres auxquelles ces organismes ont donné lieu Jusqu'ici.

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