TyrE pu Glossophycus, Sar. et Mar
Glossophycus Camillæ, Sap. et Mar. Évol. des Cryptog., p. 88, fig. 26. (PI. VII, fig. 1.)
En publiant un type aussi nouveau et aussi remarquable, nous pensions, M. Marion et moi, échapper à la critique en montrant une Algue incontestable. M. Nathorst n'a cependant pas excepté le Glossophycus du jugement qu'il porte sur les espèces figurées dans l'Évotution des Cryptogames. J'ai donc pensé qu'une figure nouvelle de l'échantillon, sans réduction ni restauration, scrupuleusement exacte dans loutes ses parties, ne serait pas inutile. On voit, par un regard jeté sur la planche VIT, que le phyllome qui est ici oblique et placé de champ, relalivement au plan ‘de l’assise, se trouve mutilé au sommet, non pas naturellement, mais par suite d'une cassure de la pierre ; il a dû être fossilisé sur place; 1l est comprimé et linguiforme. Le peu de profondeur de l'empreinte à laquelle l'organe ancien a donné lieu permet de croire qu'il était mince et plat, tandis que sa situation érigée démontre qu'il élait ferme. En définitive, ce phyllome est con-
tourné comme le serait celui d’une Algue plane et cartilagineuse qui flotterait dans
la mer, sur une base adhérente au fond. La conformation en langue dilatée et arrondie au sommet, atténuée vers la base, avec une marge plus droite d'un côté, dessinant de l’autre une faible convexité, est parfaitement nette. On reconnait également des siries longitudinales, reliées entre elles par des costules obliques, de manière à constituer un réseau analogue à celui de toutes les Alectoruridées, Enfin, la marge du phyllome, le long du côté convexe, est visiblement cernée d’un rebord ou mince bourrelet, en forme de baguette, qui, visiblement aussi, se trouve détaché sur {rois points et encore en place sur une petite portion de l'étendue. Les fragments de la baguette, détachés, mais encore attenant à la marge qu'ils touchent par une de leurs extrémités, sont parfaitement distincts. L'un de ces fragments, à l'état d'empreinte, est couché dans le haut en travers du phyllome; un autre, sur le côté, s'élève en dehors dans une direction verticale ; enfin le dernier, également reconnaissable, est couché à part non loin du phyllome. Quelle preuve plus évidente que l'hypothèse de M. Nathorst ne saurait avoir ici son application : pourtant il est impossible de douter qu'il ne s'agisse bien réellement d’un type d'Alectoruridées, dont les phyllomes minces et plats en même temps que fermes élaient sans doute fixés par leur base atténuée contre le sol sous-marin, ou peut-être encore réunis plusieurs ensemble sur un pied ou point d'attache commun. Ce type recueilli non loin du Cannet (Var), dans un calcaire gris marmoréen de l'étage conchylien, porte le nom de la personne à qui en est due la découverte,
la marquise de Rougé, née Camille de Colbert.
GROUPE DES ARTHROPHYCÉES
1. — Arthrophycus Harlani, Ilazz, Évol. des Cryptog., p. 81, fig. 21°. ( Pr. VIL, fig. ?. 2
M. Nathorst, dans son Mémoire (1), émet l'affirmation suivante, à propos des Arthrophycées : « Tout ce qui a été reporté dans ce groupe, en qualité d’Algues, n'estrien autre que des traces d'animaux » ; — nous allons voir si celle asserlion peut être sérieusement justifiée.
Pour la rendre acceptable, le savant suédois n'hésite pas à assimiler les Arthrophycus siluriens (À. AHarlani Hall, et A. siluricus Schimp.) aux Z'ænidium jurassiques de Heer, comme se rapportant à des fossiles tout à fait identiques dont il démontre ensuite la ressemblance avec des traces provenant de larves de Diptères, représentées fig. 26 et pl. 11, fig. 1, de son travail. Mais l'essentiel aurait été de s'assurer avant tout de la réalité de cette homomorphie supposée des Zænidium et des Aréhrophycus; tandis que le rapprochement de ces deux types pris en bloc me semble au contraire résulter d’une analogie purement apparente.
Les Zænidium de Heer, et, en les mentionnant, je parle seulement des 7°. serpentinum, Gillieroni el convolutum (2), du Jura suisse, sont « simples », courbes ou serpentineux, moniliformes, c’est-à-dire formés d’anneaux toruleux successifs; ils manquent du sillon médian longitudinal qui distingue Îles Arthrophycus, et rien n'empêche de voir effectivement en eux des traces de larves, plus grosses que celles de nos Diptères, mais ayant les mêmes allures et produisant les mêmes vestiges. — L'Arthrophycus Harlani est bien différent, et si on la méconnu, c’est qu'il a été incomplètement et imparfaitement figuré jusqu'ici.
IL a constitué un corps marin, auquel on peut, à la rigueur, dénier l’organisation végétale, mais qui, à coup sûr, n'a rien de commun avec des trous ou traces de larves cheminant à travers la vase. L'échantillon que je figure de nouveau avec son aspect el sous ses dimensions normales, pl. VII, fig. 2, présente un si puissant relief, qu'il est presque l'équivalent d'un moulage complet. De plus, j'ai réussi à le
(4) EL. 0., p. 32.
(2) Voy. F1. foss. Helv., p. 117, tab. 45, fig. 9-10b, et tab. 50, fig. 1-2,
dégager plus qu'il ne l'était d’abord. Le grès ferrugineux très dur, auquel le fossile se trouve incorporé, est recouvert d’une pâte plus tendre qui à dù appartenir à l'assise sous-jacente, contre laquelle l'échantillon a laissé un moule des parties en contact avec cette assise. C’est donc là réellement une fossilisation en demi-relief ; mais les organes anciens par suite de leur épaisseur, de leur fermeté et de leur accumulation ont pu donner lieu à un surmoulage en ronde bosse des deux tiers au moins de leur pourtour, qui ôte à l'esprit tout sujet de doute.
On distingue très nettement, selon moi, sur l'échantillon que je figure et dont je garantis la parfaite exactitude, deux au moins, et probablement trois corps de même nature, distinctement ramifiés et couchés l’un sur l’autre de telle façon que leurs ramifications se croisent et s’entremêlent. Pourtant, avec de l'attention, on aperçoit clairement auquel de ces trois corps se rapporte chacune des branches eylindroïdes et transversalement annelées, qui se montrent à la surface de la plaque silurienne. — Prenons celui de ces corps qui est le plus visible et le moins incomplet, parce qu’il recouvre les deux autres, couchés en travers et en partie cachés par lui. Il se compose évidemment d’un pied ou souche, non pas terminé naturellement, mais tronqué inférieurement par une cassure du grès qui permet pourtant de constater la forme cylindrique du contour. Au-dessus de cette base, se montre une première subdivision qui s'engage sous une branche transversalement placée et visiblement étrangère au corps dont je m'occupe. Un peu audessus, deux autres subdivisions sont émises l'une après l’autre, la première fort petite et bientôt cachée, la seconde qui s’enfonce dans l’intérieur de la plaque pour aller reparaître plus loin et laisser voir sa terminaison. Au-dessus de ces branches, le tronc principal se ramifie de nouveau, mais surtout il se dilate pour donner lieu à une sorte d’épatement convexe, marqué à la surface de plusieurs inégalités verruqueuses. La figure donnée par Schimper, dans son //andbuch (1), visiblement empruntée à Hall (2), montre sur la gauche un épatement ou renflement de même nature. De cette partie renflée, partent évidemment plusieurs ramifications cylindroïdes et annelées ou zonées en travers, dont la terminaison supérieure échappe à l'observation par suite des cassures et du défaut d’étendue de la plaque. Il est à croire que, dans son intégrité, le fossile mesurait plus d'un décimètre, peut-être plusieurs décimètres de long. Il nous est difficile de juger de cette dimension présumée, mais ce qui reste témoigne hautement de la nature organique et probaplement végétale. Ce n’est certes pas là la trace du passage d’un Invertébré; c’est bien une tige épaisse et renflée çà et là, partagée en un certain nombre de ramifi-
(4) Handbuch d. Palæontol., p. 53, fig. 41.
(2) Hall, Geol. of New-York, pl. IV, fig. 1-3. — Cette figure n’a pas été dessinée avec assez de soin. Celle du Traité de Géologie de M. de Lapparent (p. 681, fig. 205) n’en est qu'une reproduction partielle et assez confuse.
‘sr
ARTHROPHYCÉES. o|
cations secondaires. — Pour mieux comprendre ces ramifications considérées à part, 1l faut s'attacher à celle qui s'élève sur la gauche et se raltache inférieurement à l’un des corps associés à celui que je viens de décrire. Cette ramification est simple, élancée, plutôt prismatique que régulièrement cylindrique, marquée dans le milieu d'une légère dépression longitudinale et transversalement annelée. Ces anneaux ou cannelures transverses sont partout visibles : elles sont parfois sinueuses, et l’on peut s'assurer, par l'examen de certaines parties de l'échantillon, qu’elles faisatent le tour des appendices : ceux-ci se terminaient obtusément au sommet.
Mon excellent ami, M. Leo Lesquereux, de qui je tiens l'échantillon remarquable que je viens de décrire, me communique ses impressions sur les Ar/hkrophycus dont il a exploré le gisement; je ne puis mieux faire que de transcrire ici les réflexions que lui inspirent les idées théoriques de Nathorst sur ces fossiles, si curieux à raison de leur antiquité reculée. — « J'ai vu et étudié, dit-l, les Arthrophycus sur place. Le long du chemin de fer de Pittburg à Philadelphie, il existe des strates fort épaisses qui en sont remplies et j'en ai extrait et brisé de nombreux échantillons, ce qui m'a permis d'examiner à loisir leur structure. Les branches de la plante s'atténuent de moitié en se ramifiant; elles sont toujours {rès convexes, avec une légère dépression qui accompagne longitudinalement le milieu des branches: celles-ci sont demi-cylindriques, mais souvent aussi presque rondes el dépourvues parfois de la dépression dont je viens de parler. Lorsque les branches se croisent, ce qui s'observe constamment, la branche supérieure ne traverse pas l'inférieure, mais elle passe par-dessus celle-ci, en présentant une courbure caractéristique. En considérant les schistes marneux du dévonien supérieur de l'Ohio, recouverts d'innombrables filaments ramifiés et subdivisés à l'infini, j'avoue que j'ai souvent éprouvé des doutes sur l'origine de ces prétendues Fucoïdes; leur ressemblance avec les figures 5, pl. 3; 3, pl. 4, ettoutes celles des planches 5 à 7 du Mémoire de M. Nathorst donne à réfléchir; mais cela n'a rien de commun ni avec les branches de l'Aarliana Hallii (Arthrophycus Harlani), ni avec les Taonurus, spécialement avec le Physophycus ou Taonurus marginatus. En ce qui concerne ce dernier, j'en ai déjà donné l'explication ou description avec figures des diverses parties de la plante dans son développement successif, partant d’un simple tube cylindrique attaché à son support, graduellement enflé au sommet, puis élargi, contourné et donnant lieu à ces assemblages de lanières arquées que lon retrouve depuis la base du dévonien jusqu'au crélacé. — Ce n’est pas seulement par leurs formes que ces linéaments dénotent leur origine végétale, mais aussi par leur couleur noire et leur composition charbonneuse.
«Les Fucoïides Cauda-Galli(Spirophyton de Hall) ou Taonurus couvrent desroches
de grès jaunâtre à la base du carbonifère, et, à la surface des couches, ils tranchent
en noir aussi nettement que s'ils eussent été dessinés à l'encre. Maintenant, consultez la seconde planche de ma Flore carbonifère et jugez s’il serait possible de douter de la nature organisée des espèces que je figure et qui toutes se rattachent à un même groupe de plantes ou organismes marins, dont les formes sans doute n'ont rien de commun avec ce que Nathorst a publié, mais qui prouvent cependant de quelle puissance et de quelle variété étaient ici douées les productions marines, au commencement du carbonifère et plus encore lors du dévonien. Bien loin de vouloir réduire le nombre des Fucoïdes que nous croyons connaitre, on pourrait avec plus de raison en augmenter le nombre indéfiniment... (1) »
Ce serait affaiblir cette page éloquente que d’y joindre un commentaire; j'ai tenu à la citer #7 extenso, bien que les considérations du savant américain s’appliquassent aux Zaonurus et aux Algues fossiles d’une façon générale autant qu'aux Arthrophycus en particulier. Elle témoigne avec éclat de la façon dont la question soulevée par M. Nathorst se trouve envisagée de l’autre côté de l'Atlantique.
Quittons maintenant les Arthrophycus proprement dits et laissons les Z'ænidium simples qui, de même que les Gyrochorda, nous paraissent suspects, autant qu’à M. Nathorst lui-même. Recherchons si parmi les corps « algoïdes » secondaires ou tertiaires, il n’en existerait pas de comparables au type silurien que je viens de considérer. Je retrouve, à ce qu’il semble, ces homologues dans les Z'ænidium «rameux », que l’on observe à plusieurs niveaux successifs de la série secondaire et jusque dans le Flysch, d’où provient le Tænidium Fischeri Mr. représenté dans le Handbuch (2) de Schimper, ainsi que dans le Flora fossilis Helv. de Heer (3). Uest ce même type que j'ai signalé récemment dans les sables ferrugineux du néocomien supérieur de Bléville (Seine-Inférieure), et que j'ai figuré (pl. 1, fig. 1) dans ma notice sur les végétaux fossiles de la craie inférieure du Havre.