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cordonnier, s'élève petit à petit par ses efforts tenaces, son travail acharné et consciencieux. Apprenti graveur il entre à l’Ecole des Arts Décoratifs, parcourt toute l'Europe et se fixe en France en 1893 où il monte son atelier qui connut la prospérité.
À côté de ses traits de volonté et de persévérance sa famille nous décrit son autoritarisme, son caractère difficile, renfermé, exalté, profondément egocentrique; il ne s’occupe en réalité de personne autre que lui. Il est vaniteux, asociable, imbu de sa personnalité éprouvant le besoin de se faire remarquer, posant volontiers au martyr et à l’incompris. C’est un exalté, nous dit sa fille, avec qui il est très difficile de s’entendre. Le fond de son - caractère est de se faire valoir et remarquer; au théâtre il:applaudit avec ostentation, fait des gestes qui le signalent à lattention générale. Il tient à paraître plus malade qu’il n’est pour apitoyer son entourage et se faire dorloter. Il aurait enfin des tendances à se croire persécuté, interprétant à faux les attitudes et les paroles; al supposait récemment que son associé voulait l’éliminer.
Son comportement est celui même du paranoïaque, au surplus hypochondriaque se plaignant toujours de sa constipation et se lamentant à ce sujet, réclamant ou exigeant sans cesse quelque chose. Dans le service il soutient qu’il ne va pas à la selle depuis huit jours, qu’on ne s’occupe pas de lui, qu’on ne le soigne pas; il refuse de se lever pour qu’on fasse son lit et se plaint ensuite que celui-ci n’ait pas été fait.
Ajoutons que la famille qui nous dépeint les tares morales avec passion et le charge avec haine ne com-
prend rien à son état actuel. Elle n’y voit que simulation et prétend qu’il veut faire semblant d’en finir pour échapper à ses responsabilités.
C’est dans cet état d’esprit que le 9 mai 1932 sa fille vient réclamer la sortie du malade, traité en service ouvert. Prévenue de la gravité de l'affection et de ses conséquences possibles, elle persiste dans sa décision en alléguant son incapacité d’assumer les frais d’hospitalisation. On ne peut donc procéder à un placement volontaire non plus qu’à un placement d’office en présence de l’opposition familiale à tout internement. Le malade est donc rendu à sa famille, sous la responsabilité de celle-ci et contre avis médical, ce qu’elle accepte de déclarer par écrit.
Trois jours après, le 12 mai 1932, le malade fait une nouvelle tentative de suicide, dans des conditions très particulières. Dans son propre atelier il introduit sa tête entre les mâchoires de l’étau qui sert à son travail de graveur et serre la vis de l’instrument jusqu’à ce qu’il sente littéralement son crâne éclater. Transporté d’ur-: gence à l'hôpital Cochin, on constate une fracture du crâne avec enfoncement du temporal et du frontal, détachement du rebord orbitaire supérieur. La dure mère est ouverte. Cependant l’on ne pratique pas de trépanation. On l’adresse le 3 juin à l'hôpital Henri-Rousselle où il est hospitalisé pour la deuxième fois, en attendant son placement à l’asile.
Si cette étrange tentative de ce malade avait abouti et que l’on eût trouvé celui-ci mort, la tête broyée entre les mâchoires d’un étau eût-on facilement admis le suicide et n’eût-on pas plutôt pensé à un homicide?
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IV. — Tentative de suicide par la hache d’un alcoolique au début d’une paralysie générale (Laignel-Lavastine, Georges d’Hencqueville et Michel Gautier. Annales de la Société Médico-Psychologique 1934).
— Le malade, N.., âgé de 45 ans, présentait depuis un an des modifications de l'humeur, devenait violent, perdait en conséquence, son emploi de contrôleur de la S.T.C.R.P. Vagues idées délirantes de préjudice. Mais la nuance mélancolique domine; le malade travaille avec ténacité à se détruire. Il se procure un revolver qui lui est confisqué. Il se taillade le côté droit du cou avec son rasoir.
Enfin profitant d’un instant d’inattention de son entourage, il saisit une hachette à deux mains et se frappe le crâne à douze reprises avec le tranchant. Le cuir chevelu est entaillé profondément, mais le crâne résiste et n’est pas entamé.
A l'hôpital, il apparaît en état de stupeur, inerte, la face inexpressive, l’œil fixe, les paupières sans battement. Semi-mutisme. En insistant longuement, on obtient néanmoins quelques réponses pénibles. On peut ainsi mettre en évidence, chez ce malade, un affaiblissement intellectuel avancé; désorientation totale, difficulté extrême des associations; l'écriture et le calcul automatique sont conservés. Aucune explication, aucune indication, verbale ou mimique, sur les tentatives de sui- Cider
L’examen physique révèle l’existence d’un syndrome de paralysie générale : signe d’Argyll-Robertson, exagération diffuse des réflexes, trémulation discrète au niveau des doigts, de la langue et de la face, surtout à
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gauche, achoppement des mots d’épreuve. Force musculaire et sensibilité peu diminuées.
= Bruits du cœur normaux; tension artérielle: 18/7 à l’oscillomètre. Foie augmenté de volume, percutable sur sept travers de doigts, débordant en bas le rebord costal.
Liquide céphalorachidien : sous tension; albumine 0,55; sept lymphocytes; réactions spécifiques positives; benjoin colloïdal : 0001, 2022, 2221, 0000. L'hypothèse de méningo-encéphalite diffuse spécifique n’est plus douteuse; on apprend, du reste, par la suite, que le malade a recu plusieurs traitements d’arsenobenzols.
Il faut noter qu’à la suite de la ponction lombaire, l’aspect du malade s’est transformé; il s’est dégagé de sa stupeur, sa physionomie s’est animée, il marmonne à présent toute la journée des paroles décousues.
Cette observation est également d’un très grand intérêt. Il s’agit d’une tentative de suicide par la hache, que l’on n’observe qu’exceptionnellement et qui témoigne, en quelque sorte, d’une perversion intelleetuelle où affective très prononcée. On peut se demander aussi quels rôles ont respectivement joué l’affaiblissement démentiel de la paralysie générale et la déviation affeclive si particulière et propre à l'alcoolisme chronique.
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