ACTE II, SCÈNE
S'assouplir comme un gant autour des jeunes filles, Escalader les murs, et danser sur les grilles, Savent au bout du doigt ce qui vous manque, à vous. Vous avez dans le cœur, Silvio, es qui leur manque. Je me moque d'avoir pour gendre un saltimbanque, Capable de passer par le trou d'une clé. Si vous étiez comme eux, j'en serais désolé. Mais la méthode existe : il faut songer à plaire. Une fois marié, parbleu ! c'est votre affaire. Permettez-moi, de grâce, une autre question. Avez-vous jusqu'ici vécu sans passion?
En un mot, franchement, mon cher, étes-vous vierge?
SILVIO
Vierge du cœur à Tàme, et de la tête aux pieds.
LAERTE
.Bon! je ne hais rien tant que les jeunes roués. Le cœur d'un libertin est fait comme une auberge; On y trouve à toute heure un grand feu bien nourri, Un bon gîte, un bon lit, — et la clef sur la porte. Mais on entre aujourd'hui? demain il faut qu'on sorte. Ce n'est pas ce bois- là dont on fait un mari. Que tout vous soit nouveau, quand la femme est nouvelle. Ce n'est jamais un bien que l'on soit plus vieux qu'elle. Ni du corps ni du cœur. — Tâchez de deviner. Quel bonheur, en amour, de pouvoir s'étonner! Elle aura ses secrets, et vous aurez les vôtres. Restez longtemps enfants : vous nous en ferez d'autres. Ce secret-là surtout est si vite oublié!
SILVIO
Si ma femme pourtant croit trouver un roué, Quel misérable effet fera mon ignorance ! N'appréhendez-vous rien de ces étonnements?
LAERTE
Ceci pourrait sonner comme une impertinence. Mes filles n'ont, monsieur, que de très bons romans. Ah! Silvio, je vous livre une fleur précieuse. Effeuillez lentement cette ignorance heureuse. Si vous saviez quel tort se font bien des maris, En se livrant dans l'ombre à des secrets infâmes, Pour le fatal plaisir d'assimiler leurs femmes Aux femmes sans pudeur dont ils les ont appris! Ils ne leur laissent plus de neuf que l'adultère. Si vous étiez ainsi, j'aimerais mieux Irus. Rappelez-vous ces mots, qui sont dans l'Hespérus : « Respectez votre femme, amassez de la terre (( Autour de cette fleur prête à s'épanouir; (( Mais n'en laissez jamais tomber dans son calice. »
SlLVIO.
Mon père, embrassez-moi. — Je vois le ciel s'ouvrir.
LAERTE
Vous êtes, mon enfant, plus blanc qu'une génisse ; Votre bon petit cœur est plus pur que son lait; Vous vous en défiez, et c'est ce qui me plaît. Croyez-en un vieillard qui vous donne sa fille. Puisque je vous ai pris pour rem|)lir ma famille, Fiez-vous à mon choix. — Je ne me trompe pas.
SILVIO
La lumière s'en va de fenêtre en fenêtre.
LAERTE
L'heure va donc sonner. — Mon fils, viens dans mes bras.
SILVIO
Elle se perd dans l'ombre, elle va disparaître.
LAERTE
Ton rôle est bien appris? Tu n'as rien oublié?
A ftUOI RÈVEXT LES JEUNES FILLES
(Âcie 1, scène IV).
NINON
Un billet? d'où vient-il?
Exeunl.