‹ A quoi rèvent les jeunes fillesChapitre 13 sur 37 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le jardin. — Il est nuit.

LE DUC LAERTEjO.i robe de cliambre; SILVIO, enveloppé d'un manteau.

LAERTE

Lorsque cette lueur que vous voyez là-bas, Après avoir erré de fenêtre en fenêtre, Tournera vers ce coin pour ne plus reparaître, Il sera temps d'agir. — Elle y marche a grands pas.

Je vous l'ai dit, seigneur, cela ne me plaît pas.

LAERTE

Eh bien! moi, tout cela m'amuse à la folie. Je ne fais pas la guerre à la mélancolie; Après l'oisiveté, c'est le meilleur des maux. En général d'ailleurs, c'est ma pierre de touche; Elle ne pousse pas, celle plante farouche, Sur la majestueuse obésité des sols,

Mais la gaieté, Silvio, sied mieux à la vieillesse; Nous voulons la beauté pour aimer la tristesse. Il faut bien mettre un peu de rouge à soixante ans; C'est le métier des vieux de dérider le temps. On fait de la vieillesse une chose honteuse; C'est tout simple : ici-bas, chez les trois quarts des gens, Quand elle n'est pas prude, elle est entremetteuse. Cassandre est la terreur des vieillards indulgents. Croyez-vous cependant, mon cher, que la nature Laisse ainsi par oubli vivre sa créature? Qu'elle nous ait donné trente ans pour exister. Et le reste pour geindre ou bien pour tricoter? Figurez-vous, Silvio, que j'ai, la nuit dernière. Chanté fort joliment pendant une heure entière. C'était pour intriguer mes filles; mais, ma foi, Je crois, en vérité, que j'ai chanté pour moi.

SILVIO

Aussi, dans tout cela, cher duc, c'est vous que j'aime. Il faudra pourtant bien redevenir moi-même. Songez donc, mon ami, qu'il ne restera rien Du héros de roman.

LAERTE

Mon Dieu! je le sais bien.

Un roman dans un lit, on n'en saurait que faire. On réalise là tous ceux qu'on a rêvés. Après la bagatelle, il faut le nécessaire; Et j'espère pour vous, mon cher, que vous l'avez. Très ordinairement, dans ces sortes de choses. Ceux qui parlent beaucoup savent prouver très peu. C'est ce qui montre en tout la sagesse de Dieu. Tous ces galants musqués, fleuris comme des roses, Qu'on voit soir et matin courir les rendez-vous,

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