‹ A quoi rèvent les jeunes fillesChapitre 37 sur 37 · A MON AMI ALFRED T · texte numérisé non relu

A MON AMI ALFRED T

Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille, Tu m'es resté fidèle où tant d'autres m'ont fui. Le bonheur m'a pràté plus d'un lien fragile; Mais c'est l'adversité qui m'a fait un ami.

C'est ainsi que les Heurs sur les coteaux fertiles Etalent au soleil sur leur vulgaire trésor; Mais c'est au sein des nuits, sous des rochers stériles, Que fouille le mineur qui chercha un rayon d'or.

C'est ainsi que les mers, calmes et sans orages. Peuvent d'un flot d'azur bercer le voyageur; Mais c'est le vent du nord, c'est le vent des naufrages Qui jette sur la rive une perle au pîcheur.

Maintenant Dieu me garde ! Où vais-je ? Eh ! que m'importe ? Quels que soient mes destins, je dis comme Byron : « L'Océan peut gronder, il faudra qu'il me porte. » Si mon coursier s'abat, j'y mettrai l'éperon.

Mais du moins j'aurai pu, frère, quoi qu'il m'arrive, De mon cachet de deuil sceller notre amitié, Et, que demain je meure ou que demain je vive. Pendant que mon cœur bat, t'en donner la moitié.

Mai 1832.

De Musset, Alfred, Les jeunes filles.

(AUREDIiflFNERî

iiri*/^

wm

Page 1