I. Voir appendice
30 A QUOI SERVKXT LES lIISSIOiaïAIBII
(( Toutes les œuvres, dit M. Guasco, dont nous avons, en quelque sorte, dressé l'inventaire — nnalheureusemcnt trop incomplet, — forment un ensemble digne d'admiration, mais plus admirable encore quand on songe qu'elles prennent aux missionnaires leurs seule» heures de loisir. Le cœur d'un pauvre lépreux à consoler, l'intelligence d'un petit sauvage à éclairer, l'âme d'un païen à sauver, l'emportent chez ces hommes de Dieu, sur les recherches les plus désirables, les découvertes les plus dignes de fixer l'esprit d'un savant, et la poésie des anciens souvenirs. »
L'œuvre des missionnaires catholiques dans les sciences naturelles, la linguistique, l'histoire, la géographie, représente une somme énorme de recherches, d'études, d'intelligence, de patience : la France, la patrie de la plupart d'entre eux, est devenue, de ce fait, leur obligée ! Pourquoi leurs mérites sont-ils méconnus et leur labeur traité avec un si magnifique dédain par tant de Français? Ces savants sont des prêtres catholiques : toute l'explication du mystère est là. Qui n'a entendu un de ces instituteurs nouveau-style parler des missionnaires en des termes qui ne rappellent que trop, comme idées et comme style, le vœu monumental du Conseil général de l'Yonne? « Considérant que la guerre actuelle, etc. » On aimerait à ramener à la pudeur ces Aliborons de village en leur mettant sous les yeux quelques évidences qui les atteignent dans leur superbe : que leur science, dont ils font si grand étalage, se réduit à des rudiments de notions volées, de côté et d'autre, dans les petits manuels spéciaux; qu'ea
fait de voyage au long cours, ils n'ont jamais exploré que les antichambres du préfet ou des députés de qui ils mendient un avancement ; qu'on fait de nègres et de sauvages, ils n'ont jamais abordé que les bouquins de leur bibliothèque; que pour les découvertes dont pourrait profiter la science, ils n'ont jamais trouvé que des mt'thodes nouvelles de molester le curé et d'empêcher leurs élèves d'assister au catéchisme!
Avant de clore la série des témoignages qui attestent les services rendus à la science parles missionnaires, il nous est permis d'offrir aux méditations de ces messieurs Aliborons le fait suivant :
« Le P. BEAUCHESNE, missionnaire du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie au Congo, atteint de la terrible maladie du sommeil, vint trouver son évèque, Mgr Augouard, ce grand Français patriote, et lui dit : « Je suis perdu et viens vous demander de me renvoyer en France. Je regrette, frappé trop tôt, de n'avoir pu rendre service en ce pays du Congo, où ma foi chrétienne m'a appelé, mais j'ai pensé que je pourrais peut-être, comme moribond, servir la science. Je vous demande de m'envoyer à l'Institut Pasteur, avec l'ordre de se livrer sur moi, sur mon corps de mourant, à toutes les expériences que les savants jugeront utiles pour découvrir le remède à la maladie dont je vais mourir. Je vous apporte l'autorisation signée de mon nom. » « Après avoir hésité, dit Mgr Augouard, j'ai pensé qu'il était de mon devoir de prêtre et de missionnaire d'accepter l'offre d'un tel héroïsme. » Le Père fut envoyé à l'Institut Pasteur, où son nom est vénéré comme celui d'un martyr.
<( Pendant quatre mois, on se livra sur lui aux expériences les plus douloureuses, sans que jamais un cri d'angoisse ou de révolte s'échappât de ces lèvres fermées par un serment. Je ne sais si vous connaissez ce que sont les ponctions lom-
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baiies que font le» savants pour se renseigner sur l'éUt dot Iiquidos or^Mniques. C'est une douleur atroce, une abominable souirrance. On les multipli... sur le désir même du Père, et lorsqu'un jour, épuisé et vaincu, il voulut, malgré tout, faire œuvre de courage chrétien, il s'en alla un matin, au jardin du Luxembourg, relire le bréviaire. Le Uvtc lui échappa des mains, et il tomba mort dans une allée, ayant terminé son apostolat. »
(La Croix, i6 nov. 1911.)
Si jamais on écrit les Actes des martyrs de la science, ce a geste » du Père Beauchesne, d'une grandeur tragique, en sera l'une des plus belles pages. Nous la dédions d'avance à ces messieurs de la Primaire, débitants de notions, marchands de p^tes élémentaires, qui, eux, n'ont jamais sacrifié quoi que ce soit, pas même un bout de leur précieuse peau, au progrès de la science.
Tel fut l'acte du Père Beauchesne. Qu'ils le comprennent... s'ils le peuvent. Qu'ils limitent... s'ils le veulent : ils en ont le droit, la République leur donne la liberté, c'est pour s'en servir.