V. — Les services que les missioxxures
RENDENT A Ui FraNCB.
M. Gaston Bordât, qui a entrepris dans plusieurs revues spéciales la noble tâche de défendre le protectorat catholique contre ses détracteurs, écrivait dans la Revue politique et parlementaire du 10 fémer 1906 :
« Si l'intluence de la France en Orient n'a pas cessé de grandir pendant la seconde moitié du dernier siècle, il faut surtout en attribuer la cause aux œuvres charitables, aux entreprises utiles que l'abondance de nos capitaux et la propagande de nos missionnaires nous ont permis d'y installer. » Et plus loin : a L'initiative de la propagande intellectuelle et morale de la France en Orient appartient aux missionnaires catholiques. » M. Bordât fait mieux que d'aiïirmer, il prouve : a Nos missionnaires, dit-il entre autres, — parce qu'Européens, autant que parce que religieux — ont trouvé dans tous les milieux un état d'esprit hostile à leurs entreprises. Combien de fois n'a-t-on pas vu leurs établissements démolis sous le moindre prétexte, détruits par une mesure administrative, incendiés par malveillance, leur vie elle-même menacée et atteinte? C'est par années qu'il faut compter les tâtonnements et les incertitudes avant la fondation d'une œuvre quelconque. Qui donc viendra soutenir qu'il est injuste de louer l'admirable patience de ceux qui, les premiers, résistèrent à tous ces obstacles ? Et qui donc soutiendra que leur idéal religieux n'a pas contribué dans une large mesure à les en rendre capables ? Je me séparerai de celui-là, car je soutiens, bien au contraire, que cet idéal leur a permis de se consacrer sans réserve à leur « mission » et partant d'accomplir les actes de dévouement et de courage qui leur ont acquis dans la suite l'aflection et le respect de populations qui leur étaient primitivement défavorables.
u 11 paraît évident, ajoute M. Bordât, qu'aucune ins-
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titntion laïque n'tCïi pu créer cette vaste organisation. Offrez à nos jeunes instituteurs d'aller s établir là-bas, loin du pays, dans les conditions que nous venons de dc'crire ; proposez aux jeunes filles les plus vaillantes de notre corps d'institutrices de se rendre à J<':nisalem pour y nettoyer les jeunes enfants arabes et juifs, poor y panser les indigènes couverts de plaies infectes ou pour y soigner les lépreux : vous en trouverez sans doute, mais combien peu ! Vous aurez vite compris qu'il faut, pour accepter ces tâches, en plus d'un grand courage dont ces religieux n'ont assurément pas le monopole, la vocation apostolique. C'est la foi, tout autant que la valeur personnelle, qui a permis à ce» religieux d'accomplir en Orient leur ouvrage. Nous pouvons donc prétendre qu'ils en étaient seuls capables. »
Les témoignages sur l'efTicacité du rôle des missionnaires au point de vue national abondent, et ils sont de tout premier ordre. Souvent, ils viennent d'hommes hostiles ou tout au moins indifférents à l'idée catholique, mais que l'évidence des faits, la loyauté et aussi le patriotisme obligent à confesser la vérité. C'est M. Mézières, académicien, sénateur, président de la Commission de l'Armée, qui déclarait au Sénat, en juin 1901 : « Ce sont les missionnaires qui ont porté sur tous les points du monde, non seulement dans notre empire colonial, mais partout où ils pouvaient pénétrer, l'action, le nom, l'autorité de la France. » C'est M. Jean Bayol, gouverneur des rivières du Sud, qui envoyait au PèreLutz, missionnaire à Sierra-Leone, cette lettre écrite
à bord du Héron le a3 janvier 1884 : « J'ai l'honneur de vous exprimer, au nom de M. le Gouverneur du Si'négal, toute ma satisfaction au sujet du dévouement et du zèle montrés par les Pères de la Mission... Je tiens, au moment de quitter la Rivière, à vous assurer que je rendrai un sincère témoignage en haut lieu. 0 C'est le capitaine Binger, qui écrivait : u Ce n'est pas quelques missionnaires, c'est une légion qu'il nous faudrait*. )> C'est le colonel Frey, de l'infanterie de marine, qui écrit dans son ouvrage Pirates et rebelles au Tonkin, ch. 11, p. 54 : « Dans l'œuvre de pacification, les missionnaires peuvent être de précieux auxiliaires : par la connaissance approfondie qu'ils ont des pays ; par leur autorité sur les habitants des villages chrétiens; par l'influence qu'ils exercent sur la population, qui ne voit en eux que les ministres d'un culte qui a droit à leur respect... et enfin par le dévouement avec lequel nombre d'entre eux servent les intérêts de la France. »
Le colonel Frey affirme « que nombre d'entre eux servent les intérêts de la France » ; il eût pu dire, sans qu'on le puisse taxer d'exagération, que tous les missionnaires français, sans exception, sont dévoués aux intérêts de la France.
A ce concert d'éloges qui s'élève en faveur des missionnaires, on est presque surpris, tant nous sommes peu habitués à l'impartialité de la part de nos gouvernants, de pouvoir joindre l'attestation de ministre» radicaux, et par conséquent peu suspects de clérica-
1. Le Protectorat français sur la Côte des Esclaves, par P,-A. de Salinis, p. iio.
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lisme. En 1902, le Ministre des Colonies M. Decrais, adressant ses remerciements à tous les supérieurs des missions catholiques établies dans l'Oubanghi et dirigées par les Pères du Saint-Esprit, s'exprimait ainsi : w Messieurs les commissaires généraux dans le Congo français m'ont signalû spécialement le bon accueil et les soins dévoués dont sont l'objet de votre part nos officiers fonctionnaires ou agents de passage dans l'Oubanghi. J'ai été particulièrement heureux de cette assurance, et je m'empresse de vous adresser, à cette occasion, mes chaleureux remerciements'. ))
Pour que M. Decrais, ministre des Colonies d'un cabinet radical, ait cru devoir adresser à des missionnaires catholiques une lettre aussi élogieuse, il faut bien que nos religieux aient manifestement mérité les remerciements qu'il leur adressait. S'imagine-t-on un ministre de la République écrivant à des prêtres catholiques une lettre de pure complaisance et pour leur témoigner sa gratitude de ser>ices qu'en réalité ceux-ci n'auraient pas rendus ? 11 y a fort à parier aussi que M. Aymonnier, directeur de l'École coloniale de Paris, et qui ne perd pas une occasion d'afficher son horreur pour la « domination des prêtres », s'il n'y eût été contraint par l'évidence des faits, n'aurait pas écrit dans son livre La langue française et renseignement en Indo-Chine (p. 40 '• « Au lieu d'entraver en France le recrutement des missionnaires, ce qui est inconcevable, étant donné la conquête de l'Indo-Chine, et ce qui est