I. Mgr Augouard, 2S années au Congo, 2' volume, p
malheureusement exact, doublez leur nombre, envoyezen au plus vite des centaines, et subventionnoz-les largement sous la seule condition d'enseigner aux jeunes filles et aux jeunes garçons le français en même temps que la religion. Vous pouvez donner aux missionnaires jusqu'à deux millions de subvention annuelle dans ce but, et jamais inillions ne seront mieux employés. L'enseignement seul enchaîne à jamais. Entre tous, ceux-là sont les plus merveilleux enchaîneurs... Ils contribueraient rapidement et efficacement à assurer la pacification et la domination dans le présent ainsi que l'assimilation dans l'avenir. »
Tous les témoignages de ceux qui connaissent la question, explorateurs, marins, administrateurs do colonies, concordent pour établir l'influence bienfri santé du missionnaire catholique. C'est ce que reconnaissait très explicitement le commandant Berlin lorsqu'il écrivait en septembre 1890 dans la Revue maritime et coloniale : u Les missionnaires catholiques sont une puissance sur la côte des Esclaves. Les Pères Leroy et Ménager à Agoué, Pied à Porto-Novo, Planche à Lagos, Dorgère à Ouidah, sont des hommes de valeur, courageux et très fins politiques, ayant acquis un grand ascendant sur les gens du pays, même sur les grands chefs et les féticheurs. »
Le même hommage était, au mois de novembre 1909, rendu à nos missionnaires, à la Sorbonne, devant M. Doumergue, ministre de l'Instruction publique, qui a omis de nous faire part des réflexions que lui inspira cette manifestation.
38 A QUOI 8BBVENT LES MMSIONNAIBBI
(( Dernièrement, pouvait-on lire dans les Annales de la Propagation de la foi (sept. 1909), a eu lieu à Paris, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Doumergue, ministre de l'Instniction publique, la réception solennelle, par la Société de géographie, du commandant d'Ollone et de ses collaborateurs.
v( Le commandant d'Ollone, on le sait, a efTectué dans la Chine orientale et dans le Thibet oriental, une exploration qui a duré plusieurs années. Admirablement secondé, il a rapporté de son voyage des documents de toute nature, géographiques, géologiques, ethnographiques et linguistiques, dont il a donné, projections à l'appui, une idée générale aussi suggestive que possible.
« Au cours du récit qu'il a fait de son voyage d'exploration, le commandant, à deux reprises, a rendu hommage, sans réserves, aux missionnaires français, dont le concours lui a facilité la tâche. Ces prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris sont MM. de Guébriant et Dury.
« Sans le premier, M. d'Ollone, entravé de toutes manières par l'opposition systématique des mandarins, n'aurait pas pu pénétrer chez les Lolos, peuplades indépendantes, par le pays desquelles il a commencé son voyage. M. de Guébriant, par les relations cordiales qu'il entretient avec les différents chefs de tribus, prépara les voies à l'expédition et lui servit non seulement d'introducteur mais encore de guide et d'interprète. Les Missions catholiques ont publié l'année dernière,
SERVICES RENDUb A LA FRANGE 39
au mois d'avril, sous le titre Chez les Lolos, de fort intéressants détails fournis par M. de Guébriant luimême.
« M. Dury, dans la deuxième partie du voyage de M. d'Ollone, fut également, pour les explorateurs, d'un secours tout providentiel, et le Gouvernement lui envoya, comme gage de sa reconnaissance, les palmes académiques.
u II était réconfortant d'entendre, à laSorbonne, l'auditoire tout entier — environ quatre mille personnes — applaudir longuement au témoignage ému qu'a rendu aux deux missionnaires, en présence de M. Doumergue, le triomphateur de la soirée. »
Nos missionnaires catholiques sont donc pour la France des agents zélés de son influence, les meilleurs auxiliaires de sa politique. Un gouvernement qui aurait pour premier souci la grandeur nationale, s'empresserait de les aider, de les encourager, trop heureux d'avoir, dans tous les coins du monde, des auxiliaires tout prêts à se dévouer à l'intérêt français, des auxiliaires désintéressés qui ne demandent ni traitement, ni honneurs, pas môme l'ordre du iMérite agricole I On reste confondu lorsqu'on voit comment le gouvernement de la République encourage le zèle patriotique de nos missionnaires : on peut dire de lui qu'il craint les prêtres, même lorsqu'ils apportent des dons.
Les missionnaires catholiques offriraient un empire à la République, elle le dédaignerait ; ils lui apporteraient des alliances, des traités qui établiraient la prépondérance de la France dans une partie du monde, la
R(^.pnbliqnc rcfiiserait d'y apposer sa signalnre : elle repousserait le cadeau comme s'il f^'^tait empoisonné et comme si, à l'accepter, elle c'était exposée à en mourir I Si invraisemblable que paraisse une telle aflirmation, elle s'appuie pourtant sur des faits récents et prouvé». Elle vous suggère d'étranges réflexions cette page de M. P. -A. de Salinis dans son livre si documenté Le Protectorat Jrançais sur la côte des Esclaves (p. 55o) : « Pénétrés de l'importance du rôle social et religieux que les Egbas (ennemis mortels des Dahoméens) pouvaient jouer, les missionnaires français avaient mis leur influence au service de la France Tcomme toujours) pour décider cette peuplade à offrir son concours à nos troupes contre l'ennemi commun. L'un d'eux annonçait à son supérieur général, le 8 août 1890, cette intervention probable : « Le Père François, dit-il, m'écrivait le 34 juillet 1890 que les Egbas semblaient enfin décidés à nous prêter main-forte et qu'Onilado l'avait assuré que nous pourrions compter sur eux. »
« Onilado, le chef des Egbas, renouvellera souvent les témoignages de fidélité de son peuple, et à plusieurs reprises, il se montrera disposé à joindre ses troupes à celles de la France.
« y4u lieu de rallier les Egbas sous notre drapeau, i arrangement du 10 août 1889 les livrait à F Angleterre, leur ennemie : ils furent le prix d'un échange fait avec les Anglais qui nous donnaient Kéténou. »
Faut-il ranger cette faute parmi celles que le gouvernement de la République française commit sciemment, entraîné par le sentiment néfaste que M. Lamy a signalé
SERVICES RENDUS A LAFRANCE 41
à propos du refus de l'Ouganda I La sympathie manifestée à la France par les Egbas était le fruit de l'action bienfaisante exercée par les missionnaires catholifjues.
Or, dans une circonstance semblable, pourquoi les ministres de la République refusorent-ils un protectorat qui entraînait l'acquisition d'une vaste et riche contrée, e qui aurait établi la domination de la France sur la vallée du Nil ? Pourquoi n'approuvèrent-ils pas, et ne voulurent-ils pas signer un traité avantageux, préparé et obtenu par nos missionnaires ? '( Parce que, dit M. Eugène Lamy, le parlement français n'aurait pu approuver une œuvre de missionnaires, sans se désavouer lui-m^me. La haine religieuse devenait la passion républicaine... Ces moines, dont on commençait à dire que leur apostolat était inutile h la France, auraient été reconnus comme des conquérants pacifiques, et il aurait fallu avouer qu'ils se vengeaient des expulsions en offrant à la France un royaume. Quel royaume valait l'humiliation de le devoir à des ennemis ? Combien dans cette Chambre préféreraient la tutelle de peuplades inconnues et déjà suspectes de catholicisme à la satisfaction de leurs électeurs antireligieux? L'avantage de la France se trouvait contraire à la direction de la politique intérieure. Perdre une position maîtresse dans le monde, était moins mortel pour les ministres qu'affronter le cléricalisme. Leur abstention prouva que la crainte du Parlement peut être la fin de la sagesse *. »
Le gouvernement de la République française n'auto-
1. Etienne Lamy, de l'Acadi^mie française, Correspondant, a5 octobre igo5. Affaires d'Egypte et de France.
42 A QUOI SEaviirr lbs 'Mi&siomcAiREs
rise pas nos missionnaires h rendre service h la France, à travailler à l'avcnement de o la plus grande France ». Sans doute, dit-il à nos missionnaires, ce que vous m'ofTrez là est très beau, c'est bien tentant, mais songez donc un peu à ce que vous êtes pour oser m'offrir un pareil morceau de la terre ! Des catholiques, des prêtres, des moines î Est-ce que la République peut accepter un cadeau, un service de gens de votre sorte? Vous n'y pensez pas ! Allez, rompez, tâchez à l'avenir de vous tenir tranquilles î Que je ne vous y reprenne pas à travailler à l'extension, à la prospérité, à la grandeur de la France 1 — Si ce n'est pas là le langage textuel de la République, du moins, c'est bien sa pensée. Aussi, lorsque, dans une heure d'oubli ou d'impartialité, l'évidence des faits arrache à un ministre républicain un hommage en faveur de nos missionnaires, de quelle valeur n'est pas ce témoignage! Tel fut celui de M. Decrais, ministre des Colonies, cité plus haut, tel est aussi celui de l'amiral Aube, ministre de la Marine dans un cabinet républicain. L'amiral Aube écrit dans son ouvraiges Entre deux campagnes : a Essentiellement françaises, les missions catholiques sont l'expression supérieure de l'influence de notre patrie dans des régions où nos établissements n'ont qu'une importance secondaire, et bien peu en rapport, il faut l'avouer, avec cette influence même ! n
Il est donc établi par les hommes les plus compétents, les mieux placés pour connaître la question, que les missions catholiques sont des éléments indispensables de colonisation, le moyen principal, et souvent
unique, d'établir l'influence de la France dans les contrées lointaines.
C'est là une vérité qui, si elle n'apparaît pas très clairement — et pour cause — aux conseillers généraux de l'Yonne, aux habitués du Bar du Progrès et du Café du Sihie, est très nettement perçue par des hommes politiques à qui on ne peut dénier quelque ouverture d'esprit et quelque bon sens. M. Thiers, par exemple, qui fut le père, ou tout au moins l'un des pères de notre République actuelle, M. Thiers que l'on ne peut pourtant pas accuser de « cléricalisme » trop fervent, et à qui on peut reprocher beaucoup de choses, excepté d'être un naïf et un exalté, M. Thiers avait sur le rôle de la France, comme protectrice des missions catholiques, des idées tout autres que celles de ses successeurs au pouvoir. Il ne se gênait pas pour les faire connaître. Voici la curieuse et très véridique anecdote qui nous est contée par M. de Marcey, d'après un témoin, dans ses « Souvenirs sur M. Ghesnelong ». A un dîner où M. Thiers avait réuni les députés de la gauche et du centre gauche, la conversation vint à tomber sur la nécessité de refaire le pays dans le silence, le recueillement et le travail et aussi de lui rendre son prestige extérieur : « Quand la France, dit alors M. Thiers, comptera de nouveau dans le monde, quand elle pourra avoir une politique extérieure*, cette politique, ne vous y trompez pas, devra être une politique catholique»
I. Cette politique extérieure, depuis quarante ans, la République no l'a pas encore. L'aura-t-elle jamais? Voir Kiel et Tanger de Charles Maurras, et l'ouvrage très documenté d'Emile Flourens, ancien ministre des ACTaires étrangères, La France conquise.
4^i A QUOI 8KR^'SNT LE5 IIIS8ION*(AfRK.S
C'est comme nation catholique, c'est en s'appuyant sur les intérêts catholiques, en y puisant sa force et en les couvrant de sa protection qu'elle pourra rayonner au dehors. » Sur ces mots, une partie des convives se récria : « Eh! messieurs, répondit Thier.«, il ne s'agit point ici d'une question de foi, c'est simplement une question de patriotisme I » S'adressant alors au groupe le plus scandalisé par sa sortie : « Je supf)Ose, dit-il, que l'un de vous soit appelé à diriger les affaires extérieures de la France, lorsqu'elle sera en état de reprendre sa place et son influence. Quelles que puissent être ses défiances contre le catholicisme — mettons son opposition, mettons ses préventions justifiées, raisonnées, — je le défierai bien de ne pas reconnaître cette vérité de fait que, pour l'action extérieure de notre pays, la force catholique est la première de nos forces nationales ; et je le défierai même de ne pas se courber devant ce fait et cette vérité, s'il est vraiment un homme politique î n Ce défi que M. Thiers lançait à ses successeurs, aux futurs présidents de la République, aux futurs ministres, il ne semble pas que ces messieurs aient voulu le relever. Non, ils ne se sont pas courbés devant ce fait que, « pour l'action extérieure de notre pays, la force catholique est la première de nos forces nationales ». Ils ont, au contraire, parlé et agi pour abattre cette force et contrecarrer son action. Ils ne sont donc pas « vraiment )> des hommes politiques, c'est M. Thiers qui l'a dit. Ils sont tout simplement des sectaires : c'est l'histoire qui le dira.
services iikndus a la frange 45
Les Missions catholiques et la Séparation DES Eglises et de l'État
A celte rapide esquisse de l'œuvre des missionnaires catholiques, je ne crois pouvoir mieux faire que de donner pour conclusion cette page de M. Leroy-Beaulieu, de l'Institut : u Œuvres d'enseignement, œuvres d'hospitalisation et d'hygiène, œuvres d'émancipation de l'esclavage, œuvres d'éducation et de civilisation, sous toutes les formes, il serait lamentable pour la France et pour l'honneur du nom français, que le dévouement de nos missionnaires, en butte aux préjugés de l'ignorance et aux haines de l'esprit de secte, fût découragé ou paralysé par l'indifTérence ou par la légèreté de nos compatriotes. C'est pourtant le péril qui les menace. Un danger nouveau a surgi devant nos missionnaires, un danger nouveau plane sur toutes nos œuvres religieuses du dehors. Après la suppression des Congrégations et la fermeture de leurs noviciats qui privaient la plupart de nos missions de leurs moyens habituels de recrutement, est venue la Séparation, qui risque de leur enlever la plus grande partie des ressources dont elles vivaient. C'est là une des conséquences les moins prévues et les plus inquiétantes du nouveau régime fait en France h la religion et aux œuvres chrétiennes. La suppression du budget des cultes, l'appauvrissement du clergé, le besoin de subvenir aux nécessités des églises dépouillées par la loi auront un contre-coup redoutable sur nos missions, sur nos écoles, sur toutes nos œuvres religieuses d'Orient et
h^ A QUOI SRRVENT LB 1IISSI0X5AIRE.S
d'Occident. C'est toute la France du dehors, édifiée lentement au cours des siècles par les efTorts des générations successives, qui risque d'ôtre victime des querelles et des fautes de notre politique inti?rieure. Puissent la charit(* chrétienne et le patriotisme français, presque également intéressés à ces grandes œuvres d'expansion religieuse et nationale, être assez clairvoyants et assez généreux pour ne pas les laisser péricliter ou mourir! Autrement, s'il fallait que ces missions qui ont tant fait pour le renom de la France ancienne, et qui lui valaient hier encore une primauté mondiale, vinssent à dépérir, avec les restes de notre protectorat catholique déjà en ruinée, nous aurions abandonné follement une des plus nobles parts de notre patrimoine national; le rayonnement de la France et de la langue française sur le monde en serait étrangement diminué, au bénéfice de rivaux sinon plus généreux et plus chrétiens, du moins plus politiques ou plus tolérants. »
L'appel sera-t-il entendu? On peut dire hardiment,, et sans crainte aucune de jouer à la calomnie, que nos gouvernants actuels n'y répondront que par le dédain : ils n'admettent que les évidences qui leur sont profitables, ne comprennent que les vérités qui ne gênent point leur réélection. Les catholiques, les honnêtes gens, les bons Français sont tenus de se charger du devoir que la France officielle se refuse à remplir : devoir national, au premier chef. Ils doivent, en face des imposteurs des Loges qui le défigurent et qui l'outragent, établir le rôle vrai de nos missionnaires, aider
de leurs subsides, ei par tous les moyens, l'œuvre admirable et essentiellement française, que des prêtres, des religieux catholiques soutiennent de leur foi, de leurs sacrifices, pour la plus grande gloire de la France. Le temps n'est plus, il importe de s'en bien convaincre, où nous pouvions nous en remettre au gouvernement du soin de veiller à la grandeur nationale, à l'expansion de notre influence, à notre prospérité commerciale! La grandeur nationale, l'honneur du nom français, l'expansion de l'influence française, nos maîtres, les sénateurs, les dt'putés, se soucient bien de pareils intérêts! Il suffit à leur idéal et à leur patriotisme de toucher quinze mille francs par an, d'avoir un permis de circulation gratuit sur tous les réseaux, de régner despotiquement sur un peuple de sous-préfets, de facteurs et de cantonniers !
LISTE^ par congrégations, des missionnaires français contemporains qui se sont particulièrement distingués par les services qu'ils ont rendus à l'influence française et à la science.
Cette liste est forcément incomplète et ne peut qu'indiquer sommairement le nom de certains missionnaires que des travaux notoires ou les récompenses qu'ils obtinrent — et qu'ils n'ambitionnaient certainement pas — ont signalés à notre attention. Les autres sont innombrables, dont les labeurs profitèrent à la France et à la science et qui ne figurent pas dans cette nomenclature. Qui voudrait juger de leur effort devrait lire l'ouvrage du P. Piolet : Les Missions catholiques françaises au dix-neuvième siècle.