‹ A quoi servent les missionnairesChapitre 2 sur 27 · SANS LUMIERE · texte numérisé non relu

SANS LUMIERE

Par Jules PRAVIEUX In- 13 1.00; franco 1.15

S'il est un sujet d'actualité, c'est assurément celui que Jules Pravieux vient d'aborder dans son nouveau roman Sam lamikre. Que devient un village qui a laissé partir son curé, qui est resté, pendant plusieurs années, sans prêtre, « sans lumière »? L'auteur d'Un vieux Célibataire, d'Au Presbytère, de tant d'autres œuvres aimées du public catholique, et estimées de tous les lettrés, nous le dit au cours de ce roman d'un intérêt palpitant où se déroule une action d'une belle intensité de vie.

A. l'heure où les évèques de France se voient contraints de faire appel à la générosité des fldèles pour subvenir à l'entretien du clergé, où trop de paroisses se trouvent menacées d'être privées d'un prêtre par manque de ressources, et parce que le recrutement des prêtres est devenu plus difficile ; à l'heure où trop de municipalités aveugles voudraient ne voir dans l'église qu'un immeuble inutile et dispendieux, où trop de Français, dans les campagnes surtout, semblent ne pas savoir que c'est pour eux un devoir de contribuer au « denier du culte », on peut dire que ce livre vient en son temps. Ecrit dans cette forme à la fois dramatique et spirituelle qui est la caractéristique du talent de Jules Pravieux. Sans lumière — que tout le monde, sans exception, peut lire — prouvera à ceux qui seraient tentés d'en douter, r (( utilité » sociale du prêtre, du " curé ». La détresse morale d'un gros village resté sans curé y apparaît dans un relief saisissant qui impressionnera toij^ les lecteurs et emportera la conviction des plus sceptiques. -K) v

I. — Ce qu'on pense des missionnaires au Conseil GÉNËRAX DE l'Yonne ET AU Café du Proçrès.

Ils étaient treize au Conseil général du département de l'Yonne qui avaient de l'esprit comme quatre. Leurs noms? Obscurs pour la plupart. Quelques-uns pourtant sont connus, trop connus, et que l'histoire ne pourra enfouir dans la fosse commune. Il y avait là certain Monsieur Merlou qui fut, depuis, député, ministre, quelque chose encore, et qui même affronta, comme victime, la gloire des cours d'assises, certain M. Bienvenu-Martin dont la radicale incompétence présida, comme ministre de je ne sais quoi, à la fabrication de la loi dite de Séparation. On y trouve un M. Villejean qui fut député, un M. Ribière qui l'est encore, un M. Loup qui doit être lui aussi député et qui, pour faire honneur à son nom, croque des curés, des moines... et quinze mille francs par an. Les autres, une brume opaque couvre leur nom : il convient de les y laisser.

Or, ces treize voulurent prouver qu'il» existaient, à l'univers qui ne s'en doutait pas. Ils cherchèrent le moyen. C'était au temps de la fameuse révolte des Boxers en Chine, et les grandes puissances avaient été contraintes d'intervenir pour protéger leur» nationaux.

Cette intervention n'était pas du goût des treize du Conseil général de l'Yonne, et voilà l'espèce de considérant qu'ils jetèrent à la face des puissances européennes :

« Considérant que la guerre actuelle prend un caractère des guerres de religion qui sont la honte de l'humanité, et que le poids le plus lourd est supporté par la démocratie qui paye de son sang et par des impôts disproportionnés * le fanatisme et l'avidité des missionnaires, le conseil demande que les missionnaires soient laissés à eux-mêmes et chassés de toutes les colonies françaises où ils sont, au milieu de populations crédules, un élément de troubles et de désordres encore plus dangereux que pour la métropole. »

Ouf! La phrase est pesante! Deux bœufs nivernais attelés à ce volumineux considérant n'arriveraient pas à le transporter des rives de l'Yonne où il fut construit dans un département voisin.

La lourdeur de la phrase, l'imprécision des mots, la

I . Il faut > raiment que messieurs les treize aient un âer toupet, eux les plus effrontés budgétivores que le monde ait vus, pour oser dire que si les impôts augmentent cha(iue année, ce sont les missionnaires qui en sont cause! Ils eussent été mieux inspirés en n'elïîeurant point un tel sujet. Il convient de ne point parler de corde dans la maison d'un pendu, et le pendu c'est nous contribuables français. Chaque année, l'État serre un peu plus la corde. Si elle casse, sera-ce la faute des missionnaires ?

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