‹ A quoi servent les parlements, 1815-1830, 1848-1870Chapitre 5 sur 34 · LES PARTIS EN FRANCE, EN · texte numérisé non relu

LES PARTIS EN FRANCE, EN

Si les étrangers étaient unanimes à jouer leur dernier homme et leur dernier écu pour vaincre la Révolution, Timmense majorité des Français n'était pas moins résolue à la défendre. Ils venaient de le montrer au retour de Tîle d'Elbe, de manière à ne laisser de doute dans l'esprit de personne, et avec un enthousiasme qu'expli-

quâit Textraordinaire grandeur de révénement dont ils avaient été les acteurs ou les témoins ; ils le prouvaient encore chaque jour en s'eûrôlant dans les bataillons de fédérés, dans les rangs de la garde nationale, en envoyant augouvernement des adresses, des offrandes, et en gagnant silencieusement leurs postes de combat. Le peuple des villes et celui des campagnes, Tarmée, les jeunes gens des écoles, la petite bourgeoisie rivalisaient de zèle ; tous assurément n'étaient pas capables de se rendre compte des mobiles divers qui armaient tant de peuples contre leur pays, des intrigues cachées, des ressources emplpyées par les diplomates, mais tous sentaient vivement qu'ils étaient les bénéficiaires de la Révolution et que c'était à elle, et, par conséquent, à eux qu'on en voulait : leur colère et leur ardeur s'expliquaient également.

L'ardeur en sens contraire des partisans de l'ancien régime étaient aussi naturelles ; mais ils étaient encore en fort petit nombre, et, malgré leur succès éphémère de 1814, ils se sentaient aussi pleins de mépris que d'impuissance contre ce qu'ils appelaient le poison révolutionnaire qui, depuis un quart de siècle, avait couru dans les veines de la nation entière : leur triomphe

dépendait étroitement du succès des armées étrangères, et bien que ce succès pût être raisonnablement espéré, les esprits sensés et politiques du parti n'ignoraient pas combien il pouvait être funeste pour lui de faire sa rentrée définitive en France par une pareille porte.

Mais entre ces deux adversaires, si inégaux en nombre, et si acharnés l'un contre l'autre, il existait en France, depuis 89, un fort petit groupe d'hommes, éclairés, riches, de bonnes mœurs, n'appartenant ni au peuple ni à la noblesse, se prétendant volontiers les vrais représentants de la haute bourgeoisie et aspirant sourdement à jouer dans la France nouvelle le rôle prépondérant que la noblesse avait eu dans la France ancienne. En 1791 , ils avaient eu un moment l'espoir d'être les maîtres ; pendant l'ouragan de gloire qui s'était déchaîné sur le pays, de 1800 à 1815, ils s'étaient tenus modestement à l'écart, comme il convient à des esprits amoureux des termes moyens et du juste milieu en toutes choses. Ils avaient en horreur les saturnales de 93 ; mais la gloire, les batailles, les conquêtes, les grandes actions, et les grandes pensées, cet attirail guerrier, ces panaches, ces croix et ces titres qui passaient auprès d'eux sans jamais les atteindre,

ce grand et fastueux état de maison des chefs de Tarmée, qui contrastait dune manière si désobligeante avec leur attitude hoûorable, mais qui continuait à être peu remarquée, tout cet empire . enfin^ où le menu peuple s'élevait si haut, pendant qu'ils se confondaient dans leur digne solitude, leur était instinctivement odieux. Pour devenir les maîtres à leur tour, ne fallait-il pas se débarrasser de cet insupportable grand homme? Quant à la Révolution, ils Taimaient, sans doute; sans elle, ils n'auraient rien été, mais ils ne Testimaient qu'à condition de la diriger. La formule de Sieyès était pour eux article de foi : Qiiest le tiers? Rien! Que doit-il être? Tout!

L'opposition à l'empire devait donc partir de ce côté, et c'est de là en effet qu'elle vint : timides tant que ce gouvernement fut debout, ces libéraux^ — c'est ainsi qu'on appelle en France toutes les opposants, — se ruèrent sur lui dès qu'il fut blessé, et l'achevèrent.

Il ne faut pas pour cela crier à l'ambition des doctrinaires et des fervents du parlemehtai'isme. Toute ambition est légitime, à condition qu'elle fasse ses preuves et parvienne à établir un système de gouvernement acceptable et accepté. Suspendons notre jugement jus-

qu'à ce que nous ayons pu apprécier leur 3 juin.

œuvre.

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