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À quoi tient l'amour; fantaisies parisiennes

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ASTOiN iS^VZ-kOMii^

Paiif«— Imprimé ches BonaTenture «t Ooeetiois 55, quai deg Auguf liât.

—FANTAISIES PABISIENNKS-

ALBÉRIG SECOND

PARIS MICHEL LÉVT FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEDRS ,

RUB TIVIBNNB, 2 BIS*

DniU de refirodnction et de tradnetion réienéf.

— ^Le soleil va disparaître derrière ce bouquet de mélèzes; d'ici à quelques instants il fera nuit dose et nous avons encore quatorze kilomètres devant nous. Au train dont nous marchons^ nous n'arriv.erons jamais^ mon cher Deslauriers.

Qui parle ainsi ? Un jeune homme de vingt-six ans^ monté sur un vigoureux cheval qu^il manie avec élégance. Son compagnon^ plus âgé d'une dizaine d'années^ loin de paraître sensible à ce reproche^ arrête court sa maigre monture.

— Mon cher Sénéchal ^ dit-il après avoir repris haleine^ et tout en rallumant son cigare à demi

éteint; à quelle heure nous sommes-nous mis en route ce matin?

—A sept heures.

-Quelle heure est-il présentement?

^—Quatre heures trois quarts.

— A quelle heure nous sommes-nous reposés^ s^il te plattt

— ^A midi.

— ^Et pourrais-tu me dire pendant combien de temps environ?

— ^Pendant cinquante minutes^ ni plus ni moins.

— Voilà mon excuse et ma justification, reprend Deslauriers avec un accent de triomphe. Libre à toi^ un sportman de pur sang, de trotter impunément depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Quant à moi, je n-éprouve aucune humiliation à confesser que j'ai les reins brisés et que le frottement de la selle m'est devenu un intolérable supplice.

~Nous galoperons, si tu le préfères, interrompt Sénéchal.

— ^Blen obligé, cher ami.

— ^Est-cç que tu comptes coucher à la belle étoile?

— Non, mon cher, dit Deslauriers, qui souffle dans ses doigts engourdis et rend la bride à son cheval, d'autant que la nuit sera trè9-*froide, si j'en

juge par la bise glacée qui me coupe la figure en deux. Mais j'aperçois là-bas, à cet endroit où la route fait un cpude, une douzaine de chemipées qui fument. Les vois-tu?

—-Parfaitement.

-^ J'augure de pet attrayant spectacle que nous touchons à des contrées civilisées, Les naïfs habitants de ces lieux champêtres se livrent sans doute à la confection de leur repa^ du soir^ et déjà il me semble qu'un vague parfum de soupe aux cboux parvient jusqu'à mes narines réjouies,

— Que t'importe? Un repas confortable nous attend à la Martinière.

•«^Apprends, ami Sénéchal^ qu'aux perdreaux truffés en train de rôtir à quatorze kilomèt^M, j€i préfère l'humble soupe auxehoux dont je ne suis plus séparé que d'une longueur d# ouille?, fùt^Ue» ladite cuiller^ d'étain ou de fer battu.

•f^Parles^tu sérieu9emçntj.D^Iauriiarsf

««-Demande au député d^ mtf^ arrondissemc»! a'il est sérieux les joun» où il déelame son fameux diftcours^ministre à la tribune du Palais-Bourbon*

^Eh I quoi I tu louperas dans ce vilk^e ? . — Noû-aeulenaent j'y aouperai, mm eneore j-y coucherai^

— ^Parblea! s'écrie le bouillant Sénéchal, tu ne me joueras pas un si méchant tour. On nous attend ce soir à la Martinière; et^ dussé-je te prendre en croupe et t'emmener de yive force^ je te préviens qu'avant deux heures nous ferons notre entrée triomphale dans cette chère maison. Tu ne songes pas à rinquiétude mortelle où serait Juliette si je lui manquais de parole !

Un sourire malicieux s'épanouit sur les lèvres de Deslauriers.

—Parles-tu sérieusement? tedemanderai-jeà mon tour.

— ^En douterais-tu^ par hasard? réplique le jeune homme surpris et indigné tout ensemble d'une pareille interrogation.

— C'est incroyable à quel point tu es jeune pour ton ftge ! reprend Deslauriers redevenu sérieux. Que parles-tu d'inquiétude mortelle^ et pourquoi te livrer à des exagérations de langage de cette force et de ce numéro ? Veux-tu savoir comment les choses se passeront à la Martinière? En dépit de notre absence^ on se mettra à table^ et Dieu sait si ta future famille ne soupera pas de son meilleur appétit. Je veux bien croire qu'on dira de temps en temps^ en matière de conversation : « H est vraiment singulier que ces

A QUOI TIENT L'AMOUR. h

messieurs n'apparaissent pas! » Vers dix heures^ ta blanche fiancée fermera sonpiano^ et elle se retirera dans sa chambre en se disant : a Sans doute M. Gas* ton arrivera demain matin. Mettrai-je ma robe verte ou ma robe bleue? » Et voilà ce que tu appelles être en proie à une inquiétude mortelle^ mon pauvre garçon !

— ^Tu blasphèmes, Deslauriers; mais je te pardonne^ parce que tu ne connais pas encore le doux ange auquel je vais unir ma destinée. Outre que notre vieille amitié te donnait tous les droits possibles à cette faveur, je t'ai prié d'être mon témoin, voulant te réconcilier avec un sexe que tu as le tort déjuger d'une façon aussi injuste que rigoureuse. Tu verras ma Juliette, et je sais d'avance avec quels arguments vainqueurs cette pure et naïve jeune fille plaidera auprès de toi la cause de ses sœurs calomniées!

. — Amenl répond le sceptique Deslauriers, qui emprunte à sa voix de tête des intonations dignes d'un enfant de chœur.

Devisant ainsi, les deux voyageurs sont parvenus aux premières maisons du village. A un certain endroit les chevaux s'arrêtent d'eux-mêmes. Deslauriers lève la tête , et ses yeux saluent avec

reconnaissance une branche de houx qui se balance au vent. Un peu au -^dessous de la branche de houx, une main inexpérimentée a tracé en lettres majuscules Tinscrlption suivante sur la façade blanche de la maison :

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