‹ À quoi tient l'amour; fantaisies parisiennes (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · BONNET · texte numérisé non relu

BONNET

Au bout d'une heure d'efforts désespérés^ Gaston parvint enfin à aligner les quatre vers ci-desàou» a

Ah! que nous parle-t-on des malheurs de Tantale ! Mon sort, je le déclare, est, hélas ! plus âffîheax ! Être si près de toi sans potiVoir Toir tes yeux..» 0 inondation cinq et six fois fatale ! .' !

Malgré Tardeur de son amour et ses dispositions naturelles pour la poésie^ il lui fut impossible d^aller plus loin^ et il dut souffler i^â chandelle sans avoir i-éussi à trouver le cinquième alexandrin.

—Demain, pensa-t-il, t)efidant la route. Je terminerai mon sonnet. En vérité, je ne me recoflùals pas ce soir. L'idée est rebelle outre meiâttfe et la riihe m'embaf rasse d'une façon inusitée.

Mais rhomme propose et le diable dispose. Lé lendemain, Gaston, qui de là nuit avait à peine fermé Toeii, se réveilla en proie â Une fièvre violeiite; tout son corps était marbré de plaques rouges.

— tié ! madame l'hôtesse ! cria Deslautiers, on a besoin de vous par-ici ; montez vite !

—Qu'y a^t^-il? demanda la paysanne accourue en toute hftte ; le (en esV-ii à la maison?

*— Aveï-vous un médecin dans le village?

~Oui^ Monsieur*

-^Ge n'est pas Uii homéopatbe^ au moins?

«^Un nommé Hopathe? répéta la paysanne trômopée par la coftsonnatice, Non^ Monsieur; c'est un nommé Meslier.

—Eh bien ! coures chez le nommé Meslîer et faîtes en sorte qu'il revienne avec vous.

Un quart d'heure après, le chirurgien du village était assis au chevet de Gaston; il déclara que le cas était grave et que le malade avait la petite vérole.

— Au nom de notre amitié, cher Annibal, dit Gaston dès qu'ails furent seuls, monte à cheval et cours à la Martîniàre* Je Stii£^ certain que Juliette s'abandonna au plus âfiRceux désespoir. Elle suppose sftfls douté que je ttie âUls noyé dans la Galliote. Sèche ses pleufë ^ ramure âa famille alarmée. Dis« létir qu'une malencontreuse îndispOsitiott nie retient îd, à mon vîf regret. Quoique j'aie été vacciné et bien qu'il y ait lieu de penser que cette maladie if aura pèâ de suites fâcheuses, il est hiutile que tu la désignes par son vilain nom. Va vite et reviens de même; mon meilleur médecm, je le sens, c'est toi.

Deslauriers recommanda^ en termes chaleureux^ son jeune ami au vieux médecin et à Thôtesse; puis^ sans même se souvenir de sa courbature et de ses ecchymoses^ il se hissa courageusement sur Téchine raboteuse de son bucéphale. 0 amitié ! il poussa la résolution et le dévouement jusqu'à enfoncer ses éperons dans le ventre du cheval. Dieu merci^ il en fut quitte moyennant une chute insignifiante et quelques écorchures légères au coude et aux genoux.

La belle terre de la Martinière^ sise au fond du département de ***, appartenait^ en ce temps-là, à M. Duravin^ de Tancienne maison Philipat, Duravin et compagnie^ bien connue dans la haute banque parisienne. L'ex-banquier^ réduit par la paralysie à un état voisin de Tinibécillité^ vivait à la campagne. Sa femme et sa fille passaient Thiver à Paris^ courant les bals^ les spectacles> les salons et les concerts. Gaston avait rencontré W^ Juliette Duravin dans le monde, comme on dit; il en était devenu follement amoureux ; il avait fait l'aveu de sa passion; .et^ at-<

tendu qu'il était jeune^ assez bien né^ joli garçon et propriétaire dMmmeubles vierges d'hypothèques^ H»« Duravia accueillit avec faveur ses intentions conjugales. On touchait alors aux derniers jours de décembre^ et le mariage était fixé aux premiers jours

Dix heures sonnaient à Thorloge du château de la Hartinière^ lorsque Deslauriers^ courbé en deux sur ia selle^ entra dans la grande avenue qui conduisait au perron. Avisant un domestique galonné sur toutes les coutures^ il lui fit signe d'approcher.

—Madame et mademoiselle Duravin sont-elles visibles? demanda-t-il.

--Ces dames ne se lèvent jamais avant midij lui fut-il répondu.

—Diable ! exclama Deslauriers^ dont Tappétit était aiguisé par sa course matinale y à quelle heure estce donc qu'on déjeune dans cette hospitalière ïnaison î

—On déjeune à une heure.

On nuage sombre s'amoncela sur le front doDeslauriers.

—Ne puîs-je voir M. Duravin ?

Cette question parut exciter l'étonnement du domestique.

—Monsieur désire voir M. Duravin? répéta-Vil comme s'il eût mal entendu.

•M)uî.

^-^M« Duravin^ le mari de madame?

—Sans doute.

— ^Alors que monsieur ait l'obUgeance de me suivre. Ah bien ! ajouta^t^il entre ses dents^ voilà un monsieur qui va passer un quart d'heure agréable ! je lui en fais mon eomplimenti

Deslauriers fût introduit dans une pièce éeaHée^ chauffée à uii degré insuppcftable. L'el-^bàtK^uier^ couvert de fourrures, grelottait dans une bergère, la lèvre pendante et Tœil éteint.

—Monsieur, dit le visiteur, je m'appelle Anriibal Deslauriers.

—Fermez donc la porte! interrompit M. Duravîn.

"^Monsieur, elle est fërmée.-^Je siiis Tàmi intime de votre futur gendre, Gaston Sénéchal.

— Mais fermez donc la porte! reprit M. Duravifi; on meurt de froid dans cet appartement.

*^Mq;asieur, je vous assure qUe toutei^ les portes sont closes, dit Deslauriers, qui suait à grosses gouttes. J'ai une fâcheuse nouvelle à vous annoncer, Mons!eur> continua Tambassadeur d'une voix grave et solennelle.

À QUOI tlENT L'AMOUR. 19

*— Une nouTelle fâcheuse^ dites-vous? intef^ompit Fex-banquier.

^^Hélas! oui^ Monsieur.

«**Alolrs, gardez-la pour vous ! Je suis tfès-itnpréssionnable^ et je fuis les émotions. Mais^ pour Dieu! fermez donc la porte ! Il est impossible qu'elle ne soit pas ouverte I . . . Voyez, je grelotte !

Deslauriers s'éloigna en épongeant son front ruis^ selant de sueur.

—Morbleu! pensa-t-il, Gaston aura un aimable beau-père; si le reste de la fkmille est taillé sur ce patron, ça lui promet un petit intérieur bien agréable.

Le domestique, son introducteur, l'attendait dans Tantichambre.

^Yous plait^il de gantier un louis? lui dit De^ lAuriers.

»— Que faut-il ftiire? répondit le laquais, dont les ôi^eilles s'ouvrirent et dont les yeUi s'écarquillèrent démesurément.

>*-Vite, de l'encre, une plume et du papier !

En un clin d'œil^Deslauriers fut servi.

— Vous voyez cette lettre, reprit-il; si daus cinq minutes elle est remise à M«i*> Duravin, ce louis esta vous. ÂUez !

Le laquais disparut comme disparaissent les génies dans les pièces du Cirque.

— ^n faut convenir, se dit Deslauriers resté seul^ qu'on semble assez peu inquiet céans du sort de mon ami. Pauvre Gaston! honnête et simple nature! cœur naïf ! esprit candide ! tu penses sans doute que j'ai trouvé H'^^ Duravin agenouillée dans son ora* toire^ et que mademoiselle sa fille m'est apparue à la fenêtre la plus haut perchée du château^ braquant un télescope anxieux sur les profondeurs du chemin? Hélas ! quelle distance incommensurable sépare le rêve de la réalité! On dort ici sous de chauds édredons^ tandis que tu trembles la fièvre dans une chambre nue d'auberge. Es-tu tombé de cheval? astu une jambe cassée? as-tu disparu dans les flots bourbeux de la Galliote? on s'en soucie comme des neiges de Tan passé ! et W^^ Juliette Duravin serait^ à ce qu'il assure^ l'ange qui me réconciliera avec les démons du sexe féminin!... Hum! j'ai bien peur de mourir dans l'impénitence finale!

Cependant Deslauriers fut interrompu dans son monologue par un carillon de sonnettes^ suivi d'allées et de venues^ entremêlé d'un grand bruit de portes ouvertes et fermées et de jalousies claquant i contre la muraille. . I

A QUOI ÏIÈNT L'AMOUR. âl

Ifif -^Monsieur^ dit le domestique qui reparut Finstant d'après^ j^ai gagné mes vingt francs. Ces dames s'ha-

^ B billent ; elles vous prient de les attendre un moment.

fci Voulez-vous me suivre au salon?

0 Deslauriers se piquait d'être observateur; il penikf sait que Tappartement c'est la femme. Il s'appliqua Il donc à étudier le salon de W^ Duravin le plus mirât nutieusement qu'il lui fut possible^ persuadé que cet p examen l'amènerait à découvrir toutes sortes d'inè dices de nature à lui montrer^ sous leur véritable pi jour^ le caractère; de la mère et le caractère de la à fille.

n — n est évident; pensa-t-il après avoir détaillé t l'ameublement; que ces deux fenunes sont élégantes ok et qu'elles sont pourvues d'un goût exquis.— -Elles b sont blondes; la nuance des étoffes le prouve sura* i, bondamment.-^EUes sont jolies^ ainsi que le témoi* s gnent ces glaces répandues à foison. Il n'y a que les r très-jolies fenunes pour abuser des glaces à ce point. Une fenune laide remplacerait spirituellement les

1 glaces par des tableaux et des étagères. Eh quoi ! aucune trace de broderie^ ni de tapisserie I Hum ! je soupçonne Mj*^ Duravin d'être deux paresseuses.*— Ah ! des livres! Voyons un peu quels sont leurs auteui s favoris. Diable ! s'écria Deslauriers après avoir

n A QUOI TIENT L'AMOUR.

lu les titres de cinq ou m in-octavo épars sur une table^ il nous parait que notre future belle-mauum n^est pas très-scrupuleux ^ Tendroit de ses lec* tures... — Un piano... celui de M"* Juliette, ^ang doute? elle est musicienne? tant mieuK ! Quelle musi()ue joue-t-elle? Beethoven ou Moasart?

Deslauriers feuilleta plusieurs gros cahiers super*- ))ement reliés et surmontés d'une couronne de fan^ taisie; lesdils cahiers ne contenaient que desqua» drilles, des valses, des polkas et des romances.

«^Que chantent ç&& romances? se demanda Des* lauriers.

« Loin de Ion vieux mari jaloux, Bel ange accours au rendez-^vous ! »

« Ta mère est endormie ; Ouvre-moi , douce amie ! »

c Viens dans mes bras, yiens, je t^adore... Que je sois heureux ! »

On en passe... et éids plus vives.

Deslauriers ferma les cahiers, et un soupir Affki^ flcatif souleva sa poitrine.

^-^Mon pauvre ami! mon pauvre Gaston! mur* mura-tril à voix basse, que viens«tu faire dans cette galère?

Après une heure d'attente^ tout au moins^ H>p« Duravin et sa fille se montrèrent enfin^ éblouissantes de parure et de beauté. U^ Duravin^ en dépit de ses quarante-cinq ans sonnés > était fort belle encore. Quant à MUe Juliette^ avec ses beaux cheveun blonde et ses grands yeux bleus^ aile réalisait le type des madones de Raphaël^ dirais-je volontiers^ si Ton avait heauooup moins abusé de Haphagl et de sas madones,

-rrrHonsieur Annibal OeslauriersY demandai!'"* Duravin au voyageur en lui adressant un salut gracieux*

*-*-Lui-méme^ Madame.

rr-Yous êtes seul?

-r-^ui^ lladame,

—Et Gaston?

•^'ai laissé Gaston à Horlez^ un petit village à trois lieues d'ici.

^Serait-il donc malade t Nous vous a^tendicms hier^ dans la soirée.

-*-<Prenefttvous-Hsn ^ la Oalliote débordée, si nous ne sommes pas arrivés h Ttieure dita^ Madame; pra^ neirvous^n à une légère indisposition^ si mon ^mi ne m'a pas suivi ee matin^ ajoutart^il en fixant sur W^ Juliette un regard inquisiteur.

La jeune flUe resta froide et impassible.

—Et vous êtes accouru nous rassurer, reprit Mme Duravin. Ah ! Monsieur, que d'actions de grâce! Mais, j'y songe, avez-vous déjeuné ?

—Je vous avouerai naïvement. Madame, que je meurs de faim.

Mme Duravin, de sa main emprisonnée dans un gant de Suède, ofirit à Deslauriers un sac de satia blanc rempli de pastilles de chocolat parfumé.

— Le moindre pâté de foie gras ferait mieux mon afBeiire, pensa Annibal, qui semblait s'être juré à luimême de travestir tous les poètes de sa connaissance.

Cependant VL^ Duravin avait sonné et elle venait de glisser quelques mots à Toreille d'une jeune femme de chambre vêtue à la façon des soubrettes de vaudeville.

— ^Vous arrivez de Paris? reprit M"« Duravin, qui ne put s'empêcher de soupirer; de Paris, où il nous a été impossible de nous rendre cet hiver, ma fille et moi, eu égard à l'état de santé vraiment pitoyable de M. Duravin. Ah ! Monsieur, ayez compassion de deux pauvres exilées ! Comment se porte cette chère ville? qu'y dit-on? qu'y fait-on ? Etiez-vous au dernier bal de la Préfecture ? Dansera-t-on aux Tuileries? Assistiez-vous à l'ouverture des Italiens? Est-il vrai que M™» de Néronde se soit fait enlever par M. de

Rochenoire? Portera-t-on des fourrures cette année? Que faut-il penser du dernier opéra? Avez-vous lu la Chartreuse de Parme ? A-t-on inventé des modes nouvelles? Parlez-nous, instruisez-nous; songez que nous ne sommes plus de ce monde!

— ^Ah ! mon cher Gaston, pensait Annibal étourdi par ce flux et ce reflux de verbiage, si ton beau-père est affligé d^un laconisme exagéré, tu auras de quoi te rattraper avec ta belle-maman !

Pendant le déjeuner, servi avec une délicatesse et une recherche excessives, et auquel Deslauriers fit largement honneur, c'est à peine si le nom de Gaston fut prononcé par la mère et par la fille. Mais de Paris, de ses fêtes, de ses modes, de ses spectacles, de sa chronique galante, de ses danseuses, on en causa sans relâche et sans fin. Annibal parvint néanmoins à glisser l^istoire de la Nouvelle-Bondance et du nommé Hopathe, ce qui fit beaucoup rire ces dames, — admirable occasion de mettre en lumière leurs lèvres rouges et leurs dents blanches.

— ^Vous nous quittez déjà! dit M™« Duravin lorsque Dulauriers prit congé de ses aimables hôtesses.

— Je retourne auprès de Gaston; je suis certain qu^l maudit ma lenteur et qu'il compte les minutes.

— Si M. Sénéchal n'est pas en état de vous accom-

pagner demaia^ souven^^-vous qu'on voug attend à la Martinière. Vous êtes le seul visage humain qui nous soit apparu depuis deux mois. Nous recauseroQs de notre cher Pari$. J'ai mille questions à voua faire encore.

Annibal s'inclina profondément et s'éloigna en toute hàte^ désireux de revoir Gaston et de donner un libre cours à ses pensées.

—Résumons-nous, dit»il aprè* un monologue qui ne dura pas moins de cinq kilomètres. La table est délicieuse; le fait est patent. La cave est excellente; la chQse est avérée. En ce qui touche le caractère de M^^ Duravin et celui de M^^^^ Juliette^ mon opinio^ est,,. Ma foi; ajouta*i^il après un moment de silence, il ^âit téméraire de les juger dans une si courte eur trevue et sur un si mince échantillon. Donc, la $uiU m prochain numéro ^ comme on rimprime, chaque mati»;! au ba9 des feuilletons publiés par mm joa^

Annibal Deslauriers n'était plus qu'à une oourte distance de Morie^^ lorsqu'il aperçut le docteur Ue9* lier qui l'attendait «ur la route«

—Est-ce que Gaston va plus mal? lui criâ-Wl d^aussi loin qu'il put se faire entendre.

Et il lança son cheval au galop.

— Écoutez-moi> mon cher Monsieur^ répondit le médecin^ je né sais point cacher la vérité sous un voile de belles phrases menteuses^

*— Gaston est mort! interrompit Deslauriers^ dé qui le pouls et le cœur s'arrêtèrent subitement.

—Diable ! comme vous y all62 ! reprit le docteur; nous n'en sommes pas encore là^ grâce à Dieu. Mais je ne dois pad vous dissimuler que l'état de votre ami a fort empiré depuid ce matin; j^ai pensé qu'il serait mal soigné à l'auberge^ et j'ai pria la liberté de le faire transporter chez moi.

Pour toute réponse Deslaufierâ serra avec efFîi- Aoti la main du vieu^ docteur.

••M^Sraignei&^vous dohc pour la vie dé ce pauvre garçon ? demanda-t-il d'une voix émue.

^Lâ maladie se présente avec tous ses plus mauvais prodromes ; la fièvre est à son plus haut période \ le jeune homme bat la campagne. Un nom de femme, Juliette, revient sans cesse sur ses lèvres* C'est celui de son épousé?

— C'est celui de sa fiancée.

—Voilà une fiancée qui pourrait bien être veuve

avant que d'être mariée! dit M. Meslier ea iHranlaDt tristement la tête.

On était arrivé devant la maison du médecin^ une petite maison simple et proprette^ encadrée de vignes vierges^ dont les folles branches grimpaient jusqu'aux fenêtres du premier étage. M. Meslier heurta à la porte^ qui fut ouverte par une jeune personne modestement vêtue; à Taspect d'un étranger ses joues pâles se colorèrent d'une vive rougeur*.

— C'est Marguerite^ ma fille^ dit le médecin^ qui déposa un baiser sonore sur ce front de dix-sept ans^ veiné de bleu^ blanc et poli comme de l'ivoire.

Le docteur conduisit Annibal auprès de son ami^ qui ne le reconnut pas.

—Gaston, mon vieux, c'est moi. Deslauriers. J'arrive de la Martinière... J'ai vu Juliette, dit Annibal effrayé des ravages que le mal avait faits en si peu de temps.

Gaston le regarda fixement, et s'écria d'une voix caverneuse :

« Ah ! qae nous parle-t-on des malheurs de Tantale !

« Mon sort, je le déclare, est, hélas ! plus affreux!

€ Être si près de toi sans pouvoir voir tes yeux...

« G inondation cinq et six fois fatale ! ! ! »

—Le malheureux! soupira Deslauriers. Faut-il

A QUOI TIKNT L'AMOUR. 29

qu'il soit malade pour se livrer à la perpétration de semblables forfaits poétiques !

Les deux jours qui suivirent^ loin d'apporter une amélioration dans Tétat de Gaston^ ne firent qu'accroître rinquiétude du médecin. Le troisième jour^ H. Meslier prit Annibal à part.

— Mon cher monsieur^ lui dit-il, il me parait à propos que vous retourniez à la Martinière; je serais coupable envers la famille Duravin si je lui laissais ignorer plus longtemps la situation réelle où se trouve H. Sénéchal. La maladie fait des progrès effrayants et j'ai conçu depuis ce matin les craintes les plus sérieuses. Si W^^ Juliette veut voir son fiancé^ qu'elle se hâte. Demain peut^tre il serait trop tard.

— Moi absent^ qui soignera Gaston, si l'on vous appelle auprès d'un autre malade ? demanda Deslauriers, qui sentit une grosse larme rouler sur sa moustache rousse.

—Ma fille, parbleu!

— Comment vous exposeriez W^^ votre fille à cet affreux spectacle? Gaston est hideux à voir, sans compter que vous risquez de compromettre la santé de cette chère enfant.

—Rassurez-vous, interrompit le docteur; Marguerite est une brave fille qui ne s'épouvanta piu»

pour 8i peu. Je Fai habituée à m'assiftter dans mes opérations les plus dangereuses ^ j'en ai fait une manière de sœur grise^ et^ je le dis sans o^ueil^'elle remplit sa triste mission avec dévouements Allez , c'est elle> et non moi^ qui devrait avoir le diplôme^ car elle fait plus de guérisons que son vieux p^e. tSle vous a de douces paroles et de bienfaisants discours qui valent Cent fois toutes mes drogues et toutes mes ordonnances. Je ne suis^ moi^ que de la Faculté de Montpellier; les paysans prét^dent que Marguerite est de la Faculté du bon Dieu*

A mi'K^hemin de la Martinière^ Deslauriers rencontra le domestique des Duravin«

•^Ahl c'est vous. Monsieur l Le ciel sdt loué I dit le domestique, j'allais à Moriez savoir conunent va M* Sénàshal. Ces dames sont au comble de rinquiétude.

— Laissez-moi donc tranquille! s'écria Deslauriers, heureux de donner cours à sa mauvaise humeur; lorsqu'on est au comble de l'inquiétude, estnse qu'on reste trois grands jours sans nouvelles?

An moment où il entra dans le salon du château, Annibal surpritM»'^ Duravin absorbée dans la lecture d'un recueil de modes. W^^ Juliette, assise au piano, chantait avec des gazouillements de fliuvette ;

A QUOI TIENT L'AMOUK. 31

« Ta mère est endormie ; € Ouvpe*moi , mon àmîe.

« ProfitOM du Itiottiefit»

« Ouvre à ton jeune amant!

« Ouvre à-ton jeu-ne amant ! »

^Ah! VOUS voilà enfin^ Monsieur^ dit Vfi^ Duravin* Et ce pauvre Gaston?

-^Ce pauvre Gaston e6t peut«étfé mon à l'heure qu'il est^ riposta brutalemenl Deslauriers.

Les deux femmes poussèrent un cri d'e£^oi«

-^Bélas I oui ; et si vous voulez le voit, vous n'avez pas un instant à perdre.

-«-GernMûn, qu'on àttèle sur-le-champ 1 ordonna ]IIsie Duravin.

Pâles et tremblantes, les dètix femmes jetèrent leurs manteaux sur leurs épaules et mirent leurs chapeaux, sans se regarder dans aucune glace.

—Les aurais- je calomniées î pensa Deslaurlers en présence dé cette sincère cmôtîon*

—Quelle est donc cette fottdroyahte maladie? demanda M** Buravhi.

-—La petite vérole. Madame.

La mère et la fille échangèrent uni regard rempli de terreur.

—La petite vérole! répéta M»* DuraVin.

— Oui, Madame.

— ^Hais alors. Monsieur, reprit M"»» Duravîn, il nous est impossible, à ma fille et à moi, de nous rendre auprès de M. Sénéchal.

— Impossible?... interrompit Deslauriers.

— Cette affreuse maladie est contagieuse, et je trahirais mes devoirs de mère en exposant ma chère Juliette à un si grave péril ! Soyez persuadé que mon cœur gémit d'être forcé de s'imposer à lui-même une si dure contrainte. Dites-le de ma part à votre ami. Deux fois par jour j'enverrai à Moriez chercher le bulletin de sa santé. Nous prierons Dieu pour sa prompte guérison. Ah! McHOisieur Annibal, je vous le recommande, nous vous le recommandons; veillez sur lui conmie un frère; songez à ma douleur, à la douleur de ma fille. Mon Dieu! mon Dieu! ayez pitié de lui!

— ^Vieille comédienne, va ! pensa Deslauriers, qui se leva et s'enfuit, craignant de ne se point contenir et de lâcher quelque parole malsonnante.

A son retour, il trouva la fille du docteur installée au chevet du malade.

—Chut! fit-elle; il dort.

— Comment va-t-il depuis ce matin? demanda Deslauriers à voix basse.

* • Un peu mieux; pourtant le délire continue. Il y a quatre vers assez médiocres qu'il ne cesse de déclamer. Les connaissez-vous ?

— Que trop^ soupira AnnibaL

— 11 vous a appelé plusieurs fois.

— Cher Gaston !

—Il s'inquiète beaucoup du résultat de vos visites à la Martinière.

—Il rapprendra toujours assez tôt, murmura Deslauriers.

Dans Tagitation fiévreuse de son sommeil^ Gaston fit tomber Toreiller qui soutenait sa tête. Marguerite souleva légèrement cette tète couverte de lèpre et rendue efBroyable; puis elle fit signe à Annibal de remettre Toreiller en place.

-—Ce spectacle ne vous inspire donc aucun dégoût ? demanda Deslauriers, qui se souvenait de Thorreur profonde manifestée par les dames Duravin.

-~Ge n'est pas pour rien que je suis la fille de mon père, dit-elle avec un doux sourire.

— Cependant, vous n'ignorez pas que c'est là un mal qui se gagne.

— J'ai été vaccinée.

— Gaston aussi a été vacciné.

—Mais à ce compte, il faudrait le laisser seul

et «ans soins» Yous'-méme vous devriez le fuir*

— Gaston est mon ami> Mademoiselle^ c^est bien différent.

— ^11 est mon hôte^ Monsieur; estimez-vous que ce titre soit moins sacré et qu'il impose de moins grandes obligations?

«-«Ah ! s'écria Deslauriers^ songeant de nouveau à la scène jouée devant lui au château de la Martinière; vous n'êtes pas une femme> vous êtes un ange ! ' —Silence ! interrompit Marguerite ; vous allez réveiller M. SénéchaL

Deslauriers se tut^ et ce fut avec un sentiment d'admiration qu'il se prit à considérer la fille du doc^ teur occupée à transformer en charpie une vieiUe chemise de son père. Ce travail n'avait en soi rien qui fût fort gracieux ni fort poétique^ et pourtant combien Marguerite, vêtue de sa petite robe de laine brune^ lui sembla plus belle que W^^ Juli6tte> ha^ biUée de soie> couverte de fourrures et de dentelles^ et faisant courir ses doigts en fuseau sur les touches de son piano de palissandre 1

Embarrassée par cette admiration silencieuse^ Marguerite reprit la parole.

—Est-ce que M»e Duravin ne viendra pas voir son fiancé î demanda-t-elle.

Annibal sourit amèrement.

-«-Vous lui faites trop d'honneur.

—Je ne vous comprends pas.

-«•Rien de plus facile à comprendre^ cependant : P«Dnravin ne possède ni votre dévouement ni votre courage. Quand elle a su quelle maladie menace les jours de Gaston^ elle a eu peur.

—Peur! s'écria Marguerite; je croyais qu'elle aimait M. Sénéchal.

^Et vous voyez jusqu'où va son amour. Ces belles poupées parisiennes ont tout juste autant de cœur que les figures de cire exposées dans la vitrine des médiates et des coiffeurs. C'est joli> e'est bien mis^ ça flatte l'sil^ j^en conviens; mais ce n'est pas Dieu qui les a faites^ c'est un artiste habile qui les a créées,

«o^Ab ! vous êtes injuste^ Monsieur Deslauriers«

—Bah 1 dit Annibal^ l'avenir prouvera si j'ai tort ou raison. D'ûUeurs> mon plan est fait^ ajottta*tril entre ses dents.

Le docteur rentra et constata une légère amélioration dans l'état du malade; le «urlendemain^ il rusura eomfdétement Bedauriers.

—Je ne vois plus l'ombre de danger, lui àkUïi; à présent ce n'est qu'une affaire de temps.

— Juliette et sa mère sont-elles venues souvent? demanda Gaston aussitôt qu'il fut capable de coudre deux idées ensemble.

Et Deslauriers, sans passer le moindre détail, lui fit le récit textuel et désenchanteur de ses deux visites à la Martinière.

— Voilà qui est étrange ! pensa le jeune homme ; et son cœur se serra douloureusemeat.

—Regarde M"« Marguerite, lui dit un jour Aimibal, et salue en elle la bonne fée qui t'a sauvé la vie. Si tu n'es pas couché dans le cimetière du village, c'est à son dévouement que tu le dois.

— ^Pourquoi avez-vous eu ce courage, alors que IP^ Duravin a été si làchet demanda Gaston à la jeune fille.

—N'ayant rien à perdre, je n'avais pas grand'chose à craindre, répondit simplement Marguerite.

— Gomment cela?

— ^M"e Duravin est sans doute jolie.

—Eh bien?

—Et moi, je ne le suis pas.

Gaston la regarda avec attention, ce qu'il n'avait point encore fait. Elle ne lui sembla pas jolie ; elle lui parut charmante.

Cependant le domestique de M™» Duravin accomplissait ponctuellement son pèlerinage quotidien à Moriez; mais il avait Tordre formel de ne point franchir le seuil du docteur et ne se mettait pas en route sans qu'on eût^ au préalable^ bourré ses poches de flacons de vinaigre et de fioles d'éther.

—Vois comme on nous traite à la Hartinière^ se plaisait à dire Timpitoyable Annibal : nous aurions tous la peste et la fièvre jaune^ cette maison serait un lazaret, que nous n'inspirerions pas une terreur plus vive à ces deux femmelettes sans tact et sans cœur.

--Ah! mon cher Desteuriers, interrompit Gaston, sois moins dur envers ces deux dames. L'une sera ma femme, l'autre sera ma belle-mère.

— ^Tant pis, morbleu ! Enfin c'est ton affaire et non la mienne. Et quand foras-tu ton entrée triomphale dans cette chère maison ? ainsi que tu le disais poétiquement le jour de notre arrivée dans ce village.

— ^Hais prochainement, à la fin de la semaine, sans doute.

—C'est trop tôt.

3^ A QUQT TIBÎîT I^^ AMOUR,

— ^Pourquoi?

— ^Parce que les traces 4^ la maladie sont encore visibles sur ton visage.

rrrM^ Ndalter assure qu'avant un mois il n'y paraîtra plu9.

—Attends cette époque^ c'est prudent.

-*-Crois4i:| done que Tamour de Juliette tienne à sipwddclio#eî

— Ehl mon qber^ aait-on à quoi ti^nt l^moup?

^-<:;ûn)Rient l tu ne craindrais pas de penser...

rri^^pe p^n^ vmi i^ 9^18 «ôv^lement ea que je

rrîQflejiWp-.t»î

ï)iert^uriçr§ ^i^ féfumM pWi

T^4\i 4wb}p, soient t««i r^Ue^noes I parlemartu î

T-Ne m^}|i-t^rT??QTgQ pa^I dit Annibal, qui sicand^ sa réponse aveq rinflaxipQ, le geiite^ et la fm» à'm j^jrne trftgédien, élève du Conservgtûirç,

^C'^sf, différent, yeprit Q^\m } (Ju moment âà tuf nnets cette solennités je n'ia»i9te fm davantage.

Et i\ 61 mine de s'éjoigner,

n arriva alors ce qui arrive toujours neuf foi» sur &%. Pu moment qù Sénéphs^l parut indifférent à la confidence de Deslauriers^ Deslauriers fut {Hna d'un désir immodéré de se confier à SénéchaL

\ QUpI TIB$JT L'AMOUR. 89

Trn;iVppreat|^ donq,ditriltfime voii^ lugttbr^, pourquoi je ittge les femmes ^vec une sévérité que tu m'fts souvent rftpiwliée. J'ai eu trois amours (iani i»a vie., trois amours sérieux. ï-a première fois, jV ym vingt ans. Toutp vanité miso à part, j'étais alors, dans la meilleure acception du mot, un joli garçon* I3i Um \ mon pber, on a rompu un l)eau jour^ mais rompu brutalement avec ma tendresso, avoç. ma beauté, avec mes vingt ans, devines-tu pourquoi? Je te le donne en mille. Parce que, dans un bal, au beau milieu d'une contredanse, j'eus la maladresse de glisser sur le parquet et de tomber d'une manière ridieule, à ce que pfétendirtfit les eaatemponiines.

«T^Ei la seeonde feis^ dotnasda Gaatra en aaii-t nant.

«•"La seeonfle ibis, mes dépasU^M ameureux prch ^ vinvept de €a qu'on me renoonlra monté sur un âno rédf dans la forêt de Montmevençy. '

•^El la troisième ibis l demanda Sénéchal, qui ne prétait point à ce récit lamentable une oreille suffln samment oontristée.

—C- était il y a un an environ, reprit Deslauriers. J'eus, un matin, Mdée saugrenue de faire couper ma barbe et mes moustaches. Le l^demain, Dalila sh gnifliât congé au pauvre Sanason rasé OQmme un sub«

stitut. Voilà mon ami, voilà à quoi tient rameur!

—L'amour de Juliette est autrement sérieux^ dit Gaston; et quand méme^ ce qui n'est pas^ la maladie m'aurait fait semblable à une écumoire^ je suis certain de son affection^ comme je suis sûr de son cœur.

— C'est ce que nous verrons, pensa Deslauriers en lui-même.

Un mois s'était écoulé; le visage de Gaston avait repris sa blancheur et sa finesse primitives, sans que le jeune homme eût songé sérieusement à s'éloigner de ses hôtes. Annibal passait son temps à la chasse. Quant à Sénéchal, ses journées s'écoulaient rapides conmie des heures, en causeries avec la fille du médecin. Il s'était constitué son chevalier; il l'accompagnait dans les visites que cette bonne et charmante fille prodiguait aux pauvres gens et aux malades des environs. Partout on bénissait le doux nom de Marguerite à l'égal de celui des saintes et des anges. Si peu fortuné que fût M. Meslier, Marguerite trouvait encore le moyen de semer des bienfaits sur son pas-

sage. Elle cousait de ses mains des layettes pour les mères de famille ; elle portait du bouillon aux vieillards; à tous elle disait de ces douces paroles qui inspirent la résignation et qui donnent Tespoir;

Un jour, à Theure où Tenvoyé de M"»« Duravin arrivait à Moriez, Deslauriers se promenait sur la route, attendant impatiemment Tapparition de Germain.

— Il est temps, se disait-il, que je réalise mon projet et que j'intervienne comme le deus ex mc^ china. Ou je ne suis qu'un collégien et je ne sais pas le premier mot du cœur féminin, ou d'ici à vingtquatre heures j'aurai arraché le bandeau qui couvre les yeux de Gaston... mais voici Germain.

— Il est inutile que vous alliez plus loin, dit-il en arrêtant le cheval par la bride : mon ami est guéri, et je compte avoir l'honneur de me présenter demain à la Martinière.

La mère et la fille, prévenues par Germain, s'étaient mises sous les armes : exquises toilettes, les plus frais rubans, les plus fines guipures, les plus élégants bijoux, les plus précieuses dentelles.

—Soyez le bienvenu, cher Monsieur Deslauriers, luiditM°>« Duravin. Je sais toute la part qui vous revient dans la résurrection de Gaston, et je vous en

4i A aVÙt tlÈNÎ L'AMOUR.

remercie eii tnon tiom et Hù ilom dé tUà fllle. Il est sfttivé^ n'e^it piEid Vt^Aif

^Orâce à Dieu> Madame;

— St tiOUÀ lë tétrotiË fiièiitdt?

^D^[nàiû ou apvës Je pêâseï

-^Ditefit-'moi un peu, cher Mouslètlr AûHifilil) eèttd crueUe maladie TiH^lle beaucoup eMngéf

— Au moral ou au physique. Madame?

"^A tout seigneur ) tout honneur^ Pftiiolis du moral d'aboM.

-^Moralement parlànl^ Gaston est toujbut*» k même. Tel Vous l'avei connu > tel vdus le râtroavd rei 3 bon> sin^re^ lo^al^ ohevaIer6B(iue> etji ajouta' t-il en se tournant du côté de Juliette^ ëmdutett& dd mademoisQUé plus encore qu'à Paris> afttrmerdis-je, si la chose était possible.

>^é ne saurais voue dire à quel pokit ¥Uft bôtib^ paroles me réjouissent, reprit M™® DuraviUi Chef et excellent Gaston! Oui> le voilà bien, tontétùïe à Fopinioii qu'il m'a inspirée^ Ah! je sUiS ëei^tèitiië qu'il assurera le bonheur de ma fille et qu'elle sèH ûère et heUreusè de porter son nomi

^^'^us lë rappcnrt du t>hySiquei<» éoUtiUUà Deslauriersi

W^ Juliette dressa rdreillé.

A QUOI TIENT L'ÀMOUA. ^

—Hein? fit M»« Duravin.

-^Physiiiileineilt parlant^ tieprit Atinibal^ je né dois pas TOUS dissimuler que Gaston est méconnaissable. La maladie a ravagé son visage. Mais qu'est-ce qu'une beauté essentiellement périssable à Côté des qualités étei'ilelles du cœur?

— n est donc bien IMd? hasarda Juliette.

—Hélas! Mademoiselle^ mon rès|)ëet p6\x1^ l&vé^ rite m'oblige à convenir qu'il n'est plus joli; d'iUllëiil^ tous aiitéi bietitflt l'oôcasiôii de Vous en tôkitâiiiefe.

Les deux feMmë§ {(âtdèi^etit le ëlMce éi ëiles ééhtLÛ^ëtéût uii rapide coûfi d'teil doht lé Isëns d'^ait rieh niditis (Ju'ëtil^nlâtiqile.

—Vous nous avez dit, reprit M™« Dur avm> qllë M. Sénéchal se dispose à vedir à la MâHinièté vers IttflUdélAdëtiiaifaè^

—C'est son intention. Madame.

—Ne pen^*Tôtl^ pas avec ihoi qti'il agirait plus éagemèht eh rètoûrtlàiii à Parla? La science a dé si merveilleux secrets! Qui sait s'il n'existe pas une pomniadëi uti bddmë suséëtiltiblëà de i^iidrè à son Visage cottttirê èâfotiae et sa gMbè primitives? Noè^ médecins dé ëaiiipagne fdHl bien totit bë qu'ils peUvéUt j le miUlieubeët qU'ils tië peuverit {ia&grand'chose.

-—Voilà une idée lumineuse, Madame^ et je vais me hâter de la soumettre à mon ami^ répliqua Deslauriers ^ qui se leva et prit congé de la mère et de la fille par un grand salut cérémonieux et glacé.

— Que je devienne chauve et que je perde toutes mes dents^ si je franchis une quatrième fœs le seuil de cette maison ! s'écria-t-il lorsquMl eut fermé la porte du salon.

Son cheval était encore sellé et bridé; d'un bond il Tenfourcha et s'éloigna au grand trot.

— ^Moucher, dit-il à Sénéchal, paie le médecin, faisons nos malles et filons vite; nous n'avons plus rien à faire ici.

— Que veux-tu dire?

—Je dis que si tu épouses M^^^ Duravin, je ne te revois de ma vie.

Et il lui dévoila le piège par lui tendu à M"^« Duravin et à sa fille, ainsi que la réception qu'on lui avait faite à la Hartinière.

— On te congédie parce qu'on te croit grêlé, ditil en finissant; je compte que tu n'auras pas l'insigne faiblesse de désabuser ces deux péronelies.

Contrairement à son attente, Gaston accueillit ce récit avec une indifférence marquée.

— 'Eh bien! partons-nous? demanda Pimpatient Ajinibal.

— Non, dit Gaston; je reste.

— ^Et moi, je pars. Cherche un autre témoin; tu me fais pitié !

Pour toute réponse, Gaston prit Desiauriers par ! la main et le conduisit à la fenêtre de sa chambre. Cette fenêtre donnait sur la rue du village. — Regarde, dit-il à son ami.

[ Annibal souleva le rideau de mousseline et il

aperçut la fille du docteur : elle distribuait de la j soupe à une douzaine de pauvres gens. I — ^Mon cher, dit Gaston, voilà ma femme. J'aimais

VP^ Duravin avec ma tête; c'est avec mon cœur que j'aime VP^ Meslier. Et maintenant, J'ose espérer que I tu ajourneras ton départ et que tu ne me refuseras

plus d'être le témoin de mon mariage.

n îPi« Marguerite Meslier, aujourd'hui M™« Sénéchal,

I est assurément une des femmes les plus distinguées, les meilleures et les plus heureuses qui soient à i Paris.

1^ On n'en saurait dire autant de M"« Juliette Duravin,

qui six mois plus tard, épousa M. le marquis de*^*". H, — Un parti superbe! disait sa mère.

La marquise est restée fidèle à sa romance favorite :

46 A QUOI ÏIÈNT L'AMOUR.

Elle chdïite éiiCOré> elle tihante totiljôurëi oomtneau temps où elle était jeune fille :

« Ta mère est endonnie ; «c Ouyre-moiy mon amie.

« Profitons du moment, K OuYfe à ton jeufie amant 1 « Ouvre à-ton jeu-ne amant ! »

On assuré (lïiaîs ceci éiitre Hous) (|tle W pofte s'entr'ouvre quelquefois*-* et éjué lés thoiciêotits ne torit pàè perâtid^

A Patik, Où lés coiii^truétldns hbtitétlés êethbletii sdriir toutes seules des entrailles de là terre> de mémèf qu'Aprèi^ tme ploie d'orage on vcfit de» imées de duimpigtitos pouiiser auit pieds deë chênes; à Patîs^ disons-ndus^ il eiiste une colonie dé loofltàires de^ dettt èejies è[u'on pourrait ap^yelèi* leë eàm^i^ê de plâtres. Les maisons neuves étante à tort ou à f aisotl> considérées côniinë de téritables pépinières de rhumatismes, G'edt k qui ne ^y instMlèPâ poiilt le ptemier. De là Pindiii^trie des esëtiyeurs dé plâtre et raccord tacite qui règne entré ètix et lès proprii^talres parisietis. Sans cesse stir la piste des maisons

récemment bâties^ ils s'y établissent durant trois ou six mois^ selon l'intensité de la saison et le degré d'humidité des lieux^ essuient les plâtres consciencieusement; après quoi ils disparaissent sans payer leur t^rme et sans qu'on s'inquiète même de leur en réclamer le payement.

Cette industrie^ que nous vous donnons pour trèsréelle^ explique d'ailleurs les périodiques déménagements de ces jolies et nomades créatures qu'on a baptisées LareUes au temps où elles habitaient le quartier neuf situé derrière l'église Notre-Dame-de- Lorette; qu'on a successivement appelées Uadeleim$ et BouleS'Rouges, lorsqu'elles peuplaient le quartier de la Madeleine et les alentours de la rue Geoffroy- Marie; d'où il faut conclure^ — Paris continuant de s'étendre dans la direction du faubourg Saint-Honoré^ — qu'on les appellera bientôt les Saintes-Honories, ce qui sera^ il faut en convenir, de l'euphémisme transcendant et de l'antiphrase ^evée à la septième puissance.

Connaissez-vous l'avenue Frochot ? Située à l'extrémité de la rue Bréda^ tout près de la barrière Pigale^ dans un quartier solitaire qui n'est déjà plus la ville sans être encore la banlieue, l'avenue Frochot se dérobe aux regards des passants derrière un ver-

doyant rideau de peupliers dltalie. Occupée aujourd'hui par des artistes en renom^ cette avenue était^ il y a une vingtaine d'années^ la proie exclusive des essuyeurs de plâtres.

Parmi ces pauvres diables^ le plus pauvre» à coup sûr^ était un jeune sculpteur qui végétait dans une misère profonde. La misère des sculpteurs n'est comparable à aucune misère ici-bas. C'est une misère complète^ absolue; une misère de premier choix et de premier crû. Après cette misère^ il n'y a plus rien; il faut tirer l'échelle. On comprend^ en effet, qu'un pauvre homme de lettres puisse se procurer de l'encre et du papier» un pauvre peintre des couleurs» un pauvre lithographe des crayons. Mais acheter à crédit du marbre de Carrare lorsqu'on manque de monnaie^ la chose est difficile, on me l'accordera, je le suppose.

II s'appelait Marcel et devait quatre-vingt-dix francs à son bottier. A en juger par l'état actuel de sa chaussure» cette dette remontait à des époques reculées, si elle ne se perdait dans la nuit des temps.

M UN BlENFAITEtrlt

Devoir quatre-vingt-dix frajacs^ c^est moins qae rien,— si on lei possède» Quand on ne (es possède pas^ t'm ttiitre dhose. On ëOùscrit un billet à Tordre du créancier ; on ne paye pas le bUIet H présentation ; on est potirsuiti ; les 6*ais s^àdcuintaènt^ et il àrt-lve q\fvaï bëàii jour^ lëâ {({ttati^-vingt'-âlit Mnc» ayant fkit des petits dans la pf^pbHiOil deâ lapins> dn ëàt condamné ft payer trois cent (;inqùante*sii fràilcs et des ceîltitâes, capital et Mis cbm^rië. telle était rhistoirè dû sculpteur Marûèl^ qdi avait jtitë tind haine cOtse à son bdttièf .

jymfrd û se prèmit dé le tùèi' de itô ihàiri ; mOà il néf tarda pèts à rêflébhlt* qUe là moirt ëonstitilâlt uii chfttimèiii bien iiéVèrè,- même poiir un <^më de tet acabit, (t Je porterai lé trduble et le déëhdiinëti^ âti séih de son foyer domestique ! i> se dit-il ateë ud rican^odent sinistre. Malheureusement^ oubeiireuSe^ ment, la femme du bottier, âgée de quarante-neuf ans, obèse, grisonnante et couperosée, réalisait le type idéal de la laideur cbmmune et bourgeoise, a Je me vengerai pourtant ! b s'écria-t-ii en frappant du j[rièd aVèc colère. Il éë %hgëk eh éiîët, et voici côttiihé.

Lé créandéf demeilî'âit rue de Bondy, flo 34-^ Marcel lui écrivit frê^tlëmmèïït^ et Idi fit éèf'irë pût

Bï SA VÏCÏlMË. 51

totid 1^ ûoAéy ayant soin de rédiger la sUstiriptibn dans la forme suivante i

À Monsieur Monsieur Krigger, eordàhriîer, Fùrêt de B&ndy, d¥brtd 34.

PâHs.

Telle fut sa vengeance ! — On tfignorepas de quelle mauvaise réputation jouit la forêt de Bondy, ainsi nommée^ parce qu^elle a été pendant longtemps infestée de voleurs*

tu

Un matin du mçAk de décembre; la bise sifflait avec une Ti0lence extMine et la neigio eotivraîl la terre d'un blane linceul. Lô sotilptetir Mârciel était seul dans son atelier^ occupé à ra^er atee Toiï^lë de son petit doSgt Pépaisse couche de giVre incnistéd sm' les vitres de sa fenêtre mal close.

^Quel affreux temps! s'écria^-il tout haut j c'est & ne pas laisse? un hfdssier à la porte!

Au même instant^ Iti porte l^ouvf it et un |fetit honune èhauVe^ tout habillé de noir^ chatisdé fl'es^ oarpins^ s'élança daAs Fateliei' avec la légèreté d'da danseur»

—Voilà, Monsieur^ une parole qui vous honore^ dit le petit homme en souriant.

— Oh! reprit Marcel^ j'ai dit un huissier comme j'aurais dit un chien.

Le petit homme fronça ses petits sourcils^ et ses petits yeux lancèrent des flammes.

—Voilà une parole qui vous coûtera cher, ajoutat-il d'une voix aigrelette.

— ^Eh quoi! fit Marcel, seriez-vous donc huissier, Monsieur?

— Huissier audiencier, mon cher Monsieur, pour vous saisir, si j'en suis capable.

—Ah ! c'est vous qui faites monter à trois cent cinquante-six francs les billets de quatre-vingt-dix Uvres! Vous êtes un praticien habile, savez-vous?

^Je le sais et m'en vante, dit l'huissier en se rengorgeant dans sa blanche cravate.

— Et quel motif me procure le plaisir de vous voir?

— Rien de plus simple : si vous ne payez pas M. Krigger d'ici à huit jours, délai de rigueur, vos meubles seront vendus le 13 du courant en l'hôtel de MM. les commissaires-priseurs. Mes honmies viennent de poser l'affiche sur la porte de l'avenue Frochot, et la loi m'oblige à vous laisser copie de

ladite affiche. La voici; coût : onze francs cinquante centimes.

L^officier ministériel essaya un simulacre de sourire et sortit aussi prestement qu'il était entré.

Resté seul^ Marcel soupira et contempla son pauvre mobilier; puis il ferma hermétiquement la porte et la fenêtre. Ces préparatifs achevés^ il plaça au milieu de Tatelier un petit fourneau portatif qu'il remplit de charbon ; il alluma le charbon^ s'assit à côté du fourneau^ et attendit avec impatience le mo* ment où les charbons embrasés lui permettraient de faire cuire la saucisse plate qui composait son dé-< jeûner.

Non loin de Favenue Frochot demeurait^ en ce temps-là; un philanthrope nommé M. Laribière. C'était un homme de cinquante ans environ^ veuf, sans enfants^ à la tête d'une jolie fortune^ et qui eût été le mortel le plus heureux du monde si les lauriers du petit manteau bleu n'avaient troublé son repos de la façon la plus cruelle. Ce philanthrope ressemblait à un cert^n nombre de philanthropes de

M UN BIËNFAIÏÉUR

notre oonnaissance; ii iuffolaii dd philanthropie j mais son avarice égalant sa bienfaisance^ sa vie s'écoulait à téver qu'il accompiissftit des actiong méritoires et à hë les poiht accomplir^ dans la crainte d'écorner ses revenus, n faisait partie de la Société des sauveteurs^ encore qu'il he sût point na^er; mais il possédait un chien de Terre4feuvè> ei^ dèui foid pBLt 6emaine> il s'allait promener siir lès botds dil fleuve en compagnie du quadrupède. Si ^tèf^mm ne l'avisait de se noyer en ees moments-là^ bu ne peut poitlt dire qu'il y eût de safaute^^Ghaquë fois que les journaux signalaient un grand désastre^ il souscrivait pour cinq francs^ prenant soin de faiiv suivre son nom de son adresse et de son titre de philanthrope. Tous ses devants de cheminée représentaient saint Vincent dé l^ul ramassant de petits enfants nus dans la neige.

Ce jour^là^ âtbUs-nous dit^ il faisait tri^frMd et il neigeait très-fort.

M. Laribiére jeta un tegaM attendri sur le devant de sa cheminée.

—0 saint Tmb&xX de t^ul^ dit-il^ A mon glotieiix modèle^ le thetmomètre me trace dairement les obligattons sacrées que je dois accomplir en ce jour! Cest dans les temps semblables à celui-ci que tu

i^daié les plus grands setTiées à Phumanitë souf^ ffirante. Je ne faillirai point euk dëVëirë que iOU Memplë lù'impose.

M. Laribière s^habilla le plus chaudettlëfat qu'il lui fut possible; il sorlit et remonta la m& Brëda jusqu'à Favenue Frochbt sans apercevoir aUCUn enfaUt riil déposé daâs la mlgd, cé dont il se félieita dans son for intérieur^ attendu qu'il haïssait cordialeilient les enfants. Arrivé devant la porte de ratetiue^ il parcourut tnachinalemenl Taffiche ve^te qtli aiitioiiçait la vente des meubles du leulpteût MarcêL Loi'squ'il se fut persuadé que Tartiste était poursuivi pouf Uhé misérable sdmniede trois cent eitiquauté^sDi fbancs^ M» Laribière se consulta; il fit deut pas eii avant^ - trois pas en arrière^ et^ prenant enfin son courage èi sa philanthropie à deux m^iUs^ il pétiétt^ dàils FavëttUé et be fit indiquer lé logement du Jeune homme»

M. Laribière entra comme une bombe dans Tatelier du sculpteur. Snffoqué par la graisse de la saucisse qui fumait sur les charbons, il courut droit au

réchaud^ le culbuta d'un coup de pied^ et il ouvrit les deux battants de la croisée.

— ^Malheureux jeune homme! s'écria-t-il^ qu'alliez-vous faire?

— J^allais déjeuner^ répondit Marcel^ qui se crut en présence d^un fou.

—Attenter à votre existence ! mais c'est un crime^ ne le savez-vous pas?

— ^He suicider! moi? reprit le sculpteur en ramas^ sant les débris de sa saucisse , pas si béte !

— Eh quoi! vous n'étiez pas en train de vous asphyxier?

— Pourquoi voulez-vous que je m'asphyxie?

— ^Estrce qu'on ne vend pas votre mobilier dans quelques jours?

— Sans doute j après?

—J'avais cru^ reprit le philanthrope en balbutîaiii^ je pensais... je supposais que cet événement vous avait inspiré un désespoir profond^ et que le désespoir vous avait suggéré des projets coupables.

— Permettez, dit Marcel impatienté, je n'ai pas l'honneur de vous connaître. En définitive^ que désirez-vous de moi?

Le philanthrope se consulta de nouveau, et le résultat de sa consultation fut celui-ci : « Je ne ren-

contrerai jamais une plus merveilleuse occasion d'exercer ma philanthropie à bon marché. Profitonsen et exécutons-nous. *»

—Vous me demandez ce que je désire? dit-il d'une voix solennelle ; jeune homme^ je désire vous sauver. Vous avez un urgent besoin de trois cent vingt-six francs, n'est-il pas vrai?

—Trois cent cinguante-six, dit Mai*cel.

^-Trois cent cinquante-six, soit. Je tiens cette somme à votre disposition ; avant une heure vous la recevrez.

•—Mais, Monsieur...

—Pas un mot. Je m'appelle Laribière, je suis philanthrope; voici ma carte.

— ^En vérité. Monsieur, je ne sais si je dois...

*— Vous le devez ! saint Vincent de Paul vous parle par ma bouche. Obéissez-moi comme vous lui obéiriez à lui-même.

—Dans une heure, avez-vous dit, vous m'enverrez cette somme?

—Dans une heure. Un philanthrope n'a qu'une parcde. Vous avez la mienne.

*— Eh bien. Monsieur, je peux vous le dire à présent, vous me rendez là un fier service !

M. Laribière s'éloigna en murmurant :

^9 UN BDgNF^ITBUR

—Allons I je n'ai pas pep^u «aa îQxmAè I

YI

Plusieurs joyrç s'épîOulèrciQt m^$ qqf^ H^,V^l ent tendît parler de son bienfaiteur; T^get^t promît n'arrivait pojqt et il eomtnei^Ç^ili à çv(Xm QU^il avait été la dflpe d'^n mauvais pl^is^t o\\ d'm fo^. La vérit^^ la ypipj. ï^^tré p}ie» lui, le philwthrpp^ Qîfe vrit son secrétaire, d'où il tira quinze napQléaj^ dix pièces de cinq francs et une pièce ^e ^'^^S% &ûus.

-r-Yil métal, pensfi-r|rH en faiiiant ^b^tQïer les louis dans sa main^ vil méta| l tu e$çlQQ(4 bop et ptU@ à quelque pbqsa ic^rba;^ f ^r^çe k toi, je double la Pfqvitience, je se<îoupe mon ftewWahle., je sauv^ un mall^eurevixdela misère et peut-ôtfe de h mert,,, car, il a beau dire, cette histoire de sauoi^e Pe fiHe semble poiut isufiisammeot claire. Il ea( tPÛte de penser qu'un si beau trait restera un mystère eotre Djeu et moi, que paç un iowpal ne s'en fera l'éeba. Enfin, soupira-t-il, il est bon que la main droite ignore coque dppne la main gauûbe. Ap{iel(»i3 La Brie et envoyons ces trois cent eiaquantersiii francs à mw protégé de l'avenue Frocbût; n'oublioBS pas qtte du

haut de ces devants de cheminée saint Vincent de Paul me contemple.

Mais^ au heu d^appeler La Brie^ H. Laribière continua son monologue en ces termes :

«**Cependant... si ce jeune homme était un paresseux^ qn eoureup^ un débauché? si^ au liau de venip à son aide^ je Tencourageais dans la pratique de ses vices? Leconpais-je seulement) A-tril une fa** millel Est-il solvable Y Rentrer^i-JQ dans mes av«pcea9 Je me suis diablement pressé dans cette affidre. La sage dit que la nuit poète conseil» et le sage n^a pas tort. Attendon» à demain avant de prendre une dé^ termination. D'aiUeur«^ où est Furgenee) Ce garçoa qui déjeunait si paisiblement <^ mMin &vee une saucisse^ peut fort bien attendre vingt-quatre heures; il n^en mourra pas.

Ayant ainsi raisonné^ le philanthrope serra prér cieusement sa pièce de vingt sous^ ses dix écus de cinq francs et ses quinze louis. — Et comme c'était son jour de sauvetage^ il siffla son gros chien et se dirigea du côté de la S^ne^ dont il arpenta les berges sans aucun résultat philanthropique.*-^Mais les gens ne savent point se noyer à propos 1

eO UN BIENFAITEUR

La vente du mobilier de Marcel^ on s'en souvient^ était fixée au 13 décembre. Le li^ ne sachant plus où donner de la téte^ le sculpteur écrivit une lettre à M. Laribière^ et le 12 il vint en personne chercher la réponse à sa supplique. Le philanthrope dissimula son dépit et fit contre fortune bon cœiur.

— ^Ah 1 c'est vous, mon jeune ami ! s'écria-t-il; votre argent est prêt, il vous attend ; pourquoi avezvous tardé si longtemps à venir le prendre?

— J'avais compris que vous me renverriez, Monsieur.

— ^Erreur, mon cher garçon. Ah çà! nous discms qu'il vous faut deux cent cinquante-six francs?

—Trois cent cinquante-six, Monsieur.

—Vous croyez ?

— ^Hélas ! j'en suis sûr.

— C'est singulier; j'aurais parié que l'affiche disait deux cent cinquante-six. Mais peu importe, les voici. Vous étes-vous muni d'un timbre?

—Non, Monsieur.

— Heureusement, j'en ai, — par hasard. Asseyez-

vous et faites-moi un billet à un an de ce jour. Si vous n'êtes pas en mesure à réchéance, nous renouvellerons. Mais on ne sait ni qui vit ni qui meurt^ c'est une simple précaution et pas autre chose. Je me plais à croire^ poursuivit IMT. Laribière^ que vous comprenez tous les devoirs que ma libéralité vous impose? Plus de vie folle et désordonnée; plus de dépenses inutiles ; que Taurore vous trouve à la besogne ; que la nuit vous y surprenne encore. Avezvous de mauvaises connaissances? Rompez avec elles. Moi qui passe ma vie à obliger mes semblables^ j'ai acquis le droit de vous le dire un peu brutalement: rien ne m'afflige autant qu'un service mal placé. Faites donc de telle sorte que je n'aie point à me repentir de mes bienfaits. Inutile d'ajouter que Tunivers entier ignorera ma généreuse conduite à votre égard. Je ne suis pas discret, je suis muet. Je ne suis pas un homme, je suis une tombe !

vni

Le soir de ce jour mémorable, M. Laribière dtnait en ville. Au dessert, il raconta l'histoire de Marcel, en l'enjolivant de certains détails dramatiques.

--^iigme«; cUi-il en finissante qua> Icanupie jepé* nétrm dans son grentop^ )6 le (iMiuvai agenouillé d^ va^t te réchaud fatale aetiyant d'une poitrine haie* tante et d'un souffle fébrile le brasier qui^ deux mi^ nutes plus tardj allait lui servir de tombeau !

a J'ai eu le plaisir de lui foire accepter quinw cents franos qu'il me rendra à la gràœ de Dieu« Qpe voulez-vous? je n'ai pas d'enfants et je aufe phUa^• tbrope! i

L^ surlendemain^ dtnant dans une autr^ société; M. L^ribière racQnta c;[u'attir^ par un b^uit ^ SQurd§ gémissements ^t ^e hoquets cQuvul^if^j, il ftvait enfoncé à coups de pied la porte d'un galetas misérable et qu'il avait aperçu Marcel étendu sur le plancher^ ne donnant plus signe de >4q. Il lui avait donné mille écus qu'il ne reverrait jamais* — ^Un acte de fou et dffPWdiguel

•^1^ héritiers jouissent tous d'une fortune omn sidérabl^} j'^p^fi qu% vattdrmt bi» ne point

ET SA VlCtlMte. 63

provoque*^ môii interdiction devant les cours et tribunaux> ajôuiti-l-il eu badinant avec grâce.

Le billet Krigger étant soldée Marcel resta Bâtig un sou vaillant^ et il dut se mettre en campagne afin de diercher du travail.

— ^Est-on venu me demandent disait-il Invariable^ ment au concierge de l'avenue Frochot, lorsqu'il rehtrait> le soir^ fatigué de ses courses inft*uotu^uses.

A quoi le concierge répondait invariabtefflent I

«^H« Laribièreest venu à midii

-^EtpuiSt

^11 est revenu à tfois beur@s.

>-^EtpuiB?

-^n est revenu à cinq heures et demie.

«-^Tous a-t-il chargé de quelque commission pour moi?

-^11 dit qu'il n'est pas content de votre conduite) que vous êtes Un coureur; que vous ne piocheipas; que ce n'est pas de cette façon qu'on amasse pour ses vieux jours et qu'on fait honneur à ses engagements.

Irrité de ce système inquisiteur^ Marcel ne soilit pas le lendemain^ résolu d'attendre M. Laribière de pied ferme et de s'expliquer nettement avec lui. A midi sonnant^ le philanthrope entra dansFatelier.

— Enfin^ je vous rencontre! ce n'est pas malheureux ! s'écria-t-il. Que faites-vous? que devenez-vous? où passez-vous votre temps?

— Je sors pour mes affaires.

— ^Dites pour vos plaisirs,., et ça durera tant que vous aurez de Targent.

— ^Je n'en ai plus.

— Comment ! vous avez déjà mangé mes quatre cent cinquante-six francs!

— ^Permettez-moi de vous faire observer que c'est trois-cent cinquante-six et non quatre cent cinquante^ six francs que vous m'avez prêtés. Laissez-moi vous rappeler en outre que la somme entière est passée de vos mains dans celles de l'huissier. Je n'en ai point distrait un centime. Vous m'avez rendu un grand service^ je me plais à le reconnaître; mais si vous croyez m' avoir sauvé, votre erreur est forte.

— Je ne vous ai pas sauvé, moi ? A quel taux estimez-vous donc votre salut?,

—Je m'explique : je n'ai point d'argent pour attendre qu'il me vienne du travail; soyez bon et gêné-

reux jusqu'au bout : prêtez-moi cinq cents francs qui m'aideront à vivre pendant six mois. D'ici là je tra* vaillerai et j'atteindrai le rivage. Faute de ce nouveau secours^ je risque de sombrer sous vos yeux^ en dépit de la perche secourable que vous m'avez tendue. M. Laribière prêta les cinq cents francs^ un peu par bonté d'âme^ beaucoup pour sauvegarder sa première avance. Il déchira le billet à un an^ qu'il remplaça par une lettre de change également à douze mois de date. Marcel accepta la lettre de change pour neuf cents francs^ à cause des intérêts^ calculés sur le pied de six et demi pour cent.

Pendant les mois qui suivirent^ Marcel exécuta pour le compte de son bienfaiteur :

lo Le buste du philanthrope avec une couronne de lauriers sur les cheveux.

2t> La statuette d'une dame que M. Laribière appelait « ma chère nièce. » Hum! huml {Réflexion de l'auteur.)

29 Une étude d'après le terre-neuve, membre de la Société de sauvetage.

etf UN BIENFAITEUR

Ap Un médaillon.

5» Un autre médaillon*

0» Un troisième médaillon.

70 Un quatrième médaillon.

Ces divers médaillons destinés à transtnettre à la postérité le profil de plusieurs patents et atnid de M. Laribière.

De payer ces ditôrs travaux à leur atitetir^ il n'en fut point question^^naturellement.

Un jour^ le philanthrope se croisa avec une femme qui sortait de Tatelier de Marcel.

— ^Âh! ah! mon gaillaixl^ lui dit-il^ je vous prends la main dans le sac! Vous avez des mdtressësi.* Eh bien ! il ne vous manquait plus que d'être un débaudié I AUez> f aites^vous ffrUger^ plumer^ rUirier ! ça ira plus vite t

-«Mais^Monftieur^ c'est un modèle^.

«^«^i vous voUâ borniez aux statues masculines, vous n'auriez pas besoin de modèles féminins^ et Vous he vous monteriez pas la tété.

Une autre fois Marcel fut invité h, dlnerchez Véfoii^

ï!ï SA VICTIME. 67

par uti damftrade qui venait de retnpofter le gtand prix de ôculplutei Gomme il sortait du restaurant, il fut rencontré par M. Lariînère. Le philatithropê lui fit une scène odieusement i*ldlcliie,--*MôÉlslctir portait des gants et des bottes vernies, comme un lion! tandis que son bienfaitew n'en portait pas! — Monsieur prenait son repafe chek Yéfour , alors que son bienfaiteur dînait dans les restaurants à prix fixe ? La foule s'étattt amassée^ H^eel prit la fuite^ — Semez le bienfait, vous récoltez Fingratitude! s'écria 16 philanthrope avec amertune«

Quelques jours après^ passant dans la riieVividilne, Marcel entendit tm Individu qui disait k ta femme en le montrant du doigt :

"-^Yoilà 06 pauvre diable d'artiëte qtië ëë bon H. Laribière a sauvé de la misère et dtl sulêide. fl parait qu'il se èondtiit bien mal «tivéfS Sëii bienfkHeun

—Est-il vrài> lui deitiâtidalent léHt âihis lôféiqu'its le rencontraient, est-il vrai qu'un nommé Laribière t'a pris en affection et qu'il te comble de ses bienfaits? Sur ces entrefaites, la lettre de change de neuf cents francs vint à échéance et ne fut point payée. Le philanthi'ope ne voulut point entendre parler de renouvellement; il objecta que les temps étaient

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