XV. — Les Revues
Les Revues, par leur périodicité plus espacée et leur allure plus lente, ne peuvent donner leur appréciation qu'après les journaux. Nous en avons cependant reçu une vingtaine dans le courant du mois de juin. Il faut nous borner à signaler les jugements les plus intéressants.
Commençons par la Revue bleue [Revue politique et littéraire). On ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir d'opinion sur le volume : elle en a deux, et dans la même livraison; on ne peut pas lui reprocher non plus d'avoir un parti pris : car ces deux opinions sont différentes à quelques pages seulement d'intervalle.
Le premier article de la Revue, de M. Jacques Porcher, est intitulé La famille bourgeoise, les pères et les fils. L'auteur, qui est en complète communauté d'idées avec M. Demolins, y développe les déplorables effets de l'éducation que nous donnons à nos enfants, et il conclut comme nous : « Il faut que vous (les parents) preniez soin de développer chez vos enfants l'esprit d'initiative et la volonté. Il faut que, de bonne heure, vous cessiez de les traiter en enfants et que vous leur accordiez une large part d'indépendance... N'ayez pas la superstition de la carrière administrative... Travaillez à former des caractères etc. Et il cite, à l'appui de ses affirmations, des extraits « de l'ouvrage si documenté et si intéressant de M. Demolins». Voilà la première opinion.
La seconde est formulé par M. Maurice Spronck, dans un article intitulé : Français et Anglais, d'après un livre récent, voici le début :
« On causait du volume que vient de publier M. Edmond Demolins, sur la supériorité des Anglo-Saxons. Quelqu'un dit :
« Une chose malgré tout m'indispose contre ce livre. Je
ne nie pas sa valeur et je reconnais volontiers l'intérêt que j'ai trouvé à le lire. Mais, en somme, pas de science plus inexacte au monde, plus esclave de l'empirisme, que la science économique ou sociologique... Et, en revanche, pas de savants plus dogmatiques, plus religieusement épris d'axiomes intangibles que les économistes et les sociologues....
M. Spronck termine ainsi son article : « Tout en retenant du livre de M. Demolins beaucoup d'aperçus ingénieux et d'idées intéressantes, nous ferons sagement de ne l'accepter, dans son ensemble, qu'avec des précautions infinies. » Le public jugera; ou plutôt son jugement est déjà porté et ce n'est pas dans le sens qu'indique M. Spronck.
Ce n'est pas non plus dans ce sens que juge la Revue des Revues :
« Il se fait en ce moment grand bruit autour de ce livre et c'est justice, dit-elle. Se plaçant en face d'un fait connu et avoué de tous, l'incontestable supériorité de la race anglo-saxonne au point de vue du développement et de l'expansion, l'auteur en recherche les causes et il a presque le droit absolu de dire qu'il les a trouvées. Au moins indique-t-il les principales et ses déductions sont d'une logique telle que la réfutation en apparaît dès à présent -comme singulièrement difficile »
Après avoir analysé l'ouvrage, l'auteur conclut ainsi :
« La thèse de M. Demolins est loin d'être consolante; mais elle offre, hélas! de grandes chances d'être la vérité même. A nous de voir si nous sommes capables de l'énergie nécessaire au relèvement. »
La Revue britannique aprouve aussi entièrement :
« .... M. Demolins indique très nellement la situation, explique les causes du redoutable avantage des Anglo-
Saxons etlermiiie par des conclusions que nous souhaiterions voir adopter en dépit des arguments de dame Routine. »
« .... Cette thèse est développée avec beaucoup de soin et appuyée de nombreux arguments.... », dit la Nouvelle Revue.
Même approbation dans Vlllustration :
M ... Ces études sont très nettes, très franches, souvent même très intéressantes.... M. Deraolins nous prouve sa thèse avec beaucoup d'habileté et de conscience, mais surtout avec une chaleur de patriotisme, qui suffirait, à elle seule, pour mettre son livre au-dessus des professions de foi anglomanes des économistes officiels... Il n'y a personne qui ne souhaitera avec lui de voir importés en France des méthodes d'éducation capables de donner à notre race plus d'énergie, plus de savoir vivre et plus de santé. »
De M. Henri Mazel, dans la Critique :
« Voici un livre que tout Français, même littérateur, — surtout littérateur, — devrait lire. Il s'agit sans doute d'une supériorité terrestre, géographique, mais cette supériorité politico sociale n'est pas indifférente aux artistes et aux écrivains, un lien aussi étrange que certain ayant toujours rattaché la grandeur spirituelle d'un pays à sa grandeur temporelle »
Après une analyse rapide du volume, M. Henri Mazel exprime le regret que M. Demolins n'ait pas in.sisté davantage sur l'essence psychologique de la supériorité anglosaxonne.
Les Annales politiques et littéraires de M. Adolphe Brisson reproduisent d'abord in extenso le chapitre « Comment élever nos enfants'! », en le faisant précéder de ces mots : « Cet ouvrage fait grand bruit. Nous en détachons
une page suggestive, que nous offrons à la méditation de nos lecteurs. »
Dans la même livraison, M. Adolphe Brissnn analyse l'ouvrage: l'extrait suivant donnera la note de cet excellent article :
« Un grand mouvement porte, en ce moment, le public vers les problèmes qui se rattachent à la « Science sociale » : Le livre substantiel de M. Edmond Demolins, très remarque et très discuté dans les milieux scientifiques, eut passé près de la foule sans l'émouvoir, lorsque M. Jules Lemaître jugea utile d'en signaler les mérites. Le public fut remué. 11 se dit que la question était grave, puisque tant de gens distingués s'en occupaient. L'agitation a gagné de proche en proche. Depuis un mois, il est de très bon Ion, à Paris, de s'extasier sur le génie pratique des Américains et des Anglais....
« On peut souhaiter que les générations futures se corrigent des préjugés regrettables où nous sommes embourbés. Notre devoir est de leur montrer le chemin à suivre. Et c'est à ce dessein que répondent des ouvrages comme ceux de MM. Demolins et Hugues le Roux....
« Qu'il y ait un soupçon de parti pris dans le volume de M. Edmond Demolins, cela n'est pas contestable, j'ajoute que cela est nécessaire. Si M. Edmond Demolins ne se passionnait pas pour la thèse qu'il soutient, il la présenterait avec moins de force...
<( Le remède, MM. Demolins, Hugues Le Roux et Jules Lemaire l'indiquent; il s'agit de nous transformer, de changer de peau, comme disent les vieux comédiens. Si nous n'y parvenons pas nous-mêmes, espérons que nos fils, plus souples et mieux entraînés, y réussiront.
La France extérieure, organe du Comité Dupleix et dont le Directeur général est M. Gabriel Bonvalot, signale l'ouvrage en ces termes par la plume de son Rédacteur en chef, M. Arthnr Maillet :
APPENDICE DES ÉDITEUllS. 459
« C'est avec une joie véritable que j'ai lu le livre que M. Demolins vient de publier pour propager ces idées. Nos systèmes d'éducation y sont attaqués avec autant d'énergie que de justesse. L'auteur dénonce éloqueniraent notre plaie la plus profonde, c'est-à-dire le fonctionnarisme qui est à la fois la ruine de notre budget et de nos caractères. Dans un prochain article, j'analyserai ce livre qui est bien certainement l'œuvre la plus utile qu'un écrivaui ait tenté depuis longtemps. Il marque une date dans notre histoire sociale. »
Les Études, des PP. jésuites, dans un article du P. Prélat, sur le Jubilé, signalent le volume et en donnent une brève analyse :
a Vous n'avez pas seulement contemplé la couverture, écrit le P. Prélat, vous avez feuilleté les pages du livre instructif de M. Demolins; « livre douloureux », dit M. Jules Lemaître, douloureux pour nous autant qu'il est flatteur pour nos voisins, qui arrive juste à son heure à la veille du jubilé royal, sans avoir été commandé pour la circonstance et qui n'en sera que plus goûté au delà du détroit. Vous connaissez la thèse... »
Suit un exposé de cette thèse.
Du Correspondant : « Ce volume digne de méditation pose nettement une des questions les plus intéressantes de l'heure actuelle... »
Il faudrait citer des extraits de la Vie coiitemporaine, de VÉcho de la semaine, qui a publié deux articles, de VEnseignement secondaire, etc.. Mais cet Appendice est déjà trop long et, les extraits que nous reproduisons suffisent adonner une idée du mouvement d'opinion qui s'est fait dans le courant des mois de mai et de juin autour de ce volume, auquel la presse, a déjà consacré plus de trois cents articles.
P. S. — Pendant que cet Appendice était en composition il a encore paru une cinquantaine d'articles, qui témoignent de l'intérêt croissant qu'excite ce volume aussi bien en France qu'à l'étranger.
Parmi ces articles nous signalerons celui de VÉcîair, de M. Emile Bergerat, qui appelle M. Demolins « un sociologue avisé » ; de la République française, qui estime que « ce volume doit être lu et médité »; celui de la Review ofRewieivs, de Londres, qui donne du livre une longue analyse très élogieuse.
Nous devons mentionner plus spécialement un grand article très remarquable, par le fond et par la forme, du Directeur du Journal de Genève, M. Marc Debrit. « Voilà, ditil un beau et bon livre, un livre sain et viril et qui fait penser, un livre courageux aussi C'est à rechercher le secret
de la force des Anglo-Saxons qu'est consacré ce livre écrit par un savant économiste, formé à l'école de Le Play, parfaitement renseigné et d'une intelligence assez haute pour savoir s'élever au-dessus des préjugés nationaux et des opinions toutes faites à la mode du jour.... »
Cet article a été reproduit par le Journal de Saint-Pétert'bourg.
Enfin, dans le Temps, l'éminent critique littéraire, M. Gaston Descharaps, a consacré son article hebdomadaire à M. Edmond Demolins dont « l'évolution intellectuelle, dit-il, mérite d'être racontée. « îi retrace cette évolution et constate en même temps les progrès accomplis, depuis dix ans, par la Revue La Science sociale.
Un court extrait donnera la note de l'article :
« M. Edmond Demolins, dont tous les journaux répètent le nom depuis quelques semaines, ne s'est pas pressé de jeter au vent le feu intérieur dont il est animé. Pendant des années et des années, il a travaillé dans son coin. Il a couvé patiemment ses idées. Et maintenant il sort du clairobscur, avec un livre qui est apparemment un ttambeau ardent, puisque un grand nombre de nos contemporains
y allument leur lanterne, ou même s'y brûlent les doigts...
a... Ce que j'aime surtout en M. Demolins c'est qu'il est un homme d'action et que ses idées se sont emparées de sa vie...
«... Cette verte mercuriale ne peut que profiter au bien public. Il faut écouter cette voix bourrue, interrompant tout à coup le vacarme de nos cabotinages et détournant notre attention de tous les amusements burlesques, de tous les divertissements a bien parisiens » auxquels nous avons voué un culte absurde. 11 faut nous résigner aux trouble-fète, si nous ne voulons pas avoir besoin, à brève échéance, d'un syndic de faillite. »
FC* DE l'appendice.