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A Sa Majesté Victoria 1ère, reine d'Angleterre et impératrice des Indes [microforme]

Sonnez, clairons ! sonnez, buccins ! sonnez, fanfares ! Flèches, dômes et tours, flambez comme des phares ! Bronze des carillons, tonnerres des créneaux, |

Que votre voix réponde aux clameurs délirantos ; | Et que cent millions de poitrines vibrantes

Mêlent un long vivat aux chants nationaux !

Qu'on festonne les murs ! qu’on pavoise les rues ! Que partout, au-dessus des foules accourues,

Flotte un vol d'étendards sous le ciel radieux ! Qu'un essaim de drapeaux couronne tous les faîtes : C'est le roi des grands jours, c'est la fête des fêtes, L’'anniversaire auguste, éclatant et joyeux !

Que va-t-on célébrer ?...Quelque nom de victoire Inscrit en lettres d'or au fronton de l'Histoire ? Quelque héros fameux par le glaive et le sang ? Quelque dompteur de rois, fier gagneur de batailles, Colosse aux reins d'acier dont les plus hautes tailles N’attaignent point le torse vrgueilleux et puissant ?

Est-ce au moins quelque Etat, nation souveraine, Qui fête son triomphe en quelque noble arène Où sa gloire a conquis quelque immense renoin, Ou laissé sur ses pas quelque immortelle trace ? D'un pays tout entier ou de toute une race Est-ce l’apothéose éblouissante ?,.. Non

Non, ce n’est pas non plus, aux ours du Colysée, La rivale traînant sa rivale écrasée ;

Point de tourbe à genoux sur le bord du ch®min Pour voir un favori du canon et du sabre, Eperonnant les flancs d’un cheval qui se cabre, Passer l’éclair au front et la foudre à la main !

Non ! silence aux accents des rouges épopées !

Aux cris victorieux comme au choc des épées !

Point d’outrage aux vaincus sous les yeux de leurs fils ! Point de morgue insensée agitant fer et flammes

Au grand soleil, pour mieux aviver dans les âmes

Les tragiques rancœurs des étern::s défis !

Non ! c’est l’ovation clémente et magnifique;

C’est le couronnement sublime et pacifique

De tout ce que la gloire a de moins offensant ;

Le cœur tout débordant d'émotion suprême,

C’est plus qu’un peuple entier, c'est l'humanité même Qui pousse vers le ciel un cri reconnaissant.

Hommes de l’ayenir, cette tête est la vôtre ;

Car sous tous les climats, d’un hémisphère à l’autre, C’est l’hymen du Progrès et de la Liberté ;

Sous la même bannière, alliances bénies,

C'est l'immense hosanna de vingt races unies

Dans un pacte d'amour et de fraternité !

O Reine ! soixante ans ont passé sur le monde Depuis l’heure où, fidèle aux antiques serments, Le vœu d’un peuple altier mit sur ta tête blonde Le vieux bandeau royal des vieux césars normands.

Lu sortais de l’enfance, et l'existence encore

N'avait été pour toi qu'un matin triomphant ;

C'était cruellement assombrir ton aurore ;

C'était d’un poids bien lourd charger ton front d'enfant.

Le sceptre va trembler entre tes mains débiles ; Ton épaule ploiera sous ce manteau de roi ; L’aveugle populaire, aux instincts si mobiles, Courbera-t-il longtemps son orgueil devant toi ?

La Révolte, semblable au levain qui fermente, Remue en Amérique et gronde en Orient ;

Ne va-t-il pas sombrer, vaiacu par la tourmente, Ce trône où ta beauté commande en souriant ?

Mais non ! A ton aspect la Révolte désarme ; Toute haine se fond à ta sérénité ;

Devant la douce enfant dont il subit lé charme, Le vieux lion s’apaise et se couche dompté.

Et soixante ans, l’on vit, au milieu des désastres De ce grand siècle en proie à tant de vents divers, L'étoile d’Albion grandir parmi les astres,

Et ses rayonnements éblouir l'univers.

Sur les flots déchaînés, solide comme l’Arche,

La noble nef, cinglant au milieu des hourras, Vogua, sans qu’un revers vint ralentir sa marche, Vers les sommets féconds des nouveaux ararats.

Voyage solennel ! sublime traversée !

Jamais on n'avait vu, sur plus vaste chemin,

Plus ostensiblement, la divine pensée

Vers des destins plus hauts guider l'esprit humain.

Jamais on n'avait vu, malgré tous les présages, tm Des rivages du Gange aux bords du Saint-Laurent,

Sous un même drapeau flottant au vent des âges,

Semblable impulsion vers le noble et le grand.

Ge fut un cycle d'or, de caline et de lumières ;

4 l'appel du Génie aux multiples aspects,

On vit, même au foyer des plus humbles chaumières, Naître une ère d'espoir, de justice et de paix.

La vierge Liberté chanta tonte sa gamme.

Et le monde, de l’un jusqu’à l’autre océan, Regardait, étonné, cet empire géant Agenouillé devant le sceptre d’une femme !

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