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Ce sceptre, il nous fut doux ; ton joug nous fut léger,
O Reine !... On voit.souvent la masse s’insurger Contre le pouvoir qui l’oppresse ;
Mais qui pourrait frapper le bras qui le défend ?
D'un mouvement ingrat, qui vit jamais l’enfant Mordre la main qui le caresse ?
Pour le peuple, en effet, une aurore avait lui.
Tu dis : Le souverain, ce n’est pas moi, C’est lui ! Et pour mainteñir l'équilibre,
Tu mis dans le plateau le livre de la Loi,
Sachant qu’on n’est jamais grande reine ou grand roi Qu'en règnant sur un pays libre.
Oui, durant soixante ans, le despotisme ancien
Devant ton sceptre d’or dut abaisser le sien, En rebroussant sa marche oblique ;
Et l'Histoire dira, dans l’avenir des temps :
— Ce règne glorieux, qui dura soixante ans, Fut soixante ans de république !
Du vieux code il a su briser le cadre étroit ;
De nos jours, grâce à lui, sur le terrain du droit, Plus d’inégalité factice !
‘L'odieux privilège, autrefois acclamé,
S’incline maintenant, à jamais désarmé, Devant l’éternelle Justice.
U généreux essor vers l’immense horizon !
Pour le cœur et l'esprit, pour l’âme et la raison, Ce règne est une délivrance ; C’est l'aube avant-coureur des grands soleils levants, L'Ange des jours futurs qui sonne aux quatre vents La diane de l’espérance.
Or, notre siècle heureux te devra ce progrès, O souveraine, qui, sans efforts ni regrets, Dédaignas les vains bruits qu'on prône, Et qui, femme sans tache ou fière Majesté, Des vertus de la plèbe ornant la royauté, Sus démocratiser le trône.
O reine ! je n’ai pas, maladroit courtisan,
La strophe adulatrice et le vers séduisant
Qu'il faut, dit-on, pour plaire aux têtes couronnées. On pourrait remonter le cours de mes années,
Sans trouver sous ma plume, au parler toujours franc, Un mot de flatterie à l’adresse d’un grand.
Au contraire, invoquant l'inexorable Histoire,
J'ai souvent dirigé ma verve imprécatoire
Contre les oppresseurs dont la perversité
Fit durant si longtemps pleurer l'humanité
Saigriante sous l'effort de ses révoltes vaines.
En outre, par le sang qui coule dans mes veines,
Par la religion du passé, j'appartiens
A de chers souvenirs qui ne sont pas les tiens.
Ton drapeau, fier symbole à qui je rends hommage, Ce drapeau, dont l'éclat reflète aux yeux l’image
Du soleil qui pour lui ne se couche jamais,
Ce drapeau de ta race, et le mien désormais,
Il me fut imposé dans un jour de défaite ;
Et quand je le bénis, quand les miens lui font fête, Je ne sais quelle voix me crie au fond du cœur : ‘Passe outre ! ce drapeau, c’est celui du vainqueur !” Eh bien, quand, malgré tout, d’un œil pensif je sonde Tout ce que ton exemple a fait de par le monde
Pour la démocratie et pour la liberté,
Sans renier en rien ma foi ni ma fierté,
A toi qui présidas à cette ère sereine,
Je sens pouvoir t'offrir, bien sincère, Ô ma Reine !
ps
Avec ma loyauté de sujet-citoyeu, L’'hommage du Français et du républicain !
CR
Sonnez, clairons ! sonnez, buccins ! sonnez, fanfares ! Flèches, dômes et tours, flambez comme des phares ! Qu'on jonche jes chemins de fleurs et d’ever-green !/ Qu'un hymne saint réponde aux salves délirantes ;
Et que cent millions de poitrines vibrantes
A tous les vents du ciel chantent : God sav’ the Queen !
LOUIS FRECHETTE.