‹ A ses concitoyensChapitre 13 sur 48 · INSPECTION GENERALE «E LA GENDARMERIE I IMPERIALE · texte numérisé non relu

INSPECTION GENERALE «E LA GENDARMERIE I IMPERIALE

(Circulaire.)

Paris, le aS avril iSiS.

* M. le colonel, Son Excellence le ministre

• de la guerre m'invite à faire rechercher et ar-

■ rêler le maréchal de camp Donnadieu, qui,

■ lors des derniers évenemens, a marqué par « sa mauvaise conduite, et son opposition pro-

■ noncéc au retour de l'empereur. Le sicurDon- « nadïcu était employé à Tours, et, sans au-

■ cun ordre , il alla rejoindre la duchesse d'An-

* goulême

« Vous voudrez bien me faire connaître le résultat de ces recherches.

« Le premier inspecteur-général ,

« Signé le duc de Rovigo. *

(7) Le général alta trouver le Roi à Gand. Il

reçut alors un témoignage précieux de la satisfaction royale, et fut nommé commissaire extraordinaire de Sa Majesté (i).

Au mois de juillet i8i5, le général Donnadieu était en Espagne ; il arriva assez tôt sur les terres de France pour arrêter le général espagnol prêt à entrer dans Bayonne ; il pénétra seul dans celte place, et y fit arborer le drapeau blanc (2).

Appelé , avec le grade de lieutenant-général, au commandement de la 7e division militaire , M. Donnadieu arriva à Grenoble le 1 2 dé* cembre )8i5, et donna aux troupes un ordre du jour où se manifestent les principes de dévoûmentau Roi, d'amour du pays, de modération et de prudence, qui, ainsi qu'on le verra dans la suite de cet écrit, ont constamment servi de règle à sa conduite.

L'ordre du jour portait :

.... « Dans les devoirs que nous avons à

« remplir, et qui, malheureusement jusqu'à ce « jour, n'ont que trop souvent été dénaturés, « sachons donc bien nous convaincre que nous

(1) Voir Pièces justificative» , n°« I et II.

(2) Idem, n° ffl.

* ne sommes institués et créés que pour faire « respecter les lois de l'Etat, que pour obéir, « dons la soumission et le respect le plus pro> « fond, aux volontés de noire Souverain, ver- «i ser notre sang et mourir pour sa personne « sacrée. Que chacun de uous apprenne que n c'est dans ces principes seuls que se trouve ■ le véritable honneur, et dans les actions qui

* en découlent, la véritable gloire, objet de m tons nos travaux; qu'il n'y a que le courage k qui combat pour le Prince et la patrie, et la

* défense des lois, qui mérile l'estime et la, a considération publique »

Les esprits, dans cette province, se ressentaient de la secousse violente que leur avaient donnée les évèneinens de i8i5. La situation inquiétante du département de l'Isère est prouvée par les rapports de M. Sainneville, alors commissaire-général de police à Lyon. On lit en effet, dans un de ces rapports, sous la date, du 8 octobre i8i5 :

« L'esprit des campagnes est déplorable; les « royalistes y sont insultés De secrets emis-

* saires ne cessent d'y corrompre l'opinion; le ;« parti a ses messagers, ses agens; on peut « signaler comme-tels les percepteurs descora- « m unes rurales, les mendians vagabonds, les

* colporteurs, et , en général , les gaïdes chamr « pétres. Ces menées ont lieu surtout dans deux « ou trois cantons de notre département, ceux

* du Bois-d'Oingt et de Belleville , dans l'ar~ « rondissement de Villefranche ; celui de Con- « drieux , dans l'arrondissement de Lyon. « Elles sont plus actives encore dans les dé- «partemens voisins, comme l'Ain, le Jura, « VIsère et celui de la Drôme. *

Dans un autre rapport de M. Sainneville, du 12 décembre i8i5, jour où le général Donnadieu prit le commandement de la 7e division militaire , on trouve le passage suivant :

« On peut attribuer l'amélioration de l'es- « prit public, dans notre département, à la « loi du 29 octobre (1) , aux arrestations qui

(1) M. Sainneville avait dit plus haut : La loi du 29 octobre a sauvé la France.

- C'est lajoi relative à des mesures de sûreté générale, à propos de laquelle M. Deeazes disait , dans une circulaire "\ adressée aux préfets :

a Je n'ai pas besoin, monsieur, de vous rappeler que, « quand il s'agit de la sûreté de l'État , le remède le plus « prompt est aussi le moyen le plus juste. Ne craignez « jamai*, en agissant dans cette vue , de compromettre votre * responsabilité. Comptez , au contraire , sur tout mon ap- ? pui • et lors même que je ne? croirais pa* devoir adopter.

m ont eu lieu, au remplacement de plusieurs i maires et d'un grand nombre de receveurs

■ des impositions dans les communes rurales ,

* SOS mesures discrétionnaires que j'ai prises » ici, et à lu juste confiance que le gouverue- « ment inspire à tous les citoyens; enfin, a,

■ rattachement toujours plus prononcé pour i le Roi et les Princes de son auguste famille. « Je ne perds pas une occasion d'exciter 1

* d'aussi justes seniimens.

« Dans les département qui nous environ-

* nent , l'opinion u'est pas bonne; il paraîtrait « qu'elle s'améliore dans le département de « l'Ain ; mais dans celui de l'Isère , un très- € mauvais espritse fait toujours remarquer. »

Le crime commis en 1619, par l'élection du régicide Grégoire, faitd'ailleurs trop bien connaître quelle est la hardiesse et l'opiniâtreié des révolutionnaires de ce dépaitemcnl.

Peu de temps avant l'arrivée du général Donnadieu, un mouvement séditieux avait eu lien dans la commune de Jonnagc (1). Bientôt le

« quelques-unes de vos propositions , vous devez être assure ■ que je saurai toujours rendre justice aux iu tentions qui * vous les ont suggérées. *

(1) Voir Pièces justificatives , n° IV.

général fut averti , par le ministre delà guerre, des désordres qui venaient d'affliger la ville d'Avignon. Ce fut l'occasion, pour le général Donnadieu, d'adresser à Son Excellence les réflexions les plus sages , et de proposer de prudentes mesures pour calmer l'effervescence de ces contrées (i).

Au mois de janvier 1816 , le même ministre l'avertit que des bandes de brigands (s'organisaient sur les routes qui vsuivent le cours du Rhône , et lui prescrivit les moyens de répression les plus sévères (2).

Cependant éclata dans Lyon la conspiration du 21 janvier. C'est encore dans les rapports de M. Sainneville lui-même, qu'il faut chercher quel était le, caractère, quelle était l'étendue de ce premier complot. On lit dans son rapport adressé au ministre de la police générale , le 5 février 1816 (3) :

5 février 1816.

« D'après les interrogatoires subis par les

(1) Voir Pièces justificatives, n° Y.

(2) Idem , n° VI.

(3) On apprendra plus loin , dans ce -Mémoire , pourquoi, dans son Compte rendu public m 1' ib' , IV! . Sainne ville a présente les evcueinens sous un «ul*c aspect.

v prévenus, les renseigne mens fournis par le « sieur Simon, ceux que j'ai moi-même oblenus

■ dans les premiers jours de janvier, ceux que « je me suis procurés de nouveau, elles autres « preuves acquises jusqu'à ce jour, il demeure « constant

« Que toutes les mesures avaient été con- ' certées dans une assemblée tenue à Paris, le

■ 20 octobre dernier, sous les auspices d'une

■ partie des ministres démissionnaires;

■ Que c'est dans celle réunion générale que « furent choisis les députés envoyés sur les di- « vers poinis de la France;

« Qu'au moment où l'insurrection éclate-

■ rail dans le département de l'Isère , lequar-

■ tier-géaéral du comité-directeur sérail établi « à Saint- Denis- d^-Bruu , premier relais de

■ poste sur la route de Lyon à Grenoble , « comme étant le point le plus central pour la • distribution des ordres »

M. Sainnevillcajoulequc, dansuneseconde réunion des conjurés : « Le sieur Rossct an-

■ nonçaen paruculierausieurSimonqueM.de « Lavalleite allait à Paris pour rendre compte ,. « au comité général qa\ y élaii établi, des me- « sures prises dans les divers départemens , et « qu'en quittant l'assemblée , ils iraient en--

( '3) < semble au faubourg de la Guillottière , voir « un des chefs. ( C'est en effet le même soir « que les sieurs Rosset et Lavalette virent, au « faubourg de la Guillottière , le sieur Di- « dier. ) »

Aucun mouvement ne se manifesta dans le département de l'Isère : mais la fermentation des esprits devint plus menaçante ; mais Didier ne fut point arrêté. Ce député des cent- jours, ce commissaire du club de Paris , cet infatigable agent de l'indépendance nationale (i), alla travailler à de nouvelles conjurations.

Au mois de février, une sédition eut lieu dans la commune du Grand-Lemps. Cet événement a été , pour les signataires dé la pétition (objet de la plainte portée par le vicomte Donnadieu), l'occasion de se livrer contre lui à de premières calomnies. Pour apprécier dès à présent leur bonne foi et la justice de leurs attaques , il est nécessaire d'entrer dans quelques explications.

- r Ce fait , ont-ils dit , est une preuve de la « prétendue haine de M. Donnadieu pour fin-

« justice et l'arbitraire 11 ne fallait qu'un

« prétexleàM. Donnadieupourtenter une usur*

(1) C'est le nom de l'association des conspirateurs.

« patîon de pouvoir, elponr exercer une vexait lion contre un homme qui avait le malheur « de lui déplaire. *

Voici le fait. D'après les ordres du ministre de la guerre (i) , le général Dciunadieu avait ordonné l'arrestaiion d'un sieur Eniery (Apollinaire), chirurgien-major de l'cx-garde. Les paysans s'étaient ameutés au nombre de deux ou trois cents, pour s'opposer à l'enlèvement du prisonnier (2). Le général fit part de celle rébellion au préfet du département. Ce magistrat prit, letj février, un arrêté par lequel , ■ Coi*- « sidkr\nt que, d'après les ordres de M. le « lieutenant-général commandant la 7* division * militaire, le sieur Emery (Apollinaire), ex- « chirurgien-major de la vieille garde, placé « en surveillance an Grand-Lenips , arrondis- ■ sèment de la Tour-du-Pin, devait être conr duit par la gendarmerie à une nouvelle des- « li nation , conformément à des instructions « émanées de l'autorité supérieure (3) ; que « lorsque le détachement de gendarmerie s'est

(1) Voir Pièces justificatives , q° VII.

(2) Idem, u° VIII.

(3) Ici les auteurs de la pétition disent : « Voilà dm- * posture qui servait à voiler lu vexation. »

• présenté dans cette commune , une foule de « personnes se sont opposées à l'exécution de «Tordre dont il était porteur ; ,

« Considérant que cette conduite de la part «des habitans du Grand-Leraps est un véri- « table acte de sédition et d'opposition à Tau- « torité du gouvernement , qu'il importe de ne f pas laisser impuni ; »

Le préfet arrête qu'un détachement sera enroyé en garnison militaire dans la commune du Grand-Leinps (i).

Cet acte était complètement étranger au gèlerai Donnadieu; cependant , il rendit compte au ministre des mesures qui avaient été prises , par lettre du 7 du même mois : « Monseigneur,

f CONFORMÉMENT AUX ORDRES DE VOTRE ExCEL-

« lence (2), j'ai donné au commandant de la «gendarmerie de la division, l'ordre de faire • arrêter sur le champ M. Emery (Apollinaire), « et de le faire conduire à la citadelle de Be- « sançon, etc. *

(1) Cette mesure était conforme aux instructions contenues dans la lettre ministérielle du 17 janvier. (Pièces justificatives, n° VI.)

* (2) Les ordres du ministre existaient donc! Ou est far* èitraire? où est F imposture?

Le ministre approuva, par la lettre suivante, les mesures qui avaient été prises :

' Paris, le 16 Dénier iftié.

« Monsieur, je vois , par votre lettre endate « du 7 courant, qu'un attroupement considé- « rable , composé en grande partie d'anciens « militaires, s'est formé dan» la commune de « Lemps , à l'occasion de l'arrestation du sieur « Émery, chirurgien de l'ex-g&rde, et que, « non contens d'avoir empêché., à deux repri-

* ses9 l'exécution de cet ordre, les mutins ont « proféré des menaces contre les gendarmes 9 « et ont même fait entendre plusieurs fois des « cris séditieux.

« Je ne puis qu'approuver les soins que vdus « avez eus, au premier avis de cet événement, « de prendre les mesures les plus promptes

* pourétouffer ce germe de rébellion, en recher- « cher les principaux auteurs, et assurer Vexém cution des ordres donnés à l'égard du sieur « Emery. Eq de pareils cas , vous ne sauriez « agir avec trop de promptitude et de vigueur,

* et cous devez réunir sur le champ tous les « moyens qui sont à votre portée, pour ne « laisser aux séditieux le temps ni de résister « ni de se reconnaître; un premier exemple

(«7) • frappé à temps et avec succès, décide pres- « que toujours du maintien de V ordre public, t comme un pas rétrogade ou une marche « incertaine peuvent être le signal de mille

t désordres

« J'approuve les règles de conduite que vous t tous êtes tracées k l'égard des officiers en non t activité (i); on ne saurait mettre une atterr- « tion trop suivie à leur faciliter la voie du ret tour, à leur tenir compte de ce qu'ils font « de bien , et à leur donner la conviction que t rien de ce qu'ils feront pour mériter la cont fiance, ne sera perdu pour l'autorité. On doit c autant d'égards à ceux qui font preuve de

(1) On voit , par ce passage de la lettre du ministre , quels étaient les principes de bien public qui dirigeaient le vicomte Donnadien. Il avait dit, dans sa lettre du 7 février : « Jusqu'à ce moment , au milieu de cette masse de mauvaises dispositions, particulièrement dans les habitais des campagnes , je n'ai pas eu à me plaindre de la conduite de MM. les officiers à demi-solde ; au contraire , comme j'en ai fait part à Votre Excellence , ils montrent la plus grande soumission aux volontés du Roi ; atfssi , pour les encourager et exciter leur zèle , je prie Votre Excellence de vouloir bien approuver que j'en emploie quelques-uns dans des coamisskrns temporaires, pour commander des places on tout autre service. » Voila l'esprit <? exagération et de paçécution reproche au général Donnadteu.

« boi scntimens , que de sévérité à ceux qui « pe stem dans le mal. S'il en est quclques- « uns [ue vous croyez pouvoir employer avec « sûreté dans des postes et des fonctions de

• circonstance, je vous accorde sans difficulté « l'uutoi ts me demandez. Ce « sera )ur ceux que vous au-

* rez ch i rance pour les autres.

« J'ai l'huniu

:hal duc de Feltre.

On voit que, te cette affaire, le gé-

néral Donnadicu se Dorna à transmettre les ordres de Son Excellence aux fonctionnaires compéiens. Voilà son usurpation de pouvoirs! voilà sa vexation contre un homme qui avait eut dit-on, le malheur de lui déplaire !

Peu de temps après , une autre rébellion contre la gendarmerie fut réprimée à Saint- Amartio, près Briançon (i). C'est dans ces circonstances que M. Decazes paraît avoir adressé au ministre de la guerre, sousladatedu i" mars 1816, une lettre qu'il fit insérer dans \e. Journal de Paris du g septembre 181g, comme un témoignage des précautions qu'il aurait prises

(1) Voir Pièces jmtificatiyes , n°. IX,

( '9) pour prévenir l'insurrection armée du 4 niai (i). Un bataillon de la légion de l'Hérault arriva en effet à Grenoble (2).

Les faits qui précèdent suffiront au lecteur pour juger de la disposition des esprits dans le département de l'Isère, avant et depuis l'arrivée du général Donnadieu dans la 7 e division militaire. Les évènemens de 181 5 y avaient laissé une impression profonde et funeste. Didier et ses agens excitaient à la révolte , l'autorité des magistrats était méconnue, des placards incendiaires étaient affichés dans les rues (3), une inquiétude vague, mais réelle, troublait les âmes honnêtes, et secondait l'audace des factieux. Le général fit connaître au ministre l'état des choses, et lui communiqua ses craintes. Toutefois , il soutenait par son zèle le dévoûment des soldats , contenait les agitateurs par sa fermeté; ses ménagemens réconciliaient avec le gouvernement du Roi les officiers en non activité. C'est en de telles circonstances qu'il fut invité à se rendre à Besançon pour faire partie d'un conseil de guerre.

(1) Voir pièces justificatives, n° X.

(2) Idem, n° XI.

(3) Idem , n° XII.

Il crut devoir différer son départ , sentant combien sa présence étart nécessaire à Grenoble. Mais à la lin d'avril , il devait , d'après ires du ministre, se tendre avec les s de sa division , sur le passage de il. M"" 1.) duchesse de Berry. C'est alors que led drapeaux furent distribués aux légions. I-e général . en cette occasion , tiut aux troupes le discours suivant 'i) :

» Au nom t de par le Roi, offi-

• ciers, s( et soldats, je remets

• sous la se : votre honneur et de n votre eaux. Vous allez jurer

• de les son , et de mourir en les « défendant. oilà le vrai signe de « l'honneur et lance. C'est celui qui « guida les jescliii , des Bayard, « desTurenne t ds capiiainesqui nous « ont ouvert la carrière de la gloire. C'est sous i cette noble et antique bannière qu'ils ont « illustré la France , et l'ont portée au premier « rang des royaumes du monde. Jurez donc m devant Dieu , par leurs mânes sacrés , de les « imiter, et de mourir digues d'eux et de ta a patrie qui vous contemple. C'est sur la terre

(1) 28 avril 1816.

(ai )

t de Bayard, sur les cendres révérées du brave « des braves , de celui qui fut le iftodèle de • l'honneur et de la fidélité, que vous aile* « faire ce serment. Que sa voix pénètre dans t vos cœurs, et que son exemple serve à jamais « de guide à toutes vos actions.

«Vive le Roi ! vivent la France et les Bour- «bons! »

Ce cri de vive le Moi! fut répété dans tous les rangs. Bientôt , hélas ! arriva le mometit ou ces braves légions durent manifester, par leur conduite, la loyauté de leurs senti mens et les bons effets des instructions de leur général. Le vicomte Donnadieu , convaincu que de toutes parts on poussait à la sédition les habîtans de l'Isère , n'avait reçu cependant aucun avis particulier du complot qui devait éclater 2 Grenoble dans la soirée du 4 mai.

Les pétitionnaires % qui n'ont point osé l'accuser de provocations directes , tont obligés de dire , pour rendre hommage à la vérité : A cet égard* la voix publique est moins défavorable au général Donnadieu. On croit assez généralement* à Grenoble* qu'il n'était point positivement instruit des projets des rebelles , et qu'il a même été pris au dépourvu dans le moment de V exécution.

(Page 24.)

Cette vérité est encore mieux démontrée par le récit des faits contenus dans un Mémoire de M. de Montlivaut , que M. Decazes fit insérer en partie dans le Journal de Paris du 2 octobre 1819. On y trouve les passages suivans :

« Je sortis de chez le général à huit heures (1). Jetais accompagné du baron Prévôt, colonel des dragons de la Seine. A quelque distance de la Préfecture, je rencontrai mon neveu , qui m'apportait , en courant , une lettre extrêmement pressée. J'essayai de la lire à la lueur du réverbère ; je ne pus y réussir ; je rentrai chez moi, et la lus sur l'escalier; elle était de M. Clappier de Lille, adjoint de la commune de Vif , et m'avertissait que des paysans insurgés étaient dans ce moment rassemblés dans le bois d'Echirolles. Je trouvai le baron Prévôt dans mon cabinet , et , dans non antichambre , plusieurs personnes qui venaient me faire des rapports pressans, entr'autres un Suisse établi à Eybens , que M. le curé m'envoyait pour me dire que le village se remplissait dliortimes armés, et un gendarme qui avak été arrêté par les insurgés , et n'avait dû son salut qu'à la vigueur de son

(1) Huit heures du soir, le 4 mai.

cheval. Je prenais mon chapeau pour retourner chez le général , lorsqu'il entra chez moi ; il venait de recevoir un billet de M. de Mon tanban, qui lui donnait les mêmes renseignemens que ceux qui avaient été transmis par l'adjoint de Vif. Ce fut , comme il Ta dit lui-même dans le temps , la première communication qui lui donna de l'inquiétude.

« M. le prévôt et moi interrogeâmes sommairement , devant lui , les personnes qui étaient chez moi.... Dans ce moment arriva l'adjoint de Lamure , B(.. Chuzin , qui s'est conduit avec un dévoûment et un courage qui lui ont mérité et obtenu de Sa Majesté la décoration de la Légion-d'Honneur, et un office de notaire à Grenoble. Il nous instruisit de la marche des rebelles, de leur arrivée à Eybens, et de la manière hardie dont il était parvenu à

leur échapper

x * Le général sortit; mais à peine avait-il été cinq minutes dehors , qu'il rentra , et nous raconta, avec tous les détails,, l'arrestation qu'il venait de faire du lieutenant d'artillerie Arie bert (i). *

' (1) Le sieur Aribert était un lieutenant d'artillerie* que» le général Donnadieu rencontra dans la rue , entre neuf et

Celle arrestation con vainquît le général Donnadien qu'il esistait des intelligences entre la ville et les campagnes.

Les renseigneraens se succédaient avec rapidité , et donnèrent la certitude qu'une troupe composée de militaires retirés et de paysans des montagnes de La Mure, do l'Oisans, de Vizille et d'autres communes circonvoisines, était réunie a Eybens et à Echirolles, et se portait sur Grenoble.

Aussitôt on (Il des dispositions militaires. Vers onze heures, des feu* parurent sur diverses hauteurs, et les insurges s'approchèrent de la vîtle par la route d'Eybens et celle de Claix , aux cri» de vive l'empereur !

Toutes les troupes de la garnison forent mises sous les armes. Le général Donnadieu envoya en, reconnaissance surEybens deuxdétachetueus, dont l'un rencontra bientôt tes rebelles marchant sur la ville , au nombre de quatre à cinq cents hommes, au milieu de la nuit la plus obscure. Ce détachement fut d'a-

dk. heures du soir, enveloppé d'une ample redingote, et qui semblait vouloir l'éviter ; il l'arrêta , l'interrogea avec autorité, et le forçant de se découvrir, le trouva armé d'un pùtolet d'arçon et d'ua saine de cavalerie. (Moniteur au 15 nui 1816.)

bord repoussé/ Le général fit soutenir sur le champ cette reconnaissance par la légion de l'Itère, qui sortit de la ville aux cris de vive h Bail Le colonel Vautré, qui marchait à la tête de la légion , l'entraîna au pas de charge , H la baïonnette en avant 9 contre l'ennemi , qui , après quelque résistance , fut mis en déroute , poursuivi sans relâche pendant une lieue» et après avoir cherché en vain k se rallier, fut enfin obligé de se disperser dans les montagnes , laissant environ cent prisonniers. On lui tua un aasez grand nombre d'hommes, çnti'atttres un des chefs, Joannini , ancien Officier de gendarmerie. La légion de l'Isère tôt deux hommes tués et quatorze blessés.

On peut juger du projet de ces rebelles par la disposition de leur marche sur Grenoble. Trois colonnes avaient débouché en même temps par les villages de Claix, d'Eybens et d'Echirolles , et s'avançaient au milieu de la nuit pour surprendre la ville , en s'emparant des portes de la Graille, de Bonne et de Très- Cloîtres , pendant qu'une quatrième colonne , venue par les montagnes de Meylan et de Saint-Egrève , s'emparait de la Bastille , peut fort situé au milieu de la ville, et dominant la porte de France. Elle était déjà parvenue i

s'y loger, quand un assaut stibii et hardi, qui lui fut donné par un détachement du bataillon de l'Hérault , commandé par le capitaine Durand , et quelques soldats de la compagnie dé-

partemen'-1- Pellat, lac de celles q

Le lei jusqu'à Le h sion desrebell

La Cour pn affaire (i) ; 01

"eur tête le capitaine ui Gt éprouver le sort nées dans la plaine, ion de l'Isère poussa s'assura delà dispervait eus à combattre, saisie d'une première alors que ce même

Didier qui avait dirigé les conjurés de Lyon , au mois de janvier précédent, était encore à la tête de ce nouveau complot. Le 6 mai , le général Donnadiêu reçut du prévôt du département le rapport suivant :

« Mon général ,

« Je crois précieux à la sûreté publique de vous communiquer à l'instant quelques-uns des résultats que nous venons d'obtenir de notre dernier interrogatoire.

« Le mouvement d'avant-hier n'est pas une

(1) On rendra compte plus loin des jugera ens qui c •té prononwt.

(27) pure tentative bien folle et bien hasardée de quelques jeunes gens étourdis autant que factieux , ameutant des paysans imbécilles et quelques soldats avides de nouveaux brigandages. 11 avait à sa tête un homme excessivement fin et adroit, timide par nature, et qui ne se serait pas légèrement exposé à de grands périls , sans une forte probabilité de succès. 11 s'agit du sieur Didier, avocat, ex -maître des requêtes avant les cent-jours , qui a trahi successivement tous les gouvernemens que la France ait eus depuis. vingt ans. Cet homme était avec les brigands rassemblés à Eybens. Il dirigeait tous les mouvemens. Il se flattait d'une réussite immanquable à Grenoble, et comptait se porter ensuite sur Lyon. Tout annonce donc de nombreuses intelligences avec les jacobins, les napoléonistes , les amateurs de guerres perpétuelles et les hommes qui vivent de révolutions. C'est le moment, ce me semble , de prendre contr'eux de grandes précautions , et même des mesures décisives.

« Auprès de Didier était le nommé Cousseauoc , chef du ramas connu sous le nom de bataillon sacré pendant les cent-jours/ Cet homme signait comte Bertrand au bas des réquisitions qu'il frappait sur les paysans.

« Enfui , ii Ji être fort énîgroatîque , que l'on qualifiait du tare de général, semblait être un objet de respect de la part de Didier et Cousseaux. Cet homme parlait peu à Eybens. Il est

petit, trapu, ™* était en lia-bit .

un chapeau ro

« On croyait née. On avait la c <j"ie les diverses être toutes ren< emprisonnée, etc., «*.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

la pelite-vérolc. Il et blanc i et portait

larti dans l'après-di-

de vous arrêter, ainsi

es, lesquelles devaient

La noblesse eût él«

■ Signé S. Planta. »

Les renseîgnemens obtenus dans les diverses procédures qui eurent lieu, confirmèrent, ainsi que M. de Sainneville l'avait reconnu au mois de janvier, que Didier était un des dix-sept commissaires envoyés de Paris par la société de V indépendance nationale t dans toutes les provinces de France Ci).

Ce fut alors que M. Decazes , reconnais-

{1) Voir Pièces justificatives , u» XXII.

(*9) sant en ce moment la gravité des faits , adressa par estafette aux préfets de quinze départemens, une circulaire sur les précautions h prendre contre ce mouvement révolutionnaire. Si vous apercevez, dit Son Excellence, le plus léger symptôme de soulèvement , ne balancez pas. La plus grande vigueur et une rigueur égale doivent être déployées dès le principe. L'hésitation SEULE SERAIT COUPABLE , parce qUÛ

les suites en seraient incalculables. En pareil cas, un pouvoir discrétionnaire est confié aux magistrats. . . . Concertez- vous avec l'autorité militaire; agissez à propos et avec celèrité; tout ce que vous aurez fait d'accord

aura t approbation du Roi{\) Multipliez

vos relations , envojrez*moi un exprès au moindre mouvement. Prenez conseil des circonstances ; usez de la latitude qui vous est accordée ; vous pouvez compter sur V approbation comme sur V appui du gouvernement.

Tous les rapports sur l'événement du 4 mai

(1) C'est sans doute pour avoir suivi les instructions de Son Excellence , que M. de Chabrol , préfet du Rhône , a été accusé , avec le général Canuel , d'avoir fomenté les troubles de, Lyon.

étaient parvenus à Paris, et le ministre de la

guerre adressa au général Donnadieu la lettre

suivante :

MINISTERE DE LA GURRRE

iris, i3 mai i3i6.

« Général vj(

e de vous annoncer

■ que le Roi , si

. services que vous

■ venez de rendi

loussam l'agression

* criminelle et

es factieux qui ont

• menacé Grenoi

a conféré le titre de

« Je me félicite, général, d'avoir à vous « faire connaître les marques de la bienveil- « lance du Roi. J'ai lieu de penser qu'elles ne « seront point les seuls témoignages que vous « recevrez de la satisfaction de Sa Majesté, et • que le Roi verra avec plaisir que je lui rap- « pelle votre fidélité et vos services , lorsque « j'aurai l'occasion de lui proposer une pro- « motion de commandeurs de l'ordre royal et « militaire de St. -Louis.

« Signé le duc de Feltre. »

Dans une autre lettre du i/j. mai, Son Excellence disait au général :

« Sa Majesté m'a répété plusieurs fois, et t elle me le disait encore hier, qu'elle est t très-satisfaite de votre conduite, et qu'elle « regarde comme essentiels les services que « vous avez rendus au Roi et à l'Etat , depuis « le 4 mai. Les Princes de sa famille partagent f les sentimens de Sa Majesté à cet égard : il « serait superflu d'ajouter que ceux des mi- « nistres du Roi sont les mêmes (i). »

La ville de Grenoble voulut aussi laisser au général Donnadieu un témoignage de la grandeur du service qu'il avait rendu , de la sagesse et de la fermeté de sa conduite , et de la reconnaissance des habitans. Le conseil-général du département de l'Isère décerna au vicomte Donnadieu une épée d'honneur, dans la séance du 4 juin 1816 (2). Enfin, le 9 juin, uji mois

(1) Un écrivain non moins distingué par la justesse et rétendue de son esprit que par l'autorité de ses doctrines politiques ,' M. Fiévée , a dit : « La tentative sur Grec noble fut un essai ; elle fut repoussée avec une vigueur « qui déconcerta les factieux , et qui placera le général c Donnadieu au premier rang des serviteurs de la monar- « chie , tant que l'idée d'un grand service et d'un grand c caractère sera sacrée en France » ( Correspondance administrative, XIe partie.)

(2) Voir Pièces justificatives , n° XIV.

après l'événement,

le

général fut proma à

la dignité de commantl

sur de l'ordre royal et

militaire de Saint

-Lo

UÎ5

■ Dévoué à son

ltoi

llaché ù ses Princes,

ami de ses concitoyen:

; , passionné pour le

bien de son ]

, ferme, jusieetcon-

cillant dans les

îon commandemeni,

le général Doi

enait de sauver Gre-

noble. H coniiu

de son amortie selon

les mêmes prin

itrnisit exactement le

ministère des i

qui parvenaient à sa

connaissance,

a , dans toutes les oc-

casiuns, d'efforts et de vigilance pour assurer la tranquillité des provinces de son commandement. Plusieurs faits pourraient justifier cet éloge; et c'est jusque dans les moindres détails de son administration qu'il faut enfin faire reconnaître les principes de justice et de loyauté qui dirigèrent constamment ce général tant calomnié.

Un officier, M. Vinzelles, en exprimant son attackajnent à la famille royale, avait eu ^indiscrétion de tenir des propos inconsidérés devant quelques officiers en non activité. Le général en rendît compte au ministre, et lui annonça qu'il se proposait d'ordonner à Al. Vinzelles les arrêts de rigueur pendant un mois.

datant, dit-il à Son Excellence, par 4ettr# t dn a8 mai 1817 , autant je me suis Ml ta « devoir d'éclairer Votre Excellence , ainsi que r le ministère, sur la disposition de l'esprit qui «règne dans cette provinqp, autant j'ai Km* « jours cru qu'elle avait besoin d'une consulta « et sévère surveillance, autant je me • suit « convaincu que ce n'était qu'avec une extrême « sagesse et de la fermeté que ce pays devrait « être conduit , pour «en imposer aux* uns , «t « tâcher de ramener les antres , soit par l'a- « mour qu'ils doivent au meilleur des Princes, « soit par leur propre intérêt. Par conséquent, « s'il est utile au service du Roi que tous les « fonctionnaires employés dans cette province, « et principalement les officiers et les troupes, « soient mus par les principes les plus sûrs et « le dévoûment le plus profond, il ne test pas « moins que ces sentimens soient contenus • dans les justes bornes de la modération , « pour arriver à la plus grande somme de « bien.

«Voilà, monseigneur, ce qui a constamment <- fait la règle de ma conduite depuis que je a suis dans cette division, et m'a fait, dans « toutes les circonstances, en exhortant à Vat- « lâchement qu'on doit au Moi et à sa fa-

■ mille, arrêter toutes les vives exultations, r qui feraient Je ce pays une scène continuelle « de désordres. C'est en s'écartaul de cette cou- » duiie, que M. de Vinzelles s'est rendu «s. « semielleineiH coupable à mes yeux, lorsque, * plus particulièrement qu'aucun autre, dans « la place qu'il occupe, il doîtdonner l'exemple « de la sagesse et de la tenue. »

Le ministre ne putque rendre hommage aux sentimens el à la conduite du général (i).

Et cependant, le général Donnadieu fut rappelé à Paris par la lettre suivante :

Pari», io m»rs 181S.

« Monsieur le vicomte, V intention du Rot i est que vous vous rendiez sur le champ à « Paris , où vous recevrez de nouveaux or- « dres de Sa Majesté, etc.

m Signé GotmoN Saikt-Cïr. » .

J'ai cru devoir présenter ainsi le tableau de tout ce qui s'est passé dans la 7 e division militaire , tant que le général Donnadieu en a conservé le commandement, J'ai puisé dans des ijoçumens authentiques la preuve des faits, le

(1) Voir Pièces justificative* , m° XV.

témoignage des bons senti mens de ce loyal sçr», vïtenr du Roi. j'ai cité sa correspondance fait# en un temps où certes il ne se doutait guère

qu'elle serait pùfcfteé utt JèutVjtorteqtfil aurait à se défendre devant les tribunaux Maintenant, sans doute, on se demandera comment il s'est pu faire que les évènemens aient été aussi étrangement, dénaturés? Comment la fidélité a-l-elle été travestie en trahison , l'honneur en perfidie, la loyauté en imposture ? Gomment dés coupables, trop justement punis*, ont-ils été portés à ce degré d'audace, de vouloir traduire devant les tribunaux celui qui avait réprime leur rébellion, et d'accuser ^assassinat celui qui avait combattu lçufs bandes insurgées? Pourquoi, par leurs discours, leurs écrits* leurs persécutions, les premiers fonctionnaires t de l'Etat, après avoir connu la gravité desr?. faits , après avoir approuvé la çojDduite'dugégénéral, ont-ils paru consacrer i'œuwrç de te calomnie? C'est ici qu'il faut souieveirJe voile qui couvre encore les iniquités d'un Içqg, et funeste ministère.

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