‹ A ses concitoyensChapitre 3 sur 48 · LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL

DONNADIEU

A. près avoir passé sa vie à combattre les ennemis de son pays à son corps défendant, il est difficile d'accepter la réputation d'assassin de ses concitoyens , par cela seul qu'on a fait son devoir, et qu'on a préservé ce même pays des malheurs que 1 incapacité ou le crime des chargés du pouvoir

Souveientlui causer. Tant que la passion et la haine es partis ont attaqué seules et mes actions et ma conduite, j'ai dû me taire. Mais que les ministres (ou plutôt un ministre , seul coupable de tous les maux arrivés depuis quatre ans en France) osent joindre leurs voix à celles des partis, par les jour-» naux qui leur sont dévoués, pour élever des doutes injurieux à mon honneur, dans les événemens où. j'ai dû réparer les fautes de ces ministres , voilà le degré de folie et d'audace auquel il étoit difficile d'atteindre.

J'ai supporté patiemment tous les outrages et tous les dégoûts dont j'ai été abreuvé depuis cette fatale époque des troubles du Dauphiné, par un ministère qui pi%étend être le gouvernement : c'étoit par le mépris que je devois répondre à ce délire de conduite j mais puisque, non content de ces extravagantes iniquités, on voudroit encore attaquer mes senti mens et la loyauté de mon caractère, je vais mettre au jour la conduite de ces fameux conduc-

# édit. " i

teurs d'Etat, et la mienne. Je vais faire connaître à la France où est la vérité et l'imposture , où est l'honneur et le vice, de quel côté sont ceux qui ont rempli leur devoir, et ceux qui l'ont trahi, qui mérite l'estime ou le mépris de nos concitoyens.

['ai passé ma vie clans les camps, sans crainte

sans reproche!... Etranger à tous Us maux qui ont désolé notre belle patrie, je n'ai su que la défendre ! Mon nom n'est connu dans le témoin irréfragable de toutes nos scènes politiques {leMoiiifei(r)quepnr d'honorables fnîtsd'arincsetmon sang versé eur le champ de bataille. Il est peu de Français, j'ose le dire, qui aient porté1 plus loin l'amour de leur pays, la haine de l'injustice et de l'arbitraire , sous toutes les couleurs qu'ilsse soient pré- «entés. b'uonaparte a pu alternativement me faire passer du champ de bataille dans les l'ers, il n'a jamais pu contraindre la fierté de mon âme à supporter patiemment son joug de fer. J'étoisde nouveau proscrit par lui , lorsque l'illustre famille des Bourbons a reparu sur les terres de Franco.

Au retour de celte antique Maison , je crus voir triompher toutes les vertus et les belles qualités qui honorent l'homme. Je crus que le règne de la justice et des lois alloit enfin être rétabli ; que la France alloit désormais respirer en paîx , et cicatriser toutes ses plaies sous l'empire d'un g nement juste aulant que que la monarchie légitime et héréditaire pouvoit seule convenir à notre pays, je m'y suis dévoué •ans réserve, avec ce zèle que m'a toujours inspire l'amour de la patrie !

En >■■]'>. long-temps avant que Buonaparte n* revînt loucher le sol delà Provence, j'avois annoncé son retour, et les terribles conséquences qui en seroient la suite. En vaiu j'écrivis à Paris, mes avis ne furent pas écoutas. Lorsque révénement eut

justifié mes craintes, je fis tous mes efforts auprès des troupes et auprès de mes camarades , à Tours et à Bordeaux, pour leur démontrer tous les malheurs que ce retour alloit appeler sur la France, l'armement indubitable de 1 Europe contre nous, et l'invasion certaine dont nous seriQns encore une fois victimes.... Je parlai de la foi du serment, de la pureté de nos armes.... Il étoit arrêté, dans les, décrets de la Providence , qu'une seconde fois notre

belle patrie passeroit sous le joug Heureux,

mille fois heureux de me trouver auprès d'une Princesse que tant de vertus et tant de malheurs rendent un objet sacré de respect et de vénération ; j'accompagnai s,es pas dans les pays étrangers : chargé par le Roi de missions diplomatiques, je rendis grâce au ciel qui m'éloignoit du théâtre de la guerre. Je n'y reparus , sur les bords de la Bidassoa, que pour arrêter le général espagnol prêt à entrer sur les terres de France $ ce qu'ilauroit fait, si le drapeau blanc n'eût été immédiatement arboré sur les tours de Bayonne. Je me présentai seul devant le gouverneur de cette ville (le général Touvenot), pour lui représenter les conséquences funestes qui alloient résulter de sa conduite, s'il ne reconnoissoit les ordres du Aoi ; que, par une résistance inutile et sans but, il alloit appeler une armée étrangère de plus sur notre territoire. Je fus assez heureux pour le convaincre et le déterminer. Ainsi j'eus le bonheur de rentrer dans mon pays en le sauvant d'un désastre. Arrivé à Paris, je rendis compte de de ma conduite à Sa Majesté; elle voulut bien m'en témoigner sa satisfaction. Peu de temps après je fus appelé au commandement de la septième division militaire, à Grenoble. En prenant congé du Roi , Sa Majesté voulut bien me dire « qu'elle » m'avoit confié le commandement de cette pro- » vincc , parce que c'était celle du royaume qui

>■■ «voit le plus besoin d'un homme ferme et dé- » voué; qu'elle comptoit sur ma sagesse et mon H zèle pour le maintien de l'ordre, ramener les

» éga rés,el comprimer les mécbans. «Telles furent les propres paroles de Sa Majesté.

Lors de mou départ pour Grenoble, la force publique étoit entièrement anéantie en France, toutes les armées licenciées; chaque militaire, après vingt ans de combats et de gloire, alloil chercher dans son département un asile, une existence eme beaucoup ne rctrouvoient plus. La province dont le commandement m'étoit confié, est une des plus belliqueuses de la France, et celle dont le caractère de ses habî tans est le plus porté à l'indépendance, et par conséquent le plus difficile à se plier au joug du pouvoir. Ce caractère n'est pas nouveau; il fui tel à toutes les époques, dans les temps anciens comme dans les temps modernes. Ainsi furent les Allobroges , ainsi ont été les Dauphinois sous Lesdiguère, et dans la fameuse assemblée de Vizille, en 17&8; tels ils sont aujourd'hui les plus propres, de tous les Français, à commencer une révolution, chaque fois que les grands moteurs de ces crises publiques chercheront à les séduire et à les entraîner. Certainement aucune époque n'étoit aussi favorable pour tenter un grand mouvement, que celle des premiers jours de l'année 1816 : rien d'orgauïsé. en France; une administration à peine créée, un état militaire nouveau à composer, pas un soldat pour faire respecter l'autorité j et contre tout cela, les passions les plus fortement ulcérées, el presque portées au déses- ■ poir; des intérêts et des fortunes sans nombre renverse*, trois ou quatre cent mille individus déplacés; telle étoît notre situation , lorsqu'il fut déterminé à l'im's, dans un conseil tenu par les principaux personnages qui avoient joué un rAlc pendanllcs trois mois d'usurpation, qu'il falluît tenter un grand mouvement sur toute la surlace

de la France, appeler la nation aux armes, arborer les enseignes tricolores ^au nom de Napoléon II, sous les auspices d'Eugène Beauharnais , comme lieutenant-général de l'empire ; renverser le trône des Bourbons, et chasser les étrangers. Ce plan arrêté, Lyon et le Dauphiné furent choisis comme les deux points les plus propres à commencer opération.

Didier, homme plein de courage et d'intelligence, étoit né dans ces contrées. Les occupations de toute sa vie lui avoient donné des connoissances locales et personnelles extrêmement étendues : il fut désigne pour aller organiser le complot, commencer l'action, que dévoient diriger ensuite un chef et ses lieutenans, qui arriveroient par la Suisse. Une partie de l'Auvergne , de la Franche- Comté, du Bourbonnais et de la Bourgogne, devoit se lier au mouvement du Dauphiné et de Lyon, tandis que les autres provinces de France se trouveraient également disposées par d'autres agens à suivre les progrès de 1 insurrection.

A peine étois-je arrivé en Dauphiné, que les indices du mouvement qui se préparoi t frappèrent mes yeux : j'en fis part immédiatement aux ministres du Roi. Aux rapports que je ne cessois de faire sur les symptômes qui se manifestoient, on me répondoit toujours que j'étois dans l'erreur, que je me trompois. Cependant une première action commence à éclater à Lyon : le 19 janvier les conjurés sont pris sur le fait. Didier s'échappe; on met en jugement plusieurs coupables ; l'affaire est étouffée ; aucun aes fils de la vaste trame n'est saisi.

La tentative ayant échoué à Lyon, il fut décidé que ce seroit à Grenoble , par l'action combinée de tout le Dauphiné sur cette ville, que le mouvement recommenceroitj les arsenaux de cette place, où se trou voient alors quarante mille fusils neufs arrivés de Saint-Etienne, et une nombreuse artillerie de

campagne, venue d«s Hautes-Alpes et du fort Barraux.secondoient parfaitement bien les grands avantages qu'offroit le Dauphiné. Quels étoient mes moyens contre cette grande puissance de rébellion? Quelques paysans réunis a Grenoble, formant le noyau de la légion de l'Isère. Vainement je fa i sois parla Paris de mes inquiétudes, la police répondoit ton j ours ( ruedisoit le minisire de la guerre dans sa correspondance) que je me trompois, que rien n'arriverait. Ce ne fut qu'à la fin, sur mes demandes réitérées, que le duc de Filtre donna l'ordre nu* chasseurs d'An go nié me , alors à Montpellier, de se rendre à Grenoble, et que je pris sur moi de faire venir dans celte même ville les dragons de l'Hérault , qui étoient à Valence. Tout cela se lit fans la participation de la police, et non par ses ordres, ainsi que l'a dit M. de Cases à la tribune des Chambres. Ce qui «era prouvé plus bas, dans la lettre que j'eusl'honuenr d'écrire à Sa Majesté, le a3 janvier 1817. C'est dans cet étal de choses, que dans les premiers jours du mois d'avril, M. le minislre de la iini.i à Sa Majesté que le commaitdesrpliémr division militaire me lût de Feltre insista pour que je ne

pol

ut 'le 1;

retire. Le

fusse pas déplacé. L'insurrection éclale enfin malgré tous les avis donnés 4 'a police, aucune précaution n'nvoit été prise par elle : ce ne lut qu'au I1.1s.1nl , et au hasard le plus extraordinaire ,

3uc je dus de connnitre, à neuf heures et demie u soir, qu'une conspiration de voit éclater simultanément, à main armée, à minuit, et dont le contre-coup devoit se faire sentir à la fois dans tout le royaume. On trouvera le détail de cet evénement, dans ma lettre Au Roi.

A peine cette sédition fut-elle apaisée, que tous les ressorts de la police furent mis en action |.our eu atténuer les circonstances. M. le comte de Chm n'étoit pis encore arrivé au degré de pnïs-

tance qu'il a acquis depuis; sans cela , pas de doute

Îue j'eusse été dès ce moment , .moi-même , accusé 'être l'auteur de cette triste catastrophe. Sa Majesté daigna m'accorder des distinctions flatteuses; mais dès ce jour il n'est sorte de procédés aussi honteux que lâches, dont je n'aie été l'objet de la part du ministère. Pour bien éclairer l'opinion sur l«c caractère de M. lé ministre de la police , et sur la véracité de ses assertions, je vais transcrire ce qu'il a dit à la tribune de la Chambre des Députés, sur les événemens de Grenoble, et ce que j'ai répondu par ma lettre au Roi.

M. le comte de Cazes a dit dans la séance du 1 5 janvier 1817, à la tribune de la Chambre des Députés : « On a parlé de Grenoble et de Lyon ; » on a dit que la loi avoit été inutile , parce que , » sur un seul point du royaume, on n'avoit pas » prévenu un mouvement séditieux ; l'exception

* ici confirme la règle : quand il seroit vrai que » l'administration auroit été imprévoyante sur un s seul point, il ne seroit pas moins vrai de dire » qu'elle auroit encore bien mérité de la patrie , » par son succès sur tous les autres points du » royaume ; mais comment a-t-on pu accuser le » gouvernement d'imprévoyance sur les événe- » mens de Grenoble? il est au-dessus de part reilles attaques $ je puis ici facilement retracer » les faits.

» L'affaire de Grenoble n'a pas été imprévue : i) sans la prévoyance du ministre, le mal eût été » beaucoup plus grave: l'état de Grenoble étoit » connu depuis trois semaines, des forces impé- » rieuses a voient été, sur notre demande , en- » voyées dans cette ville; et, sans cette précau- » tion , on ne peut dire quel eût été le sort de

* Grenoble.

» MM. les députés de l'Isère savent que la d Veille de l'attaque , sept personnes avotent été

» arrêtées dans ta ville, cVst ce qui a empêché u que le complot n'éclatât dans les murs à la fois » et hors des murs; c'est ce qui a permis à l'autou rite prévenue d'envoyer des troupes au-devant h des rebelles : quelle n été d'ailleurs cette attaque? )> quel est doue ce besoin de grossir ainsi les dan- )> giTs , et de faire croire à des maux qui n'ont pas v été aussi graves qu'un l'a prétendu? Trottfcents » paysans égarés, dont un tiers ignoroit le motif « pour lequel on leur avoit fait prendre les armes, « "et croyoil (le fait a été positivement reconnu ) » venir assister à des fêles -et à des réjouissances , u ont élé les auteurs de ce mouvement séditieux.. » Les malheureux étaient entraînés par un chef » que la police poursuivoit depuis trois mois, et » qui n'a été arrêté que par ses soins (i), »

J'opposerai à cette espèce de rapport la lettre que je crus devoir mettre sous les yeux de Sa Ma-

nsurgés vienl de porter sur Grenoble, el que dej.'i h plupart nul, sous Ici murs même de celte ville , reçu le châtiment de leur Immérité. Quoique peu nombreuse , la garnison les poursuit sur lous les point! Je leur retraite. Klle a dû rentrer dnns la place avec un nombre considérable de prisonniers; mai* comme il inipnrle

lions i|iii' tirs !',,< liiui ,iusûib'srsp':: i- i-. ui-rnimit s'iîri-r menagi'o

' tues ici menacé d'; voir ccblcr de» moiivcniens semblables, pt me suis empressé, de vous;de!pcVlier une estafette, afin que. vous fussiri sur vos gardes, toujours prit à agir el à seconder l'ensemble des op< -niions cpi'ni^irniL l'uri;ciice des rïrconslanres. Si vousapercevet le plus léger s; inptôiue de Kiuléveineiil , ne balancet pas. I.a plus grande vigueur el une rigueur égale doi- " ' c déployées dès le principe. L'hésitation seïj.e seïoit

danger, je l'espère, n'aura point gagné voire di-pjrleiuent. .Mais il faut le prévenir; il laiil êlre en mesure de porter des forces là uù il se manifeste ; il laul conlcibiier à Muter l,i tliost publique. Ce n'eal pas le de'ploiewcnl du pouvoir

* JESTÉ, aussitôt que le discours de M. le ministre fut parvenu à ma connoissance.

« SIRE, » Jusqu'à ce jour j'ai dû mépriser les commen-

et delà force qui alarme , c'est le mal lui-même» dont on se plaît à exagérer la gravité et l'importance, lorsqu'on ne voit pas qu'il y soit apporté un prompt remède.

La gendarmerie doit rester toujours sua pied, et ne paies

AUCUN QUARTIER AUX PREMIERS REBELLES QUI OSEROIENT SE MON- TREE. Tout canton insurgé ( je suppose ici un état de choses qui » sans doute, n'existe point dans votre département) doit être considéré comme en état de siège. Concertez- vous avec l'autorité militaire ; agissez à propos et avec ce'lérité; tout ce que vous aurez fait d'accord aura l'approbation du Roi.

* Dans une occasion où il faut multiplier les moyens de police , ne soyez pas arrêté par le défaut de fonds; toute dépense que vous aurez reconnue nécessaire vous sera remboursée.

Si vous aviez sujet de concevoir des inquiétudes réelles , dans le pays que vous administrez , vous êtes pleinement autorisé à vous assurer de celles des personnes doot les mauvaises dispositions vous sont connues , et qui vous paroitroient dangereuses.

Je vous laisse à cet égard toute la latitude nécessaire > et la délégation, en tant que de besoin , de tous les pouvoirs conféréspar Ja loi du 29 octobre.

Mettez la garde nationale en mouvement; veillez à ce que les points les plus importons soient occupés ; stimulez le zèle des fidèles serviteurs du Roi; pn omettez des récompenses a ceux qui pe a oient d'utiles révélations ; ne négligez rien pour arrivera connoitre les chefs et l'étendue <lu complot, et les moyens des affiliés. Si le gouvernement pou voit concevoir des inquiétudes réelles, d'un mouvement qui paroit avoir été réprimé d'une manière aussi prompte et aussi rapide , il seroit plus que rassuré sur les suites , par la connoissance qu'il a de votre vigilance et de votre fermeté.

Afin de faciliter vos relations, Monsieur, vous trouverez ici la liste des départeinens auxquels j'envoie de semblables instructions.

Isère. — Rhône. — Hautes et Basses-Alpes. — Drôme. — Côte-d'Or. — Saône et Loire. — Ain. — Jura. — Doubs. — Puy-de-Dôme. — Haute-Loire. — Loire. — Ardèche et Lozère.

Multipliez vos relations, Monsieur; depéchez-moi un exprès au moindre mouvement; prenez conseil des circonstances; usez de la latitude qui vous est accordée ; vous pouvez compter sur l'approbation comme sur l'appui du gouvernement.

Agréez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération

distinguée.

Le mtniitre secret sire-a* Etat au département de la police générale du rvyauma Sigoé le Comte de Gazes.

( ,o ) la ires divers faits dans les journaux et ailleurs sur les événemens tjuï ont eu lieu dans le département de l'Isère , et particulièrement à Grenoble, dans le mois de mai dernier. Des propos obscurs et incohérens , propagés par la malveillance on la calomnie , ne pouvoîent atteindre un lieutenantgénéral de vos armées , âont la conduite , les principes, le dévouement pour Votre Majesté et son auguste famille , sont connus de la France et de l'Europe entière.

»Mais, Sire, lorsqu'un des ministres de Votre Majesté, dans un discours prononcé à la Chambre des Députés, rendu public par la voie de l'impression , a dît que 1 attaque de Grenoble n'a été qu'une réunion de trois cents hommes égarés , la plupart venus pour assister à des fêles et à des réjouissances ; que cette insurrection , prévue à l'avance, étoit sans danger, d'après les précautions prises pour en arrêter les conséquences fâcheuses,.. il faut que ce ministre ait élé induit en erreurpar les rapports de ses agens , que les circonstances de cette rébellion lui soient entièrement inconnues .; oar je ne puis penser que S. Exe. ait voulu tromper VOTRi; MajkstÉ et la France entière, sur un événement de cette nature. Je crois donc, dans mes devoirs, dans mou honneur, dans celui des braves troupes qui su conduisirent si noblement , de mettre sous les yeux de Votre Majesti': les faits tels qu'ils se sont passés, afin qu'elle sache que si elle a daigné répandre sur elles des faveurs et des grâces, ces fidèles soldats les a voient réellement méritées!

» .Pavois rempli pendant les cent- jours des missions importantes à Londres, à Bruxelles et en Espagne , lorsque, eu preuve de sa satisfaction, VoTtlE Majesti' m'appela eu novembre i8i.5 au commandement de !j septième division militaire.

» J'arrivai à Grenoble le 7 décembre. Je trou-

Tai dans le département de l'Isère tous les élémens de troubles et de désordres réunis ; dès le premier moment ma correspondance avec le ministre de la guerre appela son attention sur un état de choses dont je prévoyoia les dangers : j'entretins d'abord S. Exe. de la nécessité d'augmenter les brigades de gendarmerie du département de l'Isère; je lui désignai particulièrement le canton de Bourg-d'Oisans, comme ayant besoin d'une Îiolice armée et répressive. La réponse du ministre ut que la situation du trésor ne permettoit pas ce surcroît de dépense. Je demandai ensuite quelques fonds pour assurer, par une surveillance particulière , le maintien de la tranquillité publique , attendu l'insuffisance de la police administrative, et le peu de confiance qu'elle m'inspiroit 5 la réponse du ministre fut encore la même : par mes lettres des 6 et 7 février, je peignis à S. Exc. l'état d'agitation qui régnoit dans le chef-lieu de ma division $ je sollicitai qu'une des légions du midi de la France, particulièrement celle de Bordeaux dont je connoissois le bon esprit, fût envoyée à Grenoble ; S. Exc. me répondit qu'elle ne pouvoit disposer de la légion de la Gironde, qu'elle m'en donneroit une autre. Le i(\ mars suivant arriva À Grenoble le premier bataillon des chasseurs d'Angoulême , formant aujourd'hui la légion de l'Hérault.

» Mais ce n'étoit là que des forces bien insuffisantes ; n'ayant point de cavalerie , je pris sur moi de faire venir de Valence à Grenoble les dragons de la Seine , forts alors de quatre-vingts hommes, et de cent cinquante chevaux; ils arrivèrent à Grenoble le 7 avril.

» J'avois souvent entretenu le magistrat chargé de la police du département de l'Isère , du peu de zèle et de bonne volonté que mettoient ses agens pour surveiller les desseins de la malveillance .Mes observations furent toujours sans effet.

m Dès le ai janvier, époque où lu conspiration de Lyon fut découverte, je fus instruit, a diffé-

rentes reprises ,

rM.

ut.- de Dai

que Didier ne pouvoit être que dans le département de l'Isère; chaque fois je faisois part de ces nouvelles à M. le commissaire général de police; toujours il me donuoit l'assurance que Didier n'étoit pas dans le déparlement, qu'il avoit passé la lroulière , tandis que dans le moment même , ce chef de conjurés, étoit logé dans un des faubourgs de la ville , chez le sieur Mirandon , brasseur. À cette époque, des placards contre l'autorité légitime, et des propos séditieux, se succédant à des intervalles rapprochés, présageoient lin orage à la veille d'éclater ; je dus dès lors m'occuper à pénétrer des sentimens de ses devoirs le petit nombre de soldats que j'avois à ma disposition , lesquels n'étoient encore ni orgai -v.:llj -i : . \.r. J. «r ■

habillés, et a

oient i

chefs des oflieie

: pro-

visoires : j'employai les moyens qui me parurent les plus sûrs pour gagner leur confiance, et être maître d'eux en cas de besoin. Le Moniteur de cette époque a fait connoflre les discours que je leur adressai dans différentes circonstances... Le 4 BUÛ arriva, le maréchal -de-camp commandant le département, le chef d'état-major et ses officiers, étoïent partis pour se rendre sur la route de la Palude à Lyon , qu'allait parcourir S. A. R. Madame la duchesse de Berry. Cent hommes de la légion de l'Isère (à peu près tout ce qu'il y avoit alors de disponible), et ls de la légion de l'Hérault, tous hnbillés hâte, dévoient se mettre en marche le lendemain matin, pour se rendre à Saint- Vallier , ,i Vienne et sous les luurs de Lyon; j'en passai In revue le jour même. L'inspection terminée, je fus prévenu qu'il y avoit quelque fermentation dans la ville : je me rendis aussitôt c-hez M. le chef de la po-

iice, j'en reçusla réponse que tout étoit tranquille, et qu'il n'y avoitrien d'alarmant. Le soir, à huit heures et demie , ce magistrat entra chez moi , revenant" de la promenade ; le colonel de Vauttré qui étoit alors dans mon salon , ayant parlé a ce fonctionnaire , de menaces d'une nature un peu sérieuse , 3u i avoient été faites dans la journée, il réponit que tout cela n'étoit rien. Â peine étoit-il sorti de chez moi , qu'un gentilhomme de la province, m'ayantfait demander un entretien particulier , me prévint qu'il y avoit décidément un complot , et de me tenir sur mes gardes ; sur un avis aussi positif , je crus devoir avertir encore le chef de la police, lui demander si réellement il n'avoit aucune connoissance des trames qu'on disoit prêtes à éclater ; il étoit alors neuf heures du soir^ il me répéta de nouveau qu'il n'y avoit y] vu. Je sortois de chez lui, la tête pleine d'idées confuses, lorsque jerencontraidansl antichambre, M. Chuzin, adjoint de la Mure, tout épouvanté , sans chaussure et dans la plus grande agitation ; ne me connoissant pas , il s adressa à moi pour me demander le préfet, auquel il avoit à dire des choses importantes; je crus devoir le conduire moi-même , afin d'apprendre si les nouvelles qu'il apportoit étoient relatives au complot dont on venoit de m'assurer l'existence.

» M. Chuzin nous apprit, en effet, qu'il venoit à toute course de la Mure par des sentiers détournés, pour prévenir que les habitans de ce canton et des cantons circonvoisins s'avançoient en armes sur Grenoble , avec la résolution de s'emparer de cette ville, et de marcher ensuite sur Lyon , et de là , sur Paris, pour renverser le gouvernement; que c'étoit à Eybens, village distant d'une lieue de Grenoble, que devoit avoir lieu la réunion de tous les cantons sud et sud-est, pour de là marcher régulièrement sur la ville. M. Chuzin ajouta que les rebelles annonçoient être attendus à Grenoble par une

partie de la population , qui devoit leur ouvrir les portes, faire main-liasse sur tout ce qui s'opposeroit à leur entrée, arborer le drapeau aux trois couleurs, et sonner le tocsin, qui devoit se répéter dans toutes les campagnes, pour en insurger les habitans. Ce récit est consigné dans un rapport fait et signé par M. Çliuzin et le maire de la Mure. J'ai l'honneur de le mettre sous les jeux de Votre Majesté.

» A une nouvelle si extraordinaire, au moment d'un événement inattendu et si prés d'éclater, je sortis précipitamment, dans l'intention de faire marcher deux aétaokemens de chacun cinquante bommessurEvbens, pour y surprendre cette masse de rebelles. À cinquante pas de l'hôtel de la préfecture, je rencontrai un officier qui, m'apercevant À l'aide de la lumière d'un café, lit un mouvement

extrêmement prompt pour m'éviter. Surpris de cette action , je me portai comme par instinct de l'autre côlé de la rue , pour me rapprocher de cet

individu; mais de nouveau il chercha à s'éloigner. Celte conduite équivoque éveillant mes souprons,

j'aborde sévèrement cet hoir

■ [imir

lui de.

der qui il étoit,etlc motif qui le faisoit ainsi fuir à mon approche. Comme il faisoit, très -sombre , le ramenai de suKe devant le café où je l'avois ■ perru d'abord : là, il me déclara être un officier à demi-solde. Je vis dans le même moment qu'il cachoit un, sabre sous sa redingote. Je le questionnai sur cette arme. Son hésitation à me répondre me détermina à l'examiner de plus près. Je trouvai deux pistolets d'ari-on pendus à sa ceinture : ce fut pour moi un trait de lumière. Je ne doutai pas alors de l'existence d'une conspiration formée dans la ville pour se joindre à ce qui se passoit au dehors. N'ayant point d'officiel* prés de moi , puisque tous étoieut parlis de la veille , je me rendis chez les colonels des légions de l'Isère i-f de l'Hérault, pour leur ordonner de mclln:

sur-le-champ ce qu'ils avoîent de troupes sous les armes, et prendre de suite les premiers cinquante hommes venus, pour les faire marcher, jugeant qu'il falloit, à tout prix, prévenir les rebelles, pour détruire leur plan d'attaque. Ces deux détachemens partirent , ayant à leur tête les jeunes gens de la vHle , composant la garde nationale à cheval, qui dévoient les diriger, au milieu de la nuit, par des chemins qu'ils ne connoissoientpas. Un quart d'heure s'étoit à peine écoulé depuis la sortie de ces deux détachemens , qu'un des cavaliers de la arde nationale , M. de Lestellet, revint à course e cheval me prévenir que les détachemens étoient repoussés par une colonne ennemie , au feu de la mousqueterie et aux cris de vive tempereur!

» Une attaque aussi prompte exigeoit les plus fortes résolutions. Je me rendis à toute bride à la caserne de la légion de l'Isère , guidé, au milieu de la nuit la plus obscure (i), par ce même gentilhomme qui m'avoit donné le premier la nouvelle positive du complot. Je fis prendre les armes sur-le-champ, et, à la lueur de quelques flambeaux, faisant former la légion en colonne d'attaque, je rappelai aux officiers et soldats quels étoient leurs devoirs, la conduite que devoienttenir des hommes d'honneur contre les ennemis du Roi et de l'Etat. Je leur demandai s'ils se conduiroient en braves gens 5 ils me répondirent tous que oui. Alors je fis battre la charge, et j'ordonnai au colonel de

λasser sur le corps de ces misérables , quel qu'en ût le nombre , de périr plutôt que de rétrograder. A peine furent-ils mis en mouvement, qu'ils rencontrèrent, sur les glacis même de la place, l'ennemi , qui marchoit au bruit du tambour et aux cris de vive V empereur! cris auxquels il étoit répondu de l'intérieur des remparts par les dé-

(i) Les réverbères étoient tous éteints; on ne pouvoit distinguer les maisons ni les rues.

( '6) tachcmens organisés dans la ville, qui attendoieut les assaillans.

«Aussitôt le feu engagé, je rentrai dans la place, dont je lis fermer la porte, et j'ordonnai de battre la générale. Je me rendais à la caserne de la légion de l'Hérault, pour la mettre en mouvement, et lui faire occuper ta principale place, lorsque des gendarmes que j'a vois envoyés sur le rocher de la Bastille, rocher qui domine lavillc et se trouve dans l'intérieur des murs , vinrent tn annoncer qu'ils avoient été chassés de ce poste par une troupe reLelle , qui avoit franchi les murailles avec des échelles. Je dirigeai un détachement de cinquante hommes sur ce point, avec ordre de

n emparer, a quelque pris que ce lût.

» C'est dans ce moment que j'aperçus des feus sur toutes les montagnes qui dominent la vallée, tout ls cours de l'Lsére depuis Vorépc jusqu'à Chapareillon , c'est-à-dire sur un espace de

Îuinze lieues. Tout fut éclairé dans un instant. e ne doutai pas que ce ne fussent des signaux qui dévoient décider le mouvement général de ce» contrées. Heureusement, l'offensive prise par la légion de l'Isère, qui chassoil devant elle les bataillons de la Mure, de Vizille et du bourg d'Oisons, chargés de faire la première attaque, avoit déjoué une partie de leurs projets.

11 La légion de l'Hérault établie en réserve , je lis placer des pièces d'artillerie à l'embouchure îles principales rues, pour tenir en respect la ville, et empêcher que le feu de la mousqueterie ne u gageât dans les rues : il étoil alors onze heures et demie, ctla fusillade avoit lieu sur toutle front de la place. Au nord et à l'est, les déluchemtus de la légion de l'Hérault, et quelques hommes de la

Sarde départementale et de la garde nationale éfeudoient l'entrée de la ville aux rebelles ; au midi, la légion de l'Isère se dirigeoitsur Eybens, malgré plusieurs charges à la baïùnuettc, qui lui

forent faites par des colonnes ennemies qui arri- Voient successivement. Cette situation dura jus-

Îu'à deux heures et demie du matin, que les réelles, repoussés sur plusieurs points, se retirèrent, tandis que ceux de l'intérieur delà ville, maintenus ar l'artillerie et la bonne contenance de la légion e l'Hérault, ne Crent aucun mouvement* On ramassa » le lendemain , les armes de ceux-ci , qu'ils avoient laissées sur les remparts» entre la porte Très-Cloître, la porte Bonne, et dans presque toutes les allées et rues de la ville , où ils s étoient réunis dans l'obscurité.

» Le colonel de Vauttré, justifiant parfaitement la bonne opinion que j'avois de lui, poussa l'ennemi jusqu'à Eybens , où il se dispersa dans les montagnes qui dominent ce village. Le jour arriva sans qu'aucun autre événement extraordinaire ne survînt} je me portai aussitôt de ma personne sur la route d'Eybens. En sortant de la porle de Bonne, je trouvai les cadavres des premiers rebelles tués sur les glacis de la place, d'autres un peu plus loin, et successivement sur la route que je parcourois. Un rapport de la police a dit cependant qu'il n'y avoit eu que sept nommes tués; mais ce ne fut que le surlendemain 6, que la police envoya sur les lieux pour reconnoître les cadavres, et, durant cet intervalle, les parens et les amis de la presque totalité de ceux qui avoient été tués s'étoient empressés de les faire enlever et enterrer. C'est ainsi qu'on dénature tout. Eh quoi ! l'ennemi n'auroit perdu que sept hommes, quand la légion de l'Isère, seule, se nattant contre un nombre dix fois plus fort, et obtenant la victoire, a eu deux hommes tués et quatorze blessés.

»Sire, tels sont, dans l'exacte vérité, les faits qui depuis lors ont subi tant d'altération pour servir d'auxiliaire à l'esprit de parti.

ï) Rentré chez moi, le 5 mai , à onze heures dn

a» M dit. »

den

nisé cett pan

assit

matin , mon premier soin fut de faire amener devant moi l'officier que j'avois arrêté la veille, ctmie je soupçonnois être l'un des principaux complices de la sédition- Je voulois obtenir de lui de» éclaircissemens sur cette criminelle entreprise, mais inutilement je l'interrogeai; il se renferma d'abord dans la dénégation la plus absolue, L* ■oir de ce même jour, son père se présenta chez moi, ctm'assuraque^si je voulois promettre la grâce de son Gis, il se laisoit fort de le déterminer à dire tout ce qu'il pourroit savoir. Je crus devoir donner cette assurance, à condition d'une révélation -entière. Je permis au père de voir le fils dans sa pri- ■on ; à son retour, il vint me confirmer qne son fils étoit prêt à tout m 'avouer, à condition qu'il ne ■eroit point jugé , et qu'on lui feroit grâce de la vie, ce que je promis.

» Cet officier, mmmé Arïbert, lieutenant au corps royal d'artillerie, m'a déclaré qu'au moment où je l'arrêtai, il alloit joindre un de ses camarndes, nommé Palais , aussi officier d'artillerie j que tous deux dévoient se rendre à l'un des faubourgs de la ville appelé la Perrière , où les attendoit un détachement ayant à sa tête le nommé DioneL, chirurgien , avec lequel ils dévoient aller s'empa ■ rer del'Arsenal , et se rendre maîtres de ma perlonne, mon hôtel étant tout près de cet établissement. Un plan général, organisé dans l'intérieur delà ville, étoit dirigé par le nommé Biolet, chef de bataillon ; dix détachemens, les uns de vingtcinq , les autres de cinquante et de cent hommes , commandés par des officiers, dévoient s'emparer des différentes portes de la ville, à, onze heures et demie du soir, et les livrer à des bataillons organisés dans les campagnes, qui se tronveroîent a. cette même heure sous les murs de Grenoble. Une partie des habita ns devoit s'unir aux rebelles , pour assurer l'occupation de la place.

Interrogé sur le plau général de cette conspira ~

( »9) lion , le sieur Aribert nie répondit qu'il savoit que Didier en étoit le principal agent ; qu'aussitôt Grenoble occupée, le général d'Er... de voit prendre le commandement des troupes , qui , après quarante-huit heures, se trouveroient réunies au nombre de quinze à vingt mille hommes, marcher de suite sur Lyon, pour se joindre à plus de cent mille individus qui arriveroient des aépartemens de l'Auvergne, de l'Ain et de la Drôme; de là; cette armée se dirigeroit à grandes journées sur Paris , où tout étoit préparé pour la recevoir, renverser le gouvernement des Bourbons, et mettre sur le trône le fils de Buonaparte.

» Telles furent les déclarations de cet officier, qui ont été ultérieurement confirmées par les révélations de Didier, avec lesquelles elles coïncident parfaitement.

» Didier a dît que deux grandes réunions, formées à Paris sur la fin de 1 8 1 o , qui prenoient le titre de société de l'indépendance nationale, avoient organisé un plan de conspiration; qu'il avoit été nommé leur principal agent, pour commencer le mouvement à Lyon ou dans le Dauphiné, ces lieux ayant été désignés comme les plus propres à donner l'impulsion , attendu les bonnes dispositions que Ton y connoissoit en faveur de ce parti.

» Six autres agens dévoient également parcourir les départemens de la France dans d'autres directions , pour seconder les opérations commencées à Lyon et dans le Dauphiné. Didier partit de Paris, le 20 octobre 181 5, avec des notes sur des agens subalternes, çlévoués à cette cause, qu'il devoit trouver dans trente-six départemens, et qu'il a déclaré avoir rencontrés au nombre de cent dix-neuf. Il établit avec eux des relations, en parcourant la Bourgogne, l'Auvergne, la Franche -Comté, le Bourbonnais, et ensuite le Dauphiné ; de là , il fut s'établir à Lyon , dans les

premiers jours de janvier 1816, pour commencer son mouvement par eette ville.

«Le complot, à la veille d'être mis en exécution, fut découvert, le io> janvier au matin, par le général Maringonné, commandant le département du Rhône (i), sans que la police fût instruite de rien : plusieurs de ses complices arrêtés alors ont Été récemment jugés. Ce premier échec ne le découragea point; après avoir de nouveau parcouru cette province, assuré ses relations, établi ses agens qui dévoient entraîner chaque canton, désigné le nommé Biolet, chef de bataillon, pour organiser et commander les détachemens dans la ville de Grenoble, il fit un voyage en Italie, revint par le Simplon à Lausanne où il eut, avec des personnages importans qui se trou voient au château de Prangln dans le Valais, une conférence dans laquelle lut déterminé le jour précis où le mouvement auroit lieu sur Grenoble; et sur le premier avis qui leur eu seroit donne, ces personnages dévoient se rcudredans cette ville, pour preudrele commandement général des troupes (a).

» A son retour dans le département de l'Isère, Didier vint établir son quartier-général chez le sieur Buisson à Echirolle, près de Grenoble; tout étoit préparc pour une attaque prochaine : il avoit organisé chaque canton en bataillon dont il avoit donné le commande ment à des officiers supérieurs.

«Didier voulutencore avoir des douanierspour aiiKiliaires. Le sieur A***, un de leurs chefs, s'engagea , le ag avril , de diriger sur Grenoble, dans la nuit du '\ au 5 mai, deux cent n équipés , ut donner

(i) Ce qui a valu a cei officier , de rt'èlre plus employé depu» celle <W,jue.

(a) J'ai mi dïpuii i|u'un Je cm personnage» <Sloit dam Grenoble le jour menu; de l'attaque.

cinquante douaniers bien arn

lés et bii

tons vieux soldats ; et, pou

l'éveil, le sieur A"** devoit

échelon]

(ai)

gades depuis Pontcharra, village de l'extrême frontière, jusqu'à Giers, distant d'une lieue de Grenoble, afin d'entraîner dans le mouvement la population de la vallée. Le sieur A*** avoit promis d'arriver à la porte Très-Cloître au même instant que Didier se présentèrent à la porte de Bonne 5 mais, calculant les conséquences d'un échec, il se décida à faire faire son mouvement par un de ses employés, en lui recommandant de n'agir de son point ae départ de Giers que lorsqu'il entendroit un coup de canon, signal convenu pour faire connotlre l'occupation de Grenoble aux cantons environnans. Le signal n'ayant pas eu lieu, il ne fit lui-même aucun mouvement offensif, et Didier a attribué en partie à celte inaction la non-réussite de ses projets.

» Didier m'a avoué lui-même avoir fait sa première attaque sur la porte de Bonne, avec quatre cents hommes qui étoient ceux de la Mure et de Mens; repoussé jusqu'à la Croix-Rouge, il fut rejoint par le bataillon duBourg-d'Oisaus, fort de trois cents hommes, avec lesquels il se rallia, et fit une seconde charge sur la légion de l'Isère. Repoussé de nouveau jusqu'à moitié chemin d'Eybens, il fut secouru par ceux de ce village, de Vizille et des enVirons, formant près de mille hommes. Là eut lieu la troisième et dernière charge, aussi infructueuse que les précédentes. Didier eut son cheval tué > le capitaine de gendarmerie Joamini tomba percé de coups.

«Indépendamment ae cette attaque, un corps de rebelles commandé par le chef de bataillon Brun, dit le Dromadaire , escaladoit les murs de la Bastille pour descendre dans la place ; d'autres détachemens armés qui dévoient pénétrer par la porte de France , s'avançoient à dix heures et demie du soir, lorsqu'ils arrêtèrent sur la route une cstafelte

f>our Lyon, envoyée par M. de Montlivaut ; ils ui prirent ses dépêches, et la retinrent jusqu'au

'il me parla i qu'il auioit

moment que des signaux leor annoncèrent que l'affaire avoit échoue. (Ce postillon habite encore Grenoble.) Telles lurent les déclarations de Didier, qu'il m'a réitérées en présence du chef d'escadron Dagoult , aide-de-carup du ministre de la guerre; c'est devant cet officier c encore de conférences et de relalio eues par l'intermédiaire d'un tiers, avec un pi sonnage dont je dois taire le nom, cl dont Sou Exe. le ministre de la puerre a dft , SlBE, vendre compte à Votre Majesté.

h Les sieurs Durif et Dussert, complices de Didier, juges par la Cour pie vftlnle, et auxquels VOTBS Majesté a fait grâce, ont dmmé des explication* s détaillées, mais absolument conformai à celles qui précèdent. Le sieur Roblin , aubrrgiste à Evbens, où se réiMiissoienl les conjurés, a fait également des aveu* très- détaillés el encore plus étendus. Le colonel Camille-Gantier, auquel Didier avoit fait des propositions pour entrer dans la conspiration , m'a de cl an'1 avoir élé instruit alors par Didier, de tout ce que celui-ci m'a révélé....

» Les rapports des chefs militaires et des l'unei civils de presque toutes les provinces de France, ont appris que ce même |Our, 4 ma» 1816, ou à des époques très- rapprochées r des mouvemens d'effervescence ont eu lien dans les principales villes , preuves Lien positives des ramifications étendues qu'avoit la conspiration.

» Ainsi que j'ai eu l'honneur de l'exposer à Votre Majesté, l'occupation d< Grenoble tic voit être annoncée par des signaux et des messages particuliers. Et voilà ce qu'on appelle une affaire de localité, un simple mouvement séditieux, qui ne pouvoit troubler la tranquillité* publique que sur un seul point du royaume !

j> La police avoit prévenu cet événement trois semaines d'avance; je n'ose me livrer aux réflexions que feroit nattre une semblable assertion.

( tf )

» Avoir prévu un événement oui pou voit entraîner le bouleversement de l'Etat, qui pouvoir coûter la vie à des milliers de Français, qui en a fait périr plus de cent sur le champ de bataille, et vingt-six sur Féchafaud , et ne l'avoir pas em-

Sêcné lorsqu'une seule patrouille de gendarmerie ans les cantons insurgés , pouvoit le faire ! » Sire, mon intelligence seroit ici confondue, si les faijs ne prouvoient pas le contraire de cette déclaration de M. le comte de Gazes, car il dit que c'est dès lors que des forces supérieures furent envoyées dans Grenoble.

» Son Exe. se trompe ; la garnison de Grenoble n'a pas été augmentée depuis le 7 avril , qu'arrivèrent de Valence les dragons de la Seine, sur mes ordres particuliers , approuvés depuis par le ministre de la guerre ; la légion de l'Hérault étoît dans cette ville depuis le *4 niars . De plus , j'avois l'ordre du ministre de faire partir les troupes de cette garnison qui seroient habillées, le 28 avril , pour aller occuper la ligne que devoit parcourir S. A. R. Madame la duchesse de Berry, depuis la Palude jusqu'à Lyon j moi-même j'étois appelé à Besancon , pour y faire partie du conseil de guerre

Îui devoit juger le général Marchand , quoique > eux ibis, j'eusse écrit au ministre,. pour lui faire observer combien je croyois ma présence nécessaire dans ma division : je pris sur moi seul, SIRE, dans l'intérêt de votre auguste service, l'initiative de. différer ce voyage. On invoque le témoignage de MM. les députes de l'Isère, sur le fait, que dms la matinée sept personnes a voient été arrêtées dans la ville, ce qui auroit empêché que le complot n'éclatât dans les murs et au dehors. D'abord > ce n'est pas sept , mais seulement cinq individus qui furent arrêtés ce jour-là : les sieurs Ravix , chef de bataillon à demi-solde , Teston , avocat, Michel du Fléau, propriétaire, Benoit et Qetjtous deux avoués 3 ces individus n'ont fait

aucune déclaration i du moi police ne m'en a point

soirmême. L'un d'e fut un des premiers uffi n'ofiri t ses services, et qu

«'ils en on fait, la lé; ils furent relâchés le ihefdebalaillonRavix, iers à demi - solde qui Votre Majesté, en ré-

pense de sa bonne conduite, a mis en activité

dans une di

» La police prétend aussi que ce n'est que par ses «oins que Didier, principal agent de la conspiration , a été arrêté , taudis que c'est aux carabiniers royaux de S. M. le Roi de Sardaigne, que cette arrestation est due, d'après l'indication de deux de ses complices , Durif et Dussert, dans l'espoir d'obtenir leur grâce. Si les bandes qui attaquèrent Grenoble dans la nuit du 4 au 5 mai , étaient des paysans égarés qui venoient assistera des réjouissances , à des fêtes, pourquoi arrivoient-ils avec des fusils , des cartouches à balles et des armes de toute espèce ? pourquoi leur avoit-on donné des chefs pour les commander? Enfin, comment les faisoit-on arriver entre onze heures et r pas de charge, et aux cris de Vingt-deux rebelles , choisis sur une centaine pris les armes à la main, ont été fusillés sur les glacis de laplace. SIRE, pavois sollicité la clémence de Votre Majesté en faveur de sept des condamnés;

ive fempere

>rdo .pas de.

lie tes tuer

une dépêche télégraphique c sur-le-champ; te n était donc

» Après le 4 niai, le chef de la police, dans ce département, voulait me déterminer à faire renfermer dans la citadelle de Grenoble tous les ofK- •sà demi-solde delà division; cette proposition me fut laite en présence du premier président et du procureur-général , ainsi que des magistrats composant la Cour prevôtale ; qu'aurois-je fait, si je m'étois laissé aller à une pareille insinuation ! Mais je n'ai jamais confondu la conduite des officiers, la plupart entraînés par la crainte de perdre leurs emplois, source unique de leur existence,

avec cette classe d'hommes intrigans et factieux par principe et par ambition , qui , depuis vingtcinq ans, se font un jeu de livrer lh France à' tous les genres de révolutions , pour en retirer la plus grande somme de biens pour eux-mêmes , sans jamais rendre aucun service, sans jamais courir la chance d'aucun péril ! Ce sont ces hommes qui , entretenant le peuple dans de fausses alarmes , inquiétant l'armée sur le sort que l'auguste famille des Bourbons lui réservoit, ont amené les malheurs que Votre Majesté a déjà éprouvés depuis son retour en France , et qu'ils feroient naître encore s'ils en trouvoient l'occasion. Voilà , SlftE, les véritables ennemis de l'Etat et du trône , et non les soldats français , qui , bien conduits , ne manqueront jamais à leurs devoirs et à l'honneur.

» Je suis, avec le plus profond respect,

de Votre Majesté ,

SIKE,

» Le très-humble et très-obéissant serviteur et sujet,

» Lé lieutenant-général commandant la septième division militaire ,

» Vicomte Donn adieu. »

Grenoble ,[26 janvier 1817.

Je joins ici une pièce essentielle, et qui montre

Îuel étoit l'état du département de l'Isère à l'époque es événemens de Grenoble.

Evénemens du £ au 5 mai 1816, qui sont de la connoissance du sieur de Ravel 9 chevalier de Saint- Louis , maire de la commune de la Mure, et du sieur Chuzin , notaire et adjoint de cette commune*

« Les événemens du 4 au 5 mai ont été assez remar-

quables pour être généralement connus ; mais trop de gens s'en sonl occupés , pour que la voix publique ait pu les rapporter e xaelemint ; et, répélés par un grand nombre de bouches , ils ont dû subir beaucoup de variations. Les sieurs de Ravel et Cbuzin , qui n'eu savent la majeure partie que sur des récits vagues et mal circonstanciés, ne peuvent rendre compte que de ceux dont ils ont été les témoins, et auxquels ils ont participé ; s'ils entreprenoient de donner de plus grands détails, ils pourroïeut tomber dans quelques erreurs, ou commettre des inexactitudes : ils se bornent donc à raconter ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux: ou l'ait eux-mêmes. Le i" mai, le ma ire et l'adjoint delà Mure se trouvaient à Grenoble; le maire partit de cette ville le a mai au malin , et arriva le même jour à la Mure ; l'adjoint en partit le 3 à une lieure après midi, et arriva à la Mure le même jour à sept heures et demie du soir ; il vit à son arrivée le maire, qui Ini demanda s'il se passoit à Grenoble quelque chose de nouveau, ajoutant qu'il régnoit à la Mure de l'agitation;. le sieur Chuzin s'aperçut en effet qu'il paroissoît y avoir beaucoup de mouvement, mais à onae heures du soir tout lut dans le plus grand calme. L'agitation recommença le lendemain malin . le maire et l'adjoint prirent tous les moyens propres à en découvrir la cause; à trois heures du soir ils. apprirent que sept à huit mille individus de la Mure, de Viaille, du Bourg-d'Oisaus et d'autres cantons des environs de Grenoble, devaient se réunir à Ey- Lens vers les dis ou onze heures du soir, y trouver des armes, des vivres, des munitions, et être commandés par Didier, ex-avocat à Grenoble, et ne nommoit pas, c des feux allumés urotent indiqué le . juta que Didier et les siens «voient dans Grenoble un parti considé-

ad personnage qu on sur celle ville dé* qu la Bastille a moment favorable- On leur

elmarch

sur la inontagi

( *7 ) rable , qui devoit leur ouvrir les portes de la ville, faire main-basse surtout ce qui sopposeroità leur entrée, arborer le drapeau aux trois couleurs, et sonner le tocsin qui devoit se répéter dans toutes les campagnes, pour en insurger les habitans. Instruire les autorités de ce qui se passoit, et faire maintenir Tordre dans la Mure, fut la première pensée des maire et adjoint de cette commune.

» Le maire resta à la Mure, et se promena sur les avenues, pour voir s'il entroit ou sortait des étrangers. «

» L adjoint partit lui-même à trois heures pour se rendre à Grenoble auprès des autorités supérieures ; il rencontra sur la route , entre la Mure etl'Âffrei, plusieurs groupes de conjurés qui ne < s'opposèrent point à son passage $ mais en descendant a Vieille, un peu au-dessous de TAffrei, il fat arrêté par une vingtaine de conjurés qui l'insultèrent, et le forcèrent de faire route avec eux. Arrivés au chemin qui conduit à Champ , il crut pouvoir se débarrasser de son escorte incommode ; il pressa vivement son cheval qui se fraya un passage, et suivit le chemin; mais, à quelque distance, il fut arrêté par trois individus placés à cet endroit pour en intercepter le passage , précaution que les conjurés avoient prise à tous les chemins tendant de la Mure à Grenoble.

» Arrêté par ces sentinelles , et atteint par ceux de l'escorte quil'avoient poursuivi, le sieur Chuzin fut forcé de rétrograder. On le fit descendre de cheval ; il fut insulté , maltraité, et conduit à pied jusqu'à Vizille.

» Il étoit six heures et demie lorsqu'on entra dans le bourg : tout y paroissoit tranquille, et ceux qui l'escortoient faisoieht tout haut la remarque que le mouvement n'étoit pas encore donné, et regrettèrent de n'avoir pas suspendu leur marche , en gardant le sieur Chuzin avec eux* » Ne voulant retourner sur leurs pas, ils se di?>

visèrent : les uns suivirent des sentiers hors du bourg, et les antres continuèrent à accompagner ]c si. -or Chuzin sur la grande route. Parvenu au milieu du bourg, le sieur Chuzin, pour si- débarrasser de'ses surveilla ns, lnur abandonna son cheval ; il entra chez le sieur Chuzin , son parent, fit appeler le maire de Vi/ille, lui fit part de ce qui m- Iramnit . et del'inU'iition où il ctoitde se rendre à Grenoble auprès des autorités , quels que fussent les dangers qu il pût courir.

h Cependant ne pouvant prévoir quelle seroit l'issue de sa démarche, ignorant s'il lui seroit possible de parvenir jusqu'à cette ville, le sieur Cbuzin instruisît M. Iepréfet de ce qui se passoit, . par une lettre faite à la hâte, que M. Boulon , maire de Vizille, se chargea d'envoyer par voie sûre. Après cette précaution, le sieur Cru

mit en par une p.

plaine de Vizille

d'exécuter orte dérobée,

1 projet; il s'échi

apa

rapidement 1 ontagne de Cornage we-Jarrîe, 1rs lies d sentiers détournés, vin

le-champ à la pr ce qu'il avoit vu dans la présente ;

irtes de Grenoble , et si

fecture, où il rendit compte de tel à peu près qu'il est contenu il étoit alors neuf heures du soir.

i Signé le Chevalier de Ravel et Chuzin.

Pour copie conforme à l'original resté entre

« Le Lieutenant~gènèral ,

Vicomte Dohsadieu. »

mes

Je demande maintenant à la France entière , qui de M. le ministre de la police ou de moi doit être comptable du sang versé; sur quelle t£te il doit retomber? Ce ministre a été prévenu , averti pendant cinq et six mois à l'avance, de l'attaque

(*9) qui se préparent contre le trône et l'Etat. Il a refusé constamment de s'en occuper; il a persuadé au conseil que les avis que je donnais ne méritoient: aucune attention. Cependant l'événement annoncé éclate ; la conséquence de cet événement coûte la vie à plusieurs hommes égarés : qui doit être comptable? Qui est le coupable, le criminel, de celui qui a tout fait pour prévenir l'explosion , qui a dû se jeter au travers les flammes pour arrêter l'embrasement, ou de celui qui, par la plus simple surveillance, pouvoit tout prévenir, tout empêcher, et qui n en a rien fait; qui, au contraire, a agi comme s'il eût voulu que ce vaste incendie ne rencontrât aucun obstacle ? Quel estle but de l'institution de la police ? quels sont les devoirs d'uni ' ministre de la police , si ce n'est de connoître toutes les trames , tous les complots qui peuvent s'ourdir contre la sûreté de l'Etat, et d'en pré venir l'exécution? Des peuples entiers peuvent être entraînes par des factieux ; c'est à la police à surveiller ces grands criminels , prémunir les peuples contre les pièges qu'on leur tend , en étendant sur eux une vigilance plus grande et plus sévère $ et quand , au lieu de ces soins, on s'obstine à fermer les yeux sur les agitations qui précèdent les tempêtes ; qu'on accuse même ceux qui les annoncent; qu'à la suite d'une telle conduitele vaisseau menacé du naufrage ne se sauve qu'en versant le sang des hommes , qui , je le répète encore, est responsable des sanglantes catastrophes qui arrivent? Qui est ici le véritable meurtrier de ses concitoyens , de celui qui forcé , pour le salut de tous, de faire peser le glaive des lois sur la tête des coupables, ou de celui qui devoit et pouvoit éviter qu'il y eût un seul criminel? Si un officier commandantles avant-postes d'unearmée prévenoitle général quel'ennemi me-

qui a annoncé l'attaqu*, est-ce celui-ci qui seroit responsable ensuite du sang qu'il en auroit roule. pour sauver l'armée, ou du général qui aurait inéconnn ou trabi ses devoirs?

Si je de vois répondre à ceux qui prétendant ridiculement m 'accuser d'avoirsoustraitles coupables à leurs juges naturels, je leur diroiaques'ilss'étoient donné la peine de lired ans le code (les lois, le décret du i4décembrei8i i , qui n'a été abrogé par aucune nouvelle loi, ils auroient vu que dans les places en état de siège, les tribunaux ordinaires sont remplacés par les tribunaux militaires. La ville de Grenoble et le département de l'Isère étoîenl en état de siège : ils Vétoient de fait, par l'étal de guerre ou il» s'étoient mis contre le gouverne-* ment ^ et ils l'étoient encore par les ordres des niî-f nislres du Roi , en son nom. Ce ne sont pas des tri4 bunaux créés ad hoc, qui ont jugé les coupables; mais le premier conseil de guerre permanent de la division , devant lequel je les ai lait traduire. Ce jugement fut confirmé par le conseil de révision , jclcs ai faitjuger militairement, non-seulement parce que tel étoit le vœu de la loi, tuais aussi parce qu'un châtiment promut et sévère pouvoit seul prévenir une seconde tentative d'une population armée , qui n'aroit été que déconcertée , et non contenus par une poignée d'iiommes.

Quant au détail de cruautés, cet indigue soupçon ne peut m 'atteindre j ceux qui m'accusent eux-mêmes ne le croient pas. J'en appelle au Du mpbiné tout entier : qu'il parle , qu il dise s'il m'a connu de tels senti ni eus ! J'ai dû remplir de pénibles devoirs, mais je les ai remplis en homme d'honneur, en homme de bien ; fai fourni une carrière honorable et sans tache . les infamies et les absurdes fables que M. le ministre de Ca7.es s'est ' plu à faire répandre en France et dans les pays étrangers, ne peuvent rien contre mot j j'ose espérer que notre pays nous jugera incessant-

ment l'un et l'autre. Je demanderai à ce ministre comment il se fait qu'après avoir annoncé à la tribune des Chambres que cette sédition de Grenoble n'étoit rien , que ce n'étoient que quelques hommes qui venoient assister à des réjouissances : pourquoi , lorsque je lui ai demandé la grâce de sept 4e* condamnés , a-t-il répondu

de les faire mourir sur-le-champ Dans quelle

contradiction les hommes que la passion ou le crime dirigent, ne sont-ils pas dans le cas de tomber ! celui-ci veut qu'il n'y ait point de principe de sédition ; la sédition éclate-t-elle? pour couvrir son ineptie ou sa culpabilité, il devient inexorable. Ce premier moment de crainte est-il passé? pour échapper au reproche de n'avoir rieu tu prévoir, il faut alors démontrer qu'il n'y a pas eu sédition 1 Voilà depuis quatre ans quelle est la conduite de ce digne ministre , qui se joue à la fois du monarque dont il a surpris la confiance , et de la nation , au milieu de laquelle il a semé toutes les divisions et toutes les naines , en renversant à la fois tous les principes de justice. Dan* quel dédale d'impostures n' a-t-il pas fallu chercher à cacher la vérité ! quelle torture n'a-t-il pas fallu donner à la raison et au bon sens, pour montrer le bien oà étoit le mal, l'honneur où étoit la bas-* sesse ! Oui , seul j'accuse ce ministre de tout le sang versé depuis quatre ans, et de tout le mal

prêtent (i).

J'arrive à cette horrible et scandaleuse affaire de Lyon , dans laquelle aussi on a bien voulu me faire jouer un rôle , en introduisant un témoin qui a déclaré devant les tribunaux avoir été chargé par moi d'aller proposer au général Canuel de

"(i) En accusant cet homme des maux passés et du malais* présent , attelles pensées pénibles et humiliantes n'éproove-t-oa pas pour l'honneur de son pays, en yoyaat quelles mains, quels ministres disposent de son sort }

m'entendre avec lui pour simultanément faire soulever le Dauphiné, à l'instant où il i'eroit faire un mouvement dans Lyon. Tous mes cheveux se dressent à la pensée de cette infernale conception du crime! sous le gouvernement légitime, (et qui dit légitime, dit ce qui est juste par-dessus tout) employer les mêmes moyens qui furent jadis l'opprolire de notre paya , sous les règnes épouvantables des Danton et des Robespierre, voilà ce qu'un Français n'oseroit croire , et ne croira pas peut-être ! Je dois cependant avoir la conviction intime que le témoignage , que la déclaration du malheureux qui est venu proférer tel blasphème devant les interprètes des lois, a été suborné et acheté par un agent de la police venu de Paris, par un envoyé du ministre du Roi. Et centre qui ce moyen odieux a-t-il été employé,

Sour perdre des lieutenans généraux des armées u Roi, par cela seul qu'ils lui a voient été lidèles, et qu'ils avoient étouffé des conspirations qui dévoient encore une foi.i renverser le monarque de son trône? Que les hommes de bien réfléchissent sur de telles manœuvres employées pour Srouvcr que nous élions , nous, les instigateurs es rébellions que nous avons réprimées. J'ai fait connoitre comment j'avots été l'auteur du désastre arrivé en Dauphiné. Je vais maintenant prouver la part que j ai prise k celui de Lyon , et jeter quelque jour sur la combinaison crimiuelle^jui a voulu faire peser sur la léle du général Canuel la responsabilité de ce triste événement.

Dans le discours que j'ai rapporté de M. le comte de Caies, dans la séance du i 5 janvier 1817, en se disculpant de n'avoir pas su prévoir la sédition du Dauphiné, ce ministre dit a que, quand » il seroit vrai que l'administra tiou auroit été imii prévoyante sur un seul point, il ne seroit pas » moins vrai de dire qu'elle auroit encore bien u mérité de la patrie par son suces sur tous les

» autre* points du royaume, m Je ne sais sur quel point du royaume l'administration de M. de Gazes a eu quelque succès 5 je sais qu'à Bordeaux, èT Paris, pas plus qu'à Grenoble, la police n'a point empêché le sang français d'être versé. Mais «om- : ment s'est-il fait qu'après de tels malheurs, qu'a- .;

Î>rès s'être reconnue elle-même imprévoyante sur f es événëmens de Grenoble, elle 1 ait été encore) d'une manière aussi étrange sur céuï dé Lyon^ surtout quand on lui prouvera, comme je vais le faire, qu elle a été instruite à l'avance ducomplbt qui se tramôit dans cette ville?

J'avois écrit, pendant le courant du mois de février 181 7, aux ministres du Roi qu'une nouvelle fermentation se manifestait dans le Dauphiné ; que je croyois que le siège de toutes ces menées ctoît dans Lyon ; qu'il étott nécessaire dé porter une attention particulière sur cette ville. Le mi-J lustre de la guerre me répondit, le 10 mars suivant: a Monsieur le vicomte, les dernières com- » municatiens que vous m'avez faites dans la der- ' » ni ère quinzaine de février sur la situation des » département qui composent la septième division 9 militaire, ont été l'objet d'une attention sérieuse? » de la part des ministres du Roi : elles ont donné » lieu à quelque rapprochement avec les rensei- » gnemens venus d'autre source (1); et, de cet » ensemble, il a paru résulter qu'en général des » alarmes trop vives avoient été conçues ; des avis » qui vous ont été donnés ont été reconnus

» n être pas fondés, etc Signé le duc DE

a Feltre. »

Je répondis à cette lettre immédiatement, le i5 du même mois. Je commençai par prier M. le duc de Feltre de vouloir bien assurer au conseil que je n'avois pas conçu de vaines alarmes ; que, pour

(1) Cette joorec était celle de la police. aflJSd/t. 3

mon compte, je répondois que, quelles que fussent les menées des agitateurs , dans le Dauphiué , elles échoueraient devant la l'crmeté des autorités et la bonne contenance des troupes; que, quant à ce qui se passoît dans la ville de Lyon, je me couteutois d'envoyer à Son Excellence, pour être mise sous les yeux du conseil, la déclaration ci-nprés du brigadier de gendarmerie de la brigade la plus rapprochée de Lyon en Dauphîné.

Lettres du sieur Cartier, brigadier de gendarmerie ù Saint -Laurent de Mitre, à son capitaine.

Le 37 février 1817.

« Mon capitaine, w J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'il existe dans les environs île Lyon un rassemblement de buonapartisles, lou« IW-s-aisés, dont plusieurs Vont du département de l'Isère; ils se k'iuii usent très-souvent, s'écrivent sans se signer, et toujours sous prétexte de commerce. Il s'agit du massacre des nobles et des prêtres. Ils ont initié dans leur mystère une personne dévouée à la cause royale, et qu'ils croient avoir des mollis de se plaindre du Roi, pour la perle d'une place qu'occupoilsoiv

Eive- cette personne doit se rendre dans l'asserulée de ces scélérats : elle en a prévenu M. le préfet du Rhône, ainsi que M. le procureur du Roi à, Lyon, de crainte d'être arrêtée comme complice; et son seul but est de connaître le nombre et lei» noms des individus qui composent celte bande, » Jedois, lundi prochain, être prévenu des démarches qu'aura faites ce bon royaliste -, et j'aurai l'honneur de vous tenir exactement informé du résultat.

» Il seroit possible que cette bande s'étendît jusqu'à Grenoble, parce qu'il se trouve sur celte route un maître de poste très-connu par son opinion. J'ai l'honneur, mou capitaine , de vous prier de garderie plus grand secret sur cette «fit ire; étant.

divulguée trop tôt, elle pourroit manquer. Comptez sur mon entier dévouement à la personne sacrée du Roi.

» Agréez, etc.

» Signé CàRLIER , brigadier. »

Deuxième lettre du même.

' ^ Le5marsi8i7t

« Mon capitaine,

» Il y a environ huit jours que j'avois- eu l'honneur de vous adresser une lettre qui ne de voit être remise qu'à vous seul} elle renfermoit des renseignemens sur un rassemblement qui avoit eu lieu dans les environs de Lyon : cette réunion tend à changer et à détruire l'autorité du Roi, etc., à ériger la France en république. J'ai l'honneur de vous adresser ci-jointe une déclaration d'un individu qui fait partie de ce rassemblement. J'ai recueilli tous les renseignemens, tels qu'il en a fait la confidence à un brave homme qu'il croit de sou parti. L'individu qui a fait cette déclaration est un nommé Troston, marchand debois, propriétaire en la commune de Saint-Georges-d'Éspéranche , canton d'Hérieux/ arrondissement de la brigade de Bournay.

» Je dois recevoir sous peu une liste de proscrits ; sitôt que je l'aurai, j'aurai Thonneur de vous l'adresser sur-le-champ. J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien m'accuser réception de la lettre précédente, ainsi que de celle-ci.

» J'ai l'honneur, etc. Signé Carlier. »

Déclaration faite par un individu qui conspire

contre le Roi.

n i°. Que la France étoîlsur le point de «'ériger en republique, ou , pour mieux dire, qu'on devoit déjà la considérer comme telle, tous les préparatifs

étant faits , et que la révolution devoit éclater le même jour dans tout le royaume.

» 2°. Que les listes de proscription étoient déjà dressées; que lui (ce même individu) en ayoit une copie entre les mains, qu'il a- promis de faire voir à la personne à qui il en a fait la confidence le 3 mars courant.

» 3°. Que les personnes destinées à être portées sur les listes étoient désignées sous la dénomination de chiens , y plaçant en première ligne les nobles et les prêtres.

» 4°* Que la plupart des factieux ou conspirateurs étoient des gens très-riches , dont un grand nombre est de Lyon : mais qu'il y en avoit du reste de tous les cantons environnans.

» 5°. Les assemblées se tiennent aux Brotteaux

Eres Lyon, et se terminent ordinairement par des anquets somptueux , donnés, par Ils principaux, chefs et les plus riches.

» 6°. Le même a déclaré avoir assisté, dans l'intervalle du 23 au 28 février dernier, à uu repas déplus de quarante couverts,, du prix de 3oo fr. , dont les frais ont été supportés par un seul d'entre eux, lequel e>t plus que millionnaire.

» 70. Il doit y avoir au premier jour une seconde réunion qu'il n'a pu déterminer; mais il doit en être averti par un exprès, et ledit individu doit y conduire la personne à qui il a fait cette déclamation, en étant convenus ensemble.

» 8°. La même conspiration existoit avant le renouvellement des Chambres, époque à laquelle les assemblées cessèrent; lesquelles n'ont repris que depuis environ un mois ou cinq semaines.

» 9*. La correspondance ne se fait qu'en style énigmatique, et sans suscription. La personne à qui on a lait cet aveu en a vu plusieurs, adressées au déclarant.

» io°. Enfin, d'après les propos dudit décla-

( 37 ) ' rant, il paroi t que la bagarre devrait éclater tout prochainement.

m ii*. Ledit déclarant a en outre dît qu'une partie des troupes en statîbn a Lyon leur étoit vendue, et «ju'il y en avoit assez pour opérer la défection du reste , à l'événement Ae fa débâcle;

» Cette pièce, écrite en entier de la main du brigadier Garliér,- n'est point signée ,' et a été transcrite littéralement par le capitaine soussigné.

» Grenoble, le 8 mai* 1817.

» Le Capitaine de gendarmerie dû département de t Isère ,

a Signé MoNNlER. »

H me setablequè de tels renseignemens méritoient quelque attention. Peu de temps aprè* Tenvoi de ces pièces, un inspecteur-général de police, le sieur Biorideau, venant de Paris /passant par Grenoble, à qui je parlai des détails qu'a voit transmis ce brigadier 'de gendarmerie, me répondit que cela ne mer i toit aucun intérêt, que rien de tout ce qui étoit contenu dans lé rapport n'étoit vrai. Cependant les progrès 'de l'effervescence se faisant \ivement sentir, sur plusieurs points de ma division, et notamment dans les cantons du département dé l'Isère lés. plus rap-

J>rocbés de Lyon , j'écrivis au ministre de la guerre a lettre suivante:

Grenoble, le aSmai 1817.

« Monsieur le Maréchal ,

» Le a5 du uiois dernier, j'eus l'honneur de rendre compte i Votre Excellence, que quelques malveillans, profitant de la misère publique, a voient cherché à soulever une- partie des h gitans de rarrandistyemçint de W X°uî--du-P^ tf\ principalement dans les communes de Saint-£feef, Morattèle et autres. A k fU»te 4 Mfr*cte 4W^usa-

lion, dresse contre uni; trentaine d'individus par M. le procureur du Roi prés le tribunal de première instance séant à Bonrgoin , la Cour royale de Grenoble a cru devoir, vu l'importance dc« faits, envoyer sur les lieux un de ses président, accompagné d'un conseiller et du greHier en chef , pour en informel" plus complètement.

« M. Dubois, celui des président de la Cour royale, qui a été délégué pour cette information , vient de me faire conuoltie à l'instant, qu'il croyoît que le besoin et la misère n'étoient que le prétexte des manœuvres qui a voient été pratiquées, et que le véritable luit étoît d'opérer une réunion assez considérable, dans un rayon d'une vingtaine de lieues de circuit, sur tons les points qui avoisinent le pins les bords du Rhône et Lyon, pour agir ensuite sons la conduite d'un général et d'un colonel . L'un des- prévenus de cette séd ilion , sur les douze qui ont été amenés à Grenoble, a fait cette déclaration. M. le président Dubois pensi-

Ïie le foyer de toute cette petite trame est d.ins yon : ce sont des individus de cette ville, qui virnnPnt parcourir les campagnes pour inquiéter et pousser les habitans à des monvemens insurrectionnels. En cas d'événement, j'ai fais établir un détachement de cavalerie à Rourgnin ,

Sour seconder au besoin les autorités de ie( aiTonissemenl .

m Je suis, etc.

« Ia- général commandant lu teptirme division1 militaire,

i Signé le Vicomte DoîJNU>m\ »

Jiéponse cle Son Excellence.

Paris, c 3 juin 1S17.

« Monsieur le vicomte, j'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrtre, les 24 e* 'ij mai.

A la première, étoit jointe celle qui vous a été

( 39 ) «dressée par M. le comte cTAndzeno, commaudant militaire du duché de Savoie/ etc.

» La seconde contient des renseignement sur les tentatives faites pour soulever une partie de l'arrondissement de la Tour-du-Pin, et des conjectures sur la liaison de ces manoeuvres avec celles des ma] ve il] ans de Lyon., et la rentrée de l'cx-chef de bataillon Biol et. Tai fait part de vos réflexions au minisire de la police générale .

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» Signé le Maréchal Duc DE Feltre. »

Voilà comme je m'en tend ois avec le général Canuel pour faire soulever les provinces soumise» à notre commandement. Que les hommes honnêtes,, vrais et sans passion, jugent entre nous et M. de Gazes , quel est le véritable instigateur et fauteur des troubles publics. Après avoir lu cette corres-

}>ondance qui ne laisse aucun doute sur la surverlance particulière que ce ministre devoit apporter sur la ville de Lyon , que penseront-ils , dis-j«, non seulement sur l'explosion d'un événement si positivement annoncé, mais bien plus encore sur

ses monstrueuses conséquences?.... Malgré le

peu de cas qu'on fasse de nos avis, malgré même les "reproches que nous valent nos avertissemens (i ) , nous ne cessons de prévenir sur les mou*

(i) Il y a une chose à observer dans celte circonstance, c'est que je fusblâin**' jiar le ministère pour les monvemens de troupe» que j'avois Cait uire , précaution sans laquelle j'ai la certitude qu'un événement pareil à celui de Lyon auroit eu de nouveau lieu en Dauphiné. Toutes les provinces de France furent alors agitées, partout presque il y cal des séditions . et Tordre ne fut pas un moment troublé dans les départemens de la 7e division » quoiqu'ils fussent ceux du royaume qui eurent le plus à souffrir ne la disette Un ami de M. de Cazes, commissaire de police, M- de SainneviUe .dans nn écrit qu'il a publié sur la- rébellion de Lyon, en accusant le, général Canuel de ne l'avoir pas «ni péché e en faisant faire au dehors des détathemens à ses troupes , m'accuse, moi, d'avoir alarmé les habitans du Dauphiné dans ce mhme moment, par ceux. que je fis faictaux troupes, sous. mes •rdres:

vemcns qui se préparent. Ces révolta éclatenlclles, la sûreté de l'Ftat esl-clle compromise, à peine ceux qui a voient tout lail pour en prévenir l'éclat les ont- ils comprimées, qu'ils en deviennent les auteurs, qu'ils sont poursuivis, ttaqués, traduits devint les tribu:

tels? Cherches dans les annales, dnns les fastes des nations, une perversité de crime qui égale celle-là! Mais ce n'est pas le ministre de la police, dira-t-on peut-être, qui a poursuivi ainsi M. le général Canuel; non, sans doute, ce n'est

Eas luî directement qui l'a fait comparaître devant ;s tribunaux; maïs quel est l'homme en France qui doute que lui seul ne soit l'auteurde ce tissu scandaleux d infamies? A Grenoble, la sédition n'a pas existé , on n'a pas osé davantage ; mais à Lyon, puisqu'elle avoil aussi échoue, il a fallu mieux faire: que cela ; il a fallu que le général même qui avoit ruiné une aussi belle entreprise, en ttevïiil l'auteur. Vu là l'action la plus audacieuse el la plus inouïe; voila comme M. de Cazes a su se justifier de n'avoir pas voulu ou supreveuir un complot contre l'Etat, qui a coulé la vie à diï-sept individus. CoiaLkm il eut été à désirer

3 ne MM. les députés eussent demandé compte 'nu pareil attentat ! On passe dis mois entiers à s*ucctq»cr d'argent, un demande au ministre des finances les détails lis plus minutieux sur l'emploi des subsides, et l'on n'éKve pas le voix pour demander compte de la vie et de In liberté des citoyens, à celui entre les mains duquel on les a confiées.

M. le ministre de la police peut impunément se jouer de l'une et de l'autre, et voilà les garanties sociales que nous oll'ie le système représentatif ! Si c'est a iusi qu'on entend celle forme de gouvernement en Fiance, je doute qu'il y ait un seul esprit sage, da us no tri pays, qui ne préfère le despotisme Je plus ::h ni n ; au moins , la , il n'y a qu un seul

maître : le despote a quelque intérêt à conserver l'Etat qui est son patrimoine, tandis que chacun exploite l'Etat pour son compte sous une tyrannie ministérielle. Je demande si les communes d'Angleterre auroient laissé passer sous silence des actions de la nature de celles que nous décrivons, où Ton s'est joué avec la plus impudente audace, non seulement de la vie des hommes, mais de toutes les garanties sociales ? Quelle confiance peut- il exister maintenant entre les gouYcrnans et les gouvernés , entre les administrateurs et les administrés, si l'autorité chargée de protéger et de défendre a , au contraire , pu tendre des pièges aux citoyens, pourles traîner sur les échafauds, comme ou a voulu le faire entendre j ou si , au contraire , apivs avoir rempli son devoir, et fait respecter les Joisy l'autorité a été traitée comme criminelle, comme l'agent du désordre? qui voudra, à ce prix,* administrer et commander une province? qui osera s'opposera toutes les rébellions, à toutes les cons-

firations qu'on voudra ourdir et tramer contre Etat? C'est alors que % par le fait, la grande maxime de nos temps de misère et d'infortune se trouve parfaitement établie : l 'insurrection est le plus saint des devoirs. Ainsi , plus de gouvernement, plus de lois; c'est à qui osera, à qui voudra s'emparer de la souveraine puissance. Et les députés chargés par la nation de défendre sea oroits, chargés du maintien sacré des lois, n'ont pas accusé hautement ce ministre, n'ont pas dresse contre lui l'acte d'accusation le plus formel ! n'ont pas exigé impérieusement, pour l'honneur de notre pays, dans l'intérêt éjnincnt de la société , que le ministre ou le général payât, l'un ou l'autre, de sa tête, le forfait nouveau qui vxnoit d'être commis! Inutilement on diroit que la majorité de la- Chambre ne se seroit pas rangée à cet avis : qu'importe , pour un honnête homme , la majorité ou aOU? U &'en doit pas moins faire son devoir, rem-

plie courageusement son mandat, élever la vois contre loutcequi est criminel, et contre tout ce traî &Ie«se les intérêts de son pays. Un solcLit ne s informe pas s'il rainera ou ne vaincra pas l'enïirmi ; il commence parle combattre, meurt o» venge sa patrie. Chacun doit en l'aire autant dans ].■ poste que l'Etat lui confie, en faveur de tout ce 'piî est juste et beau. El d'ailleurs, seroit-il vrai que l'attaque eut été sans succès? Pi'est-cc pas déjà tri* grand bien de démasquer le vice, de le dénoncer a l'opinion? La tribune nationale est faite pour cela ; c'est par file qu'un peuple régi par un goureraetneat représentatif doit être instruit de tout rr qui lui est utile ou nuisible.

Quelle que soit la démoralisation des hommes , ! évidence de la vérité , comme la clarté du jour,, trappe tous les yeux et en reçoit un juste hommage; e'est pour avoir négligé une aussi belle occasion ,

Koitr avoir ahandonné un aussi beau champ de ataille, pour défendre et consacrer les principes , qu'ils ont été de toute part (ces principes) battus

en ruine. Qnic

ela loi du serment, -cette

« religion sainte du serment, dit Montesquieu , » qui, lorsque tout étoitperdu au milieu de Morne, » éloit encore l'ancre de salut; «qui croirai t , dîsje, qu'elle est devenue un titre de proscription parmi nous? Ce n'est pas crime ici , c'est Folle, c'est pure démence , qu'un gouvernement consacre de telles maximes. Y a-t-il une société où les engagemens remplis, où Irrespect envers leslois établies soient des motifs de réprobation? Nous voilà done retombés, par l'extrême civilisation, dans l'état de nature? Cet) an prrmicr occupant, au plus auda- ' peux, que la société appartient. Tl ne fanl plus, en- France , que s'emparer du château des Tuileries , pour être le souverain et le maître de l'Etat. I.a uiilion est avertie que quiconque s'armerm'l en l'adu trône el osernit mécnnnoll.re un le! prin-' cipe, sera déclaré in digne d'occuper aucun emploi

public, ot poursuivi comme professant des doctrines an ti -nationales ; et ce sont les ministres du Roi, les ministres du Roi légitime, remonté sur le trône par ce dogme sacré ae la légitimité, qui, par leurs actes de tous les jours, font cette déclaration et la renouvellent à toutes les heures sous les yeux du Monarque et en présence de la France entière (i). Et l'on demande ensuite des scrmens aux hommes! Est- ce par dérision, ou est -ce un piège qu'on repère tendre à la bonne foi et à la crédulité publique? Il n'est pas un malheureux sous-lieutenant, il n'est pas un petit employé qui ne craigne fous les jours de perdre son état et sa fortune , par cola seul qu'il a été fidèle au serment qu'on lui a demandé 3 et le même jour qu'on expédie la destitution à ceux-là, pour la foi qu'ils ont gardée, on a l'impudeur de demander à celui qu on appelle, le même serment qu'on proscrit dans les autres. Dites, après cela, où sont les règles du devoir, si jamais l'esprit humain a été torturé de la sorte , si jamais l'absurde et le criminel ont été à ce point réunis? Dans quel temps , dans quel pays a-t-on insulté la raison etpoussérironie de ri m moralité à ce degré? Ce n'est pas le tout de réprouver ceux qui ont été fidèles aux lois de la patrie dansla dernière invasion qu'a éprouvée noire malheureux pavs , mais encore ceux qui ont voulu donner des gages au gouvernement légitime, ont été immédiatement châtiés. Un colonel, qui avoit commandé un régiment pendant les cent- jours, fut renvoyé au retour du. Roi, comme tous les autres j ce colonel se trou voit à Grenoble lors de

[. de Gates a l'impudeur de venir dernièrement à la les députer faire l'éloge des élève* de l'Ecole de Droft

tribune des

qai ont suivi le rVoi à Gand , et pas un député ne s'est levé pour Ij'i demander si c'étoit pour joindre l'insulte à la dérision qu'il venoit tenir un tel langage, lui qui se fait une occupation journalière de proscrire tous ceux qui ont tenu la même conduite ; c'éloit sans doute pour déclarer incapables ceax de ces jeunes gens qui se présenteraient aux examens, qu'il en partait ainsi.

l'insurrection du mois de mai. Le soir même fie cette insurrection il vint chez, moi, en me disant gué puisqu'il a voit mal l'ail en «armant pour Bnonaparte contre le gouvernement légitime, il venoit, dans celte circonstance où une nouvelle révolution se présentai t., réparer cette faute, et m'offrir ses services. Plein de confiance dans la bonne foi de cet officier supérieur, je attestai pas à l'employer. Satisfait de sa conduite, je m empressai d'en rendre compte à S. M., qui de suite, in iécompense de cette aotion, le nomma colonel titulaire de la légion de Vauclusr-. Eh bien ! depuis dix-huit mois ce malheureux officier est poursuivi comme assassin , traduit de tribunaux en tribunaux pour l'action même dont le Roi l'a recoin - Îiensé , et pour avoir exécuté mes ordres. Ce coonel, père de cinq enfans, n'a d'autre fortune 3ue son épée qu'il a noblement acquise , au prix eson saug, en servant la patrie I Que de citations ne ferois-je pas, si je voûtais indiquer toutes les révoltantes iniquités de ce genre , froidement exécutées tous les jours ?

Il y a trois ans on nous parloit d'union et d'où-. Mi! Quoi est. le cœur français qui u'entendoit ce langage, et ne s'ouvroit à ces doux sentimens! Qui n'était heureux de marcher, confondus sous

les

signes,

|'ll>sp<

ité de notre

Ijavs? C'est encore ici un nouveau piége tendu à a loyauté française : le jour même où l'on proclamoit cette belle ma\ii:ie, le ministre qui l'avoit dans la bouche, semoit partout la discorde et la haine, appeloit à lui tous les souvenirs, réveîlloit tous nos malheurs publics, ressuscitait de leurs tombes des temps de désastres et d'horreurs, inconnus par nous, pour remettre encore une Cois en scène ces mêmes désast ces, où toutes les ambitions, où toutes les passions doivent venir se déchirer et s'engloutir, en entraînant avec elles la cliutedu trône et de l'Elnt. Voila l'oubli et l'union

que M. de Gazes nous a prêches. L'on n'en vient pas encore ouvertement aux mains, le sang ne coule pas encore par torrens; mais qui peut se dissimuler le degré d'exaspération qu'on a jeté dans tontes les âmes? On pouvoit, avant ce jour, professer des opinions différentes, et vivre dans le même cercle ,- courir la même carrière : à présent, tout est tranché jusque dans le sein des familles ; chacun voit un ennemi dans celui qui professe une opinion, différente de la sienne 5 et ces opinions diverses où ont-elles pris naissance ? Dans là vanité et l'amour-propre blessés de ce même homme, cause de tous nos maux. C'est lui qui les a créées, aigries, exaltées ; comment cela eût-il élé autrement? Il faudroitbien peu connoitre le cœur humain pour douter d'un tel résultat, alors qu'on renversera toutes les idées positives du bien et du mal , sera-t-il jamais possible de faire comprendre à des ho Mimes qui ont rempli les engage mens qu'on leur a demandes, qu'ils sont pour cela coupables,

Ïu'ils méritent les plus mauvais traitemens, que ésormais ils doivent être réduits à l'état d'ilotes , et que c'est à ceux qui les ont oubliés, ces mêmes devoirs , qu'appartiennent les distinctions et les avantages de la société? Par ce seul fait contre nature , c est allumer la guerre au milieu deshommes, c'est les rendre irréconciliables , lorsque , par là marche naturelle des choses, il ne dépendent que du gouvernement de les réunir, en les mettant tous au même droit. Ainsi se seroit faite l'union dont on a tant parlé sans jamais la vouloir. Rien n'étoit plus facile, parce qu'en France, plus que dans aucun autre pays du monde, le gouvernement peut tout ce qu il veut, lorsqu'il ne choque pas évidemment la raison et la justice : un peuple éclairé, quelles que soient même son indifférence et sa légèreté, ne peut pas se gouverner long-temps par le crime ou la folie. L ambition de quelques uns, la haine- et les passions de quelques autres,

peuvent bien se servir do ces extravagances, les l'aire tourner un moment à leur profit; mais, un peu plus tôt ou un peu plus tard , la raison et 1* vérité doivent reprendre leur empire.

Si l'on sort de ces perpétuelles folies dans lr« actes journaliers de te ministère, folies qui corrompent et anéantissent la morale publique, flétrissent tous les nobles sentîmens, en détruisant toutes les véritables idées de vertu et d'honneur, quelles extravagantes contradictions ne trouverons-nous pas dans toutes uos institutions , par rapport au gouvernement que nous avons? C'est la légitimité sur laquelle s'appuient toutes nos espérances de repos et d'ordre, et le gouvernement de fait est inoculé dans tous les esprits par le plus puissant moyen, par l'intérêt ; car nuMioinme en France ne peut désormais trouver le sien , qu'en

professant ce principe Nous sommes régis par

une monarchie , et nos lois fondamentales ue tendent qu'à la démocratie. Le Roi est le chef suprême de l'armée , elle ne doit absolument connottre que lui , ne craindre et n'espérer que de

lui ; l'existence de l'Etat tient à <

and |

cîpe. Une loi d'avancement lui enlève une partie de ses plus belles prérogatives; l'armée doit surtout être étrangère à toutes les abstrnclious de gouvernement , et ne savoir qu'obéir; et l'on 1 ient

Sarlcr aux troupes de constitution, d'indépenanec , de nation , ce n'est plus du Roi .qu'il faut leur parler, c'est du gouvernement, c'est-àdire de tous les gouvernemens possibles, pour celui qui occupera le château des Tuileries! Au tecond retour du Roi , l'armée a été licenciée. On en a organisé une nouvelle dans un esprit différent : à peine cette orgRiiisatiou est-elle achevée, que cette nouvelle armée à qui l'on doit cependant de n'avoir pas vu un second 10 mars , est torturée, décimée, parce qu'elle est trop royaliste. Comment , avec ces misérables oscillations , des

soldats n'appartiendroient-ils pas au premier factieux qui voudra les entraîner ? quelles idées de devoirs leur donne-t-on? que leur apprend-on à aimer, à respecter? U leur est même aefendu de boire i La santé du Roi , en fraternisant avec leurs camarades, lorsque les légions se rencontrent! Pour cela plus de réceptions de corps, plus de repas de corps. On a fait une loi d'avancement pour que chacun obtint à son tour le grade qu'il a mérité par ses services , et l'on s'est ré- . serve le droit de destituer arbitrairement sans donner ni raisons ni motifs. C'est encore ici une de ces déloyautés si communes à ce ministère, une espèce de guet-apens tendu à la bonne foi de l'armée; qu'importe qu un officier obtienne le grade qu'il a jnérîté, si vous vous réservez le droit de lui enlever son emploi, son état avec moins d'égards que vous n'en mettez à chasser le dernier, mercenaire? Jamais on n'a tant parlé des droits de l'armée, de la gloire qu'elle a fait rejaillir sur la France, et jamais elle n'a été traitée avec moins d'estime , jamais le caprice et l'arbitraire n'ont autant pesé sur elle. On renvoie un malheureux officier qui a dix f quinze ans de service, en lui donnant du pain pour cinq ans, s'il n'a pas d'autre ressource ; un colonel , un officier doit aller mendier ensuite en présentant son épaulette et son, épée,ou se noyer (i). Dans un pays ou il se percojt an milliard de contributions, Von n'a pas su trouver cinq millions avec lesquels tous les officiers dç l'armée eussent été également payés et placés, sur

( i ) Que résulte-t-il de ces dégoûts dont on accable les militaires? c'est que tous les officiers oui ont un peu de fortune donnent leur démission. Qui voudra entrer dans une telU carrière , où il y a tout a perdre et rien à espérer ? Un sergent refusera d'être officier, parce que le traitement de ce grade ne peut suffire pour vivre et s'habiller, et un citoyen aisé ne voudra pas l'être. Désormais H n'y aura plus que des commissaire* de police en France : c'est par U seutaneat qu'os pourra arriver à tout.

la m^me ligne. Non, il a fallu seulement faii-e une organisa lion pouravoii'la facilité de renvoyer del'élat-major, de faire sortir del'armécdu Roi, tous ceux qui l'avoirnl servi pendant son exil , et Ions ceux qui avoient obtenu des grades de lui d< puis son retour. Les énormes contributions que la France paie , sont employées à entretenir une bureaucratie immense, vraie rouille qui corrode tous les ressorts de FEtat,et A laquelle tout est sacrifie. Il faut cinquante-cinq ans d'âge et trente ans de service à un lientenant-géuéral , pour obtenir une retraite de CÎOOO fr. ; un commis , chef de bureau d'un des ministères, en a autant après avoir passé cinq i\ six heures par jour pendant quelques années, très-douillettement assis devant un burt

On objectera peiit-étrr cliée à l'omcier-général ;

! la consîdératiou atta-

; est grande, cette

considération, pour un homme qui a à p< ine du

dans un povs où toutes les faveurs, toutes

âces découlent de la police ! Où sont eni-

ployées les immenses contributions que la Franco envoie à Paris? A quoi M. le ministre de l'inférieur et de la police emploie-t-îl ses budgets secrets ? à tout corrompre, à tout acheter, les consciences et l'honneur, à soudoyer les journaux étrangers pour vomir toute espèce d'injures et de calomnies sur ce que la France renferme de plus respectable et de pins distingué.

Je doute que depuis que les hommes vivent en société, il se suit jamais vu un état de choses aussi digne de pitié et de mépris ; un ministre et d's ministères aussi iguorans, ou aussi crimiuels! On a beau invoquer la Charte, parler de la Charte, inutilement la Divinilc1 ilU-méme donneroiteUe une constitution à un peuple , si le soin de l:i. faire marcher est mis dans des mains impures. Il n'est point si bonne loi par cileinéme , que des intrigans et des hommes corroin-

( 49 ) pus n'en puissent faire une cause de malheur et de mine pour une nation. Il faut conclure de là, que la meilleure de toutes les constitutions, de toutes les Chartes, est de confier les emplois publics, les grandes magistratures , à des hommes intègres et vertueux , ce qui n'a pas encore été fait depuis qu'on nous constitutionnalise. Beaucoup moins de cette petite science de 1 école , et un peu plus de bonne foi et de probité, voilà ce qui seroit né-

L'horreur du crime et de l'injustice m'a fait prendre la plume, non moins pour la défense de tant de braves gens , victimes comme moi de la fidélité à leurs devoirs , que pour venger mon honneur outragé par des soupçons injurieux. J'ai dégagé la vérité du milieu de toutes les impostures sans lesquelles on a cherché à l'ensevelir. Puissent ces vérités éclairer le Prince et la France , tourner à l'avantage de l'un et de l'autre , apprendre à tous que les plus belles lois du monde , les législations les plus parfaites ne peuvent rien pour le bonheur et la sûreté des hommes , sans ces deux grands mobiles sur lesquels toutes les sociétés humaines sont appuyées , la justice et la vérité , non en vaine théorie, non en vaines déclamations comme nous en avons fait la triste expérience depuis trente ans , mais dans leur constante pratique , dans toutes les actions de la vie civile et politique ! Si ces belles qualités ne pou voient convenir à des gouvernemens éphémères et criminels , le trône de saint Louis et de Henri IV ne peut être défendu et soutenu que par elles.

Dans l'analyse de tant de criminelles extravagances , j'avois oublié de parler de cette Correspondance privée, de cette nouvelle méthode de calomnie , de ce nouveau moyen aussi lâche que vil , d'aller au loin vilipender son pays , en répandant le venin et le poison sur se$ concitoyens, a« Eéît. 4

Avoit-on connu , jusqu'à ce jour, une action aussi basse, aussi anti-nationale, aussi anti-frartraise , que cette manière d'insulter , d'attaquer les réputatious, de ternir les actions des hommes? C'est avec ce loyal procédé qu'on nous a lait, nous, conspirer contre le monarque , nous qui l'avons sauvé, et la France avec lui! Encore ici un de ces exécrables moyens des hideuses époques de notre histoire ! Il falloit présenter au Congres d } jéix-la-Chapelle , une portion de ses concitoyens comme les ennemis du trône; il falloit là , aller avilir et traîner l'honneur de son pays, en implorant pour soi l'appui de l'étranger, ' contre ceux des honorables Français qui blâment SI M. les ministres, afin de justifier aux yeux de l'Europe , un système aussi inique qu'absurde ; il falloit créer pour cela uue conspiration, et y envelopper tous ces mêmes Français, tous ceux qui avoientlepluscmincmmentservilc Roi, tous ceux

3ui lui avoient donné les plus grandes preuves de évouement, dans les conseils, conime à la lé te des troupes ; il falloit atteindre, s'il étoit possible, jusqu'à la personne du prince héréditaire , pousser l'audace jusqu'à oser faire conspirer contre la vie du Monarque 9 son auguste frère. Voilà un des beaux faits d'armes de M. de Cazes à ajouter à ses exploits de Grenoble et de Lyon : on a jeté dans les cachots , sans aucune espèce d'égards , . comme de misérables assassins , des généraux , des officiers distingués, par cela seul qu'ils avoient servi fidèlement le Roi, qu'ils avoient versé leur sang en défendant les bannières blanches; on a plongé dans un humide souterrain un lieutenant-général des armées du Roi , comme un vil malfaiteur y un général cjue ces mêmes miuistres avoient présenté aux Français l'aunée précédente , à l'heure même qu'éclata l'affaire de Lyon, comme ayant sauvé celle ville, et rendu un signale service à la France. Les ministres, qui le jour qu'ils

firent descendre ce général dans l'infect cachot «rai l'attendoit , alors que là , sans défense, privé ae tout secours, il n'avoit d'autre appui que la loi , eurent l'insigne lâcheté de se transformer eux-mêmes en dénonciateurs , de publier aux yeux de toute l'Europe un acte d'accusation contre lui. Qu'on lise l'article du Journal des Débats , alors soumis à la censure , l'article daté du même jour où le général Canuel fut mis au secret, l'article digne des beaux jours de 93, et auquel un jeune avocat , plein de courage et d'honneur (M. Berryer fils ) , se fit un devoir de répondre. Cette honteuse note fut apportée au rédacteur du journal, par un gendarme venu de l'hôtel d'un ministre. Et de quel ministre? De celui de la justice! de celui de la justice , sous la sauve-garde duquel le général Canuel étoit placé! Voilà, Français, à quoi sont employées par MM. les ministres les formes tutélaires de la justice , les garanties sacrées des lois : et de telles prévarications restent impunies !... O France ! ô ma

Satrie! noble et généreux royaume des Francs, evois-tu revoir encore de telles infortunes ! C'est à vous que j'ose m'adresse r , à vous , fils de saint Louis/ O vous, sacré dispensateur de toute justice! que nos têtes tombent si nous sommes coupables, si nous le sommes pour avoir été fidèles aux engagemens que vous nous avez demandés , pour avoir rempli nos devoirs, pour vous avoir défendu ! ou que celles des ennemis de l'Etat expient , en tombant , l'honneur du trône et de la France aussi indignement outragés ! ■•

Le lieutenant-général.

Vicomte DONIS ADIEU.

Paris, le 4 septembre 181 g.

Page 1