DE LYON
Un écrit ayant pour titre : De Lyon, en 1817 > vient de paraître. 11 a été distribué avec une scandaleuse profusion.
Rédigé et sigué par un officier qui est attaché depuis long- temps à un homme élevé en dignité , lequel a rempli dans cette ville une mission importante , il donne un caractère plus imposant aux allégations qui y sont contenues , parce qu'il les présente comme avouées, en quelque sorte , par lui.
Ces allégations sont de la nature la plus grave, et telles que, si elles étaient vraies, le fonctionnaire qui a rempli cette mission , serait inexcusable de ne pat
les avoir déférées à l'autorité.
Elles signalent tous les fonctionnaires de la seconde ville du Royaume , comme ayant formé une coupable coaliiion pour tromper le Gouvernement, égarer son opinion sur les faits, feindre dçp copspirations sans y croire; autoriser lés abus les plus révoltans ; ne rien faire , au moins, pour les prévenir, ou les nrreter.
Elles accusent les tribunaux , les cours même de s'être associes a leurs fureurs , et d'avoir consommé, au nom des lois , ce mystère d'iniquité.
Certes , si une pareîllo coalition avait pu se former, il n'est pas d'époque, même dans le cours de noire funeste révolution , où l'esprit de parti eût été marqué par des excès plus criminels.
Et cependant ces mêmes hommes ont reçu et reçoivent encore des témoignages de confiance de leurs concitoyens, qui , après des événemens qui se sont passés sous leurs yeux , ont donné à l'un de ceux qui prend la plus grande part de cette terrible responsabilité, les plus honorables suffrages.
Quel est donc le sort de fonctionnaires dévoués , qui, dans des circonstances plus ou moins graves, ont donné la mesure de leur conduite, de leurs principes et de leur caractère, de se voir traduits au tribunal de l'opinion , pour des allégations dont la plupart exigeraient, pour être détruites, des pièces qui sont toujours prèles dans les mains de ceux qui attaquent , qui le sont si rarement dans les mains d*
(3) 'èenx qiti brtt à se détendre , et qui , se reposant sur leurs souvenirs et sur des témoignages flatteurs d'apjJtobation, se voient condamnés à laisser un intervalle nécessaire entre l'attaque et la défense ?
Quel est le but de ceux qui, n'ayant à rendre cbiàpte qu'au Roi ou à ses ministres , de la mission qu'ils ont reçue , ne croient pas pouvoir se reposer sur leur sagesse, et portent au tribunal de l'opinidn une causé qu'elle a si peu de moyens de juger avec équité et impartialité ?
Quel est enfin ce scandaleux débat, dont le résultat doit être également pénible et pour ceux qui attaquent et pour ceux qui se défendent , puisque l'esprit de parti ne peut manquer de s'en emparer; qu'on ne raisonne point avec lui , et que ses jugemens se forment bien moins d'après la discussion éclairée des faits , que* d'après des opinions où dés préventions préexistantes?
Telles sont les réflexions qu'ont déjà faites, sans doute, les hommes sages et impartiaux , et ceux pour lesquels les souvenirs du passé sont quelque chose, et ceux pour lesquels les calculs de l'avenir sont
tout.
je ne refuse, pour ma part, aucune responsabilité ; et si , dans ces graves allégations , il y a des choses qui me concernent , je la provoque tout entière. Ce n'est pas seulement la justice des homhics , c'est encore celle des lois que je réclame. Je solliei-
lerai moi-ménie tonte» les épreuve» qui .pourront être nécessaire^. .
Quoique je ne sois pas personnellement désigné dans cet écrit , il serait peu noble à moi de n'y pas prendre ma paît ; et ai ceux qui se sont permis, de le publier et de le répandre, ont pensé que nu position me commandait quelques égards , qu'ils sachent que la première de tomes les considérations pour on homme qui se respecte, est celle de sa réputation et de sou honneur.
« Je dois sans doute au Roi le sacrifice dp ma ri* «et de nia fortune. Je ne dois à personne celui de « ma réputation : je l'ai reçue pure de mes pères ; je « la transmettrai pure à mes enfans. »
Voilà ce que j'écrivais à un ministre fait pour entendre et apprécier un tel langage, dans un moment ou je voyais déjà s'ourdir, sous mes yeux, les noires intrigues qui se développent aujourd'hui.
Je pourrais sans doute être rassuré par le témoignage d'une conscience toujours tranquille, et par des souvenirs sur lesquels je pourrai me reporter sans craiule.
Je pourrais également me réclamer des témoignages flatteurs d'approbation que mes compatriotes n'ont pas été seuls à me rendre.
Mais si ces témoignages suffisent à la conscience de l'honneio homme, ils ne suffisent pas à l'honneur de l'homme public. Une certaine susceptibilité lui
est permise. Malheur à qui pourrait la blâmer , ou ne pas l'éprouver pour lui-même !
Cest donc par ce motif que je me vois force k répondre publiquement à une attaque publique; et puisque la sagesse du Gouvernement qui: a cru devoir garder le silence depuis sept mois , n'a pu être entendue; je suis réduit à réclamer de l'opinion des hommes sages et impartiaux, une justice que je ne pourrais attendre des lois, puisque le vague de l'accusation deviendrait la garantie et l'impunité de l'accusateur.
Ce n'est pas pour éclairer la religion des ministres du Roi que j'écris : ma correspondance est sous leurs yeux C'est par elle qu'ils ont pu m'apprécier et me juger. Il m'est permis de croire qu'ils y ont toujours trouvé ce noble caractère de franchise, également honorable et pour l'autorité relevée qui la permet, et pour l'autorité subordonnée qui s'y livre avec confiance.
Mais je dois rectifier l'opinion sur les faits, parce qu'il importe qu'elle les connaisse et qu'elle les apprécie.
J'eusse rempli ce devoir plus tôt , si la nécessité do me procurer quelques : renseignemens sur des faits particuliers ; et si, d'ailleurs, le cours habituel de mes occupations me l'eussent permis.
Une insurrection a ea lieu le 8 juin dernier, dans
plusieurs communes des environs de.Ly°Q ; née»; sis heures du soir, elle était partout compriméeje lendemain au point du jour. Plusieurs coupable» ont.éfi' arrêtés et livrés aux tribunaux; d'autres ont pris la fuite, et ont été condamnes par contumace. La aaiw de naitraction «fait reconnaître desebefe d/un oç- ■ dre un peu plus relevé. Leurs indications put d,onné lieu de' penser qu'il y avait au-dessus d'eux de* hommes dont ils. recevaient la, diçecl^on. Mais ce» chef», s'ils existent, spnt resté» dans l'ombre, et on n'a pu ni les connaître ni les saisir.
Plusieurs de ceux qui Ont figuré dans ces derniers événcniens, n'étaîeut point étrangers à des intrigues. politiques dont la police tenait les. fils depuis plusieurs mois. II résulte même de quelques déclarations , qu'ils ne l'étaient point à un projet de mouvement qui avait été tenté, à Lyon , dix-liuil mpjs auparavant , au mois de janvier 1816. ,
Céiait dans le moment où la population des campagnes, tourmentée par Je haut prix des subsistances, était plus disposée à se laisser aller à des insinuations coupables. À cette même époque, et sur divers points delà France, des émeutes partielles avaient lieu; éparses à la vérité, et sans couleur décidée, mais assez graves pour exiger l'envoi, sur plusieurs points, de troupes régulières.
La couleur des événemens qui se sont passés dans le département du R bône éLut moins, équivoque. La
(7 ) cherté des subsistances n'était pas mêrrte mise cp avant, comme prétexte. La proclamation du fils de Fusurpateur; la substitution des couleurs de la révolution à celle des lys ; la réinstallation , sur quelques points j des autorités de l'interrègne : tels sont les' principaux faits qui en ont détermine la nature et le caractère.
Des procès-verbaux, dressés par les autorités compétentes, et transmis au Gouvernement, attestent que dans douze communes , groupées au nombre de cinq à six, sur des points distans de deux lieues les uns des autres, l'insurrection s'est manifestée. La correspondance avec les maires a établi que le mouvement se serait propagé dans quelques autres communes, sans la fermeté des magistrats, et les mesures concertées d'avance par l'autorité supérieure.
Avant d'entrer dans le détail fies faits , il n'est pas inutile de jeter un coup d'oeil sur la situation politique de la ville de Lyon, du sein de laquelle les mouvemens paraissent avoir été dirigés, si on doit en croire aux erremens de lai procédure.
La ville de Lyon comprend, avec ses faubourgs , nnepopulationdei5o,oooamcs. Danscctte population, on compte plus de 5o,ooo ouvriers. La diminu- • tion du travail, et la réduction du prix des salaires plaçait cette population dans une position pénible, cl qui exigeait toute la surveillance de l'autorité. L$' nombre des pauvres portes sur les états des co-
mités de bienfaisance , .s'élev ait a environ 17,000.
Elle a néanmoins, et c'est une justice que je h»' plais à lui rendre, supporté, avec calme et résigna-1 lion, des privations pénibles pendant six mois d'un hiver difficile , dans le cours duquel leprix du pain.' s'était élevé au double de ce qu'il est dans dos tempe ordinaires.
Sa garde nationale s'est montrée ferme et dévouée dans tomes les circonstances. Cest an hommage que je lui dois. Elle en a donné des preuves dans différentes occasions ; elle en donnerait encore si dcnouvclles circonstances mettaient son aile a cette épreuve.
La masse de ses habitans est animée d'un très-bon esprit; et il est doux pour celui qui en a en longtemps l'administration , de lui rendre ce témoignage.
Mais il y a là, comme ailleurs, de ces esprits inquiets et romnaiis, toujours avides de nouveautés et de changea) eus, et disposés à prendre, dans les monvenions politiques, plus de part que leur positioo ne semblerait le leur permettre.
11 y a aussi une population cosmopolite d'hommes qui, étrangers à la cité, y sont appelés de tous les points de la France par leur industrie et leur commerce, et qui ue peuvent avoir ces idées de fixité et H» stabilité qui appartiennent à l'homme ayant ust domicile, uiiepatiie, une cité.
Cette distinction essentielle à établir entre la véritable population lyonnaise et sa population cosmopolite , expliquera sans doute, et repoussera aux yeux des hommes qui réfléchissent, les reproches hasardés , dont cette ville a été l'objet , et que tous les historiens qui ont écrit sur les événemens de l'interrègne, se sont plu à reproduire avec une sévérité qui n'a pas été toujours guidée par l'impartialité et par la justice.
Cest par là qu'on expliquera encore les causes de cette fédération des cent jours, qui comptait un si grand nombre d'affidés, et qui avait envoyé dans tous les départemens voisins des députés pour y établir ou y chercher des affiliations.
On sait qu'elle eut assez de pouvoir pour retarder jusqu'au 17 juillet 181 5 , la soumission de la ville de Lyon, et pour comprimer l'élan d'une population qui ne tarda pas à se livrer à ses senlimens naturels, du moment où il lui fut possible de s'y abandonner.
Mais si les hommes que j'ai signalés perdirent alors leur audace, ils ne perdirent pas toute leur influence. Ceux qui ont habité Lyon , sur là fin de i8i5 , savent combien de fois il dépendit d'eux de produire, dans les campagnes, une vive agitation, et de répandre, dans la ville même, des inquiétudes qui, presque toujours y furent dénuées de fondement.
Toute la correspondance de l'administration et de
la police , qui m trouve dam les cartons dn minute» , pourrait en fournir des preuve* an besoin.
On n'a pas oublie, en effet, le»" alarmes uni ai souvent se répandirent dans toute la- France, et même a Paris, sur la situation de la ville de Lyon, et qui,, répétées de tant de points, venaient retentit, -par laps* d'avis différons , dans un» ville étonnée des inquiétudes dont elle était l'objet, tandis qu'elle en avait et peu pour elle-même.
Cette réaction de quelques esprits inquiets de- la vuTe sur les campagnes, s'est lait remarquer i plusieurs époques. Ma correspondance, au mois d'octobre 181 5 , au mois de janvier, et an mois' de mars 1816, au mpis de février et de mars 1817,60 a instruit le Gouvernement.
11 a été bien reconnu qu'au mois de janvier 1816, l'agitation des campagnes se liait à des intrigues politiques dans la ville. Une procédure solennelle a t'ait connaître quels en étaient les auteurs ou les complices. Les sieurs Rosse t, manufacturier; Monuin , chirurgien distingué dans son état ; Lavaleitc , ancien receveur-général, furent condamnés à la déportation , et la procédure a fait connaître que Didierétait venu . concerter avec eux, à cette époque , le mouvement qu'il tenta plus tard dans le département de l'Isère.
Vers la fin de janvier 1817, l'autorité fut prévenue de manœuvres coupables, d'enrôlemens, de distri-
bution de cartes et d'emplois, et de signes déraillement. Près de trente, prévenus, furent arrêtés par les soins du magistrat chargé de la police. Le» interrogatoires subis par le pommé Chambouvet , révélèrent des projets qui parurent tellement absurdes -et. tellement au-dessus des moyens de ces conspirateurs subalternes, qu'on fût tepté de n'y voir qu'un nouveau genre d'escroquerie, Cette affaire , suivie avecsoin par le lieutenant, de police, fut rapportée à la préfecture, dans un comité où se trouvaient réunies les principales autorités civiles, administratives , < judiciaires et militaires. Le tribunal de première instance en fut saisi par voie de police correctionnelle. À peu près à la même époque , et vers la fin du mois de mai , il fut saisi , par le lieutenant de police, des fusils» chez un nommé G ranger de Saint-Rambtert. Ils y étaient déposés par lés soins du nommé Cormeau , ex - capitaine de l'ex - gqrdc , . que ML le lieutenant de police faisait suivre depuis quelque temps.
Cest une chose remarquable , que lés déclarations • Ëtites par lés prévenus dans l'affaire du 8 juin , se rapportent , sur beaucoup, de points , à celles de Chambouvet, dont lai pplice avait suivi les traces, pendant près de quatre mois.
Etonné de cette suite d'intrigues , et pénétré dé la nécessité de concentrer tous lés renseignemens dans une police unique , j'avais formé , dès le mois de
mars , un comité qui se réanimait a la Préfecture, et qui se composait du général commandant la division , dn lieutenant de police , dn maire et du procureur-général. Indépendamment de, ce comité, le lieutenant de police venait tons le» jours conférer. . ■ avec moi sur l'état delà ville e\ du département.^ ,,
J'ai pu. sans doute rappeler sans inconvénient le» laits qui précèdent , puisqu'ils ont été l'objet d'une procédure publique dont Jes journaux ont rendu compte , et que par des arrêts de la cour d'assises les accusés ont été condamnés aux peines portées parlesJois.
Dès la fin du mois de mai , j'avais été prévenu qu'une certaine inquiétude s'était répandue dans les communes a voisinant le Rbûne. Ces inquiétudes , quoique vagues , me parurent cependant assez graves pour me déterminer à demander au lieutenant général Canuel un détachement de trente chasseurs., qui se rendit à Condrieu , à Saint-Romain et à Givors, y séjourna quelques jours , et revint ensuite à Lyon, après avoir établi la tranquillité dans ce canton par cette simple démonstration.
A cette époque , une inquiétude indéfinissable s'était répandue dans la ville. On parlait de réunions , de complots , de mouvement : on citait même le jour, et ce jour devait être le dimanche 2 juin.
Accoutumé depuis long -temps à voir de pareils
bruits se propager et tomber rapidement pour renaître encore , je pensai que cet état de choses pouvait mériter de la surveillance j mais je crus en même temps qu'il fallait éviter toutes ces démonstrations publiques qui, en révélant les craintes de l'autorité, les propagent au loin , et font naître les dangers qu'elles tendent à prévenir.
Cette situation , sans être inquiétante , méritait cependant quelque attention. Le blé venait d'éprouver tout d'un coup une hausse considérable : la farine était montée presque subitement de 46 à 64 fr. le quintal ; ce qui la portait à plus de 220 fr. le sac de Paris. Le pain était à onze sous la livre dans le département : il était à un prix fort inférieur dans la ville j mais les sacrifices qu'exigeait cet état de choses devenaient effrayans. L'autorité craignait d'être forcée à augmenter le prix du pain ; et tous les rapports de police s'accordaient à présenter cette épreuve comme pouvant devenir extrêmement critique. Cependant aucun symptôme extérieur n'annonçait de dispositions à un mouvement.
J'avais fixé au premier juin un voyage que je devais faire , de concert avec le préfet de la Loire , pour visiter le canal de Givors , commun aux deux départemens j mais les inquiétudes qui s'étaient répandues, toutes vagues qu'elles étaient, et le départ annoncé de M. le lieutenant de police pour Paris , où l'appelaient des affaires pressantes , me firent penser
qu'A pourrait y inir de lWonvëment a m*ab*ent«r, mime pour deux jour». Je en» dont devoir ajourner mon voyage : lé procureur-général en fit autant par les mêmes- motifs.
Une lettre que je reçus du maire de Civors, ps même jour premier juin, m'annonça quM y avait dans les communes qui àvoiainent le Rhône une vive agitatiou. Il me signalait quelques individus comme < ayant fait des courses suspectes dans dinerentes communes. Cette nouvelle indication méritait deFalteolion^ mais elle ne nécessitait pas de mesures : elle était du genre de celles qui se succédaient depuis si long-temps avec un caractère plus ou moins vague, et qui si souvent s'étaient trouvées sans fondement.
Le 3 juin , les rapports devinrent plus précis et plus inquiétai] S.
Une lettre du sous -préfet de Trévoux, département de l'Ain , m'annonça qu'il y avait eu le 3 juin , sur les bords de la Saône , un rassemblement dans la prairie de la Serandière. Une lettre du procureur du Roi de cette ville à M. le procureur-général annonçait les mêmes fails.
Ce même jour, des lettres des maires de Brignais, de Givors , de Millery , de Saint-Gcnis- Laval , m'annoncèrent des courses suspectes laites dans diverses communes. On citait les nommés Oudin, Conio et Lyandras , comme étant les auteurs et les propagateurs de faux bruits.
(i5) Une lettre du maire de Savigny et du curé de Saint-Marcilly-d'Azergues me porta les mêajes détails sur Garlon. Je donnai l'ordre à la gendarmerie d'arrêter ,ce3 quatre individus , en vertu de la loi du 8 novembre , et je prévins en même temps le (ministre , que ne pouvant , aux termes de la loi , recourir a un arrêté du conseil des ministres , « je c prenais sous ma responsabilité une mesure que . « dans tout autre circonstance , j'eusse regardée te comme illégale , parce qurd n'y avait encore quç « des suspicions et point de preuves. » * Ces quatre individus s'étant absentés de leur do* micile, ne purent être saisis par la gendarmerie} mais on les vit , le dimanche suivant , à la tête du mouvement dans leurs diverses communes.
Je pris alors, sous la date du 3 juin , un arrêté contenant des dispositions sévères. Je l'envoyai aux maires avec une lettre où je réclamais toute leur surveillance. Cet arrêté fut immédiatement affiché dans toutes les communes du département. Lecture en fut faite à haute voix , à l'issue de la messe paroissiale , le dimanche suivant ; et, si je dois m'en rapporter à la correspondance des maires , à cette époque , il a prévenu , dans différentes communes , des mouvemens que beaucoup de symptômes annonçaient prêts à s'y développer.
Je joins ici cette lettre et cet arrêté.
Lettre de M. le Préfet Ai département dit Rhéae a MM. les Maires de ce département.
lj<- , hSjilÉ 1S17.
Monsieur le maire, de» avis qui me reviennent de divers points , m'annoncent que des malveillaiis , que toute b bouté du Gouvernement n'a po ramener,
et qui ne respirent que le désordre et le pillage, parcourent les campagnes, en propageant les bruits les plus alarmons et les plus dénués de fondement.
Habiles 1 profiter de la crédulité des bons habitans des campagnes, ils sèment sur leurs pas les craintes et les inquiétudes, dans l'espérance de profiter pour eux seuls des troubles qu'Us voudraient faire naître.
L'autorité a les yeux ouverts sur leurs manœuvres; elle les connaît, elle les suit pas à pas; elle saura les déjouer : elle a également la force nécessaire pour les punir.
Votre devoir, M. le maire, est de la tenir régulièrement instruite de tout ce qui pourrait arriver à votre connaissance, et qui serait de nature à atténuer la tranquillité dont nous jouissons.
Redoublez, Monsieur, votre surveillance, et que partout où ces agitateurs oseraient se montrer, ils soient immédiatement arrêtés et traduits devant les tribunaux.
Surveillez avec soin tous les étrangers , les gens sans. aveu, ouïes vagabopds. Surveillez également ceux qui cherchent a surprendre la crédulité des babitans de la campagne, en répandant des bruits auxquels .ils ne croient pas eux-mêmes, et qui n'ont aucune espèce de fondement.
Dites aux habitans de la campagne que j'attends d'eux le même calme et la même tranquillité dont ils ont joui jusqu'à ce moment. Mais dites-leur aussi que si elle venait à être troublée , la puôition serait aussi prompte que sévère.
Je vous adresse , Monsieur , une expédition de l'arrêté que j'ai pris sous la date de ce jour. Vous voudrez bien le faire afficher dans votre communç , et en faire la lecture à haute voix , à l'issue de la messe paroissiale, pendant trois dimanches.
Je me repose, Monsieur, sur votre zèle ordinaire , du soin de me Drévenir immédiatement de ce
qui pourrait avoir lieu dans vôtre commune ; concertez-vous entre >ous, et que quelques misérables, qui ne veulent que trouble et que désordre, trouvent partout une surveillance à laquelle ils ne puissent se dérober.
Recevez, etc.
Signé comte Chabrol. ~
( Suit l'arrêté. )
« Le OMteinïr-d'EArty Pr«**da B18«; «Tu les Mif qui M'oW Ai trsAftij (todirtrt panù ,- Asujud»' a rajah* que im tofttfflm ftp
iil.i'»-. g J» : «j^KfmjMm ■ ^ ilun .«w** w fc*ij art lutlïj
COuTcDr Ms cantpSpre» ci onrciran a nra m
ittàttit* Khtixm;«i ■} ftbyi&m a* rumma
sinistres et des bruits «U««iuï qtt n'ouï MKBW flJMWfr de MMtttNMnV)'
c ConndSMin qwattïaM K lOr aoit pnnw)i Fnvbftkw peuSMe, riterlf «118 4M» jMf éouWo' éèu* iftoié ïiVrfiétt àf dm m'àïreuvres1 cwnrafflW;
«Ta l'article 8 delà loi: dtt g? KWétiAMièfS,'
a Sont coupables d'actes sédhieul foutes perce sonnes qui répandraient ou accréditeraient soit « des alarmes touchant l'inviolabilité des propriétés « qu'on appelle nationales, soit des bruits d'un pré- « tendu' rétablissement des dîmes ou des droits féotc daux , soit des nouvelles tendant à alarmer les « citoyens sur le maintien de l'autorité légitime,1 et « à ébranler leur fidéthé ; »
« Arrête :
Art. 1". ff Le* maires et adjoints chargés de fa. police, feront arrêter immédiatement tous ceux1 qui répandraient des bruits alarmans ou des uouveHes tendant à troubler la tranquillité publique. Ils tes feront traduire devant le procureur du Roi , pour leur procès leur être fait suivant toute la rigueur des lois.
Art. a. « Lés maires ou adjointe, et officiers1 où sons- officiers de gendarmerie , exerceront une survetHènck extraordinaire sur les étrangers1, gfetts sanif aven ou vagabonds , qui seraient rencontrés dftns les
Art. S. <r Ik exerceront! là même surveillance $at les cabarets et les auberges y et notifieront aux aubergistes les dispositions de notre arrêté en date du 17 mars 1816, qui les rend personnellement responsables des faits ou mauvais propos' qui pourraient avoir lieu chez eux, dans le cas où ils n'en ren* draient pas immédiatement compte à l'autorité compétente.
Art. 4. ce Les mesures de police qui prescrivent la clôture des cabarets, cafés et autres lieux publics , à neuf heures du soir , continueront d'être exécutées selon leur forme et teneur. Les contrevenans seront saisis , et traduits , soit à la police municipale , soit à la police correctionnelle , suivant l'exigeance des
cas.
Art. 5. « Dans le cas où le bon ordre viendrait à être troublé dans une commune , il y sera envoyé immédiatement une force armée , qui y restera aux frais des contrevenans, jusqu'à parfait rétablissement
de l'ordre.
Art. 6. « MM. les maires, ou en leur absence leurs adjoints , nous préviendront de suite , même par voie extraordinaire , de tous les- événement qui seraient
de nature k troubler la tranquillité dé leur commune. Art. 7. « MM. les sous-préfets , maire», adjoint», et officiers de gendarmerie, sont chargés de Pexécation du présent arrête , ' qui sera affiché daaa tontes les communes du département , et lu a hanta voix par le soin des maires, à l'issue de la messe paroissiale j pendant trois dimanches consécutifs.
« Signé, comte Chabrol. »
Lyon, le 3 juin 181 7.
J'invitai le même jour M. Te prévôt et son assesseur à se transporter à Quincieux et Ambéricux , (fa il y avait eu nn mouvement le 2 juin. Je les fis accompagner par un détachement de quarante hommes de ma compagnie dépari cmcnl aie, et par quelques gendarmes. M. le lieutenant-général y joignit quelques chasseurs (l).
Je déléguai un conseiller de préfecture pour accompagner lui-même ce détachement, et je lui donnai des pouvoirs pour opérer un désarmement dans les -deux communes.
Le sous-préfet de Trévoux , ainsi que le procureur du roi de cette 'ville, faisaient arrêter dans le même
(1) Depuis le départ de M. le comte Roger de Damas, gouverneur de la 19' division militaire, qui availcu lieu au mois de septembre 1816, le commandement supérieur de la division avait été remis à M. le lieu tenant-gené rai Canucl.
moment les nommés Valëneeôt , TaVèririer, et quefc que» autres individu» de cette ville ou' des environs , et les remettaient entretles mains du prévôt* 11 résulte de leur interrogatoire et de l'instruction que leur projet était de faire un mouvement d'insurrection, de se réunir sur Anse, pour de là se porter à JLyon, y déplacer les autorités, et changer la forme du gouvernement.
Ou apprit parla même procédure que Garloà devait iaire tirer sur le mont Cindre une boite qui aurait servi de signal.
Le samedi suivant, 7 juin ,. prévenu qu'on parlait daus les campagnes d'un mouvement comme pror chain, je fis porter à Limonest, point important parce qu'il commande toute la plaine du Beaujolais-, un nouveau détachement de ma compagnie de réserve. Le commandant avait ordre de se mettre eu communication avec un détachement de trente chas6 seurs casernes habituellement à Villefranche.
Le dimanche matin j'envoyai sur ce naemç point un renfort de douze gendarmes, et je dirigeai sur la tour de Salvagny , petite ville sur la route du Boui> bonnais, le surplus de ma compagnie, avec ordre dé se porter sur l'Ârbrêle, et de se mettre en relation avec un détachement de chasseurs qui depuis longtemps était à Tarare pour l'escorte des malles et des diligences : Tarare est à quatre lieues de l'Arbrêle."
Ces dispositions avaient pour objet d'occuper les
rente* ds fionrbo^uuù* ,«t de la Bourgogne,. er de couper tout* wmOianiaation dans le ni où le noavemem viendrait A .éclater ou A «'étendre : «Des «vaient été ooncenéesaveede -général commandant U division.
Jj»,proiiinitéde8«ijifciG«n«-L»Talet de 'Briguai* ponn*Uut.d'7.poc^r4le.imt«deiU ville un «létaciiemiinl lin nmiliiiiii, ilaiiiln nu n fi il/i maiiifintwa.il
. Tontes ce» jnesurae-nïetaiem que de simple précaution; car rien n'annonçait qttt le mouvement «At Ken. On se refusait encore h y croire; et 'eri efièt, à diverses reprises , depuis deux années , des mon veïnens de ce genre avaient été annoncés. Mais cette fois les circonstance» étaient plus graves , à raison du haut prix des subsistances, et de l'état de misère de la moyenne population.
■C'est dans ma correspondance même avec le Gouvernement , sous les dates des 5, 4, 5, 6, 7 et 8 juin, -qu'il faut voir les motifs de ces mesures, et la sécurité où l'on était encore , tout en prenant des précautions pour n'être pas surpris.
Ljoc , b 4 juin 1817.
'Depuis plusieurs mois, le plus grand calme régnait dans les campagnes, et la cherté et l'embarras des circonstances n'avaient que peu réagi sur la population : depuis trois jours cet état de choies a changé. Les nouvelles qui m'arment h
trjy^jiaîrp ,quis>tftit^?nijp> iaftjs, .et,le,oaèin* jpur, sur les points les plus éloignas If» uns ,dfls £q{tes*
l*s nouvelles, fes p]u,s afemr&s qpt ,été répa^u^s sirçultynéineqt : c'était iu^e jpsun#ctipn préparée k Lyftn , qgi Seyait, ép^f«rd?fl$^ ^e<ju dimanche * jujn, etqnij^ v^it^rp annoncée p^riMicoup^canozi. Partout dj}n«rlgs campagnes, pn a atfendu avec anxiété cp çqpp ffe PfflWy qmqe s'c$t ppimfait et ne se fera pointentçnflte;
Les ipêpi^bruus qui circulaient dspanos ca^p^gn^a, circulaient égaWnifint ^aos celles d*.lWondisseii)ef)t4p Suivons , de Vienne et les départ^npns voisins. JLa(carjfe^ppRdance du procureur-général lui p porté , le même jqijr , (es jntême* détails. .Diverses manœuvres , fié'fr sjgpaléçs jt yptçe Xxcellepce , annonçaient des projet* <k wssfanblqp qn^, ç(e Joxmalion fie bandes, fie réunion d'armes ; le h^t dçs qftnjflrés était regorgement et le pillage , çpmtne l'^nnéetlerjujè^e, ji peu près a pareille époque- 11 nVs$t impossible de ne jp$s voir daps cçs manoeuvres, qui se présentent k la fois, dans plusieurs 4épartemens, le résultat d'un plan concerté, ^PPt rien n'a pu faire reconnaître encore les premiers auteurs. Les subalternes seuls ont été atteints a Ljqn , connue k Bor- 4ea,nx , et çoiqjne k Paris, etc
1,'exuême concordance fa U)US ces bruits , Jflême dans Jleurs pli^s mjnces détaik, pourrait paraître alarmante, çt c'e$t elle au contraire qui me rassure. J'en conclus qu'ils n^ sont pas nés spontanéin ent , et qu'ils on, t été répandu* par des hommes a qui leur leçon a été faite.; mais l'a^tatiop qu'ils produisent dans l'opinion est plus fâcheuse quelle ne l'a jamais été, k çau^e des circonstances qui pèsent au jour-
(Phuî dé toot lèar poids sur la popalatten. Nota sotiwér, dii reste, prêts a tous lis» évéaetneiis, et nbus avaos biôroe nécessaire pour agir efficacement. '*"■
J'ai cm devoir i-ecommatider aux mira ment de surveillance; j'ai fait imprimer et afficher de nouveau l'article de la loi dn l'a'Bovembre , qui estimative «» propagateurs de nouvelles alarmantes f f ai Tfcnné dés ordres pour <jue là pins grande rorreiHance fût exereée sur le visa des passe-ports, le* étrangers et les vagabonda-; fai recommandé d'arrêter et de traduire an procureur dn*Roi uns ceux qui colportent -de pareils bran*. Quoiqu'il soit ^douteux qu'aucun d'eux puisse être condamné fâtrte de preuves, on plutôt dé témoins, il en résultera 'toujours , pour enx , une détention que les formes de la procédure feront plus on moins prolonger. Pai annoncé que les communes où la tranquillité publique viendrait îi être troublée de quelque manière que ce fut , recevraient immédiatement une garnison qui y resterait aux frais des babïtans. Ces mesures, quand elles émanent de l'autorité supérieure, en imposent encore , et aujourd'hui il est nécessaire d'en imposer. - C'est dans cet état qu'il faut prévoir que le mois de juin se passera tout entier. Bientôt viendront les récoltes de fourrages , les moissons des seigles , les façons des vignes et les récoltes des blés. Quand le peuple sera occupé et que sa position aura changé, il est probable que ces bruits auront moins d'accès auprès de lui. Mais en attendant, il faut ôler de l'audace aux matveillans , rendre le courage aux gens timides , et on ne le peut que par un grand appareil de sévérité.
Du reste , la ville est calme ; les embarras des subsistances
ne s'y fout que légèrement apercevoir* Le» sacrifices que nous faisons n'auront jamais été mieux employés; en garantissant la tranquillité de Lyon , ils assurent celle d'une grande partie de la France.
Je suis avec respect etc.
Lyon , le 5 juin 1817.
• Les lettres qui m'arrivent de Givors, de Millery, de Brignais, de Villefranche et de Tarare , communes situées sur divers points du département , continuent a m'annoncer la même agitation , les mêmes projets, les mêmes espérances. £lies se réunissent toutes a désigner le 2 juin, dimanche, comme le jour où le signal avait été donné pour une insurrection générale, par suite de laquelle les campagnes devaient se porter sur Lyon , et égorger les prêtres, les nobles et les riches. Une lettre du souspnTet de Trévoux m'annonce que ces mêmes bruits ont été répandus dans son arrondissement ; que même il s'est formé un rassemblement qui a été dissipé,et qui annonçait les mêmes in tentions. Trois individus arrêtés ont consigné dans leur interrogatoire des faits absolu nient conformes. Il est question, la comme ici, de formation de bandes , d'enrôlemens et de massacres.
La correspondance du général Canuel lui annonce que 9 ce même jour, un mouvement insurrectionnel s'est manifesté a Poot-du Château, Lezoux et Thicrs, sur la route de Clermont a Lyon. Le commandant du département delà Haute- Loire lui annonce les mêmes inquiétudes, pour le 'même jour. .
Cette similitude défaits, d'époques et de circonstances se laisse pas lieu de douter que le&malveillans n'aient eu des
(>6) projets, s'ils n'ont point eu les moyens de les exécuter. Hs annoncent qu'api es le massacre des royalistes, le pain sera mis h trois sous la livre, et que Bonaparte, en revenant, les récompensera largement de ce qu'ils auront fait pour lui.
Les rapports uniformes de la police de la ville m'apprennent que les gens connus par leur mauvaise opinion ont manifesté leur dépit de ce q ue , grâces aux mesures prises par l'administration, le pain n'a point été augmenté dans la ville. Il paraît qu'ils attendaient avec impatience ce moment pour tenter un soulèvement.
Le sous-préfet de Trévoux m'annonce un nouveau rassemblement , comme devant avoir lieu le 4 au soir à Parcieux, frontière du Rhône et de l'Ain. J'ai fait porter U Anse sur la Saône un détachement de quarante hommes de la garde départementale, t|ui liera ses mou vemens avec le détachement de vingt chasseurs, caserne à Villefranche. Une patrouille de cavalerie a été poussée sur Saint- Ge ni s- Laval , Millery , et Briguais , pour intimider les malveillans. C'est la qu'ils manifestent le plus d'audace.
On m'a signalé quatre individus , comme les courriers du parti , et ses émissaires dans les différentes communes. J'ai donné l'ordre de les arrêter , et de les traduire devant moi. Je les remettrai au procureur du Roi, et en attendant que les preuves s'acquièrent , s'il est possible toutefois d'en acquérir, ils resteront en prison. Je ne sollicite pas d'approbation pour cette mesure , que je prends sous ma responsabilité , parce que je ne m'arrêterai point devant les formes , quand les circonstances peuvent devenir graves. De pareilles mesures font plus d'impression sur les campagnes, que des détachemensannes.£llesparaissenltroppersundeesquerau-
(»7) torjté ,n?o?e ripn prepdr* -W^Ue» # a fa* Nr fo» «*tft
pour iepjer pp jnppwngpt av^t ta .r&olte , ep £rotyft*t ^ le,yier pMJsftapt de Uffw^^,pol)[ique. Ilf^t qu^l'aplprite redouble pop énergie. J^.raomiat.qjri j*wp. sépale ifcjt* tranquillité ne peut frrelopg; m^s il -fa#t l'atteindre.
t)u*este, nou? $9Wpe» en mesure. LpxUk pe ^qps dûûBe;pasd'inqiiiéUjdes, 0t, s'il je mapîfî^fah i*n fnppjfr gçqt sur qpe)quespojpts,0ji dfoajftonent ,,jl sttait.bfentftt OWprimi. ftlaJA.il est sage <Je> pfljvepfr. Tout, ce qu^f^ R^ajtupébrairtenjieot a la^sse^ la^puUt^n, dajp ff^ mM«pt€i , pourrait^vgir flçs ^jtes %fcu$*s.
Je sais etc.
.Lyon , le fi juin 1817.
La journée d'hier s'est passée avec la plusgrande tranquillité. Une nouvelle ascension de M. Augustin , aéronaute, avait attiré une foule immense aux Brotteaux 5 plus de trente mille âmes s'y trouvaient rassemblées. Il ne s'est passé anttro fait qui ait pu inspirer la moindre inquiétude.
Cependant , des la veille, et le matin, les pressentimens les plus sinistres, les avis.lesplus multipliés * les révélations les plus précises, annonçaient une ajtaque en force imposante delà part des factieux. On citait l'heure, les lieux de rassemblement ,• le mode d'attaque. On devait s'emparer des casernes , se porter dé Yà à l'arsenal , et se répandre ensuite dans les campagnes, pour y faire sonnerie tocsin ,«t y produire une insurrection générale.
Au milieu de ces bruits, si souvent annonpés, si sppvent démentis, le rôle de l'autorité est de se tenir toujours prête,
H d'éviter cependant toute démonstration qui décèlerait ses craintes ou ses inquiétudes. C'est le parti que nous a von* pris, de concert avec le général commandant U division. Tous les ordres sont donnés dans les casernes , et il n'est pas douteux que, s'il y avait un mouvement, il ne se trouvât comprimé avant d'avoir pu prendre un caractère sérieux.
Il se confirme que l'opinion générale des campagnes était qu'on augmenterait le pain a fyon, et que cette augmentation produirait un mouvement dont on comptait profiter. Je suis plus que jamais convaincu que celle mesure eût été d'une haute impnliliqiie, Lt s sacrifices que nous sommes forcés de Faire ne sont point assez grairds, et n'auront point assez de durer', pour pruvoir nous effrayer. Les sages mesures qui ont élé prises ont été pour les mal veillans un objet de mécontentement autant que de surprise.
Qu'il y ait dans ce moment des factieux ayant l* volonté" d'*girj qu'il y ait parmi eux des chers, une sorte d'organisation, même des armes, c'est ce dont nous ne. pouvons douter: nous en ayons des preuves matérielles. Mais je ne pense pas qu'ils en aient le pouvoir. Ils le sentent tellement eux-mêmes, que leur seule espérance était dans un mouvement d'exaspération produit par la cherté des denrées. Aussi redoublent -ils d'efforts dans un moment où ils voient cette ressource prêle à leur échapper par les plus belles espérances de récolte qui furent jamais. Ce n'est qu'en liant leurs projets a un mouvement populaire qu'ils peuvent espérer de réussir. Mais heureusement notre population eut calme ; elle sent tes sacrifices que l'on fait pour elle , et elle les apprécie^ plus de foule, plus d'empressement chez les boulangers^
; Au milieu de ces inquiétudes morales , s'il y a quelques faits qui méritent attention, il y en a beaucoup qui sont évidemment absurdes. Tels sont ceux d'un prétendu convoi d'armes, de plusieurs voitures qui auraient été débarquées dans la rue Saint* Jean, en plein jour, et qui auraient été immédiatement distribuées* J'ai fait vérifier les détails qu'on a donnés a ce sujet, et ils se sont trouvés n'avoir aucun fondement.
Telle est notre position. Elle mérite quelque attention; mais je ne crois pas. qu'elle doive alarmer, autant que quelques personnes y paraissent disposées. Ce sont les mêmes manœuvres qui ont été signaléeskdiverses reprises, avec cette différence toutefois que les circonstances leur donnent un degré de gravité de plus, parce que la misère met entre les mains de la malveillance un puissant moyen pour troubler la tranquillité publique.
Je suis avec respect , etc.
Lyon , le 7 juin 1817.
• Les mêmes bruits alarmans et néanmoins la même tranquillité continuent a régner ici. Je ne puis m'empêcher de penser que ces bruits sont une tactique de la malveillance, trop bien secondée parla frayeur des gens honnêtes, et que cette tactique tend à produire de l'agitation dans la masse populaire , pour arrêter les transactions commerciales, et prouver que le gouvernement actuel n'a point la force nécessaire pour agir. Cette tactique sera vaine comme toutes les épreuves qu'on a faites jusqu'à ce moment. Encore quel*
ques jours , et l'approche d'une superbe récolle èteri aux agitateurs un de leurs plus puisons leviers.
Quant aux campagnes , ma correspondance m'apprend que c'est surtout dam les communes qui bordent les fleuve* ou les grandes routes , que cette agitation s'est Tait le plus remarquer. On ne peut douter qu'il ne s'y soit formé des associations, dans l'espoir du pillage. Quelques réunions ont eu lieu sur divers points, sans armes à la vérité, mais avec des intentions sur lesquelles ou ne peut pas se méprendre.
A Tarare, on a attendu avec impatience uu courrier qui devait, dit-on, apporter l'ordre d'agir. A Bully, prèsl'Àrbrèle, même attenie et même espérance. A Qu in ci eux , réunion p'ar billets qui paraissaient être venus de la ville de Trévoux, département de l'Ain, et direction donnée sur Lyor). La gerMàrroerie, prévenue par le maire d'Anse,*'/ transporta ; ce qui fit que liHêubion fur" moins nombreuse. Plusieurs individus, et notamment leur chef , ont été arrêtes a Trévoux, et livrés aux tribunaux. J'ai invîtéle prévôt et le procureur du Roi a s'y transporter. J'ai également délégué M. Jbrdàti, conseiller de préfecture, comme commissaire. Il doit prendre avec lui un détachement de la force départementale que j'avais1 etiVoyé* a' Anse. J'aurai déniait) le résultat de ses informations que je transmettrai a' votre excellence.
Tous* lés rapports des cora'mf ssdires de police , d'hier soîf dix Murés , étaient on ne peut plus rassurans. La nuit é été parfaitement1 tranquille.
Une réfélntion faite par un' sergent1 d'une (Tés1 légions, d'avoir été admis dana'u'nére'uriiblf'de' cinquante personnes' bierivfiu'és, d'y' avoir ubtétiti'lë'grà'iftf dé chef Je bataillon,
( 3i ) k la charge de livrer la caserne de tim régiment, est dans ce moment l'objet de l'attention de f autorité.* 11 y a au mohrf beaucoup de doute k se faire sur cette révélation; ses chefif sont occupés à l'éclaircir.
Le mouvement des campagnes a été moins général que je ne l'avais cru d'abord. Le Haut-Beaujolais et la route d'Auvergne n'en ont ressenti aucune secousse; Villefranche et
Neuville sont t rira quilles, ainsi que les communes qui avoi- , soient Lyon.
. Le temps continué k être superbe, et cependant \é bleâT encote augmenté bier. Les extractions de Lyon, pour U& départeraens de l'Eat, continuent k êWe énormes; célatfè nous donne pas d'inquiétude.
Je suis avec respect, etc.
Lyon , le 8 juin 1817.
La pteitibti dé nôtre ville est toujours la même; lés mêmes bruits , les mêmes révélations , et cependant la même tranquillité. Ce serait aujourd'hui même pendant le temps dés processfons , que devrait s'opérer ce mouvement. C'esé lé moment où toutes les troupes sont sur pied , qu'on aurait: cbôfeï éôur éclater. Àû milieu de totis ces bruits, l'autorité if à pé& d'éutf e pa*rti k prendre , que d'être toujours prête k agir au besbfo.
Lé détachement de fa' compagnie départementale envoyé daàs Iti communes où ont eu lieu lès rassemblemens , lé transport de la coûir prévôtale, l'appareil qu'on lui a donné, paraissent avoir faitune grande impression. Lés nudveillans
annoncent que leur coup est manqué, et qu'ils ont reçu de Pari- un contre-ordre. Il parait certain qu'il a été donné lecture, sur plusieurs points , d'une lettre où on annonçait que la partie était ren îse.
Ces bruits une fois répandus dans la population, je ne suis pus étonne qu'ils retentissent a la Fois, d'une foule de points, et c'est ee qui explique celte nombreuse quantité de révélations , d'avis et de confidences. Mwis ces mêmes bruits ont été i pan dus au mois d'ociobie dernier, et a, plusieurs époques de l'année dernière. Ils sont tombés d'euxmêines; cependant, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'observer , les circonstances sont différentes , parce que la misère, le défaut de travail , et Ja cherté des subsistances , donnent aujourd'hui aux malveillans des moyens qu'ils n'a- Taient point auparavant.
Du reste, si on devait en juger par le calme de la population, et la tranquillité qu'on voit régner dans toutes les places, et dans tous tes lieux publics de rassemblement, on ne concevrait pas comment on pourrait s'abandonner a de pareilles inquiétudes.
Sans doute , dans l'état actuel des choses, rien ne serait plus facile que d'agir par les campagnes sur la ville, parce que si on les mettait en mouvement , il faudrait prévoir beaucoup de désordres, de l'audace d'un côté, de la pusillanimité de l'autre. Mais agir dans une ville même où il y a une garnison nombreuse, ayant contre soi l'action centrale de l'autorité, et n'ayant a opposeï a une masse toujours facile a mouvoir et a diriger , qu'une force décousue et dis-1 persée, c'est ce qui me parait contre toutes les vraisemblances, et contre toutes les utobabilïtës.
Je vous ferai part demain , par le télégraphe, du balletitt sommaire de la situation de la ville.
Je suis, etc.
Dans l'intervalle du 5 au 8 juin, la situation des choses restait la même à Lyon : les mêmes bruits, les mêmes avis , et cependant la même tranquillité apparente.
Elle durait encore le 8 juin au matin , et j'en prévenais le Gouvernement, ainsi qu'on vient de le voir.
Nous convînmes avec le général que, pour ne pas faire de démonstrations apparentes, qui eussent augpjnente les inquiétudes, en faisant croire que l'autorité les partageait, la garnison ne serait mise sur pied qu'à deux heures, sousle prétexte de la procession du Saint-Sacrement; divers détachemens delà garde nationale furent mis à la disposition des curés pour le même objet.
U était quatre heures du soir, et je me rendais moi-même à la procession de ma paroisse, lorsque je fus prévenu qu'on venait d'arrêter , à la barrière de l'octroi, un homme portant sous le bras un sac enveloppé de sa veste. Ce sac se trouvait contenir environ deux cents cartouches.
Je me rendis de suite chez le général , dont l'hôtel avait vue sur la place de Bellecour, où les troupes
se trouvaient rangées en bataille. L'individu arrêté y
( 34) fui conduit. Interrogé c» nuire présence, il se renferma dans un système de dénégation absolue, et prétendit que ce paquet lui avait été remis par un d« ses camarades , avec qui il allait quelquefois au cabaret, et qu'il ignorait ce qu'il pouvait contenir.
Je dois avouer que ce tait me frappa, et qu'il donna une sorte de consistance aux bruits qui s'étaient répandus, depuis plusieurs jours, d'un projet de tentative de la part des factieux, dans la ville. D'antres circon stances vinrent encore s'y joindre. Un Commissaire de police vint nous prévenir que, dans un cabaret sur la place des Jacobins, et dans une réunion oïl se trouvaient plusieurs hommes suspects, un coup de pistolet avait été tiré, à bout portant, sur un ancien officier, que ses camarades accusèrent d'avoir voulu les trahir.
, 11 était nuit, et des 'patrouilles de la garde nationale, qui avaient accompagné les processions, s'étaient répandues dans les différentes rues. 'Elles arrêtèrent ce qu'elles trouvèrent dansles cabarcts.'On y saisit plusieurs individus, dobt Quelques-uns furent trouvés munis de paquets cte cartouches, sans pouvoir en donner aucun motif plausible.
Vers onze heures du soir, le capitaine Ledouï, de la légion de l'Yonne, se rendant à PHôtel-de- Ville, fut poursuivi par des gens armés, et au moment où il se retournait pour leur faire face, il reçut deux coups de pistolet qui retendirent roide' mort.
Le marquis de Ganay, colonel de té légion dé l'Yonne, et député à la Chambre, fut lin- même provoqué , et forcé de se mettre en défense.
Le capitaine Philippe, de la garde nationale , fat également blessé d'un coup de feu a la main. Une ardonnaoce du Roi l'a nommé chevalier de la Légion-d'Honneur.
La garde nationale, commandée au nombre de six cents btoames à huit heures , avait déjà réuni plu» de deux mille hommes, en moins d'une heure. Dé* ce moment, les pa trouilles aemulti prièrent et se croisèrent dans tous les sens. On n'eut plus aucune in* quiétude sur la tranquillité de la ville.
On apprit dès le lendemain , par des dépositions recueillies par les soins du maire de Y aise , que le nommé Gagnieres, forgeron , depuis longtemps noté à la police, avak distribué dans son clos, à quatre heures du soir, un certain nombre <te cartouches. Ce fait est établi dans la procédure.
Des déclarations ultérieur** ont appris qu'il avait été porté chez un aubergiste du faubourg de Vaise, ud panier de poudre, pourle convertir en cartouches; qu'U en avait été également porté chez un cabaretier de la place des Jacobins. Elles oôt aussi appris qu'on avak demandé à l'artificier Arfoant , de confectionner quarante mille cartouches. Cet aiiificier,interlrogé, est convenu de oe fait, en ajoutant qu'il n'avait pas voulu se prêter, à cette demandé. Enfin , on a stt
( 36) par ces mêmes déclamions, que les factieux comptaient sur un grand nombre de cartouches et de fusils, délivrés pendant l'interrègne, ùi volontaires fédérés- Ce fait, qui ajustement appelé l'attention du Gouvernement , a été certifié par le commandant de l'artillerie. J'ai transmis au ministère le certificat qu'il m'en a délivré.
. L'intention desmalveillans était-elle de fnire une attaque dans la ville? Ce fait a été avancé par les uns, nié par les autres.
On a allégué d'un côté que celle allaquc eût élé une absurdité, dans une ville oii se trouvait une garnison de deux, à trois mille hommes, et nne garde nationale nombreuse, Qu'on n'avait vu ni rassemblement, ni dépôt d'armes, ni munitions.
. . On a répondu de l'autre , que la mise sous les axin.es de toute la garnison , dès deux heures du soir, ejn avait imposé aux- conjurés dont le rendez-vous n'était que pour sept heures-Quela distribution de fusils, faite pendant les cent jours, avait mis une grande quantité d'armes entre les mains de la malveillance, et qu'il n'y avait' eu aucun moyen de les retirer. Que dans un moment de tumulte, chaque individu sortant de chez lui avec son fusil , il ne fallait que peu de temps pour en former des groupes considérables.
Laissons la passion, l'exagération, ou l'esprit di parti s'agiter autour de ces deux opinions, et commuons , avec tous les hommes raisonnables , que si les
( 37 ) tampagnes, d'après la direction qu'on leur avait donnée sur la vitle , pour onze heures du soir -, seiusr sent présentées aux portes , il aurait pu y arriver une grave confusion, encore même que l'issue ne- dut pas être douteuse.
L'autorité n'a pas voulu se mettre à cette épreuve* Elle a attaqué ce mouvement dès son principe, et il est inutile désormais de rechercher s'il eût été plus ou moins grave , plus ou moins dangereux.
Revenons au mouvement des campagnes.
On apprit , dans la nuit du 8 ad 9 , et dans la journée du 9 , que diverses communes riveraines du Rhône , savoir celles de Saint-Genis Laval , de Brigoais, de Millery, d'Irigny avaient sonné le tocsin j que le lendemain il sonnait à St.-Andéol,' à la sortie de la procession. Que dans celle de Saint-Genis, le capitaine Oudin avait proclamé Napoléon H , s'était emparé de la caserne de la gendarmerie, et avait pris les chevaux des gendarmes. Qu'il s'était installé à la municipalité, et avait envoyé des émissaires dansJea. communes voisines. Que le maire , qui était à sa campagne, à demi -lieue du bourg, ne s'était pas. présenté , et que l'adjoint avait pris la fuite.
Qu'à Millery, les nommés Fantet, riche propriétaire, et Baronnier , maire et adjoint de l'interrègne, avaient également abattu le drapeau blanc ; qu'il eo était de même à Irigny et à Saint-Andéol. Qu'à Bri~ guab , le toesin n'avait pu réunir que quelques per-
(38) sonnes. Que les rassemblemens avaient été plus nombreux dans les antres communes.
Ceci se passait à huit heures du soir. Dès dix heures , un détachement de gendarmes et de chasseurs se portait au galop à Sainl-Gcuis. Il y entrait «près avoir éprouvé une décharge qui blessa grièvement un gendarme. Ce détachement marchait en avant, pour atteindre les fuyards avant qu'ils n'eussent gagné Givors, ville où il y a beaucoup d'ouvriers employés aux verreries. Deux compagnies de la Haute-Saône furent envoyées pour le soutenir et enlever les armes qui se trouvaient entre les mains des paysans. Un détachement de garde nationale fut également envoyé a Saint- Andéol. Tout ceci se passant dans lé cours de la nuit , et au milieu de renseighemens contradictoires qui arrivaient à tous moraens , il était difficile de savoir a quoi s'en tenir. Le lendemain , au point du jour , on apprît que tout était calmé sur ce point.
On ne tarda pas a apprendre qu'au centre do déparlement , et entre les routes de Bourgogne et du Bourbonnais, sept communes s'étaient mises en insurrection ; que des cocardes tricolores avaient été distribuées, les drapeaux blancs enlevés , les bustes da Roi brisés , et qu'une prétendue proclamation du ïgénéral Grouchy avait été lue et affichée. Cette proclamation ordonnait, sons peine de mort , à tous les hommes de io a ]6o ans, de marcher. C'était Gar-
4pn, simple paysan , et qui avait une grande influente dans le pays , qui s'était mis à la tôte des bandes. Mais on sut en même temps que les détachement envoyés de la ville, à Anse et à Limon et, les 4 , 7 et 8 juin au matin , avaient traversé la plaine, dissipé }es rassemblemens , et étaient arrivés à FÂr* brêle, en même temps qu'une bande s'y présent tait j qu'au même moment un détachement de chas* seurs était expédié de Tarare sur le même point , et que 1? bopne contenance du maire de l'Arbrêie , aidé de quelques gardes nationaux , avait maintenu la tranquillisé dans cette ville, et empêché les malveillais d'y sonner le tocsin,
Tfxm autre eôté, les communes riveraines de la Saône, notamment celles de Quincieux et d'Ambcrieu*, qui avaient fait un mouvement le dimanche précédent, étaient contenues par le détachement de la garde départementale qui y avait été envoyé dès le 4.
Etait - pe le hasard , comme cm l'a prétendu , qui avait groupé ces foyers d'insurrection , de manière que , s'appuyant sur la Saône d'un oôté , sur le Rhône de l'autre , et sur Peatre-deux des routes du Bourbonnais et de la Bourgogne, ils pouvaient, en moins d'une heure, se réunir tous, laisser Lyon à la tête du triangle, l'isoler d» reste du département» et donner la facilité d'étendre le mouvement pour se porter à la lois par ta» routes de Moulins , de Mâcôn
et do Toulouse , sur la ville ? C'est ce qu'il est inuiil* d'examiner. On cite les faits, on ne veut en tirer aucune conséquence.
Et lorsqu'on réfléchira, comme cela a été établi dans les procédures, que le chef de ce mouvement était un nommé Jacquiet, commandant d'un corps • franc pendant l'interrègne; que ce Jacquiet est un homme de tète et de caractère , ainsi qu'il résulte des faits consignés dans l'instruction : que ses agens ont été porterscs contre-ordres le a juin , et ses ordres définitifs le 8, savoir : Martin et Cccur à Sainl- Genis, au capitaine Oudin; Prieur, à Quîncieux, à Garlon, etc.; Lepin à Bnlly, etc.; lorsqu'on rapprochera ces faits des avis donnés, dès les premiers jours de juin , par les maires de ces différentes communes , sur des courses et des agens suspects , on se convaincra que le mouvement était préparé , avait une sorte d'organisation , et qu'il n'était pas né spontanément.
Ce qui vient d'être dit peut faire juger du degré de confiance que mérite l'auteur de l'écrit , lorsqu'il avance que l'autorité prévenue dès le 7 juin n'avait fait aucune disposition , tandis que, dès le 5 juin , on la voit concerter ses mesures de manière à n'eire surprise nulle part.
Je joins ici t'extrait delà correspondance du îojmn. ■ On verra si j'ai cherché à grossir les faits pour m'en - faire un mérite, et on reconnaîtra que j'écrivais le
lendemain comme j'écrivais le jour et la veille:, c'està-dire avec calme et sang-froid.
Lyon , le 10 joiu 1817.
- J'ai eu l'honneur d'expédier hier a Votre Excellence, par estafette , un rapport sur les événemens qui viennent de se passer dans ce département. Je manifestais l'espérance de pouvoir lui annoncer que* tôfat était rentré dans Tordre; je puis lui confirmer aujourd'hui cette espérance , qui s'est changée en certitude.
Tous les rapports qui me sont arrivés dans la journée et dans la nuit m'annoncent qu'il n'y a plus un seul séditieux en armes , et que toutes les bandes se sont dissipées en jetant leurs armes et leurs munitions.
J'avais des inquiétudes sur Givors, où se dirigeait la masse des insurgés ; mais ils out été dispersés avant d'avoir pu l'atteindre. La bonce contenance du maire en a d'ailleurs imposé; c'est un homme capable et dévoué, et qui a maintenu jusqu'à ce moment une population nombreuse de gens du canal et d'ouvriers.
J'en avais également pour Condrieux. J'ai envoyé , dis avant-hier, une lettre au maire , pour lui ordonner de convoquer immédiatement le conseil municipal , et de lui faire lecture d'une lettre où je lui annonçais qne si un seul factieux entrait k Condrieux , j'y enverrais une garnison de cent cinquante hommes, pour y vivre a discrétion.
Votre Excellence a pu voir, par les détails que je lui ai soumis jour par jour, que l'autorité a été prête sur tous les points, et n'a été surprise nulle part.
tors du premier avis de la réunion de Quincieux, encore
même qu'elle ne se composât que de groupes détachés , cachés dans les prés et derrière les baies, la Cour prevôtale s'y t'St u an.' pouce avec un détachement de soixante hommes. J'avais donué l'ordre de faire arrêter les nommés Oudin et Lyandras de Saint-Genis, Couin et Raymond de Brignais, qu'on m'avait annoncé avoir des réunions suspectes. Cet ordre ne put recevoir son exécution , la gendarmerie ne les ayant point trouvés à leur domicile.
fous Times porter des dctacfiemens de gendarmerie et de garde départementale sur les points de Limon et et de ta tour de Salvagny. Ces positions coupaient la ligne des opérations des séditieux , et rompaient celle de leurs communications.
Je pris , sous la date du 3 juin , un arrêté dont copie est ci- jointe, tju j fut affiché dans toutes les communes , et lu a ta messe paroissiale du dimanche. Les mesures qu'il prescrivait , firent nue telle impression , que , si j'en dois croire les rapports qui m'arrivent , une foule d'individus se trouvèrent détournés de prendre parts la rébellion.
Je l'avais envoyé aux maires, avec une circulaire qui leur retraçait de la manière la plus forte leurs devoirs.
Ce fut le soir, i quatre heure» et demie, a l'issue de la procession de la fête- Dieu, « sans être annoncé autrement que par l'agitation qui régoait depuis quelques jours, que le ttcsjn sonna simultanément a Briguais, a Saiiu-Geuis, a a Irigny,fc MiUery, a Çharuay, a Saînt-Andéol , et «Uns f uejques communes du canton de l'Arbrèle.
Les délachenoeDs qui se trouvaient sur les routes de Villefranche et de l'Arbrèle, se mirent immédiatement en mouvement^ ghxasajit pwtont devant eu» les séditieux qui ne
tarent nulle part, et se réfugiaient de commune en commune, en y faisant sonner le tocsin.
Quand toutes les dispositions furent prises pour la sûreté de la ville , un détachement se porta k dix heures du soir à Saint- Genis, où tout fut dispersé dans un clin d'œil. Le lendemain, k la pointe du jour, il était k Briguais etk Milléry , où il parait que le mouvement s'est terminé.
La même chose avait eu lieu à Bnlly et dans tout le canton de l'Arbrêle, sous la direction du chef d'escadron de la gendarmerie, du prévôt et de l'officier commandant le détachement de la compagnie départementale.
Dans moins de vingt-quatre heures, tout était rentré dans Tordre.
Je ne puis me faire une idée bien juste des projets des se-» ditieux sur la ville. Je suis même tenté de persister dans l'idée que j'ai toujours émise, qu'ils comptaient agir sur elle par les campagnes. Cependant le nombre et l'audace de ces hommes qu'on voit figurer dpns tous les mouvemeus populaires, les cartouches qu'on a surprises sur eux, les trois assassinats auxquels ils se sont portés, et plus que tout cela, l'inquiétude générale et inexplicable qui s'était répandue, sur la foi d'une foule de révélations qui paraissaient toutes précises, tout cela me porte k croire qoe le projet qu'on leur attribue d'avoir voulu assassiner, au moment de la procession , les autorités et les officiers se rendant 'k leur caserne, n'est pas dénué de fondement.
U est aujourd'hui prouvé que le moment de l'augmen • tation du pain était celui que les séditieux attendaient pour agir. Je me suis gardé de tenter une épreuve qui m'a toujours paru redoutable, et qui eût , aiçoB tout perdu, au moins tout compromis.
formais a*-
Voila notre position-, je la regarde comme desorrnaî înree , au moins pour long-temps.
Tel est le résultat de ces evénetnens ciui eussent pu devenir graves, s'ils n'eussent «fié îin initialement comprimes. La misère dans la ville et daus la campagne, donnait aux séditieux un grand avantage, et le caractère général de la xévotle, nir tant de points différons, pouvait devenir alarmant. Mais l'explosion comprimée partout , D'à pas pu s'étendre avec cet ensemble qui l'aurait rendue dangereuse.
Je suis avec respect , clc.
Ou a prétendu qu'il n'avait été pris aucune mesure pour poursuivre les cliefs. On répondra à cette allégation par la volumineuse correspondance qui a eu Heu à ce sujet , par les ordres donnés à la gendarmerie, les rapports de celte arme; et, chose bien étrange, ce sera de ces mêmes démarches qu'on aura bientôt à se défendre , po'ur repousser l'accusation d'avoir couvert le département d'agens qu'où peîut avec tant d'énergie , s'attaquant , se dénonçant à l'envi les nos les autres , et répandant dans le département la terreur dé 1793.
Ces évenemens étaient passés depuis quelques jours, et on n'avai&encoro rien découvert qui pût mettre sur la voie d'une intrigue que tous les documents annonçaient avoir eu son centre dans la ville de Lyon, et être partie de là pour se répandre sur les divers points du département.
Un hasard heureux mit sur la voie de quelques-
découvertes, qui, suivies avec activité par la policé municipale^ menèrent enfin à la connaissance du plan d'organisation, de ses principaux chefs, de soi agens secondaires, etc.
L'arrestation d'un nommé Barbier, chirurgien; celle des deux frères Volosan , Jabricans en soie; celle de Mayer, marchand fleuriste; celle de Bitternay, de Vcrnay, etc., donnèrent lieu à des rêvé-4 lations qui parurent assez importantes (1).
On sut que les mouvemens qui avaient en lieu, dans la ville et dans les campagnes, avaient été préparés par des comités insurrecteurs, et par un comiië supérieur, avec lequel ils correspondaient par desintermédiaires , de manière que le nom de ses membres était un secret pour leurs subordonnes ;
Qu'il y avait, en outre, un comité insurrecteuir des campagnes, présidé par le nommé Jacquiet, désigné sous le nom d'Auguste, dont on retrouve le nom dans les interrogatoires de Chambouvet, faits. an mois de février précédent. Ce Jacquiet , commandant d'un corps franc pendant l'interrègne, passait pour un homme hardi et entreprenant. Tout ce qui est dit de lui dans les dépositions , semble confirmer ce caractère ;
Que dans le comité supérieur se trouvait le nommé
( i ) Plus de trente individus arrêtés ont déclaré , dans leurs interrogatoires, des laits qui se rapportent & ces révélations.
(46) &....., qui, deux ans auparavant, avait été condamné pour avoir fait circuler le libelle de la Vèritf, l'un des plus séditieux pamphlets qui ait été écrit en i8t4;
Qu'on y comptait également le nommé T ,
employé à la Monnaie , qu'on avait va dans les clubs de la fédération pendant l'interrègne, tenir les discours les plus fougueux ;
Qu'enfin, on avait des raisons de croire que ta
sîeur J , fila d'un respectable magistrat,
mais ayant toujours annoncé des senti mens bien différais de ceux de sa famille, y était également aggrégé.
Ce dernier était en correspondance fréquente avec R...*., condamné dans l'affaire du mois de janvier i£ï6 ; et dans une lettre trouvée dans ses papiers , ce dernier, soit qu'il fut prévenu ou non de ce qui devait se passer, lui donnait sa procuration pour faire meure le séquestre sur les biens des juges qui l'avaient condamné , et sur ceux des autorités qui l'avaient retenu en prison , depuis le jugement qui avait prononce contre lui la peine de la déportation.
On sut en même temps que les conjurés avaient une correspondance fréquente avec une femme de Paris , connue par ses intrigues politiques, et par ses liaisons suspectes. On avait appris officiellement de Paris 3 que cette dame avait reçu une lettre le 11 juin, conçue en ces termes : .
« Le tocsin sonne de tous côtés , l'affaire est mal « engagée; cependant espérons encore. »
On sut en même temps qu'un graveur de Paris avait , snr la demande de ce comité, exécuté un emblème séditieux, qui lui avait été transmis. Ces reuseignemens résultent également de recherches officielles.
L'arrestation d'un nommé B. ...... , fabricant à%
Sole, a Tait reconnaître en lui celui qui aVàit écrit à la dame L. V . , à Paris , la lettre citée plus haut. Il est convenu qu'il l'avait écrite sous la dictée de J , homme fort entreprenant, et celui dont l'arrestation eût été la plus importante , puisque c'était à lui qu'on s'adressait pour avoir des fonds. Ce fait est constaté par la procédure.
On apprit enfin que les membres de cette associadon se liaient par un serment , et on retrouve , dans les dépositions qui ont été faites , les mêmes circonstances qu'on avait remarquées dans les interrogatoires de Chambouvet, arrêté au mois de février, et dont l'instruction avait été suivie par la police depuis cette époque ; déclaration qui avait paru au magistrat qui était chargé de la recevoir, ainsi qu'à moimême, tellement extraordinaire, que nous avions été tentés de la prendre pour les rêveries de quelques imaginations malades (l).
(î) J'ai entretenu le ministre, dans le courant de février on de mars , des dépositions et des intr.gues de Chamboa*
Tout ce qu'il y avait , dans ces mêmes interrogatoires de Chambouvet, de relatif à des cartes, à des réunions,;! des distributions de grades ou d'emplois; ces faits d'enrôlement qui occupaient la police et l'administration depuis six mois , se trouvaient confirmés par des déclarations ultérieures.
Certes, ce rapprochement et celte suite d'intrigues politiques pouvaient appeler l'attention de l'autorité. Il expliquait des faits q ni , depuis long temps, avaient captivé son attention, et dont les traces lui avaient plusieurs fois échappé.
Ces faits acquéraient plus d'importance encore dans le cours de l'instruction , lorsqu'on songeait aux événemens qtii venaient de se développer dans plusieurs déparlemcns éloignés; événemens dont la couleur pouvait être douteuse , puisque l'opinion n'était pas* encore fixée à cet égard , comme elle l'a été depuis.
Ces doutes pouvaient naître naturellement, et le devoir des fonctionnaires était de les soumettre à l'autorité. Placée plus haut , et au point où tous les renseiguemens viennent aboutir, se comparer, et souvent se détruire les nus et les autres , elle a. pu les apprécier sous leur véritable point de vue. Ce qui pouvait être l'objet d'un doute, a cessé de l'être aujourd'hui, et l'opinion est désormais fixée.
▼et Ces détails m'étaient transmis par le lieutenant de police , qui en prévenait aussi le ministre.
On s*est étonné de ne pas voir, à la tête de ces intrigues politiques, des hommes plus importans pour les dirige)* et les conduire. Beaucoup dç présomptions ont été formées à cet égard , quoique aucune preuve n'ait pu en être acquise. L'évasion de troi& des principaux accusés a peut-être ô té les moyens d'y arriver.
Mais est-il impossible que des intrigues politique» soient formées par des honipies dit commun? Et l'histoire de la révolution n*a-t-elle pas prouvé qu^ c'est dans cette classe subalterne que se sont trouvés les agens de manœuvres qui, tout, obscures qu'elle* étaient , n'ont point été sans importance ? Que trôuvet-on dans tous les mouvemens qui ont eu lieu à di-. verses époques de la révolution? Que. trouve- 1- on dans ceux qui ont amené la conspiration de Grenelle, celle de Babœuf, et plus nouvellement. .€&*-. core dans celle de Ross et et Didier à Lyon j dans celle de Pleignier, et de tant d'autres? que des agens obscurs, recrutant parmi des hommes o\vSf curs , et , pour emprunter les expressions même* dont je me servais dans ma correspondance ..avec le Gouvernement, une véritable conspiration de
canaille. - -
C'est l'effet inévitable d'une longue révolution,, qpi a déplacé toutes les positions et toutes les influences sociales, de persuader à des hommes obscurs , qu'ils sont appelés à jouer un grand rôle j et c'est là ce qui
C5o) leur présente, dans un Gouvernement légitime, le pi il grand et le plus irréconciliable ennemi.
Et c'est aussi ce qui fait que le premier intérêt, comme le premier devoir de ce Gouvernement, est de rétablir toutes ces influences , parce que la société ne peut exister sans elles, et que si elles ne lui prolent pas leur appui, il ne lui reste d'autre soutien que la force, et que tout Gouvernement qui n'est fondé que sur la force, ne peut avoir de durée.
D'où il résulie que dans de pareilles circonstance, et dans le choc de tant d'intérêts, de tant de souvenirs, etdetantde prétentions opposées, l'action ferme et énergique du Gouvernement est le premier besoin et le premier moyeu de salut, parce qu'il est le pendule régulateur de cette grande machine , et que tous les froissemens qui arrêtent sa marche, ou dérangent la régularité de ses mouvemens, ne peuvent amener que le désordre et l'anarchie.
Dans des temps de calme, rien sans doute n'est' plus difficile que d'ourdir des intrigues politiques, parce qu'il faut à la fois en former le plan , et en créer tous les moyens secondaires.
A la suite d'une révolution , totis ces élémens existent. Cène sont pas les liommes, ce sont les intérêts, les opinions, et les positions qui les mettent en œuvre.
Je n'insiste pas sur ces considérations; elles ont frappé depuis long-temps les hommes d'ttat et ceux pour lesquels l'histoire des temps est quelque chose,
et ceux pour lesquels les' leçons de l'expérience ne sont pas perdues.
Je n'ai point à m 'occuper de la suite de ces intrigues. Elles ont été soumises aux tribunaux ; ils ont prononcé. C'est dansleurs arrêts et dans la procédure que l'hommequi ne veut pas juger par prévention, doit chercher à former son opinion. C'est pour éviter que les jugemens sur ces sortes d'affaires ne divergent au gré des passions ou des intérêts, que la loi a fixé la condition et les degrés de l'évidence judiciaire. Malheur à une nation pour laquelle la justice deç tribunaux deviendrait un problème ! car n'ayant plus <\e garantie dans l'impartialité des juges, elle serait forcée de la chercher en elle-même; et il n'y aurait pour elle ni repos, ni fixité, ni sécurité. Je n'ai pas besoin de les défendre, parce qu'ils se défendent paf le caractère même que la loi leur a attaché, et que s'il était possible que des cours souveraines , autori* sées par la loi à faire suivre d'une exécution iraméy diate leur jugement, eussent donné dans des passions et dans des écarts, il faudrait creuser jusqu'au centra même de la terre , pour y ensevelir un pareil secret» Je ne me suis occupé, jusqu'à ce moment, qu'à établir qu'il y avait eu un mouvement; que ce moiM vement avait été préparé et organisé; que son caractère était déterminé par sa nature, par le caractère, de ses chefs, et le rôle qu'ils avaient joué dans de pré^ cédentes intrigues. J'ai prouvé que l'autorité, avertie,
(Si)
s'était terme en mesure, ou de le prévenir , ou Je l'arrêter au besoin ; que ce mouvement , né au commencement tle la mut, était comprimé partout dès le lendemain. Ma correspond.1 nce de tous les jours a mis le Gouvernement dans la pensée , et presque dans la conscience de l'administrateur. On a pu juger si ses lettré»; si ses démarclies, si ses mesures se ressentaient de cette préoccupation d'esprit, dont il est si difficile de se garantir, quand on est égaré, ou que l'on veut égarer.
Ai-je maintenant à la défendre d'accusations d'une antre nature, qui se trouvent reproduites avec prvfusion dans l'écrit que j'ai cité?
On a osé prétendre que ce sont les autorités ellesmêmes qui ont produit ce mouvement pour s'en faire un titre, et réclamer quelques faveurs achetées par tant d'indignités.
ri 'Certes, nous ne parlerons pas de moralité à des hommes qiù là respectent si peu! C'est à d'autres qu'à eux que bous dirons que lorsque des fonctionnaires se sont trouves long7ienius dans des positions qui fixaient l'opinion et tes regards sur eux, ils doir Tent être ■irrévocablement jugés par elle.
Que dans celle foule d'accusés, interrogés dans le cabinet ou à f audience, il ne se soit pas trouvé un seul indice qui leur ait fait reconnaître ceux qui les Auraient abusés ;' que toutes leurs déclarations se beut avec celles faites1 plusieurs mois auparavant, et dont
la police suivait seule et les fils et l'intrigué; que celle du. capitaine Oudin , faite a Valence sut sa proppe demande , se rapporte dé point en point avec celles faites à Lyoh par des oo- accusés arrêtés succçssivement et à diverses époques, avec celles faites par
Valeriôéot et Taverniér devant le procureur du Roi
fé . ** -ï | • » ■ • -
de Trévoux , c'est sans doute plus qu'il n'en faut pour déterminer l'opinion des hommes qui ne sont point hommes de parti, et ce n'est pas pour les hommes de parti que j'écris.
Sans doute, ou a dit au commencement de la rêvolmion que les aristocrates brûlaient eux-mêmes leurs châteaux poor faire le procès à la révolution. Sans doute, on a dit et on a prouvé que les détenus au Luxembourg , en 1 7g3 , conspiraient contre la majesté du peuple souverain. Certes , s'il y avait eu des manoeuvres ultfa-royalîstes pour agir à la fois sur tant d'homme^ et sur tant dé points , elles auraient exigé des agens et des moyens qui eussent dû être découverts , et les fonctionnaires chargés de la police eussedt été inexcusables de ne pas les voir et de no pas les saisir.
Qu'importe, d'âpres cela , que des lettres particulières annoncent qu'un infâme agent, compromis dans l'affaire du 16 janvier 1816 , dénonciateur de ses complices, et livré depuis à un autre métier, ait sollicité ou obtenu de malheureux prisonniers des rétractations et de prétendus aveux. Ces infâmes
manœuvres d'un infâme agent seraient repousséea par ceux même dont elles favoriseraient le plus ou l'opinion on le système, parce que quelle que soit ou la prévention ou l'égarement , il y a des bornes où e]les'arré,ie,cl que si elle adopte quelquefois l'erreur, elle repousse loin d'elle le crime, quand il se présente sous des dehors si Indeux.
On a dit encore que, postérieurement aux événemens du 8 juin, il y avait eu des manœuvres pour former une seconde insurrection, et justifier une première tentalive criminelle par une seconde plus criminelle encore.
Si tel eût été le but de l'autorité , elle eut sans doute manœuvré pour obtenir de l'autorité supérieure la croyance nécessaire. Elle l'eût fait participer à des craintes qu'elle avait intérêt, qu'elle avait l'espoir de justifier. En la prévenant de bruits ou d'inquiétudes vagues , elle n'eût pas pris le soin de la rassurer.
C'est encore dans cette correspondance de tous, les jours, dans les communications intimes entre l'autorité subordonnée et l'autorité supérieure qu'il faut chercher les traces de ces manœuvres coupables, et de ce but caché.
Voici l'analise de cette correspondance :
Extrait de la lettre du 20 juin.
Depuis plusieurs jours , la tranquillité de la ville n'a pas été troublée. Cependant il y règne toujours une certaine inquiétude* Les factieux annoncent encore des espérances.
Quels que soient ces . présages % qui recommandent une grande surveillance, je ne vois pas pour eux de possibilité d'agir dans ce moment. Les communes qui ont pris part a la révolte, en ont été sévèrement châtiées, par des garnisons qui ont été mise» au compte des rebelles. Et il est bien difficile d'agir dans la ville , actuellement surtout que les troupes ont montré les meilleures dispositions. Il parait que la malveillance avait annoncé partout que les troupes étaient gagnées, et qu'elles prendraient parti pour le peuple*
Les travaux des moissons qui commencent sous peu de jours , vont reporter la tranquillité dans les campagnes. La baisse du prix des grains, qui vient de se déclarer , y contribuera pour beaucoup» Le blé est tombé de i5 fir. 5o le double décalitre , à 8 fr. 5 o» et h 9 fr. pour les premières qualités, . ^ ♦..<.......*.*«.•••••• •
( Du x4 juillet. )
Depuis quelques jours , de nouvelles inquiétudes paraissent s'ôtie répandues; et quoiqu'il faille bien s'attendre que dans la disposition de* esprits il y a une tendance naturelle *k tout grossir , elles ne laissent pas néanmoins de mériter quelque attention. Malgré la surveillance la plus active , exercée sur lescampagues , on y répand encore que
(5G) le i4 juillet ou le «S août , sont mouvement plus considérable.
tenter un
Je n'aî point d'inquiétude sur le résultat des efforts de 11 malveillance sur la ville de Lyon , et sur le département , puisque nos tbrecs, indépendamment de l'ascendant que les e vcd ci uens leur ont donné, suffis nt pour rassurer même les gtiu timides. Mats si la malveillance agissais au loin , et qu'elle vint rr'apir tnr nous par la peur , il pounait y avoir lieu s quelque inquiétude.
( Du 26 Juillet. )
On avait eu des inquiétudes du côté de Tarare ; j'y ai envoyé un agent de poUÔp , el j'ai Tait opérer le retrait des aunes de guerre ties n.ains de ceux qui n'avaient aucun droit de les conserver. Il y a sur ce point deux compagnies de la légion de la Haute-Saône , qui doivent complètement rassurer sur tous les évéoeniens. Goilon, Lepin et Cliarmetteoniété.vui à Saint-rLaurenide Valsonne, a deux lieues de Tarare, et ont été même -rejoint* par quelques personnes avec lesquelles, ils .ont. conféré. On a commandé ■ une expédition pour les faire prendre.
L'augmentation des (blés et des farines est progressive depuis quelques jours; les premiers sont montés de fcj à cj fr. le double' décilitre /et la farine de 5 i à 45 fr.^etc,
( pu 4 août. )
La physionomie de la ville parait calme, et quoique beaucoup de çeus veuillent s'inquiéter encore, je-' se partage'
( 57. ) pas leurs craintes. Quoique tous les fila de la machination ne soient pas encore connus, il Suffit qu'un grand nombre ait été rompu , pour être assuré que toute nouvelle tentative est au moins indéfiniment ajournée* Il y a encore quelque agitation dans les campagnes, d* mauvais bruits y ont circulé , et ce spni les pauvres, les mendians et les colporteurs, qui les ont répapdus. Mais ils ne peu vent faire la même im-' pression , daqs un moment oh tous les cultivateurs sont occupés, et où la récolte ep pleine activité presque partout , favorisée par un temps supprhe , annonce une prochaine di- [ minulion daqs le prix des denrées. '
( Du 5 aoûlp )
Rien de nouveau ici , si ce n'est que les produits
de la nouvelle récolte commencent a paraître sur les marchés, et que le prix des grains, qui s'était beaucoup fe- t levé depuis un mois, a épreuve une grande diminution, La baisse qui n'était avant- hier que de 20 sous par double^ décalitre , est aujourd'hui de près de trois livres,
Quoiqu'il y ait encore des manœuvres, tout dans mon, opinion tend au calme; nous avons pour nous la conscience de notre force , et de son succès, et nous avons de moins contre nous les circonstances. .Je fais exécuter avec rigueur la loi contre' les. vagabonds et Içs mendians. Ce sont ces gens -la qui , depuis deux ansj se sont rendus les agens les plus actifs de la malveillance. ., Je suis, etc.
( Du 16 août* ) J'ai eu l'honneur dç vous en^çw^jr, il y a environ m»
f 58) mois, des bruits qui avaient circulé dans ce département sur une nouvelle tentative de la part des factieux du i J ait a.S août.
Ces bruits s'étaient fort «aimés depuis; et , malgré quelques notions qui me sont ai rivées parla gendarmerie et par les maires de quelques communes du côte de la route d'Auvergne, je ne trouve ritti dans la physionomie du déparlement , qui puisse annoncer aucune crainte. Cependant je ne dois pas taire a Voire Excellence quelq' es avis qui me parviennent de quelques d.:partenicns voisins «
Je ne vois rien dans Lyon qui puisse annoncer aucun projet. Le peuple est tranquille; sou travnilest a'suré jusqu'au milieu de septembre , et ce n'est qn"u celle époque que tout se réunît pour annoncer une stagnation eflVuyaulc dans la fabrique.
Quoique je n'attache pas beaucoup d'importance à ces bruits qui se sont si sojveut renouvelés , comme néanmoins ils se sont vériEés une fois , j'ai cru devoir vous en prévenir. Eu les comparant aux renseigne m eus qui arriveut.de tous les côtés au ministère , Votre Excellence jugera quel degré de confiance elle doit leur donner.
Les blés qui étaient tombés au-dessous de 6 fr. , sont remontés de 7 ta 8 depuis trois jours; b Màcon, le iO août, jour de la Saint-Laurent, qui est le marché régulateur de la saison, ils se sont vendus au-dessus de 7 francs. Je suis avec respect , etc.
( Du 25 août. )
Depuis quelques jours,
nouveaux bruits d'un mouvement pour le a5 août se sont
iiou veaux
( 59 ) répandus avec une assez grande publicité; on conçoit qne la frayeur et l'inconséquence puissent y contribuer autant que la malveillance. Je dois cependant déclarer que je ne vois aucun symptôme soit dans la ville, soit dans les campagnes, qui puisse inspirer des craintes raisonnables. Néanmoins le mouvement des passions personnelles a produit une agitation qu'on ne peut pas ne pas reconnaître. J'entretiendrai Votre Excellence de cet objet par une lettre séparée .............
( Du 26 août. )
Malgré quelques bruits qui s'étaient répandus depuis quelques jours, et qui u'avaient aucune espèce de fondement, la journée d'hier s'est passée avec le plus grand calme, et avec les témoignages les moins équivoques de l'allégresse générale. • . • • •
On a prétendu qu'un grand nombre de personnes dont on a porté le nombre à plusieurs mille, étaient sorties de la ville, dans la crainte d'un mouvement. Les rapports qui m'ont été faits, annoncent que ce bruit a peu de fondement. Sans doute quelques vieilles femmes, toujours tremblantes, ont pu sortir de la ville; mais la majeure partie de ceux qui out été a la campagne, y ont été pour célébrer la fête du jour avec quelques amis jet c'est l'usage habituel du commerce, de passer h la campagne les jours fériés, dans lesquels toutes les expéditions cessent, et où les bureaux et les banques sont fermés.
( Du itT septembre* ) J'ai appris, avec le plus grand plaisir, l'arrivée du mare*
)rdinaires poar
( 60 ) chai duc de Roguse, avec des pouv ojrs extraordinaires p les deux divisions.
Si U mission de M. le maréchnl tst de voir par ses propres yeux l'état des choses , d'eu rendre compte au ministère, «1 de fixer suu opinion sur des faits stir lesquels on a cherche- à lui faire naître des doutes, personne ne doit plus que moi s'en applaudir; car je ne craindrai jamais de mettre au grand jour, et mes principes cl ma conduite, et je ne pourrai que m'estimer. heureux d'en avoir irnlémo'm de plus, et un téinuin surtout du me'rile et du talent de M. le maréchal.
Si cette mission , au contraire, r'taît motivée par de* craintes ou des inquiétudes que le (îonvcmenient concevrait encore sur la sitiwttiou du département , je croîs pouvoîi as— lurer «pie celte anission , sans être moins ntile , serait moins nécessaire; car le département jouir, dans' ce moment ,'d'une grande tran<ptitKt(*.
Sans doute après que la foudre a éclaté, le tonnerre peut gronder encore, et on ne peut se dissimuler qu'à diverses époques des bruits de nouveaux mouvement se répandaient, et retombaient pour recommencer encore. L'autorité ne devait ni le» accueillir ni les repousser trop légèrement. La leçon qu'elle avait reçue lui était encore présente : mais elle les appréciait , elle les jugeait; en faisant part de ses impressions à l'autorité supérieure, elle remplissait un devoir.1
11 cm facile, après sept mois, de juger lés événe-
mens , de supputer le nombre d'hommes qui ont figuré dans une émeute populaire, de les réduire arbitrairement, et de calculer au juste le nombre de gendarmes qui eût été nécessaire pour l'arrêter. Mais l'autorité qui doit agir ou avant ou pendant l'événement, qui a k former son opinion , au mi* lieu de tant de renseignemens ou exagérés ou con<- , trouvés, qui doit également calculer ce qui est et ee qui est possible, parce que tout ce qui est possible dans des mouvemens de ce genre , peut arriver; l'autorité, disons-nous, se trouve placée dans utle position moins facile que celui qui raisonne après l'événement. Nous ne douions pas que ceux qui le voient aujourd'hui avec tant de sang -froid, n'en eussent eu beaucoup à ce moment ; qu'ils n'eusseolt pris de meilleures mesures; qu'ils n'eussent su déterminer le point juste où le mouvement pouvait naître, jet celui où il devait s'arrêter. Pour nous qui avons été moins heureux, nous avons pensé que 'tout cet qui, dans un moment de misère et de souffrance-, pouvait donner un ébranlement quelconque à la masse de la population, devait être soigneusement o\\ prévenu ou arrêté. Le Gouvernement a jugé danfc le temps ces mesures ; l'opinion peut les juger au*» jourd'hui.
On a relevé avec indignation quelques excès de là force militaire, et je ne puis dissimuler qu'il y en à eu. L'autorité les a-trellc vu de sang-froid? Ceit
ïa seule responsabilité qui puisse peser sur elli>.
La coupable conduite du détachement envové à Saint -Genis Laval a donné lieu, dès le premier moment, à une lettre au général , où je lui demandais justice, et à une réponse du général, où, en annonçant qu'il partage ma juste indignation, il me prévient qu'il fait traduire devant un conseil de guerre le commandant de ce détachement. Je dois ajouter qu'immédiatement après le jugement qui Ta acquitté, le général est venu lui-même réclamer auprès de moi des pièces relatives à un abus d'un autre genre que je lui avais dénoncé, et que , sur la pro duciion de ces pièces, le commandant de ce détachement a été une seconde fois traduit au conseil de guerre.
A l'égard des réquisitions qui ont eu lieu, je no puis mieux y répondre que par ma lettre aux maires, dans laquelle je les préviens que je rendais responsables les chefs de détachement de tout ce qu'ils exigeraient au delà du tarif fixé pour la nourriture des troupes : c'est tout ce qu'il est nécessaire de produire de la volumineuse correspondance qui a eu lien 1 ce sujet. Les maires savent qu'il n'y a pas eu une plainte qui n'ait été immédiatement répondue , comme il n'est pas un seul habitant du département qui ne rende témoignage que jamais accès plus facile ne fut ouvert à toutes les demandes , à toutes les plaintes , à toutes les réclamations.
A M M. les Maires du département du Rhône*
..... Je sais, M. le maire, que sur divers points il a été fait , sans doute par méprise, des réquisitions de souliers et d'objets d'équipement. Cette mesurt a été hautement improuvée par M. le général commandant la division* Vous ne devez déférer à au* cune , et me prévenir immédiatement de celles qui vous seraient adressées. Les règlemens ont déterminé ce qui est dû aux troupes en marche. Elles doivent s'y tenir rigoureusement.
Recevez , etc.
M. le maire, je suis prévenu que dans votre commune, et dans les communes voisines, il est fourni aux troupes en détachement des rations beaucoup plus fortes que celles qui sont réglées par l'ordonnance de M. le lieutenant-général Canuel.
Il en résulte une surcharge pour les communes, qui deviendra difficile à régulariser.
M. le général Canuel ayant établi un règlement dans lequel est fixé ce qui doit être fourni aux trou* pes, c'est à MM. les maires à le faire observer. Dans le cas où les soldats feraient des demandes plus considérables , vous devez , M. le maire , vous bornerà fournir ce que comporte ce règlement , en déclarant aux commandans des détachement , s'ils pous-
saient leurs [treienlions.au delà, nue les dépenses qiu excéderaient , ne pourraient qu'être laissées -. U ■ liarge du détachement.
Veuilles, etc.
Signé comte Chabrol.
Je ne parlerai pas de ces rôles de prestation en nature, pour l'entrelicii des chemins , qui se trouvent transformes en corvées , an profit des maires. II est permis à un homme qui n'a jamais connu ce que c'est (pie l'administration, d'ignorer que ces rôles ont été autorisas par les instruciions et par les ordonnances, et qu'il a été Fait, il y a peu de jours, à la Chambre, une proposition pour les convenir en loi.
Je ne m'occuperai pas non plus de justifier celte administration malfaisante qui a fait de tous les maires autant de tyrans , et du magistrat supérieur nn despote. La conscience publique de tout le département se soulèvera d'elle-mème pour repousser une allégation démentie par l'impression la plus générale de l'opinion, et par les votes annuels des conseils ■ généraux qui ont voulu consigner à chaque session des témoignages trop flatteurs nônr le chef de l'administration , pour qu'il se permette de les rapporter ici.
Je ne m'arrêterai pas enfin à ces accusations vagues 4e destitutions arbitraires bu d'épurations rigou-<
reuses ; il n'est personne dans le déparietnent qui ne sache que oalle part cette réaction reprochée si vivement aujourd'hui, ne se fit moins apercevoir, et s'il en fallait une preuve , je n'en demanderais pas d'autres que les plaintes mêmes dont cette modéralion fut le motif ou le prétexte auprès de tant de gens qui auraient voulu faire épouser à l'administrateur supérieur , ou leurs passions, ou leurs prétentions.
Dois- je apprendre à ceux qui n'ont pu entendre sans effroi le reproche d'avoir encombré de prison* niers toute* les caves de l'Hôtel-de« Ville, que la prison dite cave de l'Hôtel-de-Ville , parce qu'elle forme le rez-de-chaussée de ce superbe bâtimeut , est le lieu de dépôt de la police municipale, et que c'est là que sont conduits momentanément les prévenus des dé* lits d'escroquerie et de vagabondage qui comparaissent tous les jours devant le tribunal de police, pour être ensuite mis à la disposition de leurs, juges naturels? Que si cette prison , où j'ai vu habituellement entreposés quarante ou cinquante détenus dans des temps ordinaires , en a renfermé un plus grand nombre dans les derniers événemens , c'est que la police municipale et la police générale qui y faisaient leur instruction préparatoire, ont pu retenir plus long-temps , dans ce lieu de dépôt , des prévenus qu'il eût fallu extraire tous les jours de prisons éloignées.
Le désarmement opéré dans un département où
seiail manifcsuîim mouvement insurrectionnel, est une opération justifiée sans doute par les circonstances qui venaient de se passer. L'amonté supérieure agit, dans ce cas, par les ordre» généraux qu'elle donne. S'il y a des abus dans l'exécution , clic y pourvoit ; cl si elle ne peut pas toujours les pré- Mjnir, elle peut an moins les réprimer. D'après les ■ ri aïs qui ont élé remis, le nombre de fusils déclarés a élé de trois mille deux cents, et seize cent quatrevingtsont restés entre les mains des propriétaires, sur leur simple déclaration Cette même opération , faite ;m mois de mars 1810', d'après des ordres précis, avait fait rentrer dans les arsenaux du gouvernement quatre mille cinq cents fusils de munition. Que les bomn^es raisonnables pigent ce qu'eût produit cette masse d'armes, dans les mains de paysans iusurgésl
J 'ignore s'il a été enlevé à des officiers jusqu'à leur cpée. Ce que je sais, c'est que consulte par deux maires, si la rigueur du désarmement devait aller jusque-là , je leur ni répondu que des militaires français ne rendaient leur épée qu'avec la vie , et que je les ai chnrgés , dans le cas où elle leur aurait été enlevée, d'aller eux-mêmes la leur remettre.
Un fait plus grave a élé allégué : t'est celui de deux coups de fusil tirés par des sentinelles du poste des prisons. L'un de ces faits a eu lieu le 8 juin, à six lieurcs du soir- , dans un moment où un mouvement prononcé d'effervescence se manifestait parmi les
( «7 ) prisonniers détenus à la maison de Roanne; l'antre
dans les premiers jours de septembre, aux priions de Saint- Joseph. La sentinelle, interrogée, a prétendu avoir été provoquée par des pierres jetées d'une des feftétres de la prison. C'est dans le rapport que je fis au même instant au maréchal duc de Ragusé, arrivé depuis deux jours à Lyon, que l'on trouvera l'exposé des faits. Je n'ai rien à y ajouter, si ce n'est que je me suis assuré, depuis, qu'une consigne imprudemment donnée, un an auparavant, par un officier de place, fut immédiatement retirée par le général , sur les plaintes vives que je lui adressai. Je joins ici le rapport.
M. le Maréchal,
« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence d'un fait grave qui s'est passé ce matin à la prison de Saint-Joseph.
ce Un prisonnier prenait l'air à la fenêtre ; il était derrière des grilles et un auvent : il n'y avait par conséquent aucune crainte d'évasion. La sentinelle placée dans la rue lui a immédiatement tiré un coup de fusil , et la balle lui a blessé grièvement le bras.
« Cet événement, qui n'était pas provoqué, a produit une grande exaspération parmi les prisonniers. Quelques morceaux de briques ont été lancés par les fenêtres. 11 y a été répondu par quatre coups de
(68) fusil, dont demi o»t Messe detu prisonniers , et l'autre a failli tuer le concierge qui allait parmi rarepour remettre l'ordre.
« Aussitôt que j'ai été prévenu de cet événement, je me suis transporté à la prison, et j'ai trouvé les prisonniers dans un grand état d'eiaspération. Jeroc suis présenté seul parmi «ut , et le calme a été subitement rétabli.
« En sortant de prison , j'ai demandé au commandant du poste de me rep régenter la consigne écrite qu'il avait dit avoir à ce sujet. 11 n'a pu m'en représenter aucune, et a fini par me dire qu'il y avait une consigne verbale.
« J'ai requis le commandant de faire consigner les soldats qui se sont permis de faire feu , jusqu'à ce que j'eusse fait mon rapport à Votre Excellence.
« Une consigne de ce genre avait été donnée, il y a quelques mois, par I* commandant de la place. Je lui avais écrit officiellement pour lui faire observer que cette consigne, qui laissait tout soldat maître do décider de la vie d'un homme, était opposée à tous les principes.
« Sans doute, M. le Maréchal, dans tin moment de révolte la force armée est autorisée à tirer silr des prisonniers qui seraient au moment de s'évader; m.-iis une pareille mesure ne doit être prise qu'après avoir épuisé tous les autres moyens de les rappeler à l'ordre.
«c Les prisonniers doivent être considérés comme des enfans mutins : ce n'est qu'après avoir épuisé les voies de la douceur qu'on doit avoir recours au* mesures extrêmes.
«t J'ai vu dans les prisons de cette ville des révoltes très- dangereuses, surtout dans le moment du passage de la chaîne. Je me suis toujours transporté seul au milieu de ces mutins , et l'ordre a été réta*» bli par ma seule présence.
« Je prie Votre Excellence de vouloir bien se faire rendre compte des faits , et de prendre telles mesures qu'elle jugera convenables dans sa sagesse.
« Je suis , etc.
« Signé comte Chabrol. »
Il eftt été juste peut-être que Fauteur de l'écrit fît au moins mention de ce rapport (i).
Je ne m'expliquerai pas moins franchement sur un fait qui m'est persounel , et dont il est convenable à mon caractère de réclamer pour moi toute la responsabilité, l'arrestation du nommé Blanc , employé comme agent secret de police.
( i ) Je dois ajouter qu'il est résulté de la procédure instruite à ce sujet , que le prisonnier avait été sommé trois fois de se retirer , et qu'il avait été lancé , du haut de la prison , des morceaux de briques sur le poste de garde ; qu'il n'y a eu d'ailleurs qu'un seul prisonnier blessé. Ce rapport , fait sur des premières données , renferme quelques inexactitudes.
( 7°) ' Ce n'est qu'avec cette répugnance naturelle à tout homme honnête qui voit dans la police une fonction et non un métier, que je me suis déterminé à employer ces moyens de surveillance, auxquels le roalheuret l'imraoraliiédes temps condamnent quelquefois l'autorité.
Je déclare donc ici solennellement que, pendant trois années d'administration, }e n'ai jamais employé aucun agent secret de police; que celle des campagnes s'est faite constamment par le moyen des maires ou des adjoints; celle de la ville par le magistrat chargé de celte partie, auquel j'ai exactement remis toutes les notes et tous les renseignemens qu'un zèle quelquefois plus officieux qu'éclairé fait parvenir à l'autorité.
Après les événemens du 8 juin , les circonstances me parurent nécessiter d'autres mesures. Trente contumaces étaient en fuite, et parmi eux se trouvaient les nommés. Garlon , Jacquiet, Lepin, Ou diu, qu'on avait vus tous à la tête du mouvement dans leurs communes.
Je regardai comme indispensable d'envoyer dans le département quelques agens secrets. L'un était un garde- -champêtre intelligent ; l'autre un ancien commissaire de police; le troisième un nommé Blanv, déjà connu par de pareilles missions, et ayant reçu des autorités qui l'avaient employé des certificats qui attestaient au moins son zèle et son activité.
(7») - Cet essai ne fut pas heureux j et je dois l'avouer.
Je n'ai eu aucune plainte à faire contre le premier de ces agens.
Le second , après m'avoir adressé des notes dont quelques-unes me parurent dignes de quelque attention , me fut dénoncé pour un acte arbitraire ; et , d'après les renseignemens qui me furent remis par le maire d'une des communes du département , Je fis le renvoi au procureur du Roi de Villefranche des pièces qui me furent adressées à sa charge.
Je cessai immédiatement de l'employer.
Le troisième, beaucoup plus actif et plus intelligent, et l'un des hommes dont il serait possible de tirer le plus de parti pour de semblables missions, me remit beaucoup de notes, dont quelques-unes, plus dignes d'attention, furent remises h la police; les autres restèrent ensevelies dans ces cartons où viennent s'enfouir tant de renseignemens de ce genre.
Certes, sa mission n'avait rien de bien mystérieux, puisque le carnet où il consignait tous ses rapports se trouve visé jour par jour de la main des adjoints et des commissaires de police des communes où il se présentait. ,
Prévenu par le sous- préfet de Villefranche qu£ cet homme s'est trouvé compromis par une imprudence, je lui écris de suite « de faire prendre des « renseignemens exacisf<sur son compte, afin que je
« puisse le renvoyer, s'il n'a été qu'imprudent, et le « faire traduire aux tribunaux, s'il a été coupable. » Je laisse à la conscience de ceux qui ont cru devoir donner un grand édat à son arrestation, de s'en expliquer eux-mêmes les motifs. Mais s'ils osent pré1 tendre que je l'ai réclamé , et que j'ai voulu le soustraire aux poursuites de la justice, j'ai entre les mains de quoi les confondre.
' a Autorisé par le Ministre k disposer moi «même le de cet agent , mon intention est de le faire traduire ce aux tribunaux; et quoique je ne me dissimule pas <C k moi-même le mauvais effet qui en résultera pour « les moyens de police qu'on est quelquefois forcé « d'employer , c'est par un scandale que je me vois. <c réduit k combattre un scandale plus grand en- « core. Je ne veux pas qu'il reste rien de louche dans ce cette affaire, et je ne craindrai pas de comparaître « moi-même comme partie devant les tribunaux, <c pour provoquer la punition d'un agent qui aurait tr méconnu mes instructions : car je ne lui en ai « donné aucune de ce genre. » (Rapport à M. le maréchal duc de Raguse , du 7 septembre 1817.)
tf Je remercie Votre Excellence d'avoir fait metoc tre Blanc k ma disposition. J'écris à M. de S.... « de m'envoyer les procès-verbaux et les interroge gatoires, qui sont restés jusqu'à ce moment mys-
^ t • • • 'AU. !)!,
«c teneux pour moi.
« S'ils compromettent cét'agent , je le dénoncerai
(73) « moi-même au procureur du Roi. Je ne crains pas tf la publicité. Dans ce cas, elle ne pourra être qu'un « remède à une publicité pins grande , et qui a passé « la mesure du scandale. » ( Lettre au ministre dé la police, du i" septembre 1817. )
te Sans doute il y a des moyens de police qui répu- « gnent à une âme honnête; mais quand il est cousait cré en principe qu'il faut une police dans un grand «c état , il faut bien la faite avec les moyens qui lui « appartiennent. Quelle est l'autorité qui peut se refit pondre assez des vils agens qui se livrent à ce mé- <( tier , pour être assurée qu'ils ne dépasseront pas la « mesure? L'autorité n'est point responsable des rap- <( ports qu'elle reçoit , mais seulement de la suite « qu'elle leur donne ; et , sous ce rapport , je n'ai pas ce de justification k faire, et personne ne peut être « fondé à m'en demander. » ( Lettre au ministre de l'intérieur, du 20 août 1817. )
Ces procès-verbaux ne m'ont point été remis, et Blauc était encore en prison au moment où j'ai quitté Lyon. Y est-il encore? Je l'ignore; mais je conserve soigneusement un rapport que cet homme m'a fait remettre , et 011 il expose toute sa conduite depuis le 8 juin, que j'ai commencé à l'employer, jusqu'à son arrestation.
Y a-t-il eu de la pudeur à affirmer d'une manière aussi positive , que cette foule d'agens , arrêtés par une autorité , était immédiatement réclamée par
d'autres, et que, par l'effet d'une sorte de magie, les bruiis de mouvement se calmaient , ou reparai*sajent du moment qu'ils passaient le seuil de la prison.
Je n'ai jamais connu ni vu le nommé Brnnet, qui est également cité. Je sais seulement qu'employé par un adjudant de place, pour la police des militaires, il a été arrêté, relâché , arrêté encore , et traduit devant la cour prévôtale , renvové par elle, parce qu'elle ne trouva d'autres pièces à sa charge, que son nom et son mandat d'arrêt , et arrêté encore de nouveau après son renvoi.
Je le demande à tout liomme de bonne foi , quelle est l'autorité qui a pu quelquefois n'être pas trahie dans sa confiance; et quelle est celle qui, dans ce cas , n'a pas senti que le premier devoir était de couvrir d'un voile épais ces mystères honteux de la civilisation moderne?(i)
J'ai passé rapidement en revue toutes les allégations consignées dans un écrit qui fera époque dans les annales du scandale J'ai rétabli les faits qui out été dénaturés, repousséceux qui sontcontrouvésjje suis convenu de ceux qu'on ne peut nier sans trahir
(1) 11 est assez singulier que ce soit M. Canning lui-même
qui
dans la si'iance du Parlement, du n février 1817, nous
fournisse une réponse aux reproches qui nous ont été faits. (Voy. le- Journal du Commerce , du 18 février.)
(?5) tû vérité. J'ai prouvé que le système qui veut faire dû mouvement du 8 juin un mouvement controuvé, était démenti par tous les faits, par toutes les probabilités, par toutes les vraisemblances. Qu'une coalition entre toutes les autorités, les cours et les tribunaux , pour égarer la religion du Gouvernement , était une supposition aussi absurde qu'insensée. Que l'unanimité des fonctionnaires civils , administratifs , judiciaires, députés, loin d'inspirer une juste méfiance, comme n'a pas craint de l'avancer l'auteur de l'écrit , était faite au contraire pour donner la plus grande sécurité, parce qu'on se trompe rarement lorsqu'on se dirige dans le sens de toutes les probabilités morales. Je me suis occupé des choses, et j'ai évité soigneusement tout ce qui pouvait être relatif aux personnes, parce qu'il n'est pas daus mon caractère de descendre jusqu'aux personnalités. Je ne me suis point occupé de la mission d'un fonctionnaire d'un rang élevé, parce que c'est au Roi qu'il a dû en rendre compte, et que c'est à S. M. qu'il appartient de la juger. Je terminerai en me demandant, et en demandant à tout ce qu'il y a d'hommes sages et raisonnables , si l'auteur de l'écrit a cru rendre un service à son pays , en lançant , au milieu des circonstances où nous nous trouvons, un brandon de discorde qui a pu ne produire ici que du scandale, mais qui, répandu dans un département où toutes les passions ont été si vivement excitées, nepeut que rallumer les
haines, ranimer les souvenirs, exciter Pinilignatiua i -te-/ les uns, l'exaspération chez les au ire*.
Moi-même, forcé de comlwUrc un scandale par un scandale , pour me servir de l'expression que j'eiuployaisdans une circonstance analogue, jemflsuisvtt réduit à rompre un silence que ma position , que peutêtre mon devoir me commandait. Mais s'il est de* circonstances qui fléchissent sous des considérations très-graves , il en est aussi qui n'en admettent d'aucun genre. Homme privé, j'aurais pu me taire; homme public, j'ai dû parler.Dans le premier cas, on efll expliqué mon silence ; dans le second , ou l'eût mal Compris.
Paris, le i5 février 1818.
Piitn , A. ÉGRON, Imprimeur de S. A. R. Mouwigneu Dm d'Angouléme , rue des Noyers, n°57.