‹ A Son Eminence le cardinal Simeoni, préfet de la S.C. de la propagande [microforme]Chapitre 1 sur 11 · A Son Eminence le cardinal Simeoni, préfet de la S.C. de la propagande [microforme] · texte numérisé non relu

A Son Eminence le cardinal Simeoni, préfet de la S.C. de la propagande [microforme]

Le soussigné demande respectuensement la permission d'exposer à V. Em. les faits suivants :

Le soussigné est propriétaire et rédacteur en chef d'un journal catholique publié dans la ville de Québec et intitulé: la Vérité.

La direction donnée à la Vérité jar le soussigné a valu à cette feuille les sympathies et l’appui de l’immense majorité du clergé de la province de Québec et d'un grand nombre de laïques pieux et éclairés. C’est dire que la Vérité a toujours défendu, de son mieux, les doctrines catholiques et a su rester dans les limites assignées par "Eglise au rôle de la presse catholique Ce journal n’a jamais einpiété sur les attributions des évêques, se bornant à propager et à populariser les enseignements du Pape et des Pasteurs. Mgr le Commissaire &postolique qui vient de passer quatorze mois dans notre pays, pourra dire à V. Em. si ce n’est pas là la stricte vérité.

Malgré les constants eflorts qu'il a faits pour ne mériter aucune censure, le soussigué constate avec peine qu'il est mal vu de son Ordinaire et mal traité par lui.

Déjà, à la fin de 1881, le soussigné a eu l’o:casion d'exposer à V. Em. la manière arbitraire dont l'archevêque de Québec lui avait imposé silence sur une question d'intérêt social : le repos du dimanche.

Plus tard, en 1884, il x dû se plaindre à Mgr Smeulders d'une condamnation irrégulière et injuste portée par un prêtre du diocèse de Quéhec, au nom de l’Archevêque, contre la Vérité qui n'avait fait que défendre les droits de l'Eglise et des pères de famille en matière d'éducation contre les empiètements du pouvoir civil.

Voici que l'archevèque de Québec vient de porter contre la Vérité un nouveau coup très cruel et très injuste dans les circonstances suivantes :

Répondant à divers journaux, qui répandaient toutes sortes de bruits au

Î sujet de la division projetée du diocèse des Trois-Rivières, le soussigné avait

rappelé les termes mêmes de la décision rendue dans cette affaire, le printemps

- dernier, au nom du S. Niège, par Mgr le Commissaire apostolique, et premul-

guée officieilement par Mgr l’évêque des Trois-Rivières, savoir que cetie division n'était ni necessaire ni utile au salut des âmes,

Le 7 janvier dernier Mgr l'Archevêque fit écrire par son secrétaire, au soussigné, que la Vérité, en répétant cette décision rendue par Mgr le Commissaire apostolique avait mis ses lecteurs sous une fausse impression. Dans cette lettre du 7 janvier étaient cités les quatre premiers mots du décret du S. Père en date du 5 octobre dernier ; et le soussigné était prié de reproduire, dans son journal, cette communication du secrétaire de Sa Grandeur

Le soussigné répondit aussi ôt qu'il n'avait fait qu'employer les termes mêmes de lu seule décision connue du S. Siège sur cette question; qu'il s’empresserait, cependant, de publier la lettre du 7 janvier, mais qu'il croyait devoir auparavant solliciter certains éclaircissements.

L'Archevèque lui fit répondre que les éclaireissements demandés seraient trop longs à donner par écrit,

Le soussigné, dans une deuxième lettre, pour rendre la réponse à donner

très coute, demanda tout simplement s'il fallait considérer cette partie de la communication du 7, où il était question du décret du 5 octobre, comme une promulgation officielle, authen‘ique, complète et formelle dudit décret. On ° voit. aujourd'hui. toute l'importance de cette demande, car Mgr l'évêque des Trois-Rivières ayant promulgué officiellement le décret du 5 octobre, il se trouve que la citation partielle qu'en faisait Mgr l'Archevêque ne rendait nullement la véritable pensée du Saint Pere.

; Mgr l'Archevéque ne pouvant plus dne que la réponse à cette question serait trop longue à faire par écrit, se contenta d'exprimer de nouveau le désir de traiter l'affaire verbalement, bien qu’une réponse par écrit fût absolument hécessaire,

Le soussigné écrivit de nouveau au secrétaire de Na Grandeur pour savoir si Mgr l’'Archevêque refusait positivement de donner Ja réponse écrite demandée, (Voir Pièce A)

Au lieu de répoudre, et pendant que le soussigné attendait au moins un accusé de réception de sa dernière lettre, Mgr l’Archevêqu: lança dans les journaux de Québec la lettre de son secrétaire en date du 7 janvier, insinuant que le rédacteur de la Verité avait, par un grossier mépris de l'autorité, négligé de tenir compte de cette communication, l’accusant carrément d'avoir refusé de a s'entendre avec lui, et ne faisant pas même allusion à la correspondance échan- #56 gée entre le secrétaire de Sa Grandeur el le soussigné, (Pièce B)

— jj ——

Or, le soussigné n'était pas en retard d'une seule journée, et il n'avait pas refusé d'aller voir Ka Grandeur. Il voulait tout simplement savoir auparavant si Sa Grandeur refusait positivement de répondre par écrit. Et Sa Grandeur n'a pas même duigné lui donner un oui ou un non. (Pièce C)

Dans sa lettre aux journaux, l'Archevêque a cité des paroles de $. Sainteté Léon XIII de manière à les faire appliquer par le public au rédacteur de la Vérité, ce qui constitue une autre grave injustice, attendu que le soussigné n'a absolument rien fait pour mériter de telles censures, (Pièce C)

Le soussigné a fait voir, dans une lettre particulière à l'Archevêque, {Pièce C) les trois graves injustices que Na Grandeur avait commises à son égard. Jusqu'à ce jour, l'Archevêque n’a ni contesté la légitimité des plaintes portées dans la lettre du 21 janvier, ni rien fait pour réparer le tort très grave causé au soussigné

Votre Em. pourra juger de la gravité du tort causé au soussigné par l'Archevèque en Jisant certains extraits de la presse libérale et maçonnique de Ja province, qui se prévaut de la lettre de Sa Grandeur aux journaux pour injurier brutalement le rédacteur de la Vérilé (Pièces D et E)

La conduite si arbitraire et si injuste de l’Archevèque à l'égard du rédacteur de la Vérité étonne d'autant plus Îles catholiques de cette province que Sa Grandeur n'a pas eu un mot de protestation publique contre les journaux libéraux de son diocèse qui ont naguère grossièrement insulté le représentant du Saint-Siège au Canada. (Pièce F)

Pour avoir reproduit une décision du Commissaire apostolique et pour n'avoir pas reproduit un décret tronqué, le soussigné est publiquement frappé ; tandis que sous les fenêtres mêmes du palais archiépiscopal, les journaux libéraux injurient le représentant du Pape, librement et impunément.

Jusques à quand, Eminence, de pareils scandales dureront-ils ? jusques à quand les catholiques de ce pays auront-ils à souffrir de telles injustices ? J'ai l'honneur d'être, de Votre Em. le très humble serviteur,

JP Tardivet.

Québec, février 1885.

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