‹ A-t-il perdu?Chapitre 21 sur 21 · SCÈNE XXI ET DERMÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI ET DERMÈRE

JULIE, MOMBREUIL, GERCOURÏ, JENNY , MERVILLE, ALAIN.

(^Pendant la dernière phrase (!<• 3Iombrernl , MervilJe , amené par Alain , est vmu se cacher derrière uw; touffe d'arbres , d'oii ils (écoutent ; et Gerconrt et Jenny sont vtnns se glisser dans un bisquet oppusé , d'uii ils observent Finif ressi'->n que fera sur Mfrville ta scène jouée entre Julie et iMombreuil ils sont assez près de ces deux derniers pour donner ^ à travers la charmille , des avis sur ce qu'il faut faire.

JULTE , bas.

On nous c'coule , bon. ( Haut , déclamanl aussi. ) Vos sentiinv'iis! ah ! vous ne savez que trop si je les partage-, mais comment suivre le peuchaut qui m'eutraiue vers vous quauduii autre hymeu....

MOMBREUIL.

Ail! qu'il ne s'achève pas ^ cet hymen funeste; ou ma mort, celle de votre époux même....

JULIE

Arrêtez -, par pilié, laissez-moi réfléchir et me reconnaître. ( A pari et bas. ) Il ne dit rien -, que je lui sais gré de cette couGanco !

MERVILLE, bas à Alain, riant beaucoup.

Ah ! qu'ils sont gauches ! quand tu ne m'aurais pas prévenu , la tournure de ce prétendu amoureux m'eût tout appris.

GERCOURT

Comment diahle y tient t-il ?

JENNT , à Mumbreuil , à travers la charmille. Moius de discours , baisez-lui la maia.

MOMBREUIL.

Julie! pouvez-vous hésiter encore? donnez-la-moi^ cette main que vous osez promettre à uu autre : ô bonheur !

(Tandis quil lui baise vin^i fois la main, hs autres parlent. )

JULIE , bas.

Je le trouve pourtant un peu tranquille.

MER VILLE, bas à Alain.

Ah ! qu'ils m'amusent?

JENNY, bas à sa sœur.

Répons plus tendrement.

JULIE, haut.

C'en est fait^ mon ami , je suis à vous.

( Elle se Jette dans les bras de Mombreuil. )

MERVILLE, riant.

Ah! quelle comédie l'on me donne!

MOaiBREUlL.

Je serais indigne de tant de bonheur si j'osais en abuser; je dois vous avouer le déguisement auquel j'en suis redevable : sachez ....

JENNT, GERCOURT^ JENNY.

Chut donc ! paix donc !

ALAIN

Vous voyer bien, elle en convient elle-même.

MERVILLE

Quelle gaucherie !

MOMBREUIL.

Sachez que cet habit vous cache en effet un homme sur qui vos charmes

JULIE

Je le sais....

Et vous ]e pardonnez?

JULIE , lui faisant des signes.

Comment ne pai pardonner ù ce qu'on aime.

MOMBREUIL, bas.

Elle m'a reconnu, sans doute.

( // sejt^ite à ses genoux en s' écriant :) Heureux Mouibreuil !

MERYILLE,, regardant sa figure dans le mouvement qu'il a fait pour se jeter aux pieds de Julie , et s'approchant. )

Monijbreuil ! il est trop vrai! infâme!... Perfide! j'en aurai vengeance.

GF.RCOURT et JENNY, sortant de leur cachette et criant ainsi que Julie, Il a perdu ! il a perdu !

ALAIN, se cachant.

Je suis perdu !

MERVILLE

IVon , je n'ai rien perdu , Madame 5 c'est tout gagner pour moi que d'apprendre à vous connaître. Adieu. JULIE, riant.

Vous allf'Z être bien honteux quand vous saurez que Monsieur n'est autre chose qu'Agathe, une nouvelle femme de chambre.

GERCOURT

Je te le jure.

JULIE

Eh bien! ne rougissez-vous pas de votre furcnr !

J'en rougis , en effet, car tant d'assurance et de fausseté ne devraieiit laisser que du mépris.

JULIE

O ciel !

GERCOURT

Monsieur de Mer\'ille , ceci passe les bornes-, je ne soulfiis jamais qu'on cloutât de ma parole, et vous ferez réparation à ma nièce cl à moi , ou nous verrons, corbleu ! MOMRREl/lL, à part.

J'arrêterai toujours bien cette bizarre dispute quand je le voudrai; mais en allcnd.uil, elle m'amuse. MERVILLE ^froidement.

J'ai dès long- temps l'honneur de connaitre Monsieur de

Mombreuil , el si j'estimais ]>lus celle qui me fait perdre, c'est avec lui que je m'en expliquerais.

.1UI,1E, GERCOURT, JEWNY.

Citl! se peut il !

MOMBREUIL.

J'attendais pour parler la certitude d'être reconnu ; ceci ne nie permet plus de feindre, et Mombreuil ne se cache plus dés que Ihoiiueur veut qu'il se montre. JF^SY , ai'fie une surprise agréable.

Ah ! c'est un homme tout de bon ?

MOMBREUIL, continuant.

Je ne puis vous laisser linjuste prévention qui vous aveugle , ce n'est pas moi que je défends , c'est votre digne amie, c'est ladorable Julie que je dois justifier, lipris de ses charmes sans être connu d elle , un goût , ri>.licuh- peutêtre, pour les aventures singulières, m'a fait chercher et saisir un moyen coupable de l'approcber. Introduit, de ce matin seulement, auprès délie, sous le nom d Agathe, sa sœur a cru proposer à une ièmnie le rôle qu'on destinait à vous airiraier ; je gémis des craintes que j ai causées, et suis prêt à vous en dosiner.salisfaction

MlcnviLLE, sans répondre et se jetant aux genoux de Julie.

Ah ! Julie ! vengez-vous plutôt vous-même de l'odieux soupçon qu'a pu concevoir mon cœur.

JULIE

T.es apparences ont du vous tromper, elles vous excusent.

MEn VILLE.

Non, je n'en devais pas croire l'évidence même.

GERCOUllT, sèchement à Mombreuil.

Vons devex sentir, Monsieur, combien de semblables phusaateries sont déplacées dans ma maison, ainsi...

MOMBREUIL, avec dignité.

Je n'y reste. Monsieur, que pour attendre monsieur de 3Ierville \ je Jois être à ses ordres.

( Gcrcourlfait un signe cT approbation. )

MERVILLR.

On cesse d'en vouloir au rival qu'on ne craint plus-, j'aî trop conau; trop respecté votre pèie , pour....

MOMBREUIL.

Eh bien! ne sovez pas gene'reux à demi.... obtenez s'il se peut une grâce de plus ; j'ignorais que Julie fût engagée à Merville , (ju'elle eût une sœur ici, et j'avoue quuji moment d'entretien avec Mademoiselle rn'a fait mettre un peu naoins de chaleur et de vérité daus la scène que j'ai jouée avec Madame.

MERVILLE, riant.

Eh! mais , vons n'en mettiez pas mal encore. Au surplus , mon cher Gercourt, je connais beaucoup sa famille, et les biens de monsieur de Mombreuil.

CtRCOURT.

C'est fort bien j mais son caractère?

MOMBREUIL.

Ah! Monsieur, je ne cherche point d'excuse à tant d'inroîséquence ; mais c est à votre charmante Jenny qu'il est réservé de mûrir ma tête en attachant mon cœur. ^ ^^

MERVILLE

Allons, Gercourt, corrigez deux neveux au lieu d'un. Si je ne craignais de me faire une nouvelle querelle , je vous dirais de regarder ces yeux -là.

GERCOURT, après avoir regardé Jenny^ qui baisse les yeux.

Hum ! Hum ! Monsieur, tout ce que je puis vous accorder aujourd hui , cest lentrée de ma maison , et les mùvens d'y réparer, s'il se peut, votre première étourderie.

ALAIN , sortant de son coin , dit à Monbreuiil:

Monsieur a-t-il quelque ordre à me donner?

MOMBREUIL,

Oui , de ne plus servir qu'un maître à la fois.

MERVILLE, riant.

A propos, êtes-vous adroite femme de cham])re ? llly a eu une toilette faite ce matin ?

Oui j pour ma sœur.

Heureusement !

JULIE

JENNY

GERCOURT

A propos , toi-toéme , tes scrupules réveillent les miens -, tu as perdu en bonne règle, car tu t'es fâche' et emporté^ à dire d'experts.

MERVILLli.

Julie aimerait-cUc mieux que j'eusse pris la chose tranquillement, et les empressemens de Mombreuil entraientils dans la gageure? C'en est fait-, plus de jalousie ni de colère.

JULIE

Moi , plus d'enlétement.

ALAIN

Moi , plus de mensonges.

MOMBREUIL.

Moi , plus d'ètourderies.

JEKNY, regardant.

Surtout plus de déguisement !

GERCOURT

Moi ! plus d'obstacles à votre bonheur, mes enfans^, et parconséquent plus de doute sur le naien.

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