‹ A. ThiersChapitre 12 sur 27 · Discours (In 1:< avril ISCi · texte numérisé non relu

Discours (In 1:< avril ISCi

148 A. THIFRS.

Corps législatif, l'expédition du Mexique, qualifiée par M. Rouher de la plus belle pensée du règne, présentait les caractères d'une théorie dangereuse , a})puyée sur l'ethnographie, l'imagination et les opérations de bourse. Rien de tout cela n'était propre à rassurer l'esprit positif de M. Thiers, très sévère pour le côté rêveur, romanescjue, un peu allemand de l'empereur Napoléon III. On a qualifié à'incapacité méconnue ce personnage qui a été si longtemps un grand personnage. Il était encore plus inconnu que méconnu. Sa duplicité même qui a fait l'admiration et l'envie des souverains de l'Europe a été surfaite. On lui faisait honneur de son silence, on croyait qu'il préparait un grand dessein, tandis que, simplement, il se réservait. C'était un sphinx qui souvent n'avait j)as d'énigme.

En réduisant la politique extérieure de l'Empire à sa plus simple expression, on peut dire que c'était précisément le contraire des opinions de M. Thiers : celui-ci désirait qu'il ne se formât point de grands Etats autour de nous, et lorsque, malgré lui, les Etats s'agrandirent, il voulait qu'on prit des soins l)Our rester en paix avec eux, tout en ))réparant une forte armée. Cela est fort simple, mais en contradiction absolue avec la politique que M. Rouher exposait au nom de l'Empereur. Le résultat de cette politique était de favoriser la création diktats puissants, puis (h.' leur chercher des querelles dangereuses, tout en sacrifiant la force et l'organisation de l'armée, lorsqu'un intérêt de ])opularité semblait en

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jeu. M. Tliiei's s'opposait à la création du royauuio d'Italie, malgré son admiration, son amitié, pour M. de Cavour, et la tentation de voir au delà des Al[)es une grande monarchie libérale. Il a fortement conseillé Fintervention en i<S64, dans la question des duchés dont lord Palmerston disait : « 11 n'y a (pie deux personnes cjui aient bien connu la question des duchés : le prince Albert c(ui est mort, et moi qui l'ai oubliée ». Voilà une raison suffisante pour ne pas tentei' d'expliquer le de' bat.

Kn I<S()(>, était-il sage de laisser vaincre l'Autriche et de se réjouir d'une aventure, triste présage de nos malheurs? M. Thiers voyait encore là un allaiblissement |)Our la France, ([ui l'obligerait à faire, un jour, un effort héroïque pour réparer le mal ([u'oii laissait s'accomplii". 11 prévoyait cette extr<''mit(', inévitable conséquence de tant de fautes, mais il la redoutait trop pour ne pas l'ajourner. Aussi donnait-il à son lanyay-e toute la mesure nécessaire pour ne pas susciter les craintes et l'irritation d'une France susceptible. C'est à ce double but <|n'il a consacré son discours du 16 mars 18()7. Il ne mancpie pas de gens pour accuser les lilx'raux de ce temps d'avoir conseillé la guei'i'e, i)arce (pi'ils montraient le danger des fautes accomi)lies et les moyens d'en alt(''nuer les consé(|uences. Qu'on i-elise ce discours mémorable, on verra cond)ien peu le reproche est justifié, combien de catastrophes eussent été évitées, si l'on eût suivi ses clairvoyants conseils. Dans cette harangue, aussi litléi'aii'e (pie |»olitI(pie,

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M. Thiers montre comment les événements , de plus en plus, l'ont rendu libéral, et connne son éducation politique s'est complétée par ce spectacle à très peu de distance de la liberté et du pouvoir absolu, « Tune sauvant la France, et l'autre la compromettant ». Mais comment ne })as citer ce fragment d'un de ses discours sur l'Italie :

« Pour moi, j'ai toujours regardé l'Italie comme la Grèce du moyen âge, une Grèce qui a eu son Athènes, Florence, vérital)le Athènes chrétienne, ce qui ne la rend pas inférieure à l'ancienne; et, quand on regarde ce qui s'est passi', de l'an iOOU à l'an 1600, dans cette époque si brillante, si féconde, si admirable, qu'y a-t-il de commun, je le demande, entre Venise, la reine des mers dans le moyen âge, Venise, plus asiatique qu'européenne, n'ayant aucune des passions de l'Italie où elle avait à [)eine un ])ied-à-terre, et, a})rès une longue opulence, s'endormant paisildcinent dans les bras de l'aristocratie et des plaisirs, et nous ayant laissé un souvenir inefiaçable de sa magnificence dans cet art aux mille couleurs du Titien et de ^éronèse; qu'y a-t-il de commun entre cette aristocratique Venise et la ilémocratique Florence? Florence s'étalant dans les Ijelles plaines de l'Arno, plus riche encore par ses manufactures (pic \'cnise par ses vaisseaux, Florence ([ui, poussée par l'orgueil même de cette richesse, a lutté conti'c l'aristocratie féodale des Gibelins, souillant à l'Italie les passions guelfes dont elle était dévorée, ])uis finissant par le despotisme.

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celui des Médicis, vrais Césars de la paix, et destinée à |)orter à jamais les traits fi-appants du génie de la guerre civile dans ces |)alais c[ui ne sont que des forteresses end)ellies, dans cette poésie profonde et touchante du Dante, inspirée par les douleurs de l'exil, dans ce savoir si solide de Machiavel, emprunté à l'expérience des révolutions, dans cet art enlin, sévère et sublime, de Michel-Ange, si différent de l'art ci>I()i'('' du Titien '. »

Il faut renoncer à transcrire d'autres |)assages de pure grâce. T^es temps devenaient plus sombres. On avait pu croire (pie les élections de l<S(i!) donneraient un (^orps législatif tout nouveau, qui s'o|)poserait à la dernière faute, la seule (jui l'csldt à commettre . Malheureusement, l'oppression électorale était aussi grande (jue jamais, et l'Empereur ne pouvait (jue se retrnnipcr dans le suffrage universel, suivant l'expression de M. Ilniest Picard. Peu de candidats d'opposition réussirent à traverser les mailles du (ilet o((iciel. M. Tliiers hii-mème ne fut nommi'' ([u'au second tour à Pai'is. Mais Pai'is a rarement soutenu des rcfoi'uies, il court (h'oit aux révolutions, i'^n province, on ne gagna prescpie l'ien, (piant au nombre du moins, car MM. Gambetta, Jules l''errv, drévy, Barthélémy- Saint llilaire, Horace de (^Iioisciil furent d'im|)()rtantes et utiles l'ccrues pour l'union libéi'ale. iiC mouvement des es|)rits ('tait toutefois si ('vident, le nombre des voix obteruics par les caïubdals (I'o|i|m)-

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