‹ A. ThiersChapitre 26 sur 27 · LA RETRAITE ET LA MORT · texte numérisé non relu

LA RETRAITE ET LA MORT

qui reste, quoi qu'on en dise, l'apanage des classes moyennes de nôtre i)ays.

Ces idées de mesure, de sagesse et de goût aiguisé d'esprit sont bien celles que le nom français représente dans le monde civilisé. C'est notre orgueil et notre gloii'e. Pour en justilier la prétention, il faut ({ue des hommes tels que M. Tliiers aient porté ce nom. Notre histoire a trop souvent un caractère d'excèsou d'outrance. Ne sommes-nous pas la nation de la Jacquerie et des Dragonnades ? N'avons-nous pas poussé la passion religieuse jusqu'à la Saint-Barthélémy, l'adulation monarchique jusqu'à l'idolâtrie sous Louis XIV, les fureurs politiques jusqu'à la Terreur, l'amour de la gloire jusqu'à Moscou, la théorie socialiste jusqu'aux émeutes de juin 1848, resjjrit de réaction juscpi'à l'épicuréisme du second Empire, l'anarchie jusqu'à la Commune? Et cette Assemblée res[)ectable par ses sentiments, qui poursuivait un but de restaui'aliou nionarchicjue, sans se soucier du [)assé, de l'état de l'opinion, dos idées mêmes de ceux qu'elle voulait conduire au trône, et oubliait, un jour, tant de services et de bons conseils! Est-ce là une suite de. témoignaofes de sagesse et de retenue?

on o

Il semble que Shakespeare soit plus fait qu'aucun de

nos |)oètes classi([ues pour raconter de telles aventures. Et pourtant, c'est par ces })oètcs et pai- ceux de nos historiens ou de nos hommes d'I^tat (jui h ni' ressemblent, (pie nous gardons dans le monde notre vraie gloire. Quehjues grands hounucs, ('pars dans les siècles, ont sauvé notre honneur : ^lontaignc, Sully,

Henri IV, Molière, Golbert, Vauban, Montesquieu, Voltaire, Turgot, voilà les représentants de l'esprit français et de la langue française. C'est dans cette lignée que M. Thiers doit prendre place, et que la postérité lui assignera un rang glorieux.

Page 1