‹ À tire-d'aileChapitre 20 sur 43 · AUX FEMMES · texte numérisé non relu

AUX FEMMES

Sœurs d'humanité nous traitant en frères : Qui pourrait ne pas se laisser charmer, \e pas vous bénir, ne pas vous aimer?

Mais quand vous voulez, parlant d'esclavage,

Secouer un joug qui n'est qu'un lien :

Quand l'homme est pour vous, au lieu d'un soutien.

In vil serviteur marqué pour l'outrage.

Qu'on peut torturer, dùt-il en mourir :

Ah! du fond du cœur il faut vous haïr!

Et pourtant voyez! quoi qu'on fasse ou die. Vos charmes sur nous ont un tel pouvoir, Que près d'un œil bleu comme d'un œil noir Tout courroux s'en va, tout chagrin s'oublie : L'n regard suffit pour nous désarmer Et voulant haïr, nous devons aimer!

Nil astemum...

Comme le fruit trop mûr qu'un vent d'hiver arrache De la branche où jadis le suspendit Tété, Tel mon ancien amour de mon cœur se détache Sous le souffle mortel de la satiété.

Quoi ! je ne l'aime plus ! ô douleur ! ô surprise ! C'est donc vrai qu'un amour qu'on croyait éternel, Nous vivant, peut mourir ! et que le dieu se brise

Sans entraîner l'autel?

Quoi ! ce corps tant aimé, source d'étranges fièvres, Ce regard chaud et doux, étincelaût foyer, Ces cheveux ondoyants, cette main, et ces lèvres Dont le moindre baiser m'aspirait tout entier.

Tout cela n'est plus rien à mes yeux, à mon âme ! Rien ! la sincérité d'un amOur convaincu ! Rien! ce dont j'ai souffert aux genoux d'une femme! Rien ! ce dont j'ai vécu !

J'ai voulu, me grisant d'une audace dernière, Calme, la lampe en main, ainsi que le mineur Qui dans le puits profond cherche l'or ou la pierre. Chercher l'ancien amour dans le fond de mon cœur.

Horreur ! je n'ai trouvé sous une voûte immense Où mon pas s'avançait 'doucement et sans bruit. Que l'odeur du sépulcre, et son profond silence, Et sa profonde nuit.

LE TOMBEAU. l>i>

S'animant aux reflets de ma torche sanglante, La muraille semblait glisser à mon côté : Je marchais... Enfin las de ma course accablante, N'osant aller plus loin, je me suis arrêté.

Et seul dans cette nuit éternelle et profonde, J'ai jeté, tout tremblant, et le cœur éperdu Son nom — le nom de tout ce que j'aimais au monde : Rien ne m'a répondu.

Alors j'ai voulu fuir, regagner la lumière, Mais un vent glacial éteignant mon flambeau, Mon pied vint s'arrêter contre une froide pierre. Et mon front se heurter à l'angle d'un tombeau,

Au suprême rayon de la flamme tremblante, Je vis briller un nom dans le marbre enchâssé.. C'était le sien, le sien ! par la mousse insolente Déjà presque effacé.

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