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Oh i non tu n'es pas mort, amour de ma jeunesse, 0 mon amour chéri dont j'étais enflammé ! C'est quelque songe affreux, n'est-ce pas, qui m'oppresse, Et qui grava son nom sur ce tombeau fermé?
Souviens-t'en ! hier encor je ne vivais que d'elle. Elle était tout pour moi, mon désir et ma foi... Va ! e'est un autre amour que ce marbre recèle, Ce ne peut être toi !
D'ailleurs, si tout est vrai, si ce n'est point un songe. Si c'est bien toi qui dors immobile et glacé, Si quelque instant d'oubli, quelque fatal mensonge. Ont pu me faire croire à la mort du passé.
0 mon amour chéri, ne crains rien, car sans peine Je saurai t'arracher à ce tombeau moqueur ! Debout 1 debout î reprends ta place souveraine Dans le fond de mon cœur !
Et la main appuyée à l'angle de la pierre, J'ai cru la soulever dans un effort puissant : Mais son immense poids la retenait en terre Et je me relevai les mains pleines de sang.
Dix fois, à corps perdu, la pensée haletante, J'ai tâché d'ébranler ce marbre humide et noir... Dix fois je suis tombé, demi-fou d'épouvante, Ivre de désespoir.
Alors des profondeurs de la tombe obstinée. Une voix s'éleva qui me dit doucement : « Enfant, pourquoi vouloir contre la destinée Par amour du passé lutter obstinément?
« Va, crois-m'en ! je suis mort! tu le sens bien toi-même! Tu fais pour me sauver de généreux efforts : Nul ne pourrait rouvrir après l'instant suprême. Cette tombp où je dors.
« Ne te désole pas ! Rien en moi ne t'accuse ! Mon dernier souvenir est sans pleurs et sans fiel Ne blasphème pas Dieu parce qu'il te refuse L'éternelle douleur et l'amour éternel.
« N'épuise pas ta force à vouloir rendre vie A ton amour d'hier qui repose en ce lieu, Et t'envoie aujourd'hui, sa carrière finie. Un solennel adieu ! »
A ce mot, qui vibra sous la voûte sonore Long et désespéré comme un De profanais. J'abandonnai la pierre où s'appuyaient encore Mon front brûlant de fièvre et mes poignets roidis,
Et tout tremblant, debout, près de la tombe nue Dont le profil aigu me faisait froid au cœur : « Soit ! ai-je répondu, puisque voilà venue Ma première douleur;
« Puisque vide est ma vie, et vide aussi mon âme Du seul amour profond qui l'occupa jamais : Puisque dans ce tombeau gravé d'un nom de femme, Sans espoir de réveil, dort tout ce que j'aimais ;
M Puisqu'en son cours borné notre tendresse humaine Faite d'inconséquence et d'instabilité, Ne vit qu'au jour le jour et peut comprendre à peine Le mot : Éternité ;
« Puisque le cœur humain peut s'éteindre et renaître Ainsi que la nature au contact des saisons. Et quand il semble mort et desséché, connaître L'épanouissement de brusques floraisons ;
« Puisque enfin tu l'as dit et je le sens moi-même, C'est tout mon passé mort qui repose en ce lieu, J'accepte, ô mon amour, ta parole suprême Et ton suprême adieu.
« Non! je ne viendrai point par ma plainte inutile Troubler la majesté de ton sommeil profond! C'est la dernière fois que cette main débile Tente de soulever ton sépulcre sans fond.
c( 0 mon amour, adieu ! Puisque tout doit renaître Et que rien d'éternel ne nous lie ici-bas, Je pourrai te haïr, te remplacer peut-être... Mais t'oublier, non pas !
« Pour que de toi mon cœur ne garde pas la trace Partoij'ai trop souffert, mes flancs sont tropmeurtri> Il est un souvenir qui jamais ne s'efface : Celui des premiers pleurs que l'amour nous a pris.
« Leur trace pour toujours en notre âme est visible Tel le vase où dormit longtemps un premier vin, Garde un parfum subtil que de rendre insensible On essaîrait en vain.
« Je remonto au soleil dont la clarté me tente, Plus fort de ton adieu, loin d'en être affaibli : Te laissant reposer sous ta tombe récente, Dans la nuit du passé, mais non pas de Toubli.
« Dors, dors en paix au sein de ce profond silence En mourant tu m'as pris quelque chose de moi : Mais j'ai, pour aborder la vie où je m'élance. Encore assez de foi ! »