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A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieuses

Le but absolument défini de cet ouvrage — qui aurait aussi bien pu se rubriquer Les meilleures Estampes des meilleurs Maîtres — est ta mise en vedette des gravures les plus remarquables de toutes les écoles et de tous les temps.

A l’heure où la matière colledionnable ancienne agonise et où la difficulté à se la procurer devient de plus en plus grande, nous avons jugé opportun d’attirer d’une façon toute spéciale l’attention des amateurs sur les pièces les plus rares et les plus recherchées, afin de les mettre à même de ne pas les laisser échapper lorsque l’occasion se présentera.

Nous tenons à bien spécifier que cest surtout au point de vue de la collection que nous nous sommes placé ici, entendant par là que notre objectif a été avant tout, pour la partie ancienne, le signalement de la pièce cotée et classée — continuant ainsi les errements de nos devanciers — c’est-à-dire éliminant à dessein certaines estampes qui, à tort ou à raison, ont été et sont encore de parti pris tenues à l’écart. Nous confessons néanmoins nous être souvent laissé aller à mentionner quelques pièces qui, toutes délaissées quelles étaient, avaient eu le don de nous séduire.

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Quant à la partie contemporaine originale — la seule dont nous nous occupons — nous devons reconnaître que dans celle-là nous ne relevons pour ainsi dire que de nousmême. Si donc, quelquefois un peu bruyant dans nos éloges, nous avons été d’une extrême sobriété dans nos critiques, c’est que — sans émettre la prétention ridicule d’attribuer à nos jugements une portée qu’ils ne sauraient avoir — nous avons estimé que pour se prononcer sur la valeur dun vin, il fallait au moins permettre au temps de développer en lui les qualités que seule la bouteille était à même de lui donner. Or, la bouteille, ici, c’est le recul, la comparaison, la perspective, c’est en un mot le jugement froid et assagi qu’on ne doit porter sur une œuvre que lorsque l’emballement et la première impression ont disparu pour faire place à une étude plus tranquille et plus approfondie du sujet.

Ce sont ces considérations, avec beaucoup d’autres, qui nous ont déterminé à être muet sur les prix pratiqués en ventes publiques pour les œuvres d artistes vivants ou pour celles récemment écloses, car nous ne nous reconnaissons pas le droit d’impressionner faussement peut-être les amateurs et de porter préjudice à des artistes, en venant indiquer des cotes qui, quelquefois absolument étrangères à la valeur de la pièce, la mettent à la merci des hasards heureux ou malheureux d’une adjudication.

Ne pouvant invoquer les mêmes raisons et redouter surtout les mêmes conséquences pour les pièces anciennes, nous n’avons pas hésité un instant à mettre sous les yeux des acheteurs, les prix pratiqués dans les ventes publiques durant ces vingt-cinq dernières années , ils trouveront là des renseignements précieux qui constitueront de véritables critériums.

Un des côtes absolument neuf de notre travail — celui aussi où la crilique pourra se donner plus libre cours — a été la sélection que nous avons dû opérer dans f immense pro-

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dadiori française et étrangère de ces dernières années. Nous ne nous dissimulons pas la délicatesse de la tâche et tenons à dire hautement que nous avons agi avec la plus entière indépendance, sans obéir à aucun sentiment de camaraderie, s ans subir aucune influence, nous avons naïvement cueilli la fleur dont le parfum nous a grisé, dont la couleur nous a séduit. Si d’aventure, nous avons omis quelques pièces de valeur, qu artistes et amateurs nous le pardonnent, car it n'y a eu aucune mauvaise intention de notre part, mais simplement ignorance ou oubli. Et maintenant, nous nous demandons, profondément anxieux, si la postérité ratifiera nos préférences et donnera une indiscutable valeur à des appréciations purement personnelles ; le point d' interrogation se dresse, nos fils ou nos neveux se chargeront d'g répondre.

Nous avions caressé un projet qu'à notre grand regret, nous n’avons pu mettre à exécution ; il s’agissait d'établir une liste très précise des amateurs des deux mondes avec leur adresse et la nature de leur collection, des difficultés insurmontables nous ont forcé d’y renoncer ; les marchands d'abord qui auraient pu nous aider le plus puissamment, se sont retranchés carrément derrière le secret professionnel, alléguant le mécontentement qu’ils causeraient à leurs clients s’ils se permettaient de dévoiler leur personnalité ; beaucoup d’amateurs ensuite ont feint d'ignorer les noms de leurs confrères, d'autres ont manifesté le désir qu’on ne parlât ni d’eux, ni de leur collection. Il eut été pourtant désirable et très opportun, croyons-nous, de pouvoir établir entre les acheteurs une sorte de franc-maçonnerie qui leur eut permis, se connaissant, de se renseigner les uns les autres ou d'échanger leurs doubles à l’occasion ; on en a jugé autrement, force est donc de nous incliner en exprimant à nouveau nos regrets.

Puisque nous venons de parler des collectionneurs, disons aussi que quelques-uns d'entre eux nous ont instamment prié

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de ne pas mentionner — bien que la plupart du temps ce soit le secret de Polichinelle — certaines pièces précieuses ou rares qui se trouvent en leur possession ; nous le leur avons promis; on voudra donc bien pour cette fois ne pas mettre sur le compte de l'ignorance, ce qui n’est que le respect de la - parole donnée.

Il est de tradition de s'excuser près du lecteur de ses erreurs, de ses défaillances, plus que tout autre nous éprouvons ce besoin, car personne mieux que nous ne craint d'avoir entrepris un travail au-dessus de ses forces ; c’est maintenant qu’il est terminé qu’il nous apparaît dans toutes ses imperfections, n’est-il pas un proverbe qui dit : « Qui trop embrasse, mal étreint » et n’avons-nous pas trop embrassé ! ! On sera donc indulgent , très indulgent même, et pour le style quelquefois par trop familier et pour les répétitions ', les mêmes accouplements de mots qui, dans un travail d’aussi longue haleine, reviennent inévitablement sous la plume, et surtout pour les bourdes colossales qui, émaillant probablement ce volume, dérideront les plus neurasthéniques. Que de fois n’aurons-nous pas pris le Pirée pour un homme ; que de fois, passant près de la rose, n aurons-nous pas cueilli le chardon, délaissé le chef-d œuvre pour la médiocrité. . .

Indépendamment de notre objectif spécial — la mention des grandes pièces collectionnables — nous avons donné, comme on pourra le voir, maints renseignements sur les états, collections, ventes, classements, marchands, livres relatifs à la matière, etc..., etc..., en un mot, et quelque incomplet que soit ce travail — et il l’est par son essence même, puisque

1 Ces mises en garde n’étaient malheureusement pas superflues, car nous venons de nous apercevoir — trop tard pour y porter remède — que relativement aux litres à donner aux gravures, nous avons, pages 459 et 460, fait les mêmes réflexions et dans des termes à peu près identiques ; ce n’était pourtant pas le cas d’appliquer le bis repelila placent.

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ce n'est qu'un triage, qu'une sélection — nous avons la conscience d’avoir mis aux mains du collectionneur tout ce qu'il lui fallait pour aller plus loin et pousser à fond son étude.

Et maintenant, qu'il nous soit permis de remercier bien vivement — nous ne pouvons malheureusement les nommer tous — ceux qui de près ou de loin ont été nos collaborateurs assidus et courtois et particulièrement parmi les conservateurs de cabinets d'estampes : MM. Bouchot et Courboin de la Bibliothèque Nationale, Sydney Colvin et O’Donoghune du British Muséum, ür Lippmann, Dr R. Schône de Berlin, Dr Max Lehrs de Dresde, Dr W. Schmidt de Munich, Dr Lichwtwark de Hambourg, J. Schônbrunner et Dôrnhôffer de Vienne, van der Kellen d’Amsterdam, Hymans de Bruxelles, Somof de Saint-Pétersbourg , Frank Weitenkampf de New-York, Yves Gilman de Boston, Ettore Pais de Naples, A. Venluri de Rome, John Beavan secrétaire du Burlington Club, Harold Child secrétaire de la Royal Society of Pointer Etchers and Engravers ; les grands collectionneurs Sir Seymour Haden, baron Edmond de Rothschild et son si aimable bibliothécaire M. Hector Silvy, MM. Beurdeley, comte Gilbert des Voisins, Rouart, Delafosse, Giacomelli , Usslaub, A. Lotz- Brissonneau notre ami et concitoyen, Gerbeau, H. Béraldi, comte Matheus, Dr H.-H. Meier de Brême, H.-S. Theobald de Londres, John Wordie de Glasgow, M. et Mme Atherton Curtis et Avery de New-York ; MM. les commissairespriseurs P. Chevallier et M. Delestre ; MM. les libraires et marchands d’estampes de Paris, Danlos, Dumont, Gosselin, Hessèle, Kleinmann, Mme Salvator Mayer, Pauline, Pellet ; Rapilly et Edouard Rahir qui, avec une bonne grâce sans égale ont mis cl notre disposition leur richissime bibliothèque de livres d’art; Roblin, Edmond Sagot, ainsi que leurs confrères étrangers Colnaghi et Gutekunst de Londres, Artaria

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de Vienne, Halle de Munich, Meder de Berlin, Mensing d’Amsterdam, Deman de Bruxelles, Wunderlich & Kennedy, Frederik Keppel de New-York, H. -G. Gutekunst & Wilhem Gaiser de Stuttgart ; nous devons vraiment à tous ces Messieurs une mention bien spéciale car ils ont poussé pour nous la complaisance jusqu'à ses extrêmes limites.

Un dernier mot; puisse ce volume écrit un peu en égoïste pour y revivre des heures de griserie et de charme en refaisant les étapes parcourues et déjà lointaines, apporter à ceux qui nous feront l’honneur de nous lire les mêmes sensations de jouissance, et réveiller chez eux des souvenirs pleins de magique attirance qui, aussi doux qu'une caresse, aussi troublants qu'un baiser , sont comme le sourire de la vie: c’est le vœu le plus ardent de l’auteur.

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