‹ A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieuses (volume 2)Chapitre 16 sur 32 · MAITRE · texte numérisé non relu

MAITRE

Dit le Maître de 1K6', parce que inconnu autrement, ses estampes portaient ce millésime. Les uns le croient originaire de Cologne, d’autres de Salins, de Valenciennes, de Lorraine ou même des Pays-Bas ; Nagler opine pour qu’il soit né à Munich; la vérité est, qu’à l’heure actuelle, on n’en sait absolument rien. On a dit aussi qu’il s’appelait Engelbrechtzen, ou Stern, ou Stechm ou encore Erhard Schoen, à cause des initiales gothiques E. S. dont il usait souvent. En somme, même mystère pour son nom que pour sa naissance. Un fait se dégage, dont on s’est encore exagéré l’importance, c’est la question des papiers filigranés dont il se servait et qui provenaient de la Haute-Allemagne : à la tête de bœuf avec l’étoile sur la tige ; à la tête

i II y a eu encore de nombreux autres Maîtres au millésime; les principaux sont ceux de : 1418 — 1423 — 1430 — 1437 — 1439 — 1441 — 1451 — 1457 — 1458 — 1461 — 1464 (dit aux Banderolles) — 1479 — 1480 (du Cabinet d’Amsterdam) — 1511 — 1515. Mais les deux plus importants sont, sans conteste, ceux de 1466 et de 1480.

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de bœuf avec la rose sur une tige ; la grappe de raisins ; la grappe avec une croix; l'ourson; le P. gothique; le soleil, etc... mais là encore, la certitude que les deux contrées Allemagne et Pays-Bas, usaient souvent des mêmes filigranes, ne permet pas d’en tirer de sérieuses conclusions quant à la nationalité de l’artiste.

Ses pièces datées 1465 et 1467 sont très inégales, parce qu’on suppose qu’un certain nombre devaient être exécutées par ses élèves, tels que le Maitre au jeu de cartes, le Maitre à l’alphabet, etc... Souvent peu correct, il est d’une naïveté pleine d’originalité et on peut dire de lui qu’il est le premier artiste dont les œuvres aient eu de la séduction ; d’un métier bien à lui, dit Bartsch, il faisait les nez minces, les prunelles claires, les cheveux serpentants, les doigts et les pieds très allongés, les vêtements bordés d’un rang d’étoiles entre deux bandelettes ; ses arbres étaient en forme de boule, taillés comme autrefois les orangers en caisse qui bordaient nos pelouses. Un fait à noter: il ne croisait jamais ses tailles en losange. Somme toute, très grande figure d’artiste, burin extraordinairement net faisant ressembler certaines de ses pièces à de fins dessins à la plume.

Son œuvre comprend 200 et quelques pièces, c’est le cabinet de Munich qui en détient la plus riche réunion avec celui de Dresde. Ces estampes sont très rares et fort cher.

Saint Jean-Baptiste (Passavant 165). — Nous empruntons la description de cette patène à Passavant, n’ayant pu voir la pièce :

Il est assis dans un paysage rocailleux, au milieu de l’estampe, entouré d’un cercle. On voit autour quatre médaillons avec les symboles des évangélistes et quatre avec les pères de l’église, tous bordés de riches rinceaux et de feuillages. Dans les banderolles qui contiennent les noms des évangélistes, on voit encore le signe 6, et dans le médaillon de saint Jérôme, le millésime 1466.

Les belles épreuves doivent avoir une marge, les exemplaires postérieurs ont le millésime entre deux traits perpendiculaires qui forment pour ainsi une parenthèse non cintrée.

Cette pièce ronde d’une insigne rareté, est possédée par le British Muséum, YAlbertine de Vienne et le Cabinet de Dresde.

Ventes > : Fischer avant les deux traits perpendiculaires, 875, du cabinet Maberly — Vico, 1100 — Angiolini, 625 — de Sallet, 1312.

Le Bouffon. — Sur un petit tertre rocailleux, un bouffon coiffé du bonnet traditionnel est debout et de face — il louche — et gesticule. Le bras gauche est revêtu d’une manche presque collante, tandis que

1 En 1852 à la vente Pierre Vischer de Bâle, une épreuve fut adjugée 1000 francs, nous constatons avec surprise que les prix pour cette estampe n’ont pas suivi la marche ascensionnelle générale.

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celle de l’autre bras présente un long pli tombant orné en bas d’une petite boule ; à sa ceinture, est passé une bourse et une flûte ; par terre à ses pieds, un petit chien et une cornemuse. Au-dessus de sa tête, une banderolle aux deux extrémités roulées.

Cette pièce qui mesure H. 125rai» — L. 73"»" est non décrite et de la plus grande rareté ; un exemplaire avant l'inscription sur la banderolle, et un 1er état sans doute, fut adjugé à la vente Vico, 550 francs, la conservation en était parfaite.

Un Quatre de la couleur des fleurs.

Telle est la rubrique donnée à une pièce représentant quatre fleurs différentes et faisant partie du grand jeu de cartes dont parle M. Max Lehrs (page 17, n° 17) dans son ouvrage sur les jeux de cartes des vieux Maîtres allemands conservés dans le Cabinet de Dresde.

Cette pièce restée inconnue à Bartsch et à Passavant est d’une insigne rareté, elle fut adjugée à la vente Vico, G00 francs.

La Sainte Famille (P 106). — Dans une sorte de tryptique à portion cintrée qu’encadrent deux colonnes torses, on aperçoit au milieu la Vierge et sainte Anne assises sur un petit tertre jonché de fleurs où se voient des oiseaux. A gauche debout, saint Joseph portant une branche de lys ; à droite également debout, saint Joachim. Sur le premier plan de proportion réduite, un chartreux et un religieux agenouillés; le premier a un livre ouvert à la main; le second vêtu d’un long manteau, tient un rosaire. Au tout dernier plan dans un paysage à gauche un château, et à droite une mosquée profilent leur silhouette. Les quatre personnages et l’Enfant Jésus sont auréolés.

Une épreuve d’une rare beauté et probablement unique provenant de la collection Heimsôth passa à la vente Vico et fut adjugée 637 francs. Elle était en 1er état, avant les inscriptions dans les auréoles et avec une belle marge.

Le musée Wallraff-Richartz à Cologne en possède une épreuve de 2e état avec les inscriptions.

La Vierge debout avec l’Enfant Jésus marchant sur le Serpent.

Pièce non décrite mesurant H. 112 mm — L. 77»'»', adjugée vente Vico, 50 fr. ; elle portait encore des traces d’ancienne enluminure.

Saint Jean l’Evangéliste. — Debout, un calice à la main.

Pièce non décrite de toute rareté mesurant H. 102»"» — L. 66»"»; vente Vico, 250 francs.

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La Véronique (P 178). — Debout, de face et nimbée, la tête entourée d’un turban, le corps légèrement penché à gauche, la sainte femme les yeux baissés tient devant elle le mouchoir qui porte l’empreinte de la face du Sauveur. Deux anges agenouillés à droite et à gauche en soulèvent les coins.

En avril 1891, à Stuttgart, H. -G. Gutekunst en adjugea en vente publique un exemplaire d’une irréprochable beauté, 5950 francs.

Jésus dépouillé de ses vêtements par deux soldats, à droite la Vierge et saint Jean.

Petite pièce ronde mesurant 3 centimètres de diamètre, non décrite ; elle fut vendue par H. -G. Gutekunst de Stuttgart, 67 francs.

Le Sauveur (B 84). — A mi-corps de face, revêtu de son manteau, la tête dans un rayonnement et légèrement penchée à droite, le divin Maître tient dans sa main gauche le glohe terrestre surmonté d’une croix, et bénit de la dextre, dont l’index et le majeur sont levés. Sur la ligne à la hauteur des yeux, on lit : Sanctus Salffidor et tout en haut dans la partie cintrée qui encadre la gravure, le millésime 1467 entre les deux lettres E. S.

A la vente Angiolini une épreuve d’insigne rareté et de beauté exceptionnelle fut adjugée 4000 francs.

Le Saint Suaire (B 86). — Deux saints soutiennent le précieux suaire, celui de gauche est revêtu d’un manteau bordé d’étoiles. Au milieu de l’estampe en haut, les clefs de l’église que surmonte une tiare. En bas entre les deux lettres E. S., le millésime 1467 .

Ventes : Angiolini, 2125 — Hulot, épreuve doublée, 450.

Le Guerrier et la Femme à l’Étendard (B 91). — Ils sont sur le même plan et debout tous les deux ; la femme à gauche presque de face, la tête ornée de feuillages, légèrement penchée à droite, tient dans la main gauche le casque du guerrier et dans l’autre un étendard dont la hampe repose à terre. Le guerrier qui est à droite, tourné à gauche et vis-à-vis de sa compagne, soulève de sa main droite légèrement la jupe à longue traîne de cette dernière et appuie son autre main sur son bouclier qui touche à terre. Les jambes de ce guerrier revêtu de son armure, sont très écartées.

Pièce de la dernière rareté dont un exemplaire de la plus grande fraîcheur atteignit à la vente Angiolini le prix énorme de 7012 francs.

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La Visitation (P 119). — Sur un sol jonché de cailloux et de fleurs, sainte Elisabeth saisit la main de la Vierge qui est à gauche de l’estampe. Au fond à droite, se profile un château fort et on aperçoit au tout dernier plan, un tertre sur lequel est un arbre mort. Les deux femmes sont vêtues de longs manteaux, se font face et leurs têtes apparaissent dans un rayonnement.

Dans cette estampe, les bras et les mains sont d’une maigreur de décharnées. — Un exemplaire à la vente Angiolini fut adjugé 3687 francs.

La Vierge (P 139). — Dans une chambre ornée à droite d’une sorte de lavabo et d’une tablette, on aperçoit à gauche près de la fenêtre d’un autel, la Vierge en prières. En haut deux écussons armoriés et le millésime 1467 entre les deux lettres E. S.

Vente : Angiolini, un exemplaire d’une éblouissante beauté 3250 francs.

La Vierge (P 143). — Assise et auréolée presque de face, la tête légèrement penchée à droite, sous un riche baldaquin la Vierge tient l’Enfant Dieu nu sur ses genoux et tourné à gauche, il porte le monde dans la main gauche et la hampe d’un étendard dans la droite. De chaque côté du trône trois anges, l’un à droite agenouillé soutient un des pans du manteau de la Vierge. En haut de chaque côté sur le chapiteau de la colonne droite, deux autres anges de dimension plus réduite soulèvent le rideau du baldaquin. Au-dessus de la tête de la Vierge, une couronne royale que surmonte une colombe, personnifiant le Saint-Esprit. Dans la partie cintrée de l’estampe tout en haut du baldaquin, le millésime 1467 entre les lettres E. S.

Fort belle pièce et rare estampe, dont la tête de la Vierge qui est démesurément grosse gâte l’harmonie. En la décrivant, Passavant a omis de mentionner la présence de l’Enfant Jésus sur les genoux de sa mère.

A la vente Angiolini une épreuve d’une insurpassable beauté fut adjugée 6387 francs.

Saint Jean dans l’île de Pathmos (P 161). — Dans la campagne, assis et tourné de trois quarts à gauche, saint Jean écrit, la tête légèrement relevée, semblant chercher l’inspiration, un aigle est près de lui à gauche. Au second plan derrière lui à gauche, une montagne à pic au sommet de laquelle est bâti un château fort ; à droite un bois épais où se jouent un lion et un cheval. Au dernier plan au bas d’un

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tertre, saint Cristophe 1 portant l’Enfant Jésus sur ses bras, s’apprête à traverser un fleuve. Tout en haut de l’estampe un peu à gauche, dans un rayonnement, la Vierge tenant l’Enfant Dieu dans ses bras, à droite le millésime 7467 entre les initiales E. S.

Vente: Angiolini, 40G2 francs.

Saint Michel tuant le Dragon. — Il tient dans sa main droite son épée et dans la gauche un étendard, le dragon gît à ses pieds. Le saint est revêtu d’un justaucorps sur lequel est jeté un large manteau.

Pièce non décrite, mesurant H. 134mm — L. 83mm, adjugée à la vente Angiolini 987 francs ; très rare.

Saint Judes Thadée et saint Simon (P 72). — Saint Simon lit, la main droite posée sur une scie, tandis que saint Judes a le bras gauche appuyé sur une croix.

Pièce rarissime adjugée à la vente Louis de Paar, 1512 francs.

Ars moriendi : Tentation diabolique.

Pièce inconnue à tous les iconographes et sans doute unique, adjugée vente Didot, 980 francs. — Attribuée au Maître.

A noter encore : Les Marie d'Einsiedlen (B 35 et 36), pièces capitales ainsi que Samson tuant le lion (B 5).

Le Cabinet de Vienne — collection du Prince Charles commencée vers 1787 — possède une Nativité représentant : à terre au milieu de l’estampe dans un rayonnement l’Enfant Jésus, et à genoux près de lui à droite la Vierge, à gauche saint Joseph, derrière eux deux bœufs dans une étable, au fond à gauche, deux femmes dont l’une tient une lanterne. Dans le lointain Bethléem et dans les airs un ange avec une banderolle. Pièce unique, croyons-nous.

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