PREFACE XVII
dans une interprétation, l'instrument joue son rôle indiscutable, eh bien, si nous ne craignions de risquer une comparaison cpii pourra sembler quelque peu saugrenue, nous dirions que l'allemand joue du violoncelle et l'italien de la clarinette, marquant ainsi nettement et matériellement l'abîme qui sépare pour nous les sensations éprouvées.
Pendant les XVe et xvi* siècles, les sujets gravés furent pour ainsi dire, à l'exclusion de tous autres, ceux ayant trait à l'ancien et au nouveau testament, ainsi qu'aux scènes mythologiques ; le bois et le burin jouèrent seuls leur rôle dans ces interprétations, et il y avait à ces époques fort peu d'états '.
C'est au XVIIe siècle seulement avec les maîtres Hollandais qu'apparaissent les marines et les paysages.
Aujourd'hui comme aux premiers siècles, les estampes ne portent pas de titre * et souvent même pas de signature et on n'abuse plus des états comme au xvne et au xvme.
Il est curieux de constater que les deux grandes écoles Allemande et Italienne — les deux écoles mères comme on se plait à les nommer — n'existent plus comme école contemporaine, la dernière surtout. A l'heure qu'il est il n'y a plus à avoir de grande envergure que les écoles Française, Anglaise et Américaine 3, ce qui ne veut pas dire, entendons-nous bien à cet égard, car c'est loin de notre pensée, que l'Allemagne, la Hollande, la Belgique et la Suède ne comptent pas de très grands artistes, cela signifie tout simplement que la production de ces pays étant relativement très limitée, ne constitue pas un ensemble pouvant prétendre, croyons-nous, au titre d'école.
1 Chacun sait qu'on entend généralement par état les différentes transformations que subit une planche île la première à la dernière épreuve; ce mot, état, ne peut cependant pas toujours être pris dans cette acception et s'appliquer à toute modification apportée au cuivre dans le cours tic son impression. Sir Francis Seymour Haden l'a si bien compris qu'il a appelé trial proofs — épreuves d'essai — les exemplaires que de temps en temps l'artiste juge opportun de tirer de sa planche pour se rendre compte de l'avancement de ses travaux. Il fait fort judicieusement remarquer que ces exemplaires répondent exactement aux épreuves soumises à l'auteur qui vient faire imprimer son manuscrit tandis que le 1" état correspond seul à l'œuvre finie, c'est-à-dire à la première édition du livre; les états qui suivent sont donc comme autant de nouvelles éditions.
On a souvent abusé de l'édition — de l'état voulons-nous dire — aux xvir et xvnr siècles, et toutes les particularités de : avant les noms des artistes, auee les noms des artistes à la pointe, ai'ant toutes lettres, avant les armes, avant la dédidaee, auee les armes mais avant la dedieaee, etc., n'étaient que des moyens commerciaux bien transparents qui devaient exciter le désir de la possession et par suite occasionner une majoration de prix.
2 Au début de la gravure, les sujets ne portaient aucune rubrique, c'est Ilartsch, le premier descatalogueurs, qui leur donna celles qui servent à les désigner et qu'ils conservent encore aujourd'hui.
3 Presque tous les artistes Anglais et Américains portent en leur œuvre les traces indélébiles des manières de Seymour Haden et de Whistler, ces puissants génies ont tellement impressionné leurs compatriotes, que ceux-ci, inconsciemment hantés par eux, arrivent difficilement à s'affranchir d'une technique qui les a si profondément séduits.
XVIII PI\KFACF.
Si les gravures datent duxrv* ou du xve siècles, l'idée de les collectionner ne prit guère naissance que vers 1625; c'est l'abbé de Marolles qui le premier — et avant que tout cabinet public y ait songé - s'occupa de les réunir, et ce n'est que cent trente ans plus tard qu'on commença à les inventorier et à en dresser des catalogues '. Aujourd'hui on peut presque dire que les monographies de tous les grands artistes sont faites, c'est assez marquer combien la tàcbe se trouve singulièrement facilitée pour nos collectionneurs.
Les estampes ne deviennent vraiment intéressantes au point de vue métier ou dessin que dans la seconde moitié du xvc siècle pour les écoles étrangères; avant cette époque, il faut carrément le reconnaître, elles ne doivent attirer l'attention que par leur caractère archéologique ; leur naïveté et leur brutalité leur enlèvent en effet tout le charme qu'on serait tenté d'y chercher.
En France, ce n'est qu'à partir de la lin du xvic siècle, sous le règne de Henri IV, qu'on commence à trouver le portrait volant, si nous pouvons nous exprimer ainsi, c'est-à-dire le portrait détaché, l'estampe en un mot, car avant celte époque il faisait partie intégrante du livre qu'il servait à illuster, représentant la plupart du temps l'auteur ou le personnage principal du volume en question, les Maîtres graveurs de cette période étaient alors Jean Rabel, Thomas de Leu, Léonard Gaultier, etc., etc.