‹ A travers cinq siécles de gravures, 1350-1903; les estampes célèbres rares ou curieuses (volume 3)Chapitre 63 sur 84 · DESIRE-LUCAS · texte numérisé non relu

DESIRE-LUCAS

Conte de Grand'Mère. — Dans une modeste chaumière, assise sur un banc de bois, de profil à gauche, une vieille femme appuyée sur un bâton, à l'instar des fées de légende, raconte une histoire à ses trois petits enfants qui sont devant elle. La scène se passe dans un demi-jour, mais un coup de lumière éclaire la main et la nuque de la vieille, ainsi que les visages des enfants et la partie du mur à laquelle ils tournent le dos. Dans le coin gauche inférieur : Désiré- Lucas.

Cette fort belle lithographie a paru chez Sagot, le 3 janvier 1902 : l'épreuve que nous y avons vue portait comme remarque dans la marge une petite fdle mangeant sa soupe. — A signaler encore : Le Benedicite.

DETOUCHE (Henri)

Ebat matinal. — Une adorable petite femme demi-nue à la frimousse éveillée, regarde de face, la tête est sur l'oreiller et sa main droite est ramenée sur ses cheveux en désordre. Dans le bas du coin gauche : Henry Detouche.

Très délicate aquatinte ; 30 épreuves.

A la Gloire du Chat. — Une jeune femme en rouge, debout de trois quarts à droite, embrasse un chat noir qu'elle tient dans ses bras. Tout autour d'elle, du haut en bas de l'estampe, des chats dans toutes les positions. Dans la marge du bas, le titre, et dans le coin gauche inférieur : Henry Detouche. — 40 épreuves.

Mais où le charmant artiste se révèle dans toute sa personnalité, ce sont dans les belles études qu'il nous a rapportées d'Espagne, telles que : Famille de Gitanes — Sevilla — Gitane dansant — Andalousie — La Cigarette — Schoras à la Corrida, etc., etc., si pleines de couleur, de mouvement et de vie, suite qu'il a modestement intitulée : Impressions d'Espagne.

DEVERIA' (Achille)

Né à Paris le (> février 1800, où il mourut le 25 décembre 1857. Œuvre extrêmement intéressant et touffu, à coup sûr un des plus séduisants de l'époque romantique, qu'il faut voir chez M. Alexis Rouart qui le possède en épreuves absolument merveilleuses et exceptionnelles; e'est, du liste, la plus belle collection connue, elle est sans rivale. Oh! les heures de griserie que nous avons passées à la parcourir, elles demeureront pour nous inoubliables !

Il ne faut pas voir une pièce clc Deveria, il faut voir Vœaore en entier, c'est là seulement qu'on le peut juger, alors il est incomparable. Consulter particulièrement de II. Béraldi le tome V et le supplément tome IX, l'artiste est là présenté de main de maître; plus de 450 portraits lithographies par Deveria y sont décrits, sans compter ceux simplement énonces.

La belle période de l'artiste fui de 1828 à 1835. A l'heure présente les Deveria comme, du reste, toutes les pièces de l'Ecole romantique, montent d'une façon formidable, la vente Mallet (avril l'.)02) donne le branle; seulement on ne paie cher que les morceaux rares et beaux, le second plan se donne; du reste, le goût s'est tellement épuré, durant ces vin OU trente dernières années, qu'à quelque genre qu'elles appartiennent en curiosité, les choses hors Hune sont sans prix, tandis que les autres, nous le répétons, ont baissé de 50 à 60 pour cent.

Parmi les portraits qui nous ont le plus frappé nous signalerons

La Contemporaine. 1833 (15 13).

Avec la légende : Comme nous passons et comme je suis pass

Alexandre Dumas. 1830(16). - Très jeune, assis de face sui an

canapé, le coude ilroil appuyé sur un coussin, l'autre liras éloigni

i L'artiste FUI conservateur du Départ un ui( des Bstampt . do 185

corps également appuyé, le pied droit croisé sur le gauche, le pantalon remonté laisse voir la tige de la botte. En bas: Alexandre Dumas — Deueria — Litho de Ch. Motte.

Adjugé 52 francs à la vente Mallet.

Victor Hugo (24). — A mi-corps, assis de face, gilet blanc, col noir, les deux bras écartés s'appuient sur ceux du fauteuil. En bas : Victor Hugo — Deveria 1820 — Litho de C. Motte.

Mme Lemercier (28). — Elle est endormie sur un sopha, en toilette de bal, le coude droit appuyé sur un coussin, soutient sa tète et le bras gauche écarté du corps repose sur un autre coussin.

On raconte qu'un jour Deveria étant au bal chez Lemercier, son imprimeur, la femme de ce dernier, se sentant fatiguée, s'étendit sur un sopha et s'y assoupit ; l'artiste passant devant elle la trouva si jolie dans cette pose abandonnée qu'il la croqua sur-le-champ; c'est à cette circonstance toute fortuite que nous devons cet adorable portrait. M, A. Rouart en possède une épreuve auant toutes lettres ; c'est de la dernière rareté.

Ne pouvant tout décrire , nommons au hasard de nos souvenirs : Mme Huerta, un bijou adjugé 95 francs vente Mallet — Af" H. C. Smithson — La Malibran — Elisa Mercœur — Mme Eckerlin — Léon Noël — Dona Damiana — MU<= Alexandrine Noblet — Afie Pacini — Mme Schlesinger — Mme C. Roqueplan — Mme Campan — Marie-Lœtitia Bonaparte — Joséphine Tascher de la Pagerie — Mérimée. Et les délicieux poitrails de sa famille : Jlfmes Achille, Marie, Berthe, Cécile, Laure, Eugène Deveria, dont beaucoup font partie de la délicieuse suite Les Heures du Jour, suite très recherchée, rare et cher; à signaler encore : Le Goût Nouveau, Galerie fashionable, deux autres très intéressantes séries.

Souvent au bas de certains exemplaires on lit le mot modèle, c'est le synonyme de notre Bon à tirer d'aujourd'hui; ces épreuves sont donc à retenir car elles sont doublement précieuses portant en elles le certificat d'authenticité et de beauté que vient de leur délivrer le Maître en les apostillant.

Deveria, comme beaucoup d'autres, a commis quelques délicates petites polissonneries', mais c'est un simple incident si passager dans sa glorieuse vie d'artiste qu'on ne devrait même pas le mentionner, lui surtout, qui a toujours su faire respirer à ses femmes un parfum de bonne compagnie,

i Dont certaines — il faut bien le reconnaître sans bégueulerie — sont d'exquises et d'adorables voluptés ; à ceux qui n'ont pas eu l'occasion de voir les originaux, nous conseillerons de se procurer le fascicule 7 — il y en a 8 — du Décolleté et du Retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1500-1870, par John Grand Carteret ; il y a là quelques reproductions choisies, parmi les moins osées, il est vrai, soulignées par un texte peu banal, où l'érudit écrivain raconte, avec un esprit dont il garde le secret, l'amour et la volupté pendant plus de quatre cents ans.

nous dirions presque de chasteté, si rare à rencontrer à notre époque, où le type canaille et débraillé tend à s'affirmer de la façon la plus triste et la plus crapuleuse.

La plupart des lithographies de Deveria sont en noir, mais il y en a aussi beaucoup de coloriées au pinceau portant ce coup de gommage luisant dont le rellet est si désagréable à l'œil lorsqu'on examine l'estampe sous un certain angle, sous un certain jour. Disons à ce propos que ce gommage n'a jamais été appliqué que sur le genre lithographie-crayon dit Estampes /'mes. et que son but est de conserver éclat et lustre aux tons — aux laques surtout — qui, sans cela, se terniraient du l'ait de l'embu, c'est, en somme, l'effet du vernis sur la peinture à l'huile, et du vernis à l'alcool sur les chromolithographies. L'usage de ce dernier vernis, à appliquer sur l'ensemble, serait évidemment préférable, mais il n'est possible, à moins de préparations subsidiaires et trop onéreuses, que sur papier couché, lequel est incompatible avec l'enluminure, car la détrempe et le Frottis auraient vite dilué le couchage.

Puisque nous causons lithographie, profitons-en pour déraciner un préjugé, une croyance auxquels, comme tant d'autres, nous avons longtemps souscrit, à savoir : qu'une épreuve /leur de pierre était de beaucoup supérieure à toutes autres ; disons simplement que c'est une erreur profonde, car nous le tenons des gens du métier. Dans un tirage lithographique bien conduit, la millième ou trois millième épreuve ne doit donner aucune différence avec les premières venues; quelquefois même ce sont ces premières épreuves qui laisseraient plutôt à désirer, si, d'après le dessin ou les difficultés de travail il ne convient d'arriver à l'encrage en plein que progressivement sous peine d'empâter. Cela ne veut pas dire que toutes les épreuves sont de beauté égale, tant s'en faut, mais cela ne tient pas î\ leur numéro de tirage, c'est ce que nous tenions à préciser. Les toutes premières épreuves dites d'essai, ne sont donc pas de ce fait les meilleures, mais les collectionneurs les recherchent avidement néanmoins, parce que, tirées à très petit nombre, elles deviennent promptement un objet de rareté '.

1 Nous venions d'écrire ces lignes, quand, à un de nos voyages à Paris, nous eûmes l'occasion de recauser encore de celte fameuse el 1res embrouillée question de /leur de pierre qui, si simple qu'elle puisse paraître en apparence, ne laisse pas que d'être singulièrement compliquée. Il semble donc résulter que ce que nous venons de dire plus haut s'applique à In lithographie commerciale tirée a la machine a nombre presque illimite, plutôt qu'à la lithographie délicate de collectionneur, pourrait-on dire, tirée avec soin A la presse A bras.

Quoiqu'il en soit et en déclinant toute compétence personnelle au point de vue de la technique du méUer - voici le résume aussi concis qui' possible de la conversation que nous avons eue avec un «1rs rois du procède lithographique :

En principe, une pierre laite par un artisie qui Va attaquée franchement, tirée par un bon imprimeur, doit rournir nu nombre de bonnes épreuve» relativement considérable, exemple : Daumler, Houllleron, Gavarni, Raflet; nous avons vu une i'^nf épreuve du Combat d'Oued- Mii'i par ce dernier artiste, qui était encore très belle.

Bien laite et bien tirée, il ne peut pas, ffnedoi ter de différence entre la centième et la

premiers épreuve, volU moi est clair.

POU une lithographie faite Min. Iru<iue. la dénomination de fleur île pierre, c'i'st une Haolll .

v nui encoi g qui - "■| Limpidi • Mais ce qui a donné naissance a cette sxpj-euion, c'est que certains artistes ont fait de la

lithographie en timides; leur travail ne se soutenant pas A la préparation, Innl fiehe le camp, et

alors, pour ccui la, il n\ a même pas "ih ' preuve qui donne le dessin primitif, au contraire,

Attirons encore l'attention sur ces écrins charmants qui contiennent d'inestimables joyaux : Les Heures du Jour — Le Goût Nouveau, etc., mais croyez-nous, prenez un jour votre Bêraldi sous le bras et allez passer quelques heures au Département des Estampes, nous vous garantissons que vous n'aurez pas perdu votre journée.

DEZAUNAY (Emile)

Peintre nantais, habitant actuellement Paris, s'est mis ces temps derniers à faire quelques eau-fortes en couleurs généralement à planches de repérages, nous signalerons la suivante qui nous a séduit parce que, sobre et sincère, elle donne la note fidèle de l'atmosphère où elle a été produite.

Les deux Sœurs. — Une jeune fille de Quimper est assise de face, tenant sur ses genoux sa petite sœur ; à sa gauche coule une rivière, et au fond de l'estampe on aperçoit une chaumière.

DILLON (Patrice)

L'Ondée. — Sous l'arche d'un pont, des gens surpris par la pluie se sont réfugiés ; dans le coin droit, un parapluie ouvert et renversé,

plus on tire, plus ça s'évanouit, tandis qu'une pierre bien attaquée est plus belle et rend mieux à la dixième qu'à la première, pour se maintenir telle jusques et au delà de la centième dans un parfait état.

Mais, nous ne saurions trop le répéter, tout ceci dépend d'un habile imprimeur qui, par sa façon d'encrer, sait maintenir une pierre en bon état.

Il peut la tirer en peu de temps s'il encre trop lourdement, mais la pierre alors s'égalise et les demi-teintes montent au ton noir ; pour réparer sa maladresse, il passe de l'acide aux endroits qu'il juge trop lourds, le ton baisse il est vrai, mais le travail se désagrège, se lâche, et les demi-teintes deviennent des salissures sans modelé : pour lui alors, la fleur de pierre n'est pas un mythe, car. au bout de quelques épreuves, la pierre n'existe plus. Hélas ! ajouta en soupirant notre interlocuteur, que d'imprimeurs de nos jours auxquels arrivent de semblables mécomptes ! et puis, continue-t-il. la couleur leur a donné le coup de grâce, malgré les apparences. Retenez bien ceci, nous dit-il en terminant : à l'heure qu'il est. il n'y a pas un seul bon tirage en couleurs.

Malgré cette sévérité d'appréciation et en manière de conclusion, disons à notre tour qu'il ne faut pas hésiter, lorsqu'on veut se rendre acquéreur d'une pièce en couleurs, à s'en faire montrer de nombreux exemplaires et à les comparer avec attention, on prendra alors la meilleure et l'on se dira : j'ai là une fleur de pierre. Musset n'a-t-il pas écrit quelque part dans La Coupe et les Lèvres :

Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

En résumé, à tort ou à raison, on désigne sous la rubrique fleur de pierre, une épreuve de qualité et de tirage exceptionnels ; qu'on ne nous en demande pas davantage, procurez-vous là et n'en parlons plus.

près duquel une jeune fille appuyant sa tète dans ses deux mains se lamente désolée de ce fâcheux contretemps. Dans le parapluie : Dillon.

Il existe de cette spirituelle et fine lithographie quelques épreuves avec cette remarque : Un polichinelle, les bras ouverts et tourné à droite.

Le Cirque Fernando. — Vue d'une partie de l'hémicycle du cirque avec femmes et enfants ; sur le tout premier plan, un homme en chapeau à haute forme se détache en vigueur.

Ohé 1 — Le long d'une palissade sur le bord d'un fleuve, de nombreux personnages sont rassemblés ; quelques-uns d'entre eux, faisant un porte-voix de leurs deux mains, hèlent un passeur invisible. Derrière eux sur la rive, une rafale balaie les jupes des femmes qui se trouvent dans cette partie éclairée de l'estampe. Sur un poteau à gauche : Au Passeur.

C'est à coup sûr la plus délicieuse pièce de l'œuvre; traitée dans une gamme extrêmement enveloppée et douce, c'est un régal pour l'œil.

Méritent encore d'être signalées les lithographies suivantes : La Claque — Parapluies — Ceux qui passent — Sandiviches — Manège à vapeur — Dallons rouges.— L'artiste, homme charmant autant que modeste, signe quelquefois du pseudonyme Anderson.

DORÉ (Gustave)

Né à Strasbourg le (i janvier 1833, mort en 1883. Illustrateur d'une extraordinaire fécondité, nous ne retiendrons de son œuvre que la pièce suivante dont nous donnons la description :

La Rue de la Vieille-Lanterne (Béraldi 69). — Gérard de Nerval à droite, est pendu au barreau d'une croisée ; la rue est remplie de visions et la Mort avec une trompette de Renommée semble annoncer aux cieux cet événement. Derrière l'écrivain, son âme est symbolisée par un être vaporeux dont la mort prend possession. Dans le coin inférieur gauche: G. Dore, et à droite dans la partie claire du bas de l'estampe, celle légende :

L'éternité profonde Souriait dons vos yeux.

Flambeaux éteints du monde Hallumez-Dous aux cieux.

Lithographie d'un romantisme échevelé, fort curieuse, traitée presque entièrement au grattoir; c'est à l'aide de cet instrument qu'on a pu obtenir ces demi-tons pleins de souplesse et de transparence qui donnent à cette estampe une si jolie enveloppe. — Assez rare.

La collection du docteur Joseph Michel, neveu de l'artiste, dispersée en mars 1892, était particulièrement riche en œuvre du Maître.

Voir Henri Béraldi, tome VI, 1887.

DULAG (Charles)

Artiste d'un immense talent mort fort jeune, s'est immortalisé par Le Cantique des Créatures, suite de huit lithographies in-folio originales représentant des paysages d'une pénétrante poésie, elles sont tirées en différents tons; la couverture du portefeuille est de Belville et le texte de Charles Clair. Il avait commencé un autre album, Le Credo, resté inachevé, cinq pièces seulement ont été tirées. Il existe chez Sagot un agrandissement du Vent > tiré, croyons-nous, à 4 ou 5 épreuves qui est d'une des plus belles choses qu'il nous ait été donné de voir.

Voici les quelques lignes qui annonçaient ces publications, elles sont écrites par l'artiste lui-même :

« Ces quelques planches sont le résultat de mes premières recherches. » Elles inaugurent une suite de Paysages dans lesquels je cherche à exprimer » les émotions fugitives que donnent les divers aspects de la nature. Idéaliser » le plus possible sans pourtant dénaturer les formes réelles, tel est mon » but. J'espère intéresser les amateurs à cette tentative d'un artiste convaincu » et les voir accueillir avec bienveillance.

» Mon confrère et ami Simas a bien voulu revêtir ce recueil d'une de ses » gracieuses compositions ; j'ai tout à gagner à pareille enseigne ».

Commencées en juin 1892, elles furent terminées en avril 1893? Nous attirons l'attention très particulièrement sur : Stella Malutina — Spiritus Sanete Deus — Jesu via et vila noslra... — Auxilium Chrislianorum... les mots manquent pour pouvoir caractériser comme ils le méritent ces sublimes Cantiques qui, dans une merveilleuse synthèse, répètent un éternel Hosanna!

Notons encore: Sœur Marie-Magdeleine, tante de l'artiste, assise et en pied, le corps de trois quarts à gauche regardant de face, les mains croisées sur les genoux. Fort belle lithographie tirée sur teinte.

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