DUPONT (P
L'Outillage. — Sur le bord de la seine, au fonds de l'estampe, chalands, ouvriers, charrettes, etc., et sur le tout premier plan, un cheval dételé tourné à droite et mangeant dans sa musette, l'animal
1 On désigne quelquefois ainsi, croyons-uous, la pièce dont le vrai titre est: Spiritus Sanete Deus.
puissamment modelé est bien mis en valeur par l'absence complète de travaux tout autour de lui dans l'estampe. A gauche, on lit : L'Outillage.
Très beau burin robuste et nerveux qui, par certains côtés, rappelle un peu la manière d'Albert Durer, nous osons espérer que l'artiste ne se froissera pas de la comparaison, c'est un hommage rendu à son talent que nous avons eu souvent l'occasion d'apprécier en parcourant son œuvre chez Ed. Sagot.
Garçon d'Ecurie. — Trois chevaux se profilent de front, traversant le pont de Sully en se dirigeant vers la gauche ; le garçon qui les mène est monté sur celui du milieu. De l'autre côté du pont, on aperçoit les maisons. Dans le bas du coin droit : L'Attelage — Garçon d'écurie.
Voilà une flère et belle eau-forte pleine de liberté et d'allure qu'il ne faut pas hésiter à mettre en portefeuille. L'artiste a eu la médaille d'or a l'Exposition de 1900.
ELIOT (Maurice)
La Romance du Printemps. — Dans la campagne, debout de trois quarts à droite, une jeune femme tient dans sa jupe qu'elle relève légèrement de sa main gauche, quelques fleurs des champs. Au bas, le titre et Maurice Eliot.
Jolie lithographie douce comme un sourire d'avril, ainsi que cette autre intitulée Chant du Soir.
ENSOR (James)
La Cathédrale. — La cathédrale occupe tout le fond de l'estampe; les pn mieis plans jusqu'aux pieds de ce monument sont remplis par une foule bariolée d'une compacité extraordinaire qui se dirige vers la droite ; quelques bannières émergent de cette multitude. Dans le haut du coin droit : Ensor /<s'«%".
Eau-forte tout à Fait curieuse, extraordinaire et spéciale — qu'il faut avoir — n'ayant absolument rien de commun avec le déjà vu. Peut-être [pourrait-on l'assimiler à un dessin esquissé d'une plume extrêmement line, en traits tenus, saccadés el rompus, d'une jolie encre, blonde, transparente et ambrée. Le cuivre esl à peine mordu. Un jour, nous la montrâmes a
Bracqueniond qui l'examina avec autant d'attention que de surprise et parut très étonné de l'originalité de son aspect. Cette estampe, tirée a petit nombre, est déjà célèbre.
Les Patineurs. — Sur une prairie inondée et glacée, qu'encadrent des arbres au premier plan, des patineurs aux silhouettes tant soit peu fantastiques, rappelant des ombres chinoises, se livrent à leur plaisir favori ; quelques-uns sont tombés sur la glace. Le ciel est très sombre et chargé de neige. Dans le coin inférieur droit : Ensor.
Il y a quelques années, ayant eu besoin d'avoir différents renseignements sur l'artiste dont les œuvres nous avaient si vivement frappé par leur originalité, nous écrivîmes à un de ses compatriotes, un érudit et un sympathique fort connu dans le monde du livre — dont on nous permettra de taire le nom — qui nous répondit dans une formule semi-télégraphique, colorée et concise, les lignes suivantes que nous ne résistons pas à reproduire ici :
« James Ensor, environ 34-35 ans ', peintre de coloris et de composition » étranges, talent désorbité et curieux; se rattache à Breughel le Vieux dont » l'œuvre le hante visiblement, même sous les productions modernistes. » Griffe le cuivre d'une façon parfois maladroite, mais toujours d'inté- » ressante originalité, quelques marines et coins de paysages très savoureux. » Natif d'Ostende, habite tantôt cette ville, tantôt Bruxelles. A gravé environ » 116 pointes sèches et eaux-fortes ».
Parmi celles-ci nous pouvons mentionner encore : Le Verger — Les Chaumières - Réverbère — Femme Flamande — Boulevard ci Oslende — Mariakerke — Barques échouées, et les pointes sèches : Sous Bois — L'Acacia — Rue du Bon-Secours èi Bruxelles, très remarquable : toutes pièces ayant ligure chez Bing, rue de Provence, en 1896. A ce sujet, un petit reproche à l'aimable directeur-propriétaire de L'Art Nouveau, pourquoi a-t-il cessé ces expositions d'estampes qu'il savait choisir avec un tact si délicat, tout le monde y trouvait son compte, artistes et amateurs. C'est dommage 1
En 1899, La Plume a consacré un numéro spécial extrêmement intéressant à cet artiste, une vingtaine d'écrivains de talent y ont collaboré; c'est à lire, car la physionomie à facettes si curieuse du graveur y est éclairée d'une façon fort remarquable et fort pittoresque à la fois.
EYGHENNE (Gaston)
Le Papillon jaune. — Sur une branche d'églantier en fleurs, un scarabé au reflet métallique, près duquel volette un papillon qui cherche à se poser; un autre papillon est à droite, et au bas de l'estampe un bourdon.
1 II en a aujourd'hui 41 ans. croyons-nous.
Curieuse pièce d'un métier toul à fait nouveau, où à l'aide d'un gaufrage spécial l'artiste a essuyé de diéser encore le relief (|ue les videurs pouvaient donner aux objets.
Il a apporté en plus de ce procédé une habileté de main exceptionnelle et des effets de coloration absolument délicieux, nous n'en voulons pour preuve que ses jolies planches: Le Papillon noir — Les Anémones — La jeune Fille vêtue de noir.
L'artiste est mort à Germain-en-Laye le 13 mai 1902 d'une angine de poitrine, en pleine jeunesse, il avait à peine 25 ans!
FANTIN-LATOUR (Henri)
Parmi les plus belles lithographies du jour et les plus avidement recherchées, celles de Fantin occupent à coup sûr un des premiers rangs; elles ont un aspect absolument spécial et demeurent inimitables avec leur joli pailletage argenté. Elles sont toujours en noir, il n'en existe aucune en couleur. Tantôt elles sont crayonnées directement sur la pierre, tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, elles sont dessinées sur papier de report. Le tirage en est Tort limité ; quelques épreuves d'essai, 2, 3, 7 ou 8, sans nom d'imprimeur ; puis 25, 30, 50 ou 100 — ce dernier chiffre très rarement atteint — pour les autres étals', dont le nombre ne dépasse jamais quatre. Il arrive souvent qu'une même rubrique s'applique à plusieurs cuivres, ainsi le Duo des Trogens qui compte (1 plancbes en est un exemple; malgré les diverses modifications qui y sont apportées, il est difficile de ne pas les confondre quelquefois l'une avec l'autre, et il arrive fatalement que des erreurs se glissent dans leurs désignations.
L'œuvre actuel du célèbre artiste est d'environ 150 pièces. M. Germain Hédiard', dans deux catalogues très remarquables, en a l'ait h' minutieux inventaire. Le premier a paru en septembre 1892 avec 106 pièces: mi lithographies, et 2 eaux-fortes : Les Deux Sieurs et Un Morceau de Sihumimn . le second, en janvier 1899, avec un supplément de 12 autres lithographies. Nous regrettons que cette monograpbie, très claire et très sobre, manque de table ; l'absence de cette dernière rend les recherches fort pénibles, nous faisons des vœux pour que celte lacune soil promptement comblée.
Les poèmes de Berlioz, Wagner, Schumann, Brahms, Weber et llossini, qu'il a si merveilleusement interprétés, nous étant malheureusement totalement inconnus dans leurs détails, nous avouons notre incompétence pour la description des pièces qui les représentent, et renvoyons purement et
1 M. Hédlard considère que chaque rôle qu'on ajoute <>u qu'on retranche quelque chose a une planche il y :i conititutton d'étal. Par épreuve» d'eual, il entend celles que l'artiste fait tirer devanl lui pour éprouver la pierre el régler le tirage. Toul cela esl ton Juste el devérlté absolue.
' Sous la rubrique U i Ifaffn rfi la Lithographie, in nia. \t publié : Bonlngton l'util Hnet — Decampi - (.'. Roqueplan — II. Vernet — Charte! - J. Dupré Hun — John Lewli Brown.
simplement au catalogue pour celles qui nous paraissent les plus capitales et que nous allons mentionner ici :
Gœtterdœmmering ; Siegfried et les Filles du Rhin (1"- et 2e planches, 31-51) — Evocation de Kundru ('!••, planche 43), admirable 1 1 ! — Scène première de Rheingold (8) — Duo des Troyens (l'« et 2e planches, 10-22)— Une Mélodie de Sclmnvtnn (32) — Prélude de Lohengrin (39) — Poèmes d'Amour (58) — Confidence éi la Nuit [Roméo et Juliette) (82) — Evocation d'Erda (54) — Duo d'Amour (G6), etc., etc., tout y esi sublime et on ne saurait où s'arrêter.
Citons encore en dehors de l'interprétation de ces compositions musicales les quelques morceaux suivants qui sont de purs chefs-d'œuvre :
Le Génie de la Musique (35). — Une femme, Génie ailé, s'envole aux cieux, emportant avec elle un cartouche où sont inscrits les noms de: R. Schumann, H. Berlioz, R. Wagner. J. Brahms. - A ce cartouche sont joints une couronne et une palme.
L'Anniversaire (7). — Au fond de l'estampe, à droite d'un houquel de cyprès, on aperçoit le tombeau de Berlioz sur la pierre duquel le nom est gravé. Sur le tout premier plan, se sont groupés les divers interprètes de son œuvre dans des attitudes attristées. Au milieu d'eux, la Muse est debout et vêtue de noir, elle désigne de la main gauche le monument du Maître, et lient dans la droite un rouleau demi-déployé sur lequel on lit: Harold, Roméo et Juliette... Dans le haut du coin droit, un Génie accroche des guirlandes ; en bas du même côté, un homme à mi-corps et vu de dos apporte une couronne d'immortelles.
Hélène (95). — C'est le triomphe de la beauté. — Au milieu d'un paysage romantique aux vallées suivies de cours d'eaux, à l'horizon lointain de cimes neigeuses, sous la clarté laiteuse de la lune dont l'orbe tout grand monte dans le ciel, à gauche de la lisière d'un bois, Hélène est allongée blonde et souriante dans sa lumineuse nudité ; à sa gauche, s'envole l'Amour ; tout autour d'elle se pressent amoureusement tous les hommes jeunes ou vieux, sages ou conquérants, prêtres ou soldats, artistes ou poètes, qu'à travers les âges a vaincu sa beauté. Tout-à-coup au premier plan, Faust et Méphistopbélès derrière lesquels apparaît le haut de la ligure volante d'un ange.
Telle est la belle description qu'en a l'ait M. Benedite dans le catalogue de l'Exposition des œuvres de l'artiste qui eut lieu par ses soins au Luxemhourg en juin 1899, catalogue qui, en mars 19113, a paru illustré dans Les Artistes de tous les temps publié par la Librairie de l'Art ancien et moderne.
Terminons on mentionnant encore : Solitude (40) — Elude pour l'Eve (117) — Eve (126) — Diane Chasseresse (103) — Bouquet de Roses (26) — Nuit de Printemps (47) — Les Baigneuses (37-38-125-130) — Sara ta Baigneuse (11), etc., etc. Voir: //. Bératdi, tome VI, Paris 1S87 — The Century Magasine de mai 1900, avec reproductions et texte de Frederick Keppel — L'Estampe il l'Affiche, par Raymond Bouyer, lévrier et mars 1898.
Les trois plus belles et plus complètes collections de Fantin-Latour que nous connaissions sont en Amérique; l'une appartient à M. Ch. L. Freer, de Détroit (Michigan), l'autre, don de M. S. P. Avery ', est actuellement à la Bibliothèque publique de New- York, elle comprend 1G0 pièces, et la troisième est aux mains de M. et M"" Curtis, de la même ville.
M. et M"" Alherton Curtis, que nous avons eu la bonne fortune de rencontrer cette année à Paris, sont des passionnés île l'estampe; d'un éclectisme raffiné et de large envergure, ils possèdent toutes les écoles — des primitifs aux contemporains — et collectionnent tout ce que [es peintresgraveurs les plus célèbres ont produit, c'est-a-dire les estampes originales; ils négligent avec raison les gravures de reproduction, aussi ont-ils relativement peu de choses en xvm° siècle, cette époque, à part les Debucourt, Moreau le jeune et Saint-Aubin, étant particulièrement pauvre en graveurs originaux.
l'ait curieux a noter, les aimables et distingués collectionneurs ne se rendent acquéreurs d'une pièce que lorsqu'elle plaît à l'un et à l'autre, il n'entre jamais dans leur collection — une des plus réputées d'Amérique — un seul morceau qui n'ait été agréé par le mari et la femme; n'y a-t-il pas là une communion d'idée charmante qui symbolise dans sa délicate synthèse l'union parfaite de deux âmes d'élite.
La plupart des estampes réunies par le charmant couple ont été récoltées à Paris, c'est au moment de l'Exposition de 1X89 qu'ils commencèrent leurs recherches et c'est de cette année que date leur collection qui se monte déjà à plus de 'iOOO pièces de qualité tout à fait hors pair. Très désireux de faire jouir de leurs richesses les amateurs environnants, M. et M"" Curtis organisent de temps en temps «les expositions d'estampes dans leur jolie propriété de Mount-KisCO, ce qui lait, nous n'avons pas besoin de le dire, les délices des New-Yorkais. Ajoutons que M. Curtis est l'auteur d'un ouvrage très estimé: Some Masters of Lithography, publié à New-York en 1897.