‹ A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieusesChapitre 16 sur 20 · PUVIS DE CHAVANNES · texte numérisé non relu

PUVIS DE CHAVANNES

Signalons du Maître à titre d’extrême rareté, puisqu’il n’en existe que quatre exemplaires : Le Retour de Chasse (18G2). Nous en connaissons deux épreuves, l’une chez M. Alexis Rouart', l’autre chez Hessèle. Nous confesserons que c’est plutôt une curiosité qu’une œuvre d’art, le célèbre et merveilleux artiste s’est immortalisé autrement que par cette eau-forte et les quelques autres qu’il a gravées comme passe-temps dans une heure de loisir.

RAFFAELLI (Jean-François)

Genevilliers. — Au premier plan, deux poules et un homme chargé d’un hallot passé sur l’épaule gauche; il vient de franchir une clôture formée par des piquets et, le bâton à la main, s’apprête à gravir la hutte qui est devant lui. A droite, la Seine avec ses îlots. Sans signature.

Pointe sèche tirée à 40 épreuves.

Le Terrain vague. — Sur une butte dénudée près d’une maisonnette, un cheval isolé tourné à droite ; sur le premier plan à gauche, près d’une clôture légère à demi-démolie, une vieille femme tenant un gros sac posé devant elle à terre ; autour d’elle, un chien, des poules, un autre sac et un balai.

Eau-forte en couleurs imprimée en deux planches; c’est une des premières pièces qu’a gravées le Maître, elle est devenue à peu près introuvable, l’artiste a vendu la dernière 100 dollars à une Américaine, soit 500 francs.

Mendiant assis. — A gauche sur un tertre et semblant succomber sous le poids de la fatigue, un vieux mendiant s’est assis sur le bord du chemin, la main droite fouille la poche du veston, tandis que la gauche s’appuie sur un bâton ; devant lui par terre, un volumineux ballot.

Cette superbe eau-forte en noir, légèrement aquatintée, est aussi quelquefois désignée sous la rubrique Sur le Chemin.

i Donné, croyons-nous, dernièrement au Département des Estampes.

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The old Lady’s garden. — Debout et de face, les deux coudes appuyés sur le balcon, une vieille dame regarde par dessus ses lunettes, tenant de ses deux mains un petit arrosoir avec lequel elle vient de rafraîchir la caisse et les quelques pots de fleurs qui sont devant elle.

Une des très jolies pièces de l’œuvre, pointe sèche en couleurs, tirée à 100 épreuves à l’aide de cinq planches en repérage.

L’Homme et son chien. — Un homme en chapeau mou, un chemineau sans doute, en pied, manchot de la main gauche, s’appuie de la main droite sur un bâton ; il tient en laisse un chien au poil hérissé.

Pointe sèche en couleurs à trois planches; un exemplaire unique et de toute beauté, avec deux croquis dans les marges, est actuellement chez le comte Matheus, un amoureux de l’œuvre du Maître.

Au bord de l’eau. — Sur le bord d’une rivière sinueuse, une femme est debout, son chien à ses côtés ; derrière elle, un arbre isolé, Au fond de l’estampe, presqu’au milieu de la composition, on aperçoit un clocher pointu de village. — Pointe sèche en couleurs.

C’est, croyons-nous, vers 1880 que l’artiste a commencé à graver; ses débuts lurent ceux d’un Maître et, sans coup férir, sans tâtonnement pour ainsi dire, il se classa parmi les graveurs les plus typiques de notre époque. Il apporta dans cet art, encore nouveau pour lui, ses exquises qualités de peintre et de raffiné, son œil fin, sa vision nette et probe avec un métier absolument neuf, évitant les contre-tailles, en renflant tout simplement son trait sinueux et vertical à l’endroit précis où devaient se dessiner les ombres; il donna ainsi à ses eaux-fortes et à ses pointes sèches un aspect singulièrement pittoresque et original tranchant avec toutes les formules, toutes les techniques employées jusqu’à ce jour.

Nous citerons encore : Sur le Banc — La Promenade du Dimanche — Paysage d' Automne — A votre Santé ; 4 eaux-fortes en couleurs, et L’Actrice en scène — La Roule aux grands Arbres (une perle) — L’Arbre jaune (très recherché); 3 pointes sèches également en couleurs.

Voir Béraldi, tome XI, Paris 1891 — The Studio de juin 19U1 — L’Estampe et l’Affiche, article de Georges Lecomte, en octobre (?) 1898. — L’artiste a eu la médaille d’or à l’Exposition de 1900.

RAFFET (Denis-Auguste-Marie)

Né à Paris le 2 mars 1801, mort à Gênes le IG février 1860. — Un des plus grands artistes dont s’honore notre pays, le merveilleux metteur en scène de l’Epopée, l’impérissable évocateur de Napoléon Uq le sublime Français en un mot qui sut chanter nos gloires pour nous consoler de nos défaites.

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Il faut lire les admirables lignes, si vibrantes et si françaises, que Béraldi lui a consacrées, pages 61-62-63-64, dans son lame XI et que malheureusement un texte déjà trop chargé nous fait regretter de ne pouvoir reproduire ici.

Un catalogue très intéressant et devenu fort rare, fut dressé en 1862' par les soins de M. Giaconiclli, qui possède un œuvre du Maître absolument irrêconsiiluable aujourd’hui.

La collection la plus complète existante se trouve au Departement des Estampes; elle fut donnée par la famille de l’artiste et se compose de 29 volumes, plus un autre volume de portraits à l’aquarelle, des chefsd’œuvre ! — M. Joseph Pennell en possède aussi une fort belle sélection.

Voici, dans cet œuvre colossal, les pièces les plus recherchées et les plus rares :

Dernière Charge des Lanciers Rouges à Waterloo (G. 388). Sur un tertre à gauche au dernier plan de l’estampe, l’Empereur à cheval tourné à gauche suit anxieux le mouvement tournant qu’opèrent ses lanciers avec l’impétuosité du désespoir. A droite, dans le coin inférieur, une cantinière à genoux, les mains jointes, les yeux levés au ciel, et près d’un canon, un blessé auquel un camarade fait boire un coup à sa gourde.

Très rare.

Carré enfoncé (399). — Nombreux et pressés, les cuirassiers se ruent sur un carré de fantassins autrichiens qui est à gauche, à demimasqués par la fumée de la poudre, et qu’ils cherchent à envelopper. Au fond à droite, un arbre se silhouette. En bas :

De quel éclat brillaient dans la bataille Ces habits bleus par la Victoire usés.

Béranger.

Némésis (120). — Assise presque nue sur un cheval fantastique, les cheveux épars, elle dévore l’espace dans une course affolée, se dirigeant vers la droite, en étreignant dans sa main une poignée de serpents. Derrière elle, légèrement indiqués, une horde de spectres enveloppés dans leurs linceuls. Devant elle, la silhouette indécise du Palais-Bourbon.

1 Voir aussi : Baffe t, sa vie et ses œuvres, par A. Bry, Paris 1874 ; Baffet et son œuvre, par Armand Dayot, Paris, May s. d.

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i La plus belle épreuve connue, avant toutes inscriptions, chez M. Alexis Rouart. — Les premiers tirages sont rarissimes ; ils sont tirés avec cache K

A la vente Moignon, deux épreuves, sur papier jaune, adjugées 241 francs; à Mène, avec cache, 220 ; à celle de Mallet, une épreuve avec cache-lettres, 130 ; sans cache, 98. — Cette pièce, qui est une affiche, fut faite pour les Satires de Barthélemy.

Craonne, 1814 (158). — Par une nuit noire, qu’assombrit encore l’épaisse fumée d’une chaumière incendiée. Napoléon enveloppé de la redingote grise et tourné vers la gauche, traverse un marécage au pas de son cheval ; à droite, le cadavre d’un fantassin.

Etant arrivé trop tard à la vente Mallet, où elle fut adjugée 430 francs, nous en avons emprunté la description à Giacomelli chez qui elle est maintenant ; c’est une pièce unique, la seule connue, sur chine, sans aucune lettre ; le Département des Estampes n’en possède qu’une reproduction en fac-similé par Emile Bry. — L’épreuve qui vient de passer à la vente Mallet provenait de la collection Moignon, où, avec Le Rêve et une étude pour Le Rêve, elle fut adjugée 15 francs!!! Cette pièce était la première pensée de la suivante :

Ils grognaient, mais le suivaient toujours (414). — L’Empereur sur son cheval blanc suivi de son état-major, se dirige vers la gauche, il est pensif ; derrière lui, les grognards avec le chien du régiment, sous la pluie qui fouette, allongent le pas pour le suivre. Au fond de l’estampe sur un tertre à droite, se profile un moulin à vent.

Page sublime ! Extrêmement rare.

Retraite du Bataillon sacré à Waterloo (80). — Dans un nuage de fumée, les grenadiers de la Garde se sont formés en bataillon carré, abritant au milieu d’eux leurs drapeaux, leurs aigles et leur Empereur qui est là, impassible sur son cheval blanc tourné à gauche. Le sol est jonché de cadavres et de chevaux de l’ennemi. En bas dans le coin droit, entre les jambes écartées d’un soldat tombé sur le dos : Rafj'el 1835.

La pierre s’étant brisée, il n’y a guère eu de tiré que 150 épreuves.

1 Cette particularité est à noter, car généralement le cache n’est qu’un truquage qui s’emploie souvent, quand la pierre ou le cuivre commençant à s’user, on essaie de refaire une virginité à l'estampe. On veut ainsi faire croire qu’elle est d’un tirage antérieur à la lettre en masquant celle-ci.

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Ventes : Burty, 76 — Moignon, deux épreuves, 102 chaque — Mène, 278 — Mallet, deux épreuves, l’une très fraîche, 340 ; l’autre, avec des mouillures, 220 — Dreux, sur chine coupé, 224 — Vente anonyme, 11 juin 1902, par Danlos, 260 — Roux, sur chine, 160 ; épreuve tachée.

La Revue nocturne (429). — Sabres au clair et crins au vent, cuirassiers, chevaux dans une charge désordonnée se précipitent vers la gauche, suivant les officiers qui les excitent, tandis qu’au dernier plan, au milieu de l’estampe, dans une clarté d’apothéose, se détache imprécise la silhouette de l’Empereur à cheval ; à gauche, la lune à demi-voilée. Dans la marge :

Et à minuit de sa tombe Le chef se lève et sort,

A pas lents il s'avance,

Suivi de son état-major.

Seidlitz.

M. Alexis Rouart possède une épreuve de cette pièce admirable et célèbre, avant le double trait carré qui entoure 1’esfampe ; c’est une épreuve d’essai de la dernière rareté.

Ventes : De Concourt, 45 — Michel, 290 — Casimir Périer, 15 — Mallet, 65 — Dreux, 60 ; toutes ses épreuves étaient sur chine.

Combat d’Oued-AlIeg (82). — Des bataillons de fantassins aux rangs drus et serrés couvrent la plaine, ils se dirigent au pas de course vers la droite. Au tout premier plan, un soldat tombé sur le dos, un fusil, et un tambour couché à plat ventre près de son instrument.

Il y a un état non décrit dans lequel le mot maréchal est écrit en toutes lettres. Une épreuve existe au Département des Estampes, une autre a figuré à la belle exposition que fit Keppel en 1894 >, dans laquelle beaucoup de pièces furent prêtées par M. et Mme Atherton Curtis. — Notons aussi un 3e état non décrit, portant rue du Bac au lieu de rue Favart.

Ventes : Moignon, Dr tirage, sur chine, 51 — Michel, 3e état, 31 — Mène, sur chine, sans lettre, 56 — Mallet, Dr tirage, avec rue Favart, 85 — Dreux, sur chine, 48.

Le Réveil (85). — Battant la charge au milieu de l’estampe, un tambour debout de trois quarts à droite, voit se lever autour de lu

1 Une exposition avait déjà eu lieu en France en 1892.

ses compagnons morts qui reprennent les armes. Dans la marge du bas : Le Réveil, et des vers commençant par ces mots : La caisse sonne étrange. . .

Ventes : Michel, 3e état, 40 — Moignon, 78 — Mène, 2e état, 130 — Concourt, sur chine, 42 — Mallet, 2e état, sur chine court, avec le titre lin et avant que le numéro de l’adresse n’ait été reporté en avant du nom de la rue, 130; la même, avec la grande lettre, 3e tirage, 30 — Roux, sur chine, avec marge, 42.

Le 1er tirage est avant les vers et avec le titre en grandes lettres au double trait.

1813 (365). — Au milieu de l’estampe sur le tout premier plan, l’Empereur sur son cheval blanc qui fait un écart sous le crépitement de la fusillade, il est suivi de son état-major dans ce terrain détrempé et marécageux.

il existe des épreuves avant la signature.

L’Œil du Maître (372). — Descendu de cheval, debout presque de face, regardant à gauche, une main derrière le dos — l’autre ramenée sur la poitrine tient une lorgnette — l’Empereur revêtu de la légendaire redingote grise est près du feu d’un bivouac, il inspecte l’horizon, son cheval est derrière lui à droite, tenu par un guide. Les cuirassiers chargent à gauche.

Lutzen (340). — L’Empereur vient d’arrêter son cheval près d’un officier blessé gisant à terre qui lève la main vers lui. A droite, l’épaisse fumée de la bataille laisse entrevoir arbre, colline et clocher d’église.

Le Rêve (86). — C’est le soldat devenu fossoyeur, il dort dans un cimetière dont les tombes sont chargées de couronnes et d’emblèmes guerriers. Il fait clair de lune.

Une épreuve de cette rarissime estampe fut adjugée à la vente Mallet G7 francs ; c’était un essai sur blanc avant toutes lettres et avec les salissures de la pierre ; à la vente Mène, elle avait fait 37 francs.

Beaucoup des pièces que nous venons de décrire se trouvent dans des séries d'albums dont la plupart ont été édités par Gihaut.

Toutes les estampes du Maître doivent être acquises en premier tirage ; c’est une condition sine qua non. — Signalons aussi la rarissime Vivandière, adjugée 63 francs, vente Mène; on n’en connaît que trois épreuves, la planche s’étant brisée.

Du reste, nous ferons remarquer que si l’œuvre de Raffet, au point de vue de la grandeur du style et du souffle de l’inspiration, est absolument

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hors de pair, nous devrons aussi faire observer qu’au point de vue purement lithographique, ce n’est pas ici qu’il faudra venir chercher la belle épreuve avec ses clartés et ses noirs veloutés', comme, par exemple, ceux que l’on rencontre chez Delacroix, Deveria ou Isabey. Serait-ce que les sujets mêmes, avec la multiplicité des personnages, n’auraient pas prêté à des distributions de lumière un peu vigoureuse, cela nous l’ignorons, toujours est-il qu’on est obligé de constater que toutes ces estampes — comme celles de Charlet, du reste — sont grises, pâlottes et monochromes et que les richesses du crayon lithographique y font complètement défaut ; c’était, parait-il, du reste, un parti-pris chez l’imprimeur Aug. Bry d’avoir en horreur les épreuves un peu montées de ton; Rafïct, nous dit M. Giaeomelli, s’en plaignait quelquefois; mais, par bonté d’âme, il n’osa jamais se séparer de Bry pour recourir à Bertauts.

Notons encore comme rarissime : Les Drapeaux, adjugés 135 francs, vente Mallet, et une seconde épreuve, répétition de la précédente, avec cette différence que : la cravate d'un drapeau de gauche est soulevée par le venl ; adjugée 100 francs.

RALLI SCAMARANGA (Théodore)

Croquis de Charretier. — Assis presque de face, les yeux baissés, les épaules couvertes d’un manteau, il est en sabots, un chapeau mou sur la tète, un bâton entre les jambes. — Planche biffée.

Canal de Saint- Maurice. — C’est le soir, sur le canal bordé d’arbres des deux côtés, une barque à droite au second plan. — Planche biffée.

A noter encore : Plage de Martigues — Rue de Vile à Martigues — Chemin de Colline.

L'artiste, très jeune — il a 28 ans — ne fait guère que des vernis mous ; son tirage dépasse rarement 25 épreuves, l’œuvre est intéressant et à suivre; il existe presque complet chez le comte Gilbert des Voisins, à Paris.

RANFT (Richard)

L’Automne en Marne s les Canotiers. — Canotiers et femmes dans un bateau ; celle qui est à l’avant a les deux bras levés derrière la tète pour consolider son chignon ; à gauche, une de ses amies s’apprête à embarquer. Dans le bas du coin droit : Richard Ranft.

1 Une seule fait exception ; Némésis; les noirs du cheval et des cheveux sont superbes.

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Le Bal paré. — Vêtu de noir, la perruque blonde, coiffé d’un bicorne et portant lunette, un danseur frénétique serre de près une blonde capiteuse outrageusement décolletée qui, de la main droite, soulève prestement des dessous d’une fraîcheur immaculée. A droite, une autre jolie fille lui fait vis-à-vis. Au fond, danseurs et danseuses se trémoussent vigoureusement.

La Nuit de Noël. — Au fond de l’estampe, des maisons et des ponts couverts de neige. Au premier plan, le long du quai, se dirigeant vers la droite, une petite femme aux cheveux jaunes, aux longs gants noirs, nue sous sa cape brun rosé au collet relevé, est accompagnée par un pierrot qui lui fait une déclaration brûlante, que pensive, elle semble écouter avec la plus profonde indifférence. Dans le bas du coin gauche : Richard Ranft.

Cette pièce — un adorable bijou — est, à coup sûr, une des plus délicates de l’œuvre d’un artiste essentiellement habile, primesautier et original. — M. Richard Ranft est Genevois ; né en 1802, il vint se fixer à Paris en 1880, où, en dehors de quelques voyages à l’étranger, il a définitivement élu domicile. Peintre avant tout, ce n’est qu’en 1894 qu’il fit son premier cuivre; il le grava en noir, ainsi que quelques autres fort peu nombreux, mais la couleur l’attirait ; il s’y mit resolûment et, à l’heure actuelle, il a gravé une soixantaine de planches. A part deux ou trois tirées au repérage, l’artiste imprime à la poupée ; il y trouve une harmonie générale, une douceur de couleur et de travail qu’on atteint très rarement par l’autre procédé qui, souvent, donne des duretés et comme une sorte de découpage au patron peu agréable. Il constate que, malheureusement, les bons tireurs à la poupée sont très rares ; pour y remédier, il établit lui-même le bon à tirer sur ses presses ; la recherche de ce bon à tirer donne souvent des états parfois très nombreux, on n’arrive pas de suite du premier coup, certaines planches en nécessitent jusqu’à 15 ou 20 ; par contre, quelquefois la bonne épreuve s’obtient rapidement. Une fois qu’elle est acquise, il la remet à l’éditeur qui fait tirer, mais il porte lui-même le cuivre chez l’imprimeur et assiste au tirage pour éviter les longs tâtonnements à l’ouvrier et l’aider à interpréter son bon à tirer.

Il nous racontait que, par deux fois, il s’était livré lui-même au tirage complet de 50 épreuves, mais il ajouta vivement que jamais il ne recommencerait, car dès qu’il ne voyait plus de difficultés de recherches, l’intérêt pour lui s’évanouissait. 11 lire à très petit nombre, de 30 à 50 épreuves au plus.

Scs estampes sont disséminées un peu partout : chez nous, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, dans des écoles professionnelles ; il y en a au Kensington Muséum et sept au Musée du Luxembourg.

Jamais ce peintre-graveur n’a cherché à se spécialiser; les titres d’estampes «pic nous allons mentionner tout-à-l’hcure le prouveront surabondamment.

« Je trouve tant d’intérêt à la nature et au factice — nous disait-il, dans un langage aussi pittoresque et coloré que ses gravures — qu’une redoute

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masquée me séduit autant qu’un ruisseau paisible en plein champ, et que d’un patinage à Hyde Park je passe très bien à un vieux bateau de halagc des bords de la Marne » ; tout l’artiste est dans cette confession. Jeune et amoureux de ce qui l’entoure, il sait l’éclairer de la magie de sa pointe, de l’originalité de son esprit.

Les Cerises. — Une jeune femme à la chevelure noire et au profil d’une exquise distinction, est debout tournée à droite sous un cerisier, en train d’en cueillir les fruits. Elle est vêtue d’une sorte de blouse en étoile extrêmement légère, serrée à la taille, laissant deviner la peau. Les bras sont nus et la gorge à demi-découverte. Dans le coin inférieur gauche : Richard Ranft.

Encore une estampe fort jolie ; quand elle est bien tirée, elle est d’une douceur de ton infinie.

Le Salut de l'Ecuyère. — Dans la piste d’un cirque, un clown à la face béate vient présenter au public une jolie écuyère qu’il tient par la main suivant le geste traditionnel. La pointe des seins de la jeune femme saillent en dehors du corsage.

Exquise ! !

Toutes les estampes ci-dessus sont en couleurs ; ne pouvant, hélas ! toutes les décrire, contentons-nous de citer encore parmi les meilleures :

L’Anglais aux Folies-Bergères — Le Pas difficile — La Loge — L’Eté — La Neige — Le Brouillard du matin — Le Maréchal-Ferrant — Le Port Breton — Vision d’Espagne — Le Chemin de Halage — La Nuit en Marne — Répétition de Ballet (2 planches) — Les Masques — Les Baigneuses, etc., etc.

RASSENFOSSE (Armand)

Elève de Félicien Rops, dont il rappelle quelquefois la manière, c’est le dessinateur impeccable des Fleurs du Mal, de Charles Beaudelaire, qu’il a illustrées en 1899 pour Les Cent Bibliophiles.

Nous avons eu la bonne fortune de voir son œuvre au complet chez son ami le comte Gilbert des Voisins qui, avec une bonne grâce dont nous ne saurions trop le remercier ici, s’est fait un plaisir de nous en faire les honneurs. Dans cette visite, trop courte hélas ! — car à Paris le temps vous éperonne et c’est un pas de course perpétuel — nous avons noté comme particulièrement intéressantes :

Salomé dansant. — De trois quarts à gauche et regardant de face, l’air attristé, elle danse nue sous une tunique transparente qui,

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s’ouvrant encore, permet d’admirer l’impeccabilité de ses formes ; les bras et les jambes sont cerclés de bracelets, les cheveux flottent sur les épaules et chaque main tient une rose.

Délicate petite pointe sèche en couleurs d’un irréprochable dessin.

Blonde. — Assise et nue de trois quarts à gauche et regardant de face, elle élève dans un mouvement gracieux ses bras au-dessus de sa tête, tordant sa luxuriante chevelure.

Pièce en hauteur et étroite d’un admirable modelé. Pointe sèche et roulette.

Le Nouveau Modèle. — Une jeune femme au torse nu et coiffée d’une toque de profil à gauche, s’agenouille sur une chaise, la jupe retenue à la ceinture n’est pas encore tombée.

Vernis mou.

Sortie de Bal. — Une jeune femme à l’air assez provoquant vue de dos et s’éloignant. Elle se retourne, retroussant ses jupes jusqu’à la jarretière.

Joli vernis mou en noir et en couleurs; le premier est de beaucoup supérieur, mais il le faut avoir avec les 7 croquis dans la marge à droite et à gauche.

A noter encore : La petite Sorcière — La Tricoteuse — La belle Hollandaise — Portrait de Pops — Etudes brutales, trois femmes nues, pointe sèche. — L’artiste a un certain faible pour le vernis mou et l’aquatinte, nous le préférons dans ses pointes sèches où nous trouvons son métier plus indépendant et plus coloré ; il a sa place marquée dans tous les beaux portefeuilles.

RENOUARD (Paul)

L’artiste que, dans son langage pittoresque, Béraldi a surnommé le Juif- Errant de l'illustration, car on se l’arrache de Monaco à Londres, de Dublin à New-York, pour croquer avec la maestria et l’esprit qu’on lui sait les événements du jour, s’est beaucoup occupé de théâtre ; il a gravé deux albums qui ont fait sa réputation et qu’il faut avoir : A l'Opéra ', 30 eaux-fortes tirées à 250 exemplaires, chaque épreuve signée de l’artiste après le tirage, et La Danse, collection de 20 estampes transposées en harmonie de couleur

1 Public chez Rouam eu 1881.

publiée chez Ch. Tallandier. N’omettons pas encore de signaler une grande et superbe pointe sèche intitulée : Saint-James’s Park et les trois belles eaux-fortes tout à fait remarquables exposées au dernier Salon de la Société Nationale et devant lesquelles on faisait cercle : Gestes de M. Deschanel. A l’Opéra : Sarabande des Barbares et Un pas d’Examcn, puis les pièces plus anciennes : L'Escalier de la Danse — Après la Leçon — Danseuse au Piano — Le Comparse.

RIVIÈRE (Henri)

La Marche à l'Etoile. — En lisière de bois éclairée par la lune, une vieille femme courbée sous le poids du fagot qu’elle a sur les épaules, se dirige vers la gauche en s’appuyant sur son bâton. Dans le coin droit inférieur : Henri Rivière.

L'Enterrement. — Tout en haut de l’estampe à gauche, un cercueil s’éloigne suivi d’une longue théorie de parents et d’amis dont les parapluies sont ouverts, car il pleut à plein temps. Dans le bas du coin droit : Henri Rivière.

Ces eaux-fortes, retouchées à la pointe sèche et imprimées avec des encres un peu couleur vert de gris du plus joli effet, sont extrêmement pittoresques, elles remontent déjà à une douzaine d’années et sont difficiles à rencontrer.

L’artiste, qui a un talent très original, est de fort grande réputation, chez nous il s’est créé une place absolument à part parmi les meilleurs Maîtres de notre époque, et nous sommes heureux de constater ici que chaque jour accroît sa renommée. C’est en 1890, à la suite de son exposition aux Peintres- Graveurs français chez Durand-Ruel que nous eûmes le plaisir de faire sa connaissance, ses œuvres avaient fait sensation par leur saveur nouvelle et nous tînmes à le complimenter chaudement et profiter de l’occasion pour nous rendre acquéreur de celles qui nous avaient le plus séduit.

L’année suivante, à la même société, il exposait trois lithographies en couleurs qui sont trois chefs-d'œuvre nous avons nommé : Le Pont des Saints-Pères — La Place de la Concorde et Le Bas-Meudon, introuvables aujourd’hui. Signalons encore comme pièce capitale son bois en couleurs Pardon de Sainte-Anne La Palude, exposé à la Société Nationale au Salon de 1894, puis encore : Départ de bateaux ét Treboul — Un Enterrement à Trestaou — Baie de la Fresnaye [Saint -Vast] — Embouchure du Trieux [LoguivyJ.

Ces dernières années il a publié chez Eugène Verneau, 8, rue de la Folie- Méricourt, trois suites de lithographies en couleurs, estampes surtout créées au point de vue décoratif et qui sont éminemment suggestives : Les Aspects de la Nature, douze compositions — Paysages Parisiens, huit compositions — La Féerie des Heures, seize compositions. Bien que ces pièces ne soient pas tout à fait du domaine du portefeuille et de la collection nous avons cru devoir les signaler. — L’artiste a obtenu la médaille d’or à l’Exposition de 1909.

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ROBBE (Manuel)

L’Enterrement. — Six personnages entourent un cercueil recouvert d’un drap mortuaire noir et blanc ; ils se dirigent vers la droite.

Pièce en noir fort remarquable, mais les très bonnes épreuves sont rares. Celle qui figurait à l’Exposition de 1900 était exceptionnellement belle.

Le Divan. — Deux femmes en chemise ; celle qui est sur le divan a conservé ses bas et ses souliers ; l’autre qui est assise près d’elle à droite sur le parquet a encore son pantalon ; la façon dont elle regarde son amie ne laisse planer aucun doute sur ses intentions !

Tirée à 7 épreuves. — Planche en couleurs détruite.

Intérieur d’Artistes. — A gauche, une femme tète nue vue de dos, est assise à un piano où elle déchiffre, pendant qu’une de ses amies qui arrive, coiffée d’un large chapeau et le cou entouré d’une mousseline blanche, s’occupe à chercher un morceau sur le casier à musique.

Pièce en couleurs d’un effet délicieux dans les beaux tirages.

La Critique. — Jeune femme debout de profil à droite, chapeau avec plume aigrette, un gros nœud de mousseline blanche autour du cou, le bras pendant le long du corps, est censée regarder le tableau qui est devant elle, mais dont on ne distingue qu’une silhouette indécise ; à ses pieds, une boîte à couleurs, une palette et des pinceaux.

La Belle Estampe. — Dans un atelier, au pied d’un chevalet sur lequel est placée une esquisse, deux jeunes femmes en train de regarder des gravures dans un portefeuille ; elles sont toutes deux vues de dos, celle de gauche est accroupie, celle de droite est debout et légèrement penchée en avant.

La Femme au long manteau. — Dans la campagne, près d’un arbre confusément indiqué et qui est derrière elle, une jeune femme fort jolie est debout, le corps complètement de profil à gauche, elle regarde de face el est coiffée d’un chapeau plat, elle porte un long

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vêtement qu’elle relève légèrement de sa main droite dégantée; elle semble se diriger vers la gauche. A son cou, un nœud de mousseline de soie blanche.

Cette pointe sèche est en noir, il en existe cependant quelques épreuves, croyons-nous, tirées en couleurs où les cheveux sont blonds; celte planche a etc éditée chez Pierrefort, et les deux précédentes chez Ed. Sagot; en belles épreuves, bien venues, nous les considérons comme étant peut-être les trois plus charmantes pièces de l’œuvre.

Le Marché aux Fleurs. — Au second plan, une gentille jeune femme porte la main droite à son chapeau, elle vient d’acheter à deux femmes du peuple qui vendent des fleurs sur une petite charrette, un bouquet qu’elle tient dans sa main gauche.

Les pièces que nous venons de décrire sont toutes en couleurs. Signalons encore les suivantes qui sont fort intéressantes : L'Amateur d’ Estampes — Fille de Brasserie, très rare, tirée à 10 exemplaires — Les Ravaudeuses — La Fumeuse — La Coquette — L'Eté — La Balançoire — Le Thé. Nous nous permettons d’attirer d’une façon toute spéciale l’attention sur le tirage qui joue un rôle très important dans la pièce en couleurs, il existe des différences énormes d’une épreuve à l’autre; à l’amateur de bien comparer entre eux les exemplaires avant d’en faire l’acquisition.

The Studio de décembre 1902, sous la signature de Gabriel Mourey, a consacré un article à ce très séduisant artiste.

RODIN (Auguste)'

Portrait de Victor Hugo (Béraldi 1). — La tète seule de trois quarts à droite. Dans le coin droit inférieur, il existe un croquis de trois quarts à droite également, et à toucher ce croquis à gauche, une autre tète à l’envers à peine indiquée au simple trait. Au bas des zébrures de la pointe à gauche, et à toucher le col, les initiales A. R. 5 — 1er état.

C’est en 1er état, avec ces croquetons, qu’il le faut avoir et en fleur de cuivre avec ses barbes ; c’est alors la plus admirable pointe sèche qui se puisse rêver, et nous le disons très net, il n’existe pas au monde un autre portrait,

* Lire les articles consacrés aux pointes sèches du Maître par Roger Marx, dans I.a Gazette des Beaux-Arts de mars 1902, et par Walter Shaw Sparrow dans le Studio du même mois 1903.

* Dans les épreuves de tirage, c’est-à-dire avec la lettre, ces initiales ont disparu et on lit très légèrement gravé et presque effacé ; A. Rodin, ri rebours, tout a fait au bas des hachures et à la hauteur de la poitrine,

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fut-il de Rembrandt lui-même, qui lui puisse être comparé. Le nez, le front, l’œil droit surtout, avec sa profondeur et sa vie, sont d’un incomparable modelé. L’arliste qui signe une pareille chose est un génie. Le nombre des exemplaires en est fort limité, un des plus beaux existants est chez notre ami Frantz Jourdain qui le tient de Rodin lui-même. Nous en connaissons six autres, l’un chez M. Henri Béraldi qui l’acquit à la vente de Goncourt pour 210 francs, l’autre chez M. Alfred Beurdelcy qui le paya 430 à celle de G. Pochet en mars 1902, les quatre derniers chez MM. Alexis Rouart, comte Matheus, Roger Marx et Hessèle.

Ce portrait fut publié, croyons- nous, dans un des numéros de L’Artiste en 1885, avec la lettre.

Portrait de Victor Hugo (2). — Le masque est de face, la tête très légèrement inclinée à droite, et dans le coin droit inférieur il y a un croqueton du modèle de trois quarts à gauche ; pas d’initiales. — 1er état.

Quoique fort beau, est peut-être inférieur au précédent, il a été publié sans le croqueton dans la Gazette des Beaux-Arts de mars 1889. Il fut gravé comme le précédent en 1885.

Les planches de ces deux portraits de Victor Hugo sont usées — les barbes ayant disparu — les épreuves sans croquis qui en proviennent maintenant sont sans valeur; dernièrement, cependant, on a voulu leur refaire une virginité en y gravant, en manière de remarque dans le coin gauche inférieur, un petit Amour, c’est dommage !

Portrait de Henry Becque (4). — Trois masques sur le même plan : celui de gauche est de profil à droite, celui du milieu presque de face, et celui de droite, de trois quarts à gauche. Derrière le masque de droite, les initiales de l’artiste : A. R.

Plus brutale et plus nerveuse que les portraits d’Hugo, cette pointe sèche gravée en 1887, n’en est pas moins une merveilleuse estampe où l’on sent comme le coup de pouce du statuaire modelant la glaise et faisant naître le souffle et la vie sous ses doigts. Nous possédons une des toutes premières épreuves, celle que Rodin dédia à Champlleury, elle est admirable. L’Estampe originale, dans sa livraison de avril-juin 1893, a publié ce portrait, mais hélas ! avec le cuivre tellement éreinté et usé qu’il eut été bien préférable de s’abstenir de le faire. Voilà ce qui nous fait répéter qu’on ne doit juger une œuvre gravée que sur les belles épreuves.

Printemps. — Une femme nue, debout et de face, est assaillie par des Amours qui volettent autour de sa tête, elle s’efforce de les écarter de la main gauche.

Cette pointe sèche du Maître, que vient de publier la Gazette des Beaux- Arts dans son numéro de mars 1902, fut gravée en 1888.

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On en a fait les tirages suivants :

5ü exemplaires sur parchemin, signés, 100 francs.

50 — sur chine, 50 francs.

50 — sur japon, 50 francs.

Mentionnons encore du Maître: Antonin Proust, 1888; Bellone, 1885; La Ronde, 1884, et La Sphère, 1885, qui sont les huit seules pointes sèches exécutées par l’artiste. Ajoutons que les cuivres n’ont pas été détruits et qu’ils sont actuellement encore en la possession de leur auteur.

ROPS (Félicien)

L’artiste est né à Namur en 1833 et est mort le 23 août 1898 à sa propriété de la Demi-Lune, à Essonnes, en Seine-et-Oise. Rops est à coup sûr la physionomie la plus curieuse de ce siècle, il y occupe une place absolument à part, en raison même de la nature de son œuvre. Nous avouons ne pas nous sentir de force à mettre en relief comme elle le mérite celte figure à la fois si puissante et si originale, aussi nous contenterons-nous tout simplement de renvoyer nos lecteurs au numéro sensationnel de La Plume' où des sommités littéraires qui se nomment Huysmans, Peladan, Champsaur, Mirbeau, Camille Lemonnier... se sont donné rendez-vous pour venir à tour de rôle, dans un style plein de magie et de charme, analyser l’homme et son œuvre.

Quant à nous, nous nous bornerons à constater que la dominante de l’œuvre est érotique et que pour une pièce chaste que l’auteur a exécutée il en a signé vingt qui ne l’étaient pas.

Nous sommes loin d’être bégueule et pudibond, tant s’en faut, et si nous risquons volontiers un œil devant un jupon qui se retrousse ou un corsage qui se dégrafe, nous nous cabrons, violent et emporté, quand on nous met en présence de pièces telles que : Sainte Thérèse, L’Ange Gabriel, Sainte Madeleine, Amour de Prêtre, et surtout God of the Molher Superior qui n’a même pas pour elle le mérite de l’esprit — et Dieu sait pourtant si Rops en manquait ! — Nous demeurons vraiment stupéfait en songeant qu’un artiste de cette trempe soit descendu à si basse besogne et se soit vautré dans ces souillures; faites dire à l’Amour, qui dès lors perd ce nom pour devenir sadisme, hystérie, rut, fornication, inceste, turpitude, priapisme ou bestialité, tout ce que vous voudrez, si tel est votre mauvais plaisir, mais les faire endosser à la Divinité, halte-là! c’est l’Arche sainte, on ne touche pas. Les siècles ont passé, et nous en sommes encore à connaître le nom d’un artiste qui ait osé salir de sa bave visqueuse et impudique ce que l’humanité croyante vénère à genoux, Dieu et la Sœur de charité, ces deux étoiles, les plus pures et les plus scintillantes de son ciel.

' La Plume, N“ 172, 15 juin 1896. — Voir aussi le N° 271 du 12 novembre 1898 de la Revue Encyclopédique Larousse.

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Et maintenant que nous avons balayé ees immondices, passons à l’œuvre si magistral, si étrange, si pétri d’esprit et parfois si troublant, en donnant au hasard, sans suivre l’ordre des catalogues, les morceaux les plus marquants et les plus rares, avouant par avance notre impuissance à décrire certaines pièces dont le mystérieux concept échappe à notre analyse et commençons par la série des Sataniques , une des choses les plus absolument extraordinaires que le génie humain ait enfantées :

Satan semant l’ivraie (R. page 174 ‘). — Chaussé de sabots et coiffé d’un chapeau breton, Satan aux jambes décharnées se dirige vers la droite, marchant à grands pas et jetant à travers l’espace, à pleine main, des embryons de femmes nues. Il passe en ricanant au-dessus de Paris, posant son pied droit sur les tours de Notre-Dame. A droite, la lune émerge des nuages.

L’Enlèvement (p. 175). — Satan enlève dans les airs une femme qu’il a empalée avec le balai du sabat, elle est nue et pantelante sur son dos puissant.

L’Idole (p. 175). — Sur le péristyle d’un temple en rotonde, une femme nue grimpe à pleins bras le long de la statue de Satan auquel elle se donne. En bas à droite, un éléphant est couché. A droite et à gauche, fermant l’hémicycle, deux immenses phallus allumés.

Le Sacrifice (p. 176). — Nue et couchée à la renverse sur la pierre du sacrifice, elle est violée par un être fantastique qui la brise et l’anéantit, demi-pamée d’horreur et de volupté.

Le Calvaire (p. 176). — Debout, de face et nue, la femme étend ses bras, et dans un spasme d’angoissante volupté, étranglée par l’enroulement de ses propres cheveux, elle vient appuyer sa tête sur les parties raidies de Satan crucifié. Autour d’eux, une rangée de cierges allumés.

1 M. Hamii'O a décrit l’œuvre gravé de Rops dans trois catalogues. Voici l’ordre de leur apparition : Le premier (1887), 502 eaux-fortes ; le second (1891), 184 lithographies ; le supplément (1895). 175 eaux-fortes. L’artiste ayant continué à graver après ces époques, on peut sans hésiter, considérer que son œuvre global est d’environ un millier de pièces. — Le premier catalogue ne donnant pas aux estampes qu’il contient des numéros déclassement, nous indiquons simplement la page où elles sont décrites quand nous les mentionnons ; pour les autres nous indiquons le numéro.

Ces catalogues sont des modèles du genre, ils pourraient presque être mis dans les mains de la plus pudique jeune tille du faubourg Saint-Germain, tant l’auteur à su mettre de discrétion, d’esprit et de tact en décrivant dans un style d’une irréprochable chasteté, les estampes de l’érotisme le plus échevelé et quelquefois le plus révoltant.

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Ces cinq pièces sont des vernis mous. On y joint souvent : Le Sphinx (p. 129), Satan créant les Monstres (p. 173) et Les Monstres' (p. 173). On ne sait pourquoi, dit Ramiro dans son catalogue, l’artiste les a éliminées, elles en sont la préface logique et nécessaire.

L’Experte en dentelles (p. 40). — Près de sa croisée, assise de profil à gauche, coiffée du coquet bonnet des Frisonnes, la dentellière, jeune encore, tient sa loupe dans la main droite ; sur ses genoux, un entre-deux de dentelle. En bas à droite : F. Roj>s 76.

Pointe sèche et vernis mou ; le catalogue décrit seulement le 1er état avec la figure de l’experte jeune. Les belles épreuves en sont fort rares et chères. La planche rapidement fatiguée, a été reprise et, de jeune, le modèle est devenu vieux. C’est en ce dernier état qu’il a été adjugé G9 francs, vente Tricou, et 80, vente Pochet.

La Dame au Carcel (p. 71). — En chemise et demi-nue, vue de face à mi-corps, gantée de noir, une rose dans les cheveux, les bras levés au-dessus de la tête — l’œil est merveilleux — dans un mouvement d’arrangement de chignon; elle a tout le liane gauche violemment éclairé par la carcel qui est à droite.

Superbe vernis mou qu’il faut avoir en L* état avec les trois croquis, c’està-dire avant la coupure du cuivre ; dans ces conditions, vente Pochet, 180 francs ; même vente, 2e état, en deux tons, avec une note manuscrite de Rops sur la marge, 150.

La dernière Maja (p. 104). — Elle est assise devant une table d’auberge sur un banc, vue de dos, les épaules nues, elle joue de la guitare, la jupe retroussée laisse entrevoir le mollet gauche et le pied droit.

Eau-forte et pointe sèche, dont il existe un 8e état non décrit. Vente Pochet, 6e état, signée en marge un croquis à la plume de Rops, accompagné du mot Mercedes, 96 francs. Le dessin original, au crayon noir, superbe, chez M. Ch. Delafosse.

Ma Grand’ Tante (p. 135). — Assise de côté, légèrement à droite, l’épaulette glissée de la chemise laisse voir l’épaule gauche et la gorge, les mains sont allongées sur les genoux, elle est coilïée d’un bonnet orné d’un large ruban de velours noir et regarde de face. Dans le bas : A Grand' Tante, son petit neveu F. R.

Pointe sèche et vernis mou, 2e état, vente Pochet, 26 francs.

1 Le dessin original merveilleux est chez M. Ch. Delafosse.

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Planches d’études.

Tous ces griffonnis, essais, esquisses, sont d’une extrême rareté; notons surtout celles-ci, d’un intérêt tout spécial : L’Avocat (p. 160), vente Pochet, signée, 15 francs ; Olla podrida (p. 162), vente Pochet, deux épreuves sur japon, 2* et 3^' états, 40.

Planches d’ensemble \

Ici pas de choix à faire pour ainsi dire, tout est à signaler comme états des pièces, rareté et valeur :

La Femme ci la tête de mort (p. 411) — L'Oracle du Hameau (p. 79), vente Pochet, 136 francs — L'Histoire de la sainte Chandelle (p. 412) — Le Cochon nimbé (p. 413) — Mon Grand-Oncle (p. 97) — Jean Vandijrendouck (p. 92) — Clos du Roy (p. 63) ; il existe un état non décrit et antérieur à celui signalé par Ramiro, dans lequel la planche n’est pas encore divisée par les traits horizontaux et où les figures de la case inférieure n'existent pas — Question d'Orient (p. 416) — La Vieille à l’Aiguille (p. 83) — La Grève (p. 417), etc., etc.

ün peut encore faire figurer aux planches d’ensemble :

Séparés (p. 119) — La petite Bretonne (p. 120) — Le Droit au Travail (p. 165) — Le Droit à l'Assistance (p. 166) — La Chute d’un Ange (p. 205) — Tout bonheur que la main n’atteint pas... (suppl. 597). C’est le 2e état de Chute d’un Ange.

L’Homme à la Pipe (R. 503).

Deux épreuves connues : une dans la collection de M. Ch. Delafosse; l’autre adjugée, à la vente Pochet, 100 francs à M. Le Barbier de Tinant ; elle provenait de chez M. Bonvoisin (dit Mars), qui, il y a quelques années, céda en bloc, de gré à gré, sa collection à Gustave Pellet ; il possédait des épreuves de qualité exceptionnelle.

La Femme au Miroir (R 539).

D’une extrême rareté ; une épreuve unique du 2e état, portant au verso l’inscription suivante : Tirée à Namur par F. Rops, rue Neuve, le F1’ Xlire 1865, 7h21 soir Pr Ernest Pearson, adjugée 72 francs, vente Pochet. Ces deux dernières pièces ne sont pas d’un très grand intérêt.

L’Incantation (R 540). — Au milieu d’un merveilleux laboratoire du moyen-âge, un vieux docteur est assis dans un fauteuil de profil à droite, il est coiffé d’une calotte et ses deux mains reposent sur le grand in-folio qui est devant lui et sur lequel on lit : Compendium maleficorum. . . , in-folio reposant sur une grande glace brisée d’où

1 Toutes ces planches sont en général rarissimes.

s’échappe une femme belle de jeunesse et de nudité, coiffée d’une cornette dont elle soulève le voile de la main droite. Le savant est entouré de précieux objets d’art, de fioles et de cornues ; le jour vient par un vitrail qui est à gauche. Tout à fait dans le coin inférieur de ce même côté, un chat joue avec une tète de mort, près de laquelle et sur la couverture d’un livre entrouvert, on lit : Félicien Rops.

La belle ordonnance de cette pièce, désignée quelquefois aussi sous le nom de Evocation, en fait à coup sûr une des plus belles pièces de l’œuvre. La plupart des épreuves sont malheureusement tirées très noires ; il faut les rejeter, pour ne recueillir que celles d’un noir bistré, infiniment supérieures ; cette estampe au vernis mou est un agrandissement de celle qui servait d’illustration à Son Altesse la Femme d’Uzanne ; elle fut adjugée 86 francs à la vente Holtzer ; 56 à celle de Tricou et vient d’atteindre 230 à celle de Mallet, sur japon, signée.

Cendrillon (R 577) — Satisfaction 1 (R 578) — Porteuse de Poissons (R 579).

Ces trois pièces sont surtout remarquables comme spécimens d’eauxfortes, où la figure principale est entourée de nombreux croquis ; adjugées à la vente Pochet 95, 48 et 110 francs.

Le Vol et la Prostitution dominant le Monde (p. 122). — Sur une calotte de sphère symbolisant le monde, une fille aux pieds de chèvre, au masque singulièrement bas et canaille, est debout demi-nue de trois quarts à gauche, elle regarde à droite, elle porte une main à son chignon ; derrière elle, un voleur quelconque au chapeau cabossé haut de forme, aux pieds de bouc, essaie de lui arracher son dernier voile.

Superbe eau-forte, adjugée, sur japon et signée, vente Pochet, 42 francs ; à la vente Tricou précédemment elle avait fait 28.

Plénipotentiaire (R 557). — Assise en chemise, de profil à droite, les épaules nues, une fille coiffée d’un chapeau posé en arrière sur des cheveux en broussailles, tient un éventail dans la main gauche et écoute une vieille qui, à droite devant elle, souligne d’un

1 Nous en connaissons un autre étal non décrit en dehors des 8 signalés, le voici : au-dessus du Yankee, griffonnage; au-dessous de la petite femme nue, une tête de femme coiffée d’un bonnet avec les épaules à peine esquissées et l'inscription chaleur ; enfin, dans la marge inférieure, une série de têtes esquissées. Un exemplaire de cet étal fut adjugé 30 francs vente Tricou.

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geste de la main les propositions qu’elle lui formule et qui semblent loin d’être honnêtes. En bas à gauche : F. R. 89.

Cette pointe sèche fut adjugée, vente Tricou, 27 francs, 1er état, avant la signature, et 16 à la vente Pochet.

Bourgeoisie (p. 149). — Une femme mûre — c’est le fruit de l’extrême été — en buste de trois quarts à droite, les seins luxuriants hors du corsage, regarde devant elle, orgueilleuse de sa beauté. Au bas de la planche : Bourgeoisie.

Pointe sèche, adjugée vente Pochet, 64 francs ; c’est l’exemplaire signalé par Ramiro dans son catalogue, avec les vers de Paul Arène ; à la vente précédente Tricou, une épreuve portant le mot Bourgeoise, manuscrit, avait fait 46 francs.

Satyriasis (p. 191). — Renversée sur le dos, une femme complètement nue est violée par un satyre monstrueux.

Pointe sèche merveilleuse de fougue et de dessin, très rare.

Les Adieux d’Âuteuil (p. 18). — Près d’un piédestal dans le bois de Boulogne, deux femmes s’embrassent sur la bouche avant de se séparer ; la plus jeune, une fillette, est nu-tête. On aperçoit une voiture qui attend à gauche. Dans le coin inférieur : Félicien Rops, Auteuil 1869.

Eau-forte et aquatinte, donnée en prime par le journal Les Beaux-Arts, publié à Saint-Nicolas, dans les Flandres ; vente Pochet, 17 francs, sur papier japon, signée ; c’est rarissime ; une épreuve de 1er état, retouchée à la mine de plomb, avait fait 12 francs à la vente Tricou.

L’Oracle du Hameau (p. 79). — Un vieux paysan en casquette, assis sur un escabeau de trois quarts à droite et regardant devant lui, souligne du geste l’histoire qu’il raconte ; sa main gauche est appuyée sur son genou. Sur le même cuivre, mais en retournant la planche : La Paysanne du Bourbonnais (p. 87). — Femme assise sur une chaise de profil à droite, les mains croisées sur les genoux, dans une attitude de rêverie, le corps légèrement penché en avant ; derrière elle, tracées à la pointe les lettres : E. pr. I. T.

Introuvables, réunies sur la même planche ; à la vente Pochet, un 1er état, signé, sur japon, dans ces conditions adjugé 136 francs ; c’est le seul qui ail été vu depuis plus de vingt ans en vente publique; même vente, même état, avec une lettre de Rops en marge, 46, et un 2e état, après la coupure du cuivre, 19, signé. — M. Ch. Delafosse possède un merveilleux exemplaire de 1er état.

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Ma Fille Monsieur Cabanel ! (p. 189). — Souriante, une

vieille femme debout à gauche — orgueilleuse de sa maternité ! — est censée présenter au Maître invisible, sa fille complètement nue. Celle-ci, plate comme une latte, n’a conservé que son chapeau, ses bas, ses bottines et son gant de la main gauche ; elle baisse timidement les yeux, rougissante sous ce costume de présentation qu’elle est encore peu habituée à porter.

Une des eaux-fortes la plus adorablement spirituelle de l’artiste.

A noter encore parmi les pièces les plus remarquables ou les plus rares :

En prenant le Thé ‘ (p. 32), vente Pochet, 135 francs, 2e état, avec note de Rops et Poulet Malassis — La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a (p. 196) — Le quatrième Verre de Cognac, simple et naïve photogravure 1 2, et sur laquelle, bien que ce soit du procédé, il est absolument permis de s’extasier ; le dessin original est chez M. Rodrigues — Peuple (R 550), pointe sèche, vente Pochet, 40 — L’Amour dominant le Monde (non cataloguée), deux pièces avec remarque, dont une en couleurs, vente Pochet, 75 — Nubilité (p. 201), vernis mou, une des plus jolies de l’œuvre — Modernité (p. 143), pointe sèche, vente Pochet, 4e état3, avec le monogramme et la date, mais avant la lettre, 40 — La Vieille à l’Aiguille (p. 83), vente Pochet, 166 — La Cantinière des Pilotes (R 572), photogravure et vernis mou, vente Pochet, 50 — Juillet * (p. 131) — La Femme au Corset noir (p. 178), toute petite pièce en aquatinte — Pigeon vole (p. 11), avant la planche coupée, rarissime — La Stoekin (p. 15) — Nephten (p. 17), le 2e état — La Vieille Masken (p. 90), 1er état introuvable — Impudence (p. 187) — Le Major est si difficile (p. 194) — La Femme au Cochon, etc., etc.

N’oublions pas les belles lithographies suivantes : L’Ordre règne à Varsovie (R 173), vente Pochet, 111 — La Médaille de Waterloo (R 172), Pochet, deux épreuves, 58 — Chez les Trappistes (R 178), rare, Pochet, 100 — Les Diables froids, d’une insigne rareté et non cataloguée par Ramiro, un exemplaire a été possédé par M. Pochet, nous ne l’avons pas retrouvé à sa vente, c’est, avec la très célèbre pièce : Un Enterrement au Pays Wallon * (R 111), une des plus intéressantes lithographies de Rops.

1 11 existe un état intermédiaire non décrit entre le 1“ et le 2', c’est-à-dire avant aucune ombre sur le flacon d’acide, la nappe et la théière.

2 Cette pièce, neuf fois sur dix, passe dans les ventes pour un vernis mou ; elle a été tirée par Ducourtiaux et Huillard, 57, rue de Seine ; comme reproduction, c’est tout bonnement admirable.

3 II existe un 3' état bis non décrit où le mot Académie est inscrit sur la banderole au lieu de Modernité.

♦ L’aquarelle originale est chez M. Alphonse Lotz-Brissonneau de Nantes.

3 Devant une tombe que le fossoyeur à droite est en train de recouvrir de terre, le veuf et son petit garçon vus de dos écoutent les dernières prières que murmurent le curé du village accompagné de ses deux vicaires ; une vieille femme près du porte-croix, la grand’mère sans doute, semble atterrée; à gauche, vu de profil, un enfant de chœur asperge de son goupillon un chien qui le regarde. Une haie vide occupe le dernier plan, rompant la ligne d’horizon ; tout à fait à gauche, deux hommes et une femme causent entre eux. Scène de quatorze personnages. — Vaut de 400 à 600 francs.

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Voici des renseignements très incomplets et souvent fort confus sur un œuvre que nous n’avons fait qu’effleurer et qui, de par son essence et la complication de ses planches, demanderait une étude approfondie, que ne comporte malheureusement pas le programme relativement très restreint que nous nous sommes tracé pour chaque artiste, nous espérons cependant avoir planté quelques jalons qui pourront servir à guider les collectionneurs.

La collection la plus belle existant actuellement et sans rivale des œuvres gravées de Rops est celle de M. Ch. Delafosse x, il nous en a fait les honneurs avec la plus exquise bonne grâce, et nous tenons de son amabilité et de son érudition la plupart des documents que nous avons consignés ici, nous avions à cœur de l’en remercier publiquement, en l’assurant de notre profonde gratitude.

En mars 1886, à la vente J. Noilly, un album composé de 153 eaux-fortes fut adjugé 2280 francs1 * 3; les 122 premières avaient été réunies par Poulet Malassis, c’étaient de toutes premières épreuves de 1863 à 1869, le reste avait été recueilli par le vendeur. C’est à cette vente que Y Album des cent croquis, aquarelles, plume, fusain ou crayon, monta jusqu’à 15000 francs, il fut retiré par le vendeur. — Voir: H. Béraldi, tome XI, Paris, 1891; Certains, de Huysmans, page 77, Paris, Tresse et Stock, 1889.

ROUX- CHAMPION (Victor-Joseph)

Le Pont Marie. — A droite du pont, les quais, des gabares amarrées, des maisons et des arbres ; sur la cale, des travailleurs, des tas de sable; tout est dans l’ombre, sauf la cale où est le sable, qui est légèrement éclairée.

Pièce en couleurs tirée à 25 épreuves; c’est la première gravée par l’artiste.

Après le Marché à Quimperlé. — Sur la place, dont les maisons ont leurs façades très vivement éclairées, des paysans causent; à droite, deux charrettes. Au fond de l’estampe, l’église émerge haute et détachée.

Estampe traitée avec beaucoup de liberté et de transparence ; les belles épreuves bien tirées ont la valeur d’aquarelles originales. L’artiste, qu’il faut suivre, est de la pléiade des jeunes, ses débuts remontent à 1899, il est né à Chaumont (Haute-Marne). Il a encore gravé comme pièces marquantes : Le Pardon — Bretonnes à Saint-Guénolê.

1 A l’exception toutefois des lithographies qu’il n’a pas recueillies. — Celle de M. Pocliet qu’on

vient de vendre était la plus riche collection en Ilops, Legrand et artistes contemporains, qui ait encore passé sous le marteau des commissaires-priseurs; c’était une réunion superbe et de qualité vraiment hors pair.

3 A M. Emile Paul, l’expert bien connu.

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ROY (Marcel-Pierre)

Parmi les jolies eaux-fortes en couleurs de cet artiste nous signalerons les suivantes : Moulin Bruges — Quai du Rosaire — Quai des Bateliers — Bue Mole qui, toutes, figuraient à l’Exposition universelle de 1900; la dernière mentionnée est surtout extrêmement pittoresque. Le tirage est limité généralement à 15 ou 20 épreuves, c’est dire qu’elles seront promptement épuisées.

SCHIESTI (Mathœus)

Remarqué au Salon de 1902, à la Société Nationale des Beaux-Arts, les lithographies en couleurs suivantes qui, quoique un peu lourdes, ne manquent pas d’un certain caractère et méritent d’attirer très sérieusement l’attention. — L’artiste est Bavarois.

Ulrich von Liechtenstein — Le Moine — Saint-Christoff.

SCHULLER (J.- Charles)

Remarqué encore au Salon de la Société Nationale de 1901 une jolie eau-forte en couleurs, La Basse-Cour, de l’artiste qui est Alsacien; c’est la seule estampe que nous ayons vue de ce Maître dont les débuts permettent de supposer que les œuvres seront, croyons-nous, rapidement classées.

SOMM (Henri)

Artiste plein d’esprit et de talent, a fait une série de calendriers extrêmement jolis, le premier, celui de 1878, est devenu fort rare, les autres sont datés des années 1879, 1881, 1882, 1890, 1891. Il y a aussi tous ses menus, programmes et invitations qui doivent être collectionnés, car parmi ces petits riens fugitifs, il existe de véritables merveilles; le tout est exclusivement traité à la pointe sèche. Ajoutons qu’actuellement l’artiste a abandonné la gravure pour s’adonner complètement au dessin d’illustrations.

SPENCE (Robert)

Notons de cet habile artiste qui est Anglais, Un Pardon en Bretagne, petite pointe sèche d’une extrême finesse qui figura au Salon de la Société Nationale en 1898.

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SPRINKMANN (Th.)

L’artiste est, croyons-nous, de Hambourg ou de Munich; il a un métier tout à fait particulier; ses eaux-fortes sont vigoureusement g rainées et ont presque des aspects de vernis mou ; le graveur procède par paquets noirs profonds et chargés qu’il sait merveilleusement éclairer, nous n’en voulons pour exemple que ces deux intéressantes estampes : Saint-Gervais et Saint- Etienne-du-Mont.

STEINLEN (Théophile)

Dans la Neige et le Vent. — Dans une rue déserte, un homme, les deux mains dans les poches, s’avance d’un pas hâtif, le vent souffle et la neige qui tombe l’a couvert de ses blancs flocons.

50 épreuves.

Les Amoureux. — Ils sont tous deux assis sur un banc, l’un près de l’autre — c’est la nuit — l’homme qui est à droite enlace de ses bras la femme qu’il embrasse. Un bec de gaz éclaire leurs visages.

Vernis mou tiré à 40 épreuves.

La Rentrée du Travail. — C’est le soir, hommes et femmes longent les maisons qui occupent le fond de l’estampe ; au second plan, un tombereau attelé de deux chevaux se dirige vers la gauche ; celui qui est au timon est blanc. Un chien court sur le premier plan.

Le Conciliabule. — A un coin de rue, deux pierreuses avec leurs marlous causent entre eux, d’un coup à faire sans doute ; la figure des gueuses est éclairée.

Chanteurs des Rues. — Dans un carrefour, le soir, violemment éclairés, chanteur, violoniste et guitariste sont entourés de badauds qui les écoutent.

Eaux-fortes remarquables d’un artiste d’une habileté énorme qui, après avoir commencé par la lithographie, s’adonne à l’eau-forte et à la pointe

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sèche depuis 1897'. Il a retrouvé dans ce nouveau métier les succès qu’il avait recueillis dans l’ancien. Il a également signé quelques pièces en couleurs parmi lesquelles Le Dépari au Lavoir — Le Reloue du Lavoir — La Blanchisseuse sont les meilleures. — L’œuvre peint et dessiné de l’artiste fut exposé à la Bodinière en mai 1894.

Lire le numéro de L'Album consacré à Steinlen, préface de Lucien Puech.

STORM DE GRAVESANDE (Charles)

Certains Maitres perdent à vieillir et se voient délaissés, on murmure dans un soupir de tristesse en passant devant leur œuvre : Hélas ! ce n’est plus la belle première manière. . . Tel n’est, heureusement, pas le cas de l’artiste qui nous occupe, car jamais peut-être il n’a été si haut, et jamais peut-être nous n’avons été aussi vivement impressionné que par les dernières pointes sèches qu’il a envoyées au Salon de 1902 de la Société Nationale. Il y a là surtout trois études de Dunes de Scheveningue qui, au point de vue sobriété et synthèse, sont supérieures à tout ce que l’artiste a signé jusqu’à ce jour. C’est fait absolument de rien, et on demeure émerveillé en songeant que quelques lignes, quelques arbres rabougris, quelques touffes de lichen ou plantes de falaise donnent à l’œil ébloui la sensation complète de relief, d’espace, d’ondulation et de couleur. C’est quelque chose comme une musique céleste, un concert de rêve qui serait produit sans instruments. Il nous a été donné de voir bien des choses en gravures depuis tantôt vingt-cinq ans, nous avouons rarement avoir été aussi complètement empoigné que par celles-œi. — L’artiste a obtenu la médaille d’or à l’Exposition de 1900.

Son œuvre est fort considérable. M. Richard Price en a établi le catalogue en 1887, il comprenait déjà 240 numéros; en 1888, H. Béraldi, tome VII, le portait à 257 ; à l’heure présente, mai 1903, il compte exactement 461 pièces, nous tenons ce chiffre du Maître lui-même, toutes exclusivement composées de paysages et de marines très variées de métier.

Mentionnons parmi les meilleures : La Meuse à Dordrecht — Jetée de Flessingue — La Lagune près de Chiogga — Brise-Lames, pointe sèche — L’Epave — Un Bouquet de Roses, tour de force de métier, 12 épreuves, rarissime — Effets de Neige dans les Dunes — Canal près La Haye. L’artiste a aussi quelques lithographies 2 à son actif. En dehors de l’exposition organisée à Boston en 1887, Frederick Keppel en a fait une autre à New-York en 1889, le catalogue contenait une copieuse préface de R. Price. En mai 1903 l’artiste, se trouvant à Paris, en profita pour exposer quelques jolies pièces chez Durand-Ruel.

1 C’est Ed. Kleinmann, le très courtois et aimable marchand d'estampes du 8 rue de la Victoire, dont, par parenthèse, la nièce vient aussi de débuter agréablement dans la gravure, qui a eu la vente des tout premiers essais de Steinlen.

2 Auxquelles il a donné le nom de Algraphies, telles que: Crépuscule à Hambourg — Marée montante à Flessingue — Jardin en hiver en Hollande, qui figurèrent au Salon de 1897 de la Société Nationale des Beaux-Arts.

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SUNYER (Joachim)

Blanchisseuse. — Une femme, un ballot sur l’épaule et le poing droit sur la hanche, traverse une rue en se dirigeant vers la droite ; c’est la nuit, son visage est éclairé ; d’autres personnages circulent, la maison de gauche est dans l’ombre.

Rue Caulaincourt. — Gens du peuple assis sur un banc ; le vieux qui est au premier plan et de profil à droite, s’appuie sur un bâton.

Rue des Abbesses. — Une femme penchée en avant, un paquet sur l’épaule, traverse une rue, se dirigeant vers la droite, du côté où une marchande d’oranges ou de légumes pousse devant elle une baladeuse.

Toutes ces eaux-fortes en couleurs, tirées généralement en repérage à 25 ou 30 épreuves, ont une saveur très particulière, elles sont absolument différentes de celles obtenues par le même procédé et l’artiste, qui est Espagnol, y a apporté une note très hardie et très crânement originale. On peut encore citer : La Rue Rodier et Au Moulin-Rouge, une des plus typiques.

SYRGE (Edouard Millington)

Nous avons eu occasion de voir au Salon de 1902 — Société des Artistes Français — quelques eaux-fortes originales de ce graveur anglais dont la personnalité nous a frappé, nous les signalons aux collectionneurs, elles sont dignes de leurs portefeuilles, elles étaient rubriquées : La Bretagne — Saint-Gervais — Quai de la Râpée.

TISSOT (Jean-Joseph)

Louise. — Jeune femme à l’air triste et songeur vue à mi-corps de trois quarts à droite ; elle est nu-tête, deux boucles repentirs retombent derrière le cou, au col blanc un médaillon est suspendu. A la hauteur de l’épaule à gauche: James Tissot 1861, et à droite: Louise. En bas, un quatrain commençant par ces mots : Ma bouche est un écrin meublé de perles fines, et signé: André le Moyne; le d est renversé.

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Cette pièce, très rare, la première, croyons-nous, gravée par l’éminent artiste, a échappé à Béraldi qui ne l’a pas cataloguée; elle n’est pas mentionnée, du reste, davantage dans la plaquette illustrée (1880) non mise dans le commerce et précédée d’une préface de Charles Yriarte, où l’artiste lui-même a donné la nomenclature de ses eaux-fortes, manière noire et pointes sèches, avec leurs prix.

La Tamise (Béraldi 13). — A l’arrière d’un bateau, un homme et deux femmes mollement étendues s’abritent de leurs ombrelles ; près d’eux, un chien est couché et l’on aperçoit sur le premier plan les collerettes argentées de trois bouteilles de champagne. La Tamise est sillonnée de navires. Dans le bas du coin gauche : J. -J. Tissot 1876. — La planche est détruite.

Le Veuf (21). — Dans l’allée luxuriante et ombreuse d’un jardin, un homme en grand deuil et jeune encore, s’avance coiffé d’un chapeau mou, tenant dans ses bras sa fillette revêtue d’un grand sarreau blanc. — Sans signature.

La planche, gravée en 1875, est actuellement détruite.

Une Histoire ennuyeuse (25). — Adossée à une fenêtre, à travers laquelle on aperçoit la Tamise avec ses bateaux, une adorable jeune fille de face, coiffée d’un bonnet à la Charlotte Corday serré par un volumineux nœud de velours, les coudes sur la table, les mains croisées gantées de mitaines, tourne la tête à gauche, ennuyée d’écouter le personnage qui est à droite et qui, la main étendue sur les cartes posées devant eux sur une table, semble lui expliquer ses campagnes. Dans le bas du coin droit, les initiales de l’artiste à peine lisibles. — Planche détruite.

Cette estampe, devenue très rare, fut gravée en 1878; c’est à coup sur une des plus séduisantes de l’œuvre.

Octobre (26). — Au milieu d’une étroite allée jonchée de feuilles mortes, une jeune femme coiffée d’un large chapeau, vêtue de noir, un livre sous le bras droit, relève délicatement sa robe, se dirigeant vers la droite ; elte tourne gracieusement la tête du même côté. — Sans signature.

Plus de charme peut-être encore que dans la pièce précédente ; cette estampe, dont le tirage est épuisé, fut gravé également en 1878.

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Mavourneen (27). — A mi-corps de profil à gauche, coiffée d’un large chapeau, un boa autour du cou, la jeune femme a les mains fourrées dans son manchon. Au bas, dans le coin droit : J. -J. Tissot 1877 .

Cette pièce, dont le tirage est épuisé et même la planche effacée, croyonsnous, est, d’un commun accord, considérée comme la meilleure et la plus recherchée de l’œuvre, elle est fort rare et pleine de séduction.

Soir d’Eté (47). — Dans la campagne, une jeune femme assise dans une rocking-chair, le cou est entouré d’une dentelle noire et la tête repose dans une attitude allanguie sur un oreiller, elle regarde à gauche. Dans le bas du coin gauche : J. -J. Tissot 1881.

Samedi matin (63). — A mi-corps, tout en noir, un énorme nœud de tulle autour du cou, une jeune femme, un livre de messe à la main, se dirige vers la droite. Dans le coin du bas à droite : J. -J. Tissot 1883.

Le Banc de Jardin (66). — Sur un banc sur lequel sont jetés des fourrures, une jeune femme est assise de profil à droite, elle regarde avec une expression d’infinie tendresse un délicieux gamin, son fils, qui est à cheval sur le dos du banc, il presse la main de sa mère dans les siennes et regarde franchement à gauche, il est coiffé d’un béret d’où s’échappe sa blonde et épaisse chevelure. Derrière la mère on distingue étendues, ses autres enfants, deux mignonnes fillettes. Dans la marge du bas du coin gauche : J. -J. Tissot.

Cette estampe en manière noire gravée en 1883, est devenue introuvable ; lorsqu’elle parut, l’auteur la vendait 300 francs en avant lettre.

Rien n’est plus séduisant que cette scène de famille prise sur le vif, et rien n’égale la distinction et la finesse des traits des personnages.

L’œuvre gravé se compose de 74 pièces, toutes ou presque toutes ayant trait à des sujets anglais. Obligé de faire comme dans chaque œuvre une sélection, nous en avons détaché les pièces ci-dessus qui sont considérées comme étant les plus remarquables de la collection de ce peintre-graveur de grand talent.

Ces lignes étaient écrites quand une lettre de faire-part nous arrive, nous annonçant la mort de l’artiste distingué, auteur immortel de la Vie de N. -S. Jésus-Christ, qui s’éteignit le 8 avril 1902, à l’âge de 65 ans, en son abbaye de Buillon, dans le Doubs. Nous le connaissions personnellement, c’était même un de nos concitoyens, aussi n’est-ce pas sans une émotion sincère que nous enregistrons cette douloureuse nouvelle qui a causé dans le monde des arts, où il était aimé, une profonde impression.

La vente de son atelier a eu lieu les 9 et 10 juillet 1903; environ 4800 pièces de son œuvre gravé ont été jetées sur le marché, produisant une quinzaine

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de mille francs; c’est le moment d’en acheter, avis aux collectionneurs. Un lot de 14 planches fut également adjugé, et trouva acquéreur à 755 francs. Voici quels étaient ces cuivres: Mistress G. Bowles — Le petit Nemrod — L’Ambitieuse — Ces Dames des chars de l’Hippodrome — Sans Dot — La Mystérieuse — La plus jolie femme de Paris — L’Enfant prodigue 1 2 — L’Eventail — L'Hiver ou Promenade dans la Neige — Gardon Partg d’enfants.

TOULOUSE LAUTREG (Henri de)

Naquit à Albi en 1864 et y mourut en septembre 1901. Une exposition très importante de l’œuvre du curieux artiste eut lieu aux Galeries Durand-Ruel du 14 au 31 mai 1902, elle comprenait 113 toiles, 4 aquarelles, 25 dessins et 58 de ses plus intéressantes lithographies. Quelques jours auparavant l’ouverture, Le Figaro consacrait un numéro illustré spécial 2 reproduisant les morceaux les plus marquants, il avait chargé Arsène Alexandre d’en écrire l’histoire, ce dont s’acquitta avec son talent habituel le distingué critique d’art.

En février de la même année, la vente de feu G. Pochet avait réuni à peu près au complet l’œuvre lithographié 3 du Maître, ce fut une providence pour les collectionneurs qui se ruèrent sur ces estampes et se les disputèrent à des prix encore inconnus jusqu’à ce jour. L’ensemble des Lautrec produisit la coquette somme de 3994 francs, sans compter les 10 »/0 d’usage. Voici, du reste, les pièces les plus recherchées avec les prix auxquels elles furent adjugées *:

Jeanne Granier

Trois p. dif. déd.

118 francs

Yvette Guilbert assise

N. pub. ép. déd.

Jane Hading

Deux p. dif. déd.

La Goulue et sa sœur

Celte p. et la suivante

L’Anglais au Moulin-Rouge

Celte p. et la précédente

Lavallière

Sur japon

Lender debout

Deux ép., une en coitl. sig.

Lender saluant

Deux p. timb. et num.

Lender et Brasseur

En sanguine sur japon, timb.

Meyer et Yahne

Numérotée et timbrée

1 Quatre cuivres.

2 Avril 1902, numéro 145.

3 Stern, de chez Ancourt, était l’essayeur attitré de Lautrec.

i Afin de pouvoir insérer sur une seule ligne le titre, les notices accompagnant la pièce, et le prix, nous avons été quelquefois contraint par les exigences typographiques d’avoir recours aux abréviations suivantes : p. — tir. — num. — Sig. — déd. — ép. — ex. — timb. — c oui. — dif. — n. pub. — couv. — qui voudront dire : pièce — tirée — numérotée — signée — dédiée — épreuve — exemplaire — timbrée — couleurs — différentes — non publiée — couverture.

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Miss Redferd de face

Epreuve d’essai

65 francs

Miss Redferd de profil 1 2

Japon, avec dédicace

Miss Redferd de profil 3

Ep. d’état, num. et timb.

Miss Redferd, toilette de ville

Deux êp., une timb. et num.

A la Souris

Numérotée et signée

Amazone

Avec dédicace

Antigone

Deux ép. en 2 Ions timb.

Au Théâtre

Coul. tir. ci 12 ex., timb. sig.

Bar

Sur japon

Blanche et Noire

Japon, signée, numérotée

Chanteuse légère

Signée. Fort rare

Chanteuse en matelot

Deux ép. d'essai

Chez la Gantière, 1898

Trois ép. dont 2 sig.

Clownesse au Moulin-Rouge

Tir. à 20 ex., sig et num.

La danse au Moulin-Rouge

Tir. à 20 ex., sig. et num.

Débauche

Deux ép., une sur soie sig.

Elles (Ire série)

Dix ép. avec couv. et 7 doubles

En Mer

Deux ép. sig. et num.

Entre Sportmen

Non publ., chine, déd.

Idylle

Tir. à 15 ex., num. et sig.

Le Liseur, 1898

Avec remarque et déd.

Le Sommeil

Tir. à 12 ex., num., sig.

Viennoise

Tir. à 17 ex., num., sig.

Indépendamment de ces pièces capitales, l’artiste a fait une multitude de menas, programmes, titres de romances qui, malgré leur moindre importance, n’en constituent pas moins de précieuses curiosités.

Deux articles ont été consacrés à Lautrec par M. André Rivoire dans la Renne de l’Art Ancien et Moderne, le premier en mars, croyons-nous, et le second en avril 1902.

VAN HOUTEN (Barbara Mlle)

Nous avons remarqué à la section hollandaise de l’Exposition de 1900, les œuvres de M|lc van Houten, nièce de Mesdag, qui se recommandent par leur caractère très éminemment personnel ; l’artiste aborde les différents genres avec un égal bonheur et nous avons été particulièrement frappé par ses eaux-fortes : Paysages, Tournesols et Oiseaux, pièces tirées à fort petit nombre, non mises dans le commerce.

1 Penchée en avant.

2 Pcnchcc en arrière.

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VAN RYSSELBERGrHE (Théo)

Demandant des renseignements sur l’œuvre gravé de l’artiste, il y a déjà quelques années, voici la jolie lettre que nous reçûmes; elle émane d’un spirituel compatriote du Maître .qui nous avait déjà documenté sur James Ensor. — Voir ce nom :

« Peintre et dessinateur d’un grand pittoresque d’œil, a une patte des » plus remarquables, se tient on ne peut mieux, et en dehors des rares » portraits et dessins et de quelques eaux-fortes et affiches très savoureuses » — un passe-temps — travaille depuis un an et demi à une grosse œuvre » qui fera, je crois, du bruit. Trente ans, treize ou quatorze ans de métier, » une facilité extraordinaire à réussir ce qu'il veut et voudra, je pense de » belles choses. A fait pour l’éditeur Deman quelques ornements de livres » que ledit éditeur a trouvés presque toujours exquis. A son actif, 6 ou » 7 eaux-fortes tirées à 20 épreuves et qu’il vend de 25 à 80 francs suivant » importance, s’en fiche au reste, car il n’attend pas la rentrée. »

Citons deux fort jolies pièces ; la première est une eau-forte, la seconde une pointe sèche : Le Café-Concert — Dancing Girls.

VEBER (Jean)

La Fortune qui danse. — A gauche, un vieux forain, le bras droit passé dans une roue, s’appuie sur un bâton, poussant devant lui vers la droite une femme nue qu’il lient par une chaîne, à l’instar des montreurs d’ours ; celle-ci, la tète empanachée, un bandeau sur l’œil gauche, personnifie la Fortune, elle a les deux bras passés derrière le dos sur un bâton qui repose sur ses épaules, elle marche en se dandinant ou plutôt en dansant. Dans la pénombre, au second plan, des personnages assis les regardent ; l’un d’eux, le premier à droite, bat du tambour.

Admirable lithographie en couleurs qui peut aller de pair avec Les Lutteuses que nous allons décrire tout à l’heure.

La Boucherie. — Un étal de boucher à la porte duquel Bismark est debout, de face, les poings sur les hanches, flanqué de ses deux chiens favoris ; les viandes exposées proviennent de l’horrible tuerie de 1870-71. Ce sont des bras, des troncs, des têtes, des foies humains.

Les Lutteuses. — Deux femmes nues, la brune plus petite a ceinturé la rousse qui cherche à se dégager dans un effort désespéré ; autour d’elles, des éclopés, des culs-de-jatte, suivent les péripéties de la lutte. Dans le bas du coin droit, un plateau qui reçoit les sous et les pièces de monnaies qu’ont jeté les spectateurs.

Voilà le morceau roi de la lithographie en couleurs du vingtième siècle ; il peut être mis en parallèle avec n'importe quelles pièces de la merveilleuse époque romantique ; elles ne le tomberont pas, car il n’a rien à redouter de la comparaison ; couleur, anatomie, mouvement, dessin, préciosité du crayon, tout y est et a un diapason qui ne saurait être surpassé. — Dix épreuves d’essai, à trois remarques dans la marge, et dix autres avec deux remarques seulement, la tète d’homme ayant été effacée, lurent tirées avec un soin tout particulier ; elles sont éblouissantes ; en reste-t-il encore chez Ed. Sagot, nous l’ignorons? en tous cas, qu’on s’en enquière et qu’on ne les y laisse pas, l’avenir vous le ferait regretter. — Cette estampe reproduit deux tableaux du Maître ; il a pris à l’un le fond, à l’autre le groupe des lutteuses; l’une de ces toiles est actuellement à Moscou, chez M. Morozoff. — N’oublions pas de mentionner encore : L’éternelle Convoitise 1 — L’Etoile 2 — Bataille de Dames — La Justice protège la Fortune.

Une exposition de Jean Veber eut lieu en mars 1897 chez Georges Petit. Anatole France terminait les quelques lignes de préface qu’il lui avait consacré dans le catalogue par ces mots : « Jean Veber est spirituel et ingénieux, plein de grâce et de poésie, original de cent façons, et surtout il est peintre. »

VIALA (Eugène)

Le Soir dans la Lande. — Trois gros arbres sur le premier plan. Au fond, la campagne indécise, empourprée des lueurs du soleil qui sombre à l’horizon.

Humbles Terres. — Dans la nuit brune, un pont et une rivière sinueuse coulant au pied d’une colline à droite ; la rivière seule est éclairée.

Eaux-fortes en couleurs aussi curieuses, sans doute, que l’artiste que nous n’avons pas l’honneur de connaître, mais qui, certes, ne doit être ni un banal, ni un impersonnel à en juger par la série de 25 estampes qu’il a intitulées: De l’encre, de l’acide et de la souffrance, et que M. Roger Milès a honoré d’une préface.

1 Dont il a (■té lire 5 exemplaires avec remarque.

1 Quelquefois rubriquée aussi Xoël, croyons-nous.

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VIBERT (Pierre-Eugène)

Le Miroir, 1902. — Dans la campagne à gauche de l’estampe, une femme nue couchée sur le côté droit, recroquevillée sur elle-même, la tète renversée en arrière, regarde un homme nu qui est penché sur elle. Au deuxième plan à droite, une autre femme nue également, debout de trois quarts à droite, les bras au-dessus de la tête, semble s’étirer; au fond de l’estampe, un nuage éclairé par la lune sans doute, se reflète dans une flaque d’eau.

Ce bois qui est fort beau et tiré en noir, figurait à la superbe exposition de la gravure sur bois qui eut lieu quai Malaquais en mai 1902, sous la présidence de notre éminent ami Auguste Lepère, le premier boisier de l’époque. Notons en passant que les graveurs sur bois d’estampes originales — nous ne parlons ni de vignettes, ni d’illustrations — sont extrêmement peu nombreux à l’heure présente.

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