ARTISTES FRANÇAIS & ÉTRANGERS
ANGrELVY
Coq et Poule. — Devant une cour de ferme, près d’un baquet, un coq et une poule blanche picorent dans la paille, le coq est au premier plan ; tous deux sont tournés à gauche.
Cette petite eau-forte en couleurs, encrée à la poupée, est d’une délicatesse absolument exquise, c’est d’un métier si fin et si curieusement poussé, qu’on pourrait la qualifier de véritable miniature ; l’artiste a un faire absolument précieux et personnel, et nous ne nous rappelons rien dans l’espèce qui puisse lui être assimilé.
Surprise. — Encore dans une cour de ferme, deux poules et un coq — celui-ci au dernier plan — près d’un lapin crevé couché sur le flanc droit.
Aujourd’hui que l’estampe en couleurs est plus en faveur que jamais — on en vend dix contre une en noir — ce que nous ne pouvons que déplorer, nous croyons utile de dire quelques mots des deux procédés — la poupée et le repérage — dont on se sert pour les imprimer. Nous en avons longuement causé avec un des plus habiles artistes de l’heure actuelle et voici en substance le résumé de cette conversation.
Un œil exercé peut d’une façon absolue et formelle distinguer à première vue une épreuve provenant d’un cuivre encré à la poupée, d’une épreuve provenant d’un tirage à repérage ou à plusieurs planches ; aucun tireur de chez Wittman, Porcabœuf, Delâtre, etc. — tireur en couleur s’entend — ne s’y trompera.
L’épreuve obtenue à la poupée ne présente généralement 1 pas les trous du repérage — trous absolument semblables à des piqûres d’épingles
1 Quelquefois, mais très rarement cependant, une épreuve à la poupée présente ces trous, ce n’est donc pas un critérium absolu, néanmoins un homme du métier ne pourra les confondre l'une avec l’autre, nous le répétons.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
traversant le papier — qui se voient sur celles provenant d’un tirage à plusieurs planches. — Une planche à la poupée est presque toujours tirée d'un seul coup, quelquefois cependant elle passe deux fois sous la presse ; dans certains cas très rares, elle y passe même trois fois. Le second coup est pour lui donner, comme disent les imprimeurs, un jus, sorte de teinte neutre qui enveloppe et harmonise le tout.
L’épreuve au repérage est ordinairement plus dure, moins souple et, chose étrange, moins riche de couleurs. Pour obtenir une épreuve, il y a un cuivre pour les rouges, un pour les jaunes et un pour les bleus, etc... Ces couleurs restent parfois pures ou tombent les unes sur les autres pour obtenir de nouveaux tons. Ainsi, un cuivre encré jaune tombera sur un cuivre encré bleu, afin d’obtenir un vert, pour rendre, par exemple, un lac avec des arbres autour, mais ce mariage n’est pas toujours heureux. Seulement, dans le travail du repérage, l 'ouvrier tireur a sa besogne toute mâchée, il n’a pas à intervenir, tandis que, dans la planche à la poupée, il lui faut du goût et un tour de main très spécial. Il n’y a pas vingt ouvriers à Paris qui sachent arriver à l’effet complet d’une planche à la poupée, où les tons viennent les uns par dessus les autres et se mélangent sur un seul cuivre. L’artiste, s’il est consciencieux, doit toujours assister au tirage des premières épreuves.
On tire en ce moment (août 1902), chez Pierrefort, d’après les toiles de la National Gallery, une série de douze Turner qui est la chose la plus rude que l’on ait faite dans le métier; ce tirage se fait à la poupée, mais ce que ça a coûté de temps et de soins avant de l’établir est quelque chose d’inimaginable!! la chose serait impossible à réaliser par l’autre procédé.
Le repérage qui séduit tant les éditeurs, à cause de la facilité à le faire tirer, est loin de mériter la faveur dont il jouit. Notre ami nous racontait qu’il avait vu un jour tirer une planche au repérage d’un des artistes connaissant à fond la partie, mais que le repérage ayant joué dans le report d’un cuivre sur l’autre, il était devenu impossible, malgré les trous conducteurs, d’obtenir une épreuve convenable. Cinq ouvriers habiles s’y essayèrent en vain, et leurs efforts furent sans succès. Pour un millimètre peut-être, un œil, un trait du nez n’apparaissaient pas à sa place sur le papier, cela faisait trois yeux, trois nez, etc., désagrément cruel pour tout autre qu’un phénomène de la fête de Neuilly, ajoutait-il spirituellement.
Certains ouvriers — le cas est rare — ont la mauvaise habitude de repérer, en tâtant le coin du cuivre sous le papier avant de faire passer sous le rouleau.
Quant à la question de célérité dans le tirage, nous croyons que le travail au repérage est^de beaucoup plus long que celui à la poupée.
Pour nous résumer et conclure, notre humble avis est qu’une épreuve à la poupée est supérieure en fondu et en harmonie à celle au repérage, qui toujours manque un peu d’enveloppe et de velouté, mais nous confesserons cependant avoir vu des épreuves à plusieurs planches bien exécutées qui, elles aussi, ne manquaient pas de séduction.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
BAERTSOEN (Albert)
Artiste belge dont nous signalerons les eaux-fortes suivantes : Vieux Pont (Flandre) — La Route zélandaise — Vieux Quai (Flandre) — Veere, soir (Zélande) ; tirées à 25 épreuves, elles se raréfieront promptement — The Studio, si notre mémoire est fidèle, en a reproduit quelques-unes.