CHAPITRE CINQUIÈME
Entreprise des plantations et des fabriques de cannes à sucre. Raffineries, distilleries. Province de Matanzas, la Colline du Pan, Matanzas, le val de Yumuri, les grottes de Bellamar, Jovellanos, Cardenas, parages de grandes sucreries. Colon, autres parages de sucreries et Union de Reyes. Province de Santa Clara, Esperanza, Sagua la Grande, parages de grandes sucreries, Cienfuegos, Casilda, Trinidad, sa vallée, las Tunas et Sancti Spiritus.
En continuant à travers la campagne cubaine, on remarque une autre grande entreprise :
l’industrie de la canne à sucre.
En bien des endroits, d’immenses champs de roseaux, de taille moyenne et du vert le plus tendre, sont coupés de chemins défoncés où des charrettes, attelées de plusieurs bœufs, transportent les récoltes, soit à des voies ferrées, soit directement à de vastes constructions composant une fabrique.
Les premières usines furent fondées en 1776. En 1877, on en comptait 473. Après les insurrections, ce chiffre tomba à 168 usines et se montait en 1907 à 186 exploitées. Les plus grandes sont nommées « centrales ». On en compte environ 18 qui produisent par an plus de 100,000 sacs de 150 kilos. La plus importante arrive à traiter 250, 000 sacs. L’ensemble des usines a produit en
1906 1 million 500,000 tonnes anglaises valant à peu près 280 millions 800,000 francs, chiffre qui n’avait jamais été atteint jusqu’alors. En 1907, la production parvint au total plus normal de 1 million 165,211 tonnes anglaises, soit environ 1 milliard 305 millions de kilos, valant à peu près 219 millions de francs, absorbée presque entièrement par les Etats-Unis.
Cette superbe exportation, comprise dans le rendement du sucre pour le monde entier, arrivant à 4 millions 118,000 tonnes anglaises, ne paralj^se pas d’autres belles exportations :
Java 900,000 tonnes anglaises.
. Chine et Inde.... 850,000 —
Iles Hawaï 400,000 —
Le grand avenir de celte dernière contrée a déterminé les Américains à dépenser dernièrement un demi-milliard de francs, ce qui a poussé d’autres Américains, des Espagnols, des Français, et des Cubains, à débourser une même somme pour que Cuba garde la priorité sucrière. Ces subsides sont en train de relever 483 propriétés ruinées par les insurrections ; 574 domaines ont été dénombrés au recensement de 1900. Maintenant la prospérité s’accroît dans l’île grâce à des conditions spéciales qui méritent d’être étudiées.
Le sol est le plus ordinairement composé d’un humus merveilleux, d’une couleur noire, ou souvent rouge ; la couche en est profonde et repose sur des bases variées : argile mélangé de fer, sable, ou argile s’unissant en proportion de 40 pour cent. Celte dernière composition est la 'plus parfaite ; sans engrais, mais dans de bonnes conditions cli-
matériques, elle donne pendant six, dix, et même vingt ans, des végétations fort belles.
Le défrichement se pratique de deux façons : on incendie simplement la brousse ; ou bien on rase les régions boisées, les arbres sciés au pied laissant leurs racines dans le sol.
Après décembre, les champs sont préparés avec soin et travaillés à trois reprises différentes avec un intervalle d’un mois. Par un temps humide, puis par un temps sec, se répartissent deux labours et un hersage. Ensuite on creuse les sillons, profonds de 25 centimètres et longs de 30.
La plantation est exécutée au printemps, époque la plus propice. Elle est effectuée autant que possible, avec des boutures tendres de cannes neuves, petites, presque mûres, de préférence d’une couleur vert clair jaune, d’une taille de 40 centimètres à 50, portant 5 ou 4 yeux, ou moins, ce qui est meilleur pour la poussée de sève. On couche côte à côte une, deux, ou trois boutures. avec interstices de 40 centimètres ou 50 ; et la terre est vite couverte d’herbes. Le premier mois, on exécute un - sarclage méticuleux jusqu’à ce que les pieds s’élèvent à 20 centimètres ; alors ils sont saufs. Durant quatre mois on nettoie le champ, puis on laboure entre les pieds devenus cannes, et on remplace les manquants. On fait aussi une plantation en automne, époque moins favorable.
Les plants de printemps et d’automne produisent chacun, au premier essor, 5 cannes ; et, chaque année suivante :
30 cannes pendant 20 ans en sol supérieur.
10 )) » 10 ans » moyen.
4 » » 3 ans » ordinaire.
Cette diminution de fécondité doit être suivie d’un repos de cinq ans pour la terre, laps de temps nullement préjudiciable à la production, étant donné les nombreux terrains de réserve intercalés dans les domaines. La canne suffisamment sucrière est vert clair jaune, nommée cristalline, noueuse espacée, assez tendre, grande et lourde. La canne abondamment sucrière est rouge, nommée morada, noueuse rapprochée, assez dure, petite et légère. La première atteint 3 mètres et 12 ou même 18 livres ; la seconde, plus d’un mètre cinquante, et 4, 6, jusqu’à 10 livres. Les deux se partagent les régions cubaines. Une troisième espèce rouge, nommée rubia, très noueuse, dure, petite, trop exploitée en masse sur plusieurs points du centre, se relève d’un piètre rendement, en employant du fumier, et une nouvelle méthode d’espacement des pieds, à 2 mètres, due au docteur Francisco Zayas.
Pour 13 hectares 1/2, l’ancien système donne 600 charrettes de 7.^0,000 kilos ; et le nouveau,