‹ A travers l'Afrique australeChapitre 9 sur 29 · UN SÎSTÈME DE TRAVAIL MONACAL · texte numérisé non relu

UN SÎSTÈME DE TRAVAIL MONACAL

Après avoir suivi les différentes phases par lesquelles passe le diamant, depuis l'extraction du sein de la terre jusqu'à la mise en coffro-fort, il reste à étudier le régime auquel sont soumis les huit mille travailleurs qui sont au service de la (( De Beers Diamond Mining Company ».

Parmi ces huit mille travailleurs, il n'y a pas moins de six mille indigènes ; les blancs sont au nombre de quatorze cents; il y a enlin quelques centaines de convicts.

Chaque catégorie de travailleurs est soumise à un régime distinct ; laprison pour les convicts, la vie libre pour les blancs, la vie du cloître pour les noirs. Le salaire diffère tout comme le régime : les noirs touchent un salaire minimum de vingt-cinq francs par semaine, tandis que pour les blancs le gain le plus bas est de quatrevingt-dix francs par semaine, ce qui équivaut à

1 près au traitement de nos jugesde premi"

La vie du cloître pour les noirsl J'étais assez 1 iatri^ué au sujet de ce couvent de n

IM. Williams a bien voulu m'y introduire pari une faveur toute spéciale, car l'isolement esti complet, el les ouvriers n'ont aucune commuQi'"r cation avec le deliors.

Ce système de travail monacal porte le nom 1 de » compound iKhe mot désigne un vaste espace I carré, une cour à ciel ouvert, sur lesqualre càteB I de laquelle s'élèvent des constructions en fer] dont l'aspect général tient à la fois de la caserne, de la prison et du couvent. Le compound com-' munique avec lamine par une voie couverte.!

I C'est là que vivent les travailleurs noirs, dansi

^H UQ isolementabsolu, passant douze heures dans J ^^m Ja mine et douze heures au compound, n'ayant I ^^p aucun contact avec le monde extérieur. Pendant! toute la dorée de leur contrat d'engagement, \ qui est de trois mois, et qui peut être renouvelé | à chaque échéance, ils aliènent leur liberté en 1 faveur de la compagnie, qui se charge de leur 1 nourriture et de leur entretien. Prisonniers, il» j

»ne peuvent communiquer avec leurs femmes et leurs enfants qu'à travers une grille et en présence d'un surveillant.

Chaque mine a son compound, et tous sont l établis sur le même plan. Celui de la mine De J "leers, que j'ai visité, compte une population c c mille noirs : une ville nègre dans la villa j . Il n'y a, dans l'enceinte, que la moitié J

UN SÏSTÊMp; Di; TRAVAIL MO.VACAL M'i

des travailleurs, l'auLrc muilié étant dans la mine.

C'est là qu'on peut étudier sur le vif les dilTérentes races do l'Afrique Australe : un vivant musée d'ethnographie africaine, oii sont représentées toutes les tribus des immenses territoires qui s'étendent du cap de Bonne-Espérance aux rives du Zambêse, avec leurs types respectifs et leurs nuances de peau. Quelle saisissante révélation du mystérieux continent noir que cette grande cour du compound à l'heure de la préparation du repas 1 De tous côtés flambent des feux autour desquels les indigènes se rangent par tribus, les uns drapés dans des couvertures de laine, les autres presque complètement nus, formant des groupes étrangement pittoresques, dont la couleur locale est mise en relief par les vives lueurs de la llamme. Ici c'est un groupe de Zoulous, ailleurs un groupe de Basoutos, plus loin un groupe deBetchouanes ou de Matabélés. Et chaque groupe parle la langue de son pays etfaitsa cuisine propre : car les goûts culinaires de ces indigènes varient tout comme la nuance de leur peau. Pendant que le chef de la tribu surveille le pot-au-feu qui cuit sur la braise, le reste du groupe cause, chante, fume, s'amuse dans l'attente du déjeuner.

En les observant de prés, on découvre que, même lorsqu'ils imitent les blancs, ils le font à rebours : c'est ainsi que lorsqu'ils fument un

cigare, — j'aidû y regardera deuxfoJs pourm'en'l convaincre, — ils tiennent danslabouche loboutg qui brûle, tout comme si leur langue étaitincom-j buslible. Comme tous les mineurs, ils ont Isl passion du jeu: ils jouent aux cartes, ilsjouents^ aux échecs. L'échiquier est un dessintracésur \9m terre, les pions sont des cailloux. A considérerfl les enjeux, qui sont des pièces d'or, on voit que^ l'or est commun au pays des diamants. Ils ont aussi le goût de la musique, mais quelle drôle de musique 1 Voici deux artistes dont l'un joue d'une guimbarde du Zambèse, tandis que l'autra;exécute des exercices bizarres sur un vîoIodÏ monocorde en forme d'arc. Il y a parmi eux dom lettrés : les uns tiennent des caluers de comp' tabilité, oi!i ils notent leur salaire et leurs dépc[i< ses, d'autres lisent la bible imprimée dans lem langue .

Tout autour du compound régnent les habita^ tions des indigènes, dont les différentes tribus dorment séparément, de même qu'elles mangent séparément : car quoiqu'ils vivent en commun, ils ne se mélangent en aucune façon; ils n'oublient point leurs rivalités nationales, et le compound est parfois le théâtre de rixes et de querelles de tribuàtribu; chacune estgouvernée pai chef dont l'autorité est aussi incontestée s les murs du compound que dans l'enceinte ^du village natal,

Uades c(Més du carré est occupé par tout un

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ensemble de coostnicUons ayant chacune leur desUaalion spéciale : boucherie, ma^sias à provisions, cantine, pharmacie, hôpital, salle de baias, en un mot, tous les aménagements d'un couvent bien oi^nisé. Les indigènes peuvent se procurer à des prix peu élevés tout co dont ils ont besoin, mais les boissons fortes sont baonies du compound: on ne leur permet que le lait, le thé, le café elles limonades. J'ai remarqué dans un coin des monceaux de bouteilles, mais c'était rinoffeosive ginger béer. L'eau leur est fournie à discrétion, ainsi que le bois de chauffage.

L'hôpital est particulièrement intéressant : il y a la salledesopérations.bien montée en appareils de chirurgie; la salle des blessés, où gisent de pau^Tes diables dont lesmembresont été broyés par les éboulements de la mine ; la salle des fié' vreux, où languissent et gémissent des malheureux qui n'ont plus que les os el la peau. Les maladies les plus communes sont les fièvres el les affections cutanées. On m'a signalé un cas grave do pneumonie, et c'est un fait très extraordinaire sur le plateau, où la pneumonie est pour ainsi dire '■nconnue,

La maladie, l'ivrognerie et le vol, tels sont les mécomptes qui peuventaffecterlosdîvîdendes à distribuer aux actionnaires des mines de diamants. C'est (jour lutter contre ces trois ennemis que les hommes pratiques placés à la tête de la compagnie ont inventé les compounds. Le sys-

l TRAVERS L'AFRIQUE AE3TBALE

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tème rcpOQiI ailmirablemeat à son but, pan qu'il réalise le maximum de travail utile ■ réduisant à leur minimum les pertes causéi par les trois ennemis qu'il combat. Il restreint les ravages de la maladie, il supprime complètemeotrivro^neric, et 11 supprime on partie Im soustractions.

Ce système de claustration absolue et d'étro^ surveillance a pour principal but d'attaquer dans ses derniers retrancliemcnls le mal qui sévissait autrefois sur une grande échelle, la contrebande des diamants. Il y a quelques années, le nombre lies pierres volées s'élevait à une somme égale à celle des pierres lionnetement acquises : le vol et la contrebande étalent le fléau des compagnies et des actionnaires.

Aujourd'hui, il y a encore des voleurs, mais leur métier est devenu difflcile et dangereux. Et pourtant, on estime que le nombre de diamants soustraits chaque année s'élève encore à cinq millions de francs. A force de précautions, de lois et de pénalités, le préjudice est descendu de cinquante pour cent à cinq pour cent.

11 y a à Kimberleyloute une classe de gens, se recrutant surtout chez les Juifs, qui ne vivent que du tralïc clandestin des diamants volés. On les désigne par trois initiales qui reviennent cons tamment dans les journaux locaux, I. D. B. .du au nom duquel sont accolés ces lroÛ| H mystiques s'appelle, en toutes lettrei

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